{"id":14274,"date":"2019-10-25T17:07:30","date_gmt":"2019-10-25T15:07:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=14274"},"modified":"2019-11-09T09:17:39","modified_gmt":"2019-11-09T08:17:39","slug":"14274-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/14274-2\/","title":{"rendered":"calendrier perp\u00e9tuel"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/DSC02487-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14381\" width=\"229\" height=\"229\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/DSC02487-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/DSC02487-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/DSC02487-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/DSC02487-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/DSC02487.jpg 1931w\" sizes=\"auto, (max-width: 229px) 100vw, 229px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong>27 septembre 1987<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Rencontr\u00e9 quelqu\u2019un d\u2019autre, quelqu\u2019un de bien, notre histoire prend la flotte, quelqu\u2019un d\u2019autre, de l\u2019allure, de la culture, oui, je la connais, notre histoire r\u00e9tr\u00e9cit, se r\u00e9sume, se borne, un amour de jeunesse, presque une erreur. M\u2019a caress\u00e9 les cheveux avant de sortir, ne sait quand reviendra, son geste m\u2019a effiloch\u00e9 \u00e0 c\u0153ur. Froid. Me caler sous la couette. Implosion en roue libre. Un dimanche au teint cireux, un dimanche \u00e0 envoyer dans des oubliettes tortueuses, d\u00e9dal\u00e9ennes, une journ\u00e9e \u00e0 trouer le calendrier et \u00e0 laisser b\u00e9ant le 27 sur la trop belle image du mois de septembre, ind\u00e9cent avec ses feuilles au vent et sa rouquinerie tapageuse. L\u2019aube du 28 se l\u00e8verait sans connaissance de la cons\u0153ur qui a offici\u00e9 la veille. Sur l\u2019\u00e9cran de t\u00e9l\u00e9 d\u00e9filent les images incompr\u00e9hensibles du monde, des infos, un d\u00e9bat, des invectives, Chirac est en Egypte, Michael Douglas erre dans les rues de San Francisco. En joue&nbsp;! Il vise le jour maudit mais n\u2019ose pas tirer, page de pub, la peinture Valentine l\u00e2che une panth\u00e8re noire qui traverse la chambre, le 27 septembre survit, ne sait plus comment finir. Rentrera-t-elle ce soir&nbsp;? Le jour s\u2019affaisse sur un reportage animalier. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>27 septembre 2005<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le chien est mort. Deux jours que la porte reste ferm\u00e9e sur la petite cour. Il n\u2019aura connu que trois mois le grand appartement, l\u2019espace d\u2019un \u00e9t\u00e9. Juin, septembre, un pont. Le chien est mort, il faisait pont justement entre deux tranches de vie, et me reliait encore \u00e0 la grande maison, quitt\u00e9e, vendue. Que reste-t-il aujourd\u2019hui des lieux d\u2019avant, de la personne avec qui je vivais avant les grands remous\u00a0? Quelques objets diss\u00e9min\u00e9s, une ou deux photos. Le chien \u00e9tait un fil. Indocile, tout le monde l\u2019aura dit, et qui peinait \u00e0 susciter la sympathie, tout le monde m\u00eame en aura ri. Mais une trace. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <br>Le grand appartement me sourit. \u00a0Tout est pr\u00eat, le changement de d\u00e9cor a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9, et le changement d\u2019habitudes. Mes amours m\u2019ensorc\u00e8lent. Pourtant le chien est mort. Une cassure, une veilleuse \u00e9teinte. Avant-premi\u00e8re des \u00e2mes grises au cin\u00e9 ce soir. Je retiens ce gris, cet ind\u00e9termin\u00e9. Le film patauge sous une bruine persistante et des t\u00e9moignages hasardeux. Je compte, moi, les pas que l\u2019on peut faire dans le couloir du grand appartement. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>27 septembre 2011<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je perds le contr\u00f4le. Le coup est venu de l\u2019arri\u00e8re. Je heurte la glissi\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, en apesanteur. Dans l\u2019habitacle, rien ne se passe, sinon le volant qui m\u2019\u00e9chappe, je le l\u00e2che, je ne sais pas quoi faire de mes mains, les poser sur mes genoux. Le temps s\u2019an\u00e9antit, le m\u00e9tronome \u00e0 z\u00e9ro, qui dodelinait si bien depuis le matin, \u00e9grappant sans sourciller les heures d\u2019un jour apparemment tranquille. Glissi\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, seconde fois, la voiture n\u2019a pas fini de faire la toupie, elle tourbillonne. Je ne vois pas ma vie d\u00e9filer, est-ce l\u2019annonce d\u2019une non-mort annonc\u00e9e&nbsp;? Quel bilan ferais-je&nbsp;de presque cinquante ans de cabossage ordinaire&nbsp;? L\u2019autoradio continue de fonctionner. Le disque a bascul\u00e9 sur la radio \u00e0 moins que \u00e7a soit moi qui\u2026 Pourrai-je l\u2019\u00e9jecter tout \u00e0 l\u2019heure, France Infos, le disque qui est dedans, jour de proc\u00e8s \u00e0 Bourges, r\u00e9cup\u00e9rer ma compil de Catherine Lara, on parle de quelqu\u2019un qui a enterr\u00e9 des personnes alors qu\u2019elles \u00e9taient encore vivantes, j\u2019y tiens \u00e0 ce disque, ensevelies \u00e0 la va-vite, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 entendu le r\u00e9cit tout \u00e0 l\u2019heure, c\u2019est une compil maison, un cadeau, France Infos se r\u00e9p\u00e8te, c\u2019est insupportable, j\u2019avais s\u00fbrement mis le disque, c\u2019est le choc peut-\u00eatre qui\u2026 Je n\u2019ai pas peur, j\u2019en ai pleinement conscience et ai le temps d\u2019en \u00eatre \u00e9tonn\u00e9e. Coup d\u2019arr\u00eat sur la voie de droite de l\u2019autoroute, une chance, descendre, passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du fameux rail, dans l\u2019herbe mouill\u00e9e, il pleut, t\u00e9l\u00e9phoner, ne pas savoir qui appeler, ne plus savoir et trembler. O\u00f9 \u00eates-vous exactement?  Un bouchon se forme, enterr\u00e9s vivants, le fait divers me poursuit, autoroute Lille Bruxelles, c\u00f4t\u00e9 France, o\u00f9 exactement&nbsp;? Une femme arrive \u00e0 pied, elle s\u2019est arr\u00eat\u00e9e une centaine de m\u00e8tres plus loin. C\u2019est elle qui m\u2019a percut\u00e9e. Etaient-ils conscients&nbsp;? Ce couple, enterr\u00e9 vivant a-t-il r\u00e9alis\u00e9 ce qui se passait&nbsp;? A-t-il senti la terre qui s\u2019amoncelait&nbsp;? Dans la nuit, des gyrophares.&nbsp; Monter dans la voiture de police, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, avec l\u2019autre femme, qui me parle en continu, r\u00e9p\u00e8te son incompr\u00e9hension, se confond en confusions, \u00e9voque ses vacances. Est-ce que je r\u00eave&nbsp;? \u00c0 l\u2019avant, les flics babillent. Nos voitures respectives seront remorqu\u00e9es. Penser \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer mon disque quand je pourrai acc\u00e9der \u00e0 la mienne. <\/p>\n\n\n\n<p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>27 septembre 1987 Rencontr\u00e9 quelqu\u2019un d\u2019autre, quelqu\u2019un de bien, notre histoire prend la flotte, quelqu\u2019un d\u2019autre, de l\u2019allure, de la culture, oui, je la connais, notre histoire r\u00e9tr\u00e9cit, se r\u00e9sume, se borne, un amour de jeunesse, presque une erreur. M\u2019a caress\u00e9 les cheveux avant de sortir, ne sait quand reviendra, son geste m\u2019a effiloch\u00e9 \u00e0 c\u0153ur. Froid. 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