{"id":14526,"date":"2019-09-27T01:00:12","date_gmt":"2019-09-26T23:00:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=14526"},"modified":"2019-09-26T21:53:28","modified_gmt":"2019-09-26T19:53:28","slug":"lundi-27-septembre-2010","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/lundi-27-septembre-2010\/","title":{"rendered":"Lundi 27 septembre 2010"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je t&rsquo;attends, nous t&rsquo;attendons. Je ne sais pas si tu vas arriver aujourd&rsquo;hui. Comme tous les matins, j&rsquo;ouvre les volets, je descends les escaliers, je bois un caf\u00e9 vite fait. Je me pr\u00e9pare. Je dois me d\u00e9p\u00eacher. Aujourd&rsquo;hui je pars \u00e0 Lyon, c&rsquo;est ma rentr\u00e9e. C&rsquo;est le premier jour de ma deuxi\u00e8me ann\u00e9e d&rsquo;atelier r\u00e9gulier d&rsquo;\u00e9criture \u00e0 Aleph. Le ciel est frais et bleu d&rsquo;automne. Je prends ma voiture pour me rendre \u00e0 la gare la plus proche \u00e0 35 km. Je n&rsquo;\u00e9coute pas l&rsquo;autoradio, mon esprit se prom\u00e8ne, mes id\u00e9es s&rsquo;enfuient comme les chevreuils aper\u00e7us \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e de la for\u00eat. Nous sommes loin. Habiter la campagne c&rsquo;est presque un luxe. Pas de pollution apparente dans cette r\u00e9gion d&rsquo;\u00e9levage mais des contraintes li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9loignement. Il faut tout pr\u00e9voir. Le pain quotidien n&rsquo;est plus et le reste non plus dans ce petit village de 130 habitants. Il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 consommer. Les cloches de l&rsquo;\u00e9glise rythment sans autorit\u00e9 les heures de la journ\u00e9e. J&rsquo;aime  les entendre. Il arrive parfois que le vent  m&rsquo;apporte des voix, des cris d&rsquo;enfants.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le train o\u00f9 les passagers sont balanc\u00e9s sans consid\u00e9ration, les bruits sont autres, je suis en mouvement involontaire, je ne ferme pas les yeux. Mes id\u00e9es vagabondent, la lumi\u00e8re va et vient, dispara\u00eet \u00e0 la travers\u00e9e des tunnels me renvoyant mon image sur les  fen\u00eatres devenues miroirs. Je suis floue, mouvante, je ne me regarde pas. J&rsquo;aper\u00e7ois d&rsquo;autres villages, d&rsquo;autres for\u00eats. La vie se r\u00e9veille et s&rsquo;\u00e9loigne de ces paysages \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. J&rsquo;entends les passagers sans les voir, la plupart se rendent \u00e0 leur travail. Certains rousp\u00e8tent sur les retards r\u00e9guliers du train, le manque de consid\u00e9ration des voyageurs, d&rsquo;autres sur le confort&nbsp;: \u00abIl para\u00eet qu&rsquo;ils veulent supprimer les premi\u00e8res classes&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Sur des trajets courts, les premi\u00e8res classes ne se justifient pas&nbsp;\u00bb le d\u00e9bat r\u00e9veille les endormis. C&rsquo;est vrai que dans ces TER \u00e0 part la couleur des si\u00e8ges qui diff\u00e9rencie les premi\u00e8res classes des secondes, la diff\u00e9rence ne para\u00eet pas flagrante.&nbsp;La discussion est vive. Une voix off annon\u00e7ant l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 la  gare de Lyon part dieu, cl\u00f4t le d\u00e9bat. Je  descends du train, je suis dans le flux, j&rsquo;avance avec la  foule, les gens se bousculent, se touchent, s&rsquo;excusent ou pas, tous press\u00e9s, tous d\u00e9j\u00e0 dans l&rsquo;instant d&rsquo;apr\u00e8s. Je ne tra\u00eene pas non plus. L&rsquo;air sent la ville, j&rsquo;ai un tram \u00e0 prendre, je ne dois pas me tromper, je dois descendre au bon arr\u00eat. J&rsquo;ai l&rsquo;habitude mais aujourd&rsquo;hui n&rsquo;est pas habituel dans ma t\u00eate. C&rsquo;est une journ\u00e9e \u00e0 t&rsquo;attendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nA l&rsquo;atelier, je ne veux pas trop te\npenser, je n&rsquo;ai toujours pas de nouvelles. J&rsquo;apprends sur mon\n\u00e9criture, ce moi qui \u00e9crit, ce je qui est une autre et qui est moi.\nJe ne suis plus s\u00fbre de rien si ce n&rsquo;est de mes contradictions.\nJ&rsquo;\u00e9cris oui, j&rsquo;\u00e9cris non. Je suis toujours au carrefour des mots,\naux phrases qui sont des routes \u00e0 continuer mais sur lesquelles\naussi je fais demi-tour pour en prendre d&rsquo;autres. Peut-\u00eatre\nn&rsquo;arriveras-tu pas aujourd&rsquo;hui, peut-\u00eatre n&rsquo;es-tu toujours pas\nd\u00e9cid\u00e9e \u00e0 nous rencontrer. Plusieurs fois dans la journ\u00e9e,\ndiscr\u00e8tement, je consulte mon t\u00e9l\u00e9phone, pas de message.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;atelier termin\u00e9, pendant  mes deux heures trente de trajet pour rentrer, seule l&rsquo;attente que j&rsquo;ai de toi m&rsquo;accompagne. Je ne tente pas de saisir le monde, j&rsquo;en fais abstraction, je tente d&rsquo;oublier la  folie de la ville. Je suis heureuse de retrouver ma campagne, ma maison au milieu des p\u00e2turages. En septembre le silence est encore dense. Les habitants sont essentiellement agriculteurs, \u00e9leveurs de vaches race charolaise. La vie parait ordinaire. En apparence. C&rsquo;est sans doute d\u00fb au silence \u00e0 moins que cela ne soit d\u00fb \u00e0 mon ignorance. N\u00e9e bien loin de cette campagne, salari\u00e9e \u00e0 la ville \u00ab\u00a0je ne suis pas d&rsquo;ici\u00a0\u00bb comme ils disent. Je les connais peu. Nous nous voyons aux festivit\u00e9s qui se r\u00e9sument \u00e0 la f\u00eate patronale, au loto organis\u00e9 au profit de l&rsquo;\u00e9cole. Selon les saisons ce silence s&rsquo;adapte aux  bruits des travaux agricoles. Il y a des engins impressionnants, des tracteurs g\u00e9ants avec d&rsquo;\u00e9normes pinces  qui capturent d&rsquo;\u00e9normes bottes de paille. Aujourd&rsquo;hui des quads sillonnent les p\u00e2turages, et c&rsquo;est au bruit de leur moteur que les troupeaux se rassemblent. Les vaches ont une capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation \u00e0 la modernit\u00e9 que je ne soup\u00e7onnais pas. Le fermier au grand manteau, le b\u00e2ton \u00e0 la main, arpentant  les p\u00e2turages pour  les surveiller, les rassembler, s&rsquo;est \u00e0 jamais endormi.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis fin ao\u00fbt, comme ils disent ici : \u00ab&nbsp;les jours avancent \u00e0 diminuer&nbsp;\u00bb. D\u00e8s 20 heures l&rsquo;horizon s&rsquo;\u00e9claire au soleil couchant, dessinant un ciel de feu, troublant les nuages, appelant les \u00e9toiles. Je ferme les volets. Je cherche les couleurs de mes cotons, la toile \u00e0 broder, des mod\u00e8les de lettres d&rsquo;alphabet. J&rsquo;envisage le repos de mon fauteuil. La chatte impatiente l&rsquo;esp\u00e8re aussi sur mes genoux. Elle aussi attend. Je reste attentive \u00e0 mon t\u00e9l\u00e9phone. Il est 22 h 15, l&rsquo;\u00e9cran s&rsquo;illumine&nbsp;: \u00ab\u00a0Coline est n\u00e9e, tout va bien\u00a0\u00bb. Je suis heureuse, je remercie pour cette nouvelle vie au monde. Ta vie. Quel beau pr\u00e9nom Coline. Cela fait neuf mois qu&rsquo;on t&rsquo;attendait. Je peux enfin choisir les lettres pour ton pr\u00e9nom \u00e0  broder. Nous sommes le 27 septembre 2010.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je t&rsquo;attends, nous t&rsquo;attendons. Je ne sais pas si tu vas arriver aujourd&rsquo;hui. 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