{"id":14345,"date":"2019-09-27T01:00:10","date_gmt":"2019-09-26T23:00:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=14345"},"modified":"2019-09-25T12:42:29","modified_gmt":"2019-09-25T10:42:29","slug":"27-septembre-en-hypotheses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/27-septembre-en-hypotheses\/","title":{"rendered":"27 septembre en hypoth\u00e8ses"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/jeu-de-cubes-vintage_original.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14355\" width=\"265\" height=\"217\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/jeu-de-cubes-vintage_original.jpg 579w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/jeu-de-cubes-vintage_original-420x345.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 265px) 100vw, 265px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle est assise \u00e0 son bureau \u2013 une pi\u00e8ce avec fen\u00eatre (vert feuille des vitres arbor\u00e9es) au 1<sup>er<\/sup> \u00e9tage (maison rue du Docteur Vallon) \u2013 elle se dit que le livre (elle \u00e9crit sous la dict\u00e9e, elle ignore qui dicte) pourrait avoir pour titre <em>Cartes postales de chez soi<\/em> (elle transporte ses cartons de maison en maison, c\u2019est ainsi qu\u2019elle voyage) tricote des hypoth\u00e8ses afin de rassembler les cartes postales en un unique th\u00e8me, se souvient, qu&rsquo;enfant, les puzzles &#8211; <em>On disait jeu de construction&nbsp;!<\/em> s\u2019insurge Nymiji, sa conscience contrari\u00e9e (c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle la nomme) ancr\u00e9e sur son \u00e9paule &#8211; \u00e9taient en cubes de bois, six faces, six images, rang\u00e9s dans une bo\u00eete au fermoir dor\u00e9, \u00e0 tourner dans la main le cube devenait globe, choisir l\u2019image c\u2019\u00e9tait choisir une destination, elle vidait d\u2019abord la bo\u00eete de ses cubes (elle en contenait vingt-quatre) puis un \u00e0 un les reposait dedans \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qu\u2019un fragment d\u2019image laissait voir de son entier inimaginable (la d\u00e9couverte des premi\u00e8res fois !) &#8211;  elle se demande si la carte postale serait plut\u00f4t un cube ou plut\u00f4t une image  &#8211; <em>Imagine un r\u00e9cit en vingt-quatre cartes postales, avec six r\u00e9cits tu as ton bouquin, c\u2019est dans la bo\u00eete !<\/em> affirme triomphante Nymiji, qui pr\u00e9tend, le peut-elle, anticiper ses pens\u00e9es &#8211; &nbsp;alors elle \u00e9tale sur l\u2019\u00e9cran de l\u2019ordi les cartes postales de ses voyages (de chez soi en chez soi) &#8211; dessins-photographies sous la forme d\u2019\u00e9crits \u2013 patiemment elle r\u00e9pertorie en hypoth\u00e8ses &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<em>Le kidnapping des exil\u00e9s<\/em>, un r\u00e9cit, cinq cartes postales &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <em>Les origines espagnoles<\/em>, un r\u00e9cit, sept cartes postales &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<em>C\u00e9line en Nymiji<\/em>, un r\u00e9cit, trois cartes postales &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<em>Les deux exils<\/em>, un r\u00e9cit, une carte postale &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<em>le lien infrangible<\/em>, un r\u00e9cit, une carte postale &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; voit qu\u2019il lui manque un r\u00e9cit &#8211; et pour chacun, &nbsp;combien de cartes postales&nbsp;! &#8211; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; alors elle imagine qu\u2019elle peut aujourd\u2019hui, en ce 27 septembre, changer, r\u00e9tr\u00e9cir la taille de la bo\u00eete, mais elle calcule, recompte, calcule encore, comprend qu&rsquo;aucune hypoth\u00e8se ne lui offre un th\u00e8me, un lien, un sens, un fil, une histoire, se d\u00e9courage et renvoie \u00e0 demain, demain peut-\u00eatre, oui, une autre id\u00e9e lui viendra, demain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Hypoth\u00e8se 1 : Le kidnapping des exil\u00e9s<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9tions-nous si affair\u00e9s, papa maman C\u00e9line et moi, alors que nous prenions le petit-d\u00e9jeuner &#8211; un biscuit de guerre que maman venait de nous distribuer (elle ronchonnait <em>Il faut tout finir, tout, ne rien laisser<\/em>), biscuit carr\u00e9, \u00e9pais, ferme sous la dent sans \u00eatre craquant, j\u2019ai d\u00fb m\u2019interroger <em>On le fabrique pour les jours d\u2019affamement, qui d\u2019autre que nous en mangerait&nbsp;? <\/em>\u2013 que nous rangions paisiblement \u2013 mes jambes seulement flageolaient d\u2019impatience \u2013 la vaisselle lav\u00e9e, essuy\u00e9e, bien propre, dans le buffet \u2013 maman ne laissait jamais rien tra\u00eener \u2013 que nos lits \u00e9taient faits &#8211; pi\u00e8ces a\u00e9r\u00e9es, le soleil commen\u00e7ait \u00e0 cr\u00e9piter dedans \u2013 que nous, les enfants, \u00e9tions habill\u00e9es de robes l\u00e9g\u00e8res en coton fleuri rose et bleu (maman ass\u00e9nait en se taisant &#8211; elle ne parlait pas quand elle d\u00e9coupait et cousait les tissus qu\u2019elle avait achet\u00e9s pour nous v\u00eatir, \u00e0 cause des \u00e9pingles qu\u2019elle gardait dans la bouche et dont les pointes surgissaient hors de ses l\u00e8vres serr\u00e9es &#8211; <em>Ce sont les couleurs des petites filles<\/em>) \u2013 que la maison \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 vivre sa journ\u00e9e \u2013 sans dire qu\u2019elle serait belle, qui de nous l\u2019aurait su&nbsp;? &#8211; et nous tous aussi,&nbsp; puisque, aujourd\u2019hui vingt-sept septembre, nous partions en vacances (voil\u00e0 exactement ce que maman avait dit <em>Nous partons tous les quatre quinze jours en vacances<\/em>) \u2013 partir&nbsp;! que voulait dire partir&nbsp;? nous en fr\u00e9missions, C\u00e9line et moi, de toute notre ignorance &#8211; tandis que papa annon\u00e7ait <em>C\u2019est l\u2019heure<\/em>, qu\u2019il nous fallait nous saisir de quelques paquets pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 l\u2019avance, d\u2019une petite valise (les plus belles, les plus grandes que papa avait confectionn\u00e9es, myst\u00e9rieusement n\u2019\u00e9taient plus l\u00e0, dans la pi\u00e8ce \u00e0 tout faire, il avait dit <em>Elles sont du voyage je vous tranquillise<\/em> mais j\u2019avais bien vu que c\u2019\u00e9tait \u00e0 maman seule qu\u2019il s\u2019adressait) et quitter la maison \u2013 la porte \u00e9tait-elle bien ferm\u00e9e \u00e0 cl\u00e9&nbsp;? je n\u2019avais pas tourn\u00e9 la t\u00eate pour le savoir, j\u2019\u00e9tais press\u00e9e, j\u2019allais le regretter &#8211;&nbsp; marcher vivement jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arr\u00eat du bus &#8211; maman avait grond\u00e9 C\u00e9line <em>Ne tra\u00eene pas les pieds&nbsp;!<\/em> Pourquoi l\u2019aurait-elle fait, n\u2019\u00e9tions-nous pas heureuses de partir&nbsp;? Partir&nbsp;!&nbsp;\u2013 \u00e0 son arriv\u00e9e monter pr\u00e9cipitamment dans le bus et se serrer C\u00e9line et moi sur la banquette \u00e9troite \u2013 papa et maman avaient gliss\u00e9 nos affaires dessous en l\u2019absence de place, et s\u2019agrippaient au milieu d\u2019autres, et d\u2019autres et d\u2019autres encore, aux poign\u00e9es en cuir qui se balan\u00e7aient le long d\u2019une fine barre, de l\u2019avant \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du bus \u2013 atteindre&nbsp; l\u2019a\u00e9roport &#8211; l\u00e0 encore, comme dans le bus, rien que des cris muets \u2013 je refuse d\u2019entendre &#8211; des visages affol\u00e9s, de silencieuses bousculades \u2013 grimper au pas de course sur la passerelle de l\u2019avion qui bient\u00f4t, \u00e0 toute force, percerait le ciel &#8211; je pars enfin je pars, mon c\u0153ur bat tr\u00e8s fort, la journ\u00e9e sera belle m\u00eame si ce n\u2019est plus une certitude depuis que sur le mur,&nbsp; le mur donnant sur la terrasse, le mur \u00e0 l\u2019ombre du grand n\u00e9flier, des balles ont ricoch\u00e9 (mon poing d\u2019enfant pourrait loger dans chaque trou, j\u2019ai regard\u00e9 sans oser v\u00e9rifier) depuis que ma maison a subi &#8211; elle parmi d\u2019autres du quartier &#8211; les ravages des tirs (tout ce temps, stup\u00e9fi\u00e9e de frayeur, tout ce temps j\u2019ai \u00e9t\u00e9 allong\u00e9e sous l\u2019armoire en bois noir de la chambre, et C\u00e9line, contre moi, tout ce temps a pleur\u00e9, tout ce temps, \u00e0 grands hoquets) \u2013 \u00e9tions-nous si affair\u00e9s ce matin-l\u00e0 que personne n\u2019a song\u00e9 \u00e0 d\u00e9tacher la feuille du calendrier qui resterait accroch\u00e9e \u00e0 son bloc pour clamer, sans bruit, <em>Le lendemain, vingt-sept septembre, fut le jour de leur d\u00e9part, ils quitt\u00e8rent leur maison et \u00e0 jamais ils furent perdus. <\/em>&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Hypoth\u00e8se 2 : Les origines espagnoles<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le\nbruit du ballon s\u2019est tu &#8211; en ce vingt-sept septembre (une journ\u00e9e de plus)\nelle est assise \u00e0 son bureau \u2013 le gar\u00e7on est rentr\u00e9 chez lui, personne ne l\u2019a\nappel\u00e9 \u00a1 Ven aqu\u00ed&nbsp;! \u00a1 Ven guapo! alors, sans y r\u00e9fl\u00e9chir, elle se dit <em>C\u2019est\nqu\u2019il n\u2019a pas de grand-m\u00e8re sans doute&nbsp;! <\/em>car elle, elle l\u2019entend ce\ncri \u00a1 Ven aqu\u00ed&nbsp;! qui sort de derri\u00e8re la fen\u00eatre donnant sur la terrasse &#8211;\nl\u2019espagnolette maintient fermement entreb\u00e2ill\u00e9e la crois\u00e9e &#8211; pour rassembler la\ntroupe (deux cousins, deux cousines), cri d\u2019une minuscule femme ramass\u00e9e sur sa\nchaise, coque noire qui ne laisserait pas voir ce qu\u2019elle contient d\u2019alarmes et\nde secrets \u2013 et le plaisir lui revient \u00e0 la bouche de ce chant espagnol des\nmots qu\u2019elle n\u2019a jamais appris peut-\u00eatre jamais compris, chant qui roulait\nguttural sans \u00eatre caillouteux, bruyant parce que toujours, mais toujours\naboy\u00e9, m\u00eame au-dessus des berceaux, chant qui \u00e9teignait jusqu\u2019au silence, chant\nqui tenait de l\u2019enfance \u2013 le langage \u00e9tait simple \u00e0 en \u00eatre pauvre, le plus\nsouvent le fran\u00e7ais l\u2019entrechoquait \u2013 fig\u00e9 \u00e0 la neuvi\u00e8me ann\u00e9e d\u2019une toute\npetite fille venue de Vieille Castille pour suivre ses patrons aux colonies &#8211;\navec la b\u00e9n\u00e9diction des siens qu\u2019elle ne reverra plus jamais plus jamais &#8211;&nbsp; elle comprend qu\u2019en ce jour ordinaire,\ntrouant le calme de la pi\u00e8ce, ce chant va l\u2019assaillir (elle, recroquevill\u00e9e, en\npeine sur le clavier) claquant la langue, lan\u00e7ant des ordres qu\u2019humblement elle\ntranscrira sur la page blanche de l\u2019\u00e9cran \u00a1 Ven&nbsp;! \u00a1 Sube&nbsp;! \u00a1\nAbre&nbsp;! \u00a1 Coge&nbsp;! parce qu\u2019un ballon d\u00e9gonfl\u00e9 a roul\u00e9 dans la rue tandis\nque, devant elle, la crois\u00e9e est ouverte et que l\u2019espagnolette qui r\u00e9siste au\npoignet pend le long du battant, b\u00eatement rel\u00e2ch\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Hypoth\u00e8se 3 : C\u00e9line en Nymiji<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu\nte souviens Nymiji de ce train en partance pour Paris qui s\u2019accrochait aux\nrails en tirs de mitraillettes \u2013 je tremble il r\u00e9veille ma peur wagon vide\njuste C\u00e9line et moi alors la bravoure se partage, les forces s\u2019additionnent au\ncombat &#8211; C\u00e9line m\u2019accompagnait tandis qu\u2019elle se d\u00e9tachait lentement\nsournoisement sans le dire, qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 elle commen\u00e7ait \u00e0 fuir \u00e0 se pr\u00e9voir\nune vie un futur qu\u2019elle ne me proposerait pas \u2013 c\u2019est maman qui l\u2019affirme <em>Vous\nn\u2019\u00eates pas siamoises<\/em> \u2013 un jour du mois de septembre, le 27 je crois, le\njour serait banal si je ne t\u2019engendrais pas &#8211; c\u2019est bien souvent le cas, rien\nde sp\u00e9cial, ce qu\u2019on fait tous les jours, et ce jour qui pr\u00e9c\u00e8de les neuf mois\n\u2013 premi\u00e8re fois dans un train assise dans un wagon, vide&nbsp; &#8211; et je m\u2019endors, des d\u00e9sirs de Paris-l\u2019inconnu\nassaillent mon sommeil mais le songe se d\u00e9r\u00e8gle tu t\u2019installes Nymiji dans un\nbruit de saccades de cavale de cascade j\u2019\u00e9touffe C\u00e9line l\u00e2che ma main enfonce\nma t\u00eate sous l\u2019eau je ne joue pas je meurs je me noie je m\u2019\u00e9broue elle est l\u00e0\nje m\u2019agrippe \u00e0 elle mais elle d\u00e9tache mes doigts un \u00e0 un de son bras je glisse\nje me noie je hurle je ressuscite elle est l\u00e0 m\u2019attire loin de l\u2019eau sur une\nberge je tousse je crache je vis je respire elle s\u2019en va ne se retourne pas je\ncrie mais elle ne r\u00e9pond pas elle grimpe entre les arbres elle est loin toute\npetite au flanc d\u00e9sert d\u2019une colline le soleil tombe dru le mur de la maison\ns\u2019\u00e9croule sous les tirs je suis nue sous l\u2019armoire seule je tremble de froid\ncomment faire sans toi C\u00e9line \u00f4 ma s\u0153ur je ne sais pas &#8211; tu te tais Nymiji,\nrappelle-toi, tu n\u2019es qu\u2019un embryon ce jour-l\u00e0 &#8211; j\u2019entends <em>Tu ne fais pas\ntout bien tu vois, allez, recommence<\/em> c\u2019est C\u00e9line qui le dit, bient\u00f4t ce\nsera toi Nymiji &#8211; mon juge, ma s\u0153ur, sa conscience.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Hypoth\u00e8se 4 : Les deux exils<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La\nvoil\u00e0 \u2013 \u00e9crivant autobiographiquement Les origines espagnoles &#8211; qui fait une\nd\u00e9couverte, assise \u00e0 son bureau (en peine, toujours en peine) elle se dit que\nc\u2019est de la douleur, de la plainte que na\u00eet son \u00e9criture<em> &#8211; Quelle\nhorreur&nbsp;!<\/em> s\u2019exclame Nymiji qui s\u2019incruste sur l\u2019\u00e9paule, lit tout ce\nqu\u2019elle d\u00e9verse sur la page de l\u2019\u00e9cran, et commente &#8211; mais aujourd\u2019hui, en ce\n27 septembre <em>Et tu crois que tout change&nbsp;!<\/em> cette douleur accroch\u00e9e\n\u00e0 son dos (un sac de voyage en lambeaux \u00e0 force de le porter de maison en\nmaison, de le bourrer de cartons qu\u2019elle d\u00e9m\u00e9nage, de trucs <em>Tu peux dire\ntrucs,<\/em> de trucs \u00e0 souvenir qui encombrent la t\u00eate et broient, parfois,\nl\u2019estomac, de trucs \u00e0 caresser qui mutilent les doigts) elle la pose \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du\nclavier, elle lui fait une place <em>C\u2019est ce qui lui manquait<\/em>, elle vient\nd\u2019\u00e9crire et c\u2019est la premi\u00e8re fois <em>Ce que tu sais depuis toujours n\u2019est pas\nune trouvaille<\/em>, que sa grand-m\u00e8re a quitt\u00e9 sa terre <em>Un village\nminuscule, une rue en cailloux<\/em> comme elle, au m\u00eame \u00e2ge <em>Tu ne peux pas\ncomparer<\/em> alors elle songe que peut-\u00eatre le fardeau, l\u00e0, <em>C\u2019est dur de le\nnommer<\/em>, il n\u2019est pas le sien, et si elle se trompait <em>Depuis disons\ntoujours, hein&nbsp;?<\/em> si ce n\u2019\u00e9tait pas elle, l\u2019exil\u00e9e&nbsp;? <em>Ce n\u2019est\ns\u00fbrement pas toi la premi\u00e8re<\/em>, alors le menton dans les mains appuy\u00e9, les\nyeux clos, elle cherche l\u2019instant de d\u00e9rapage <em>Un instant, quelle id\u00e9e&nbsp;!<\/em>\npourquoi a-t-elle gliss\u00e9, elle, tandis que ses parents -son p\u00e8re, elle ne sait\npas, mais sa m\u00e8re \u2013 et C\u00e9line ont accept\u00e9 l\u2019installation sur un sol \u00e9tranger <em>Notre\ngrand-m\u00e8re aussi, c\u2019\u00e9tait une femme heureuse et gaie<\/em>, d\u2019un geste de\nl\u2019\u00e9paule elle d\u00e9croche Nymiji, elle se dit que le 27 septembre aurait pu \u00eatre\nun grand jour d\u2019esp\u00e9rance, un jour de renouveau, mais l\u2019autre, qui n\u2019abandonne\npas, d\u2019un bon coup dans les c\u00f4tes lui arrache le souffle et arrogante, proclame\n<em>Tu t\u2019\u00e9gares, tu ne m\u2019\u00e9coutes jamais&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Hypoth\u00e8se 5 : Le lien infrangible<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce pourrait \u00eatre le 27 septembre d\u2019une ultime ann\u00e9e &#8211; elle fermerait la fen\u00eatre de son bureau, Nymiji se tairait, surprise d\u2019\u00eatre enfin entendue \u2013 pour toujours muette &#8211; et moi, moi, je songerais, apais\u00e9e <em>Ainsi j\u2019\u00e9tais le ma\u00eetre de ma destin\u00e9e<\/em> \u2013 ce jour qui chasserait ma perception puzzelienne du pass\u00e9 &#8211; elle d\u00e9guerpirait de mon esprit sans laisser de bagages ni de traces \u2013 ce jour \u2013 s\u2019il pouvait na\u00eetre&nbsp;! \u2013 verrait s\u2019inscrire au fronton de ma porte rue du Docteur Vallon <em>Ici est ma maison<\/em>, devant s\u2019amoncelleraient les cartons effondr\u00e9s, leurs trucs d\u00e9bordant sur le sol &#8211; un sol qui ne serait plus inconnu \u00e9tranger \u2013 des trucs amass\u00e9s, d\u2019une valeur chim\u00e9rique \u2013 une vieille couverture \u00e0 trame effiloch\u00e9e, un rai de soleil persienn\u00e9, l\u2019air accablant de chaleur, la baie le ciel la mer le ciel la plage le ciel l\u2019azur, un grand n\u00e9flier sombre aux feuilles dures, une marelle en terrasse, un jeu de cartes espagnoles, les cousins et C\u00e9line &#8211; la siamoise qui s\u2019est d\u00e9tach\u00e9e \u2013 une grand-m\u00e8re d\u2019origine, le sable le sable, un biscuit de guerre, un calendrier, des fen\u00eatres en grande quantit\u00e9 avec ou sans barreaux, des tirs de mitraillettes sous les rails d\u2019un train, une grande maison jaune, le vert feuille des arbres, le bruit d\u2019un ballon d\u00e9gonfl\u00e9 \u2013 ce jour &#8211; il n\u2019est pas venu &#8211;&nbsp; je le reconnaitrais \u00e0 l\u2019odeur du papier, \u00e0 celle de la colle, du carton solide &#8211; lointain cousin de l\u2019autre qui transportait des trucs, m\u00eame si celui-l\u00e0 est conteneur aussi, de lettres qu\u2019on dessine sur l\u2019ivoire des pages et qui forment des mots, une langue qui devient un langage &#8211; et mes pieds qu\u2019humblement j\u2019aurais d\u00e9chauss\u00e9s s\u2019inviteraient dans ma demeure, le carrelage serait frais sans \u00eatre ciment\u00e9 en formes g\u00e9om\u00e9triques, le relieur &#8211; mon p\u00e8re \u2013&nbsp; s\u2019en serait absent\u00e9 depuis de tr\u00e8s longues ann\u00e9es <em>Il n\u2019a pas habit\u00e9 rue du Docteur Vallon<\/em> m\u2019aurait chuchot\u00e9 Nymiji avant de dispara\u00eetre, <em>pas plus que dans toutes les maisons que tu as travers\u00e9es avec tes cartons<\/em>, je hocherais la t\u00eate, tranquille, puisque ce jour d\u2019un 27 septembre d\u2019une ultime ann\u00e9e, j\u2019aurai tir\u00e9 un trait infrangible, du livre, fabriqu\u00e9 il y a bien longtemps dans la pi\u00e8ce \u00e0 tout faire, \u00e0 mes mots d\u2019aujourd\u2019hui, \u00e9crits pour m\u2019allonger \u2013 m\u2019abriter &#8211; entre deux couvertures, cartonn\u00e9es, cartonn\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle est assise \u00e0 son bureau \u2013 une pi\u00e8ce avec fen\u00eatre (vert feuille des vitres arbor\u00e9es) au 1er \u00e9tage (maison rue du Docteur Vallon) \u2013 elle se dit que le livre (elle \u00e9crit sous la dict\u00e9e, elle ignore qui dicte) pourrait avoir pour titre Cartes postales de chez soi (elle transporte ses cartons de maison en maison, c\u2019est ainsi qu\u2019elle <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/27-septembre-en-hypotheses\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">27 septembre en hypoth\u00e8ses<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":32,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1090,1146],"tags":[1226,1045,1227,1231,1228,1230,1229],"class_list":["post-14345","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-08-nos-27-septembre","category-ete-2019-9-les-hypotheses-anne-james","tag-cubes","tag-exil","tag-images","tag-infrangible","tag-kidnapping","tag-lien","tag-origines"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14345","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/32"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14345"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14345\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14345"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14345"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14345"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}