{"id":143508,"date":"2024-01-21T22:57:08","date_gmt":"2024-01-21T21:57:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=143508"},"modified":"2024-01-22T08:26:42","modified_gmt":"2024-01-22T07:26:42","slug":"gestesusages01-ernaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/gestesusages01-ernaux\/","title":{"rendered":"#gestes&#038;usages #01 | Ernaux"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cause des brouillards de ces matins d\u2019automne, brumes opaques comme un voile de dentelle \u00e9tendu sur le sol, cachant jusqu\u2019au bout mes bottes de pluie et la paume blanche de ta main qui tient la mienne sur le chemin de l\u2019\u00e9cole, souvenir presque transparent, p\u00e2les instants tout juste \u00e9clos du pr\u00e9sent.<br>Mais il y avait aussi ton regard triste r\u00e9chauff\u00e9 par le soleil, tes pupilles brunes qui se faisaient noisette lorsque tu me souriais et la douceur des reflets du vert en pleine lumi\u00e8re, quand la pupille sombre se fait aussi petite qu\u2019une t\u00eate d\u2019\u00e9pingle. Ce matin d\u2019automne, le ciel \u00e9tait trop plein de nuages. Je n\u2019ai vu que la ros\u00e9e, minuscules larmes d\u2019argent, gelant en une trame cassante la toile de l\u2019araign\u00e9e tendue sur le grillage du jardin, les \u00e9cureuils roux et celui au pelage couleur d\u2019\u00e9b\u00e8ne stri\u00e9e de fl\u00e8ches rouges, d\u00e9guerpissant au son de nos pas, \u00e9clair noir sur le gravier blanc, petit corps gracile presque invisible, sautant de l\u2019ombre verte d\u2019un grand pin pour gagner la cime silencieuse d\u2019un ch\u00eane bien trop vieux au tronc d\u00e9j\u00e0 couvert de mousse et aux branches nues. Et puis le violet, le brun sec, le jaune vif de toutes ces feuilles couvrant les trottoirs, comme un tapis qu\u2019aurait d\u00e9roul\u00e9 l\u2019automne pour nous faire f\u00eate. Ton rire chaud. Ta main aussi.<br>Songer aux jeux du retour comme une \u00e9ternelle promesse et les cabanes \u00e0 inventer en grimpant \u2014 tes deux mains rassurantes ceinturant ma taille \u2014 dans l\u2019abri des troncs creux des marronniers du square. Fragiles images du pr\u00e9sent.<br>On a pourtant repeint le portail de l\u2019\u00e9cole en bleu.<br>Alors, regarder ta silhouette s\u2019\u00e9loigner au loin, seul au milieu de la rue vide, ravaler une larme, se mettre en rang par deux \u00e0 la sonnerie stridente, s\u2019assoir, le dos droit face \u00e0 son pupitre. \u00c9couter sans entendre les syllabes exag\u00e9r\u00e9es par la ma\u00eetresse. R\u00e9p\u00e9ter. R\u00e9p\u00e9ter encore. Observer la pendule dont les aiguilles paressent. Ne pas oublier de lever la main pour avoir droit de se lever, s\u2019avancer calmement entre la rang\u00e9e de bureaux et tailler son crayon \u2014 sans en mettre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la poubelle pos\u00e9e au pied du tableau noir \u2014 t\u00e2ter la pointe de carbone de son index pour savoir quand c\u2019est assez, regagner sa place le plus lentement possible pour grappiller quelque minutes aux interminables journ\u00e9es d\u2019automne.<br>Esp\u00e9rer la sonnerie qui me d\u00e9livrera de ma chaise aux pieds de m\u00e9tal gris chauss\u00e9s de patins de caoutchouc noir. Refermer mon cartable et sortir en trombe dans la cour. Traverser en diagonale pour sauter dans tes bras.<br>Ce soir, tu n\u2019es plus l\u00e0.<br>Je n\u2019avais pas vu l\u2019hiver au fond de tes yeux d\u2019encre<br>Le brouillard a voil\u00e9 les \u00e9toiles<br>Prendre racine sur le trottoir<br>Se fondre dans le flou de la brume froide<br>Attendre la neige<br>L\u2019automne est mort<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 cause des brouillards de ces matins d\u2019automne, brumes opaques comme un voile de dentelle \u00e9tendu sur le sol, cachant jusqu\u2019au bout mes bottes de pluie et la paume blanche de ta main qui tient la mienne sur le chemin de l\u2019\u00e9cole, souvenir presque transparent, p\u00e2les instants tout juste \u00e9clos du pr\u00e9sent.Mais il y avait aussi ton regard triste r\u00e9chauff\u00e9 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/gestesusages01-ernaux\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#gestes&#038;usages #01 | Ernaux<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":392,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5482,5481],"tags":[],"class_list":["post-143508","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-01-ernaux","category-gestesusages"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143508","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/392"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=143508"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143508\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=143508"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=143508"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=143508"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}