{"id":144312,"date":"2024-02-01T17:37:24","date_gmt":"2024-02-01T16:37:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=144312"},"modified":"2024-02-01T17:37:25","modified_gmt":"2024-02-01T16:37:25","slug":"autobiographie-04-trois-carnets-trois-adresses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-04-trois-carnets-trois-adresses\/","title":{"rendered":"autobiographie #04 | trois carnets, trois adresses"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"850\" height=\"692\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Marburg-carte.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-144313\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Marburg-carte.jpg 850w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Marburg-carte-420x342.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Marburg-carte-768x625.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>9, Georgstra\u00dfe Marburg<br>Aucun souvenir bien s\u00fbr puisqu\u2019une adresse ant\u00e9rieure \u00e0 ma naissance, retrouv\u00e9e dans le carnet \u00e0 la couverture cartonn\u00e9e, bleu marine \u00e0 l\u2019origine, mais l\u00e0 d\u2019un bleu \u00e9teint, malmen\u00e9 par l\u2019humidit\u00e9 des ann\u00e9es, retrouv\u00e9 dans une bo\u00eete au milieu d\u2019innombrables photos des ann\u00e9es cinquante. Un carnet allemand, 1955 imprim\u00e9 en creux \u2013 les chiffres paraissent avoir \u00e9t\u00e9 dor\u00e9s \u2013 au milieu de la couverture, en haut. Un agenda en r\u00e9alit\u00e9, plus qu\u2019un carnet d\u2019adresses o\u00f9 \u00e9taient not\u00e9es diverses choses sans importance (pour moi, cinquante ans plus tard) avec tout de m\u00eame l\u2019arriv\u00e9e sur cette terre de M.-L., la grande s\u0153ur, en juillet. Aucun souvenir de cette Georgstra\u00dfe sauf cette sensation \u2013 en la parcourant \u00e0 vos c\u00f4t\u00e9s un jour de 2007 \u2013 d\u2019une familiarit\u00e9 qui pouvait me laisser croire que je l\u2019avais connue. A cause de la maison jaune, ce jaune qui a marqu\u00e9 mon enfance, c\u00f4toyant d\u2019autres villas similaires, mais pas identiques, la sensation d\u2019y avoir v\u00e9cu quand j\u2019y avais seulement \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue. Vous me le sugg\u00e9rez. L\u2019impression d\u2019habiter vos corps, d\u2019en ressentir les \u00e9motions, le pass\u00e9 enfoui d\u2019o\u00f9 \u00e9mergent des souvenirs par vous seuls partag\u00e9s, des fr\u00e9missements larguant leurs vibrations dans le cocon de notre avanc\u00e9e, nous trois si proches dans la promenade, muette, dans la Georgstra\u00dfe \u00e0 Marburg.<\/p>\n\n\n\n<p>6, impasse de la Selle Le Cateau<br>L\u2019adresse revient dans tous les carnets retrouv\u00e9s, au hasard des ann\u00e9es \u2013 6, impasse de la Selle, Le Cateau \u2013 la ville des quinze jours en ao\u00fbt, une ann\u00e9e sur deux. Impasse de la Selle, une visite \u00e0 rendre, pas un lieu de vacances. On savait que la Selle coulait derri\u00e8re la maison, pourtant aucun souvenir de l\u2019eau. Ce seraient des embrassades, du parler haut et l\u2019accent du Nord, la voix d\u2019une grande famille o\u00f9 se taisent les soucis, les ennuis, les fatigues, les souffrances. On vivait l\u00e0 depuis toujours, depuis le temps de la photo encadr\u00e9e sur le buffet au plateau de marbre, le couple de mari\u00e9s, elle et ses yeux noirs, lui le regard clair, la photo est en noir et blanc. L\u2019atmosph\u00e8re \u00e9tait toujours \u00e0 la f\u00eate, il semblait que les familles nombreuses \u00e9taient les plus heureuses, les yeux plus bleus, les sourires plus larges. La maison, elle aussi participait de la lumi\u00e8re ambiante, le jour y entrait \u00e0 flots ne laissant rien dans l\u2019ombre. On arrivait ici avec la sensation de pouvoir \u00eatre soi, sans cachotteries, parce qu\u2019on y serait accueilli ainsi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>4, rue du Docteur Victor-Hutinel Paris<br>La premi\u00e8re occurrence de cette adresse \u2013 4, rue du Docteur Victor-Hutinel, \u00e0 Paris \u2013 date de si longtemps, trente-cinq ans peut-\u00eatre, que le carnet o\u00f9 elle \u00e9tait not\u00e9e a disparu. C\u2019est une adresse retenue dans le carnet d\u2019adresses mental, l\u00e0 o\u00f9 se retrouvaient aussi tous les num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone quand n\u2019existaient pas encore les portables et les applications <em>ad hoc<\/em>. C\u2019est le carnet-m\u00e9moire, des adresses mais aussi celui des dates d\u2019anniversaires, de quelques plaques d\u2019immatriculation. C\u2019\u00e9tait un rendez-vous mensuel, la certitude d\u2019un havre de paix, de partage, de discussions tardives, de repas concoct\u00e9s pour le plaisir de la surprise. A la fin de la journ\u00e9e, la perspective de se rendre au 4, rue du Docteur Victor-Hutinel faisait bondir quelque chose dans la poitrine, posait un sourire sur les l\u00e8vres, \u00e9clairait le regard. C\u2019\u00e9tait la parenth\u00e8se du mois, trois ann\u00e9es durant, le souffle pour l\u2019une comme pour l\u2019autre, la joie de savoir que l\u2019on se retrouverait quatre semaines plus tard.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>9, Georgstra\u00dfe MarburgAucun souvenir bien s\u00fbr puisqu\u2019une adresse ant\u00e9rieure \u00e0 ma naissance, retrouv\u00e9e dans le carnet \u00e0 la couverture cartonn\u00e9e, bleu marine \u00e0 l\u2019origine, mais l\u00e0 d\u2019un bleu \u00e9teint, malmen\u00e9 par l\u2019humidit\u00e9 des ann\u00e9es, retrouv\u00e9 dans une bo\u00eete au milieu d\u2019innombrables photos des ann\u00e9es cinquante. 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