{"id":14543,"date":"2019-09-26T21:22:44","date_gmt":"2019-09-26T19:22:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=14543"},"modified":"2019-09-26T21:22:45","modified_gmt":"2019-09-26T19:22:45","slug":"memoire-morte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/memoire-morte\/","title":{"rendered":"M\u00e9moire morte"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Assise \u00e0 son bureau dont elle a totalement oubli\u00e9 la facture elle m\u00e2chonne le bout de son stylo se demandant ce qu&rsquo;elle pourrait bien \u00e9crire \u00e0 pr\u00e9sent sa m\u00e8re vaque \u00e0 ses occupations domestiques son p\u00e8re est par monts et par vaux et par la fen\u00eatre \u00e0 six carreaux qui lui fait front (\u00e0 moins que ce ne soit \u00e0 quatre elle ne sait plus compter les nombres lui \u00e9chappent \u00e0 peine saisis) <strong>elle peut voir la ruelle et surtout surtout le mur mena\u00e7ant de la maison voisine inhospitali\u00e8re avec ses volets toujours clos et son grand portail vert attenant derri\u00e8re lequel elle entraper\u00e7oit un jardin en friches aux hautes herbes envahissantes qui ont pris le dessus elle se dit qu&rsquo;elle a bien de la chance d&rsquo;\u00eatre ici plut\u00f4t que l\u00e0-bas en face<\/strong> (&#8230;.) <strong>mais la voil\u00e0  sur le trottoir \u00e0 pr\u00e9sent enferm\u00e9e dehors et derri\u00e8re les carreaux elle cherche un mouvement un indice un ultime souvenir de la fillette d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e se moque bien du mur mena\u00e7ant \u00e0 qui elle tourne le dos c&rsquo;est sa m\u00e9moire \u00e0 elle qui est en friches <\/strong>(&#8230;.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Hypoth\u00e8se\n1&nbsp;: OSER<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\nElle aurait os\u00e9 appuy\u00e9 sur la sonnerie de cette maison qui n&rsquo;\u00e9tait\nplus la sienne, et o\u00f9 pourtant elle avait grandi et dont elle\nconservait des souvenirs vivaces, intimes. Une dame d&rsquo;\u00e0 peu pr\u00e8s\nson \u00e2ge aurait ouvert la porte, descendu les quelques marches qui\nmenaient au portillon et lui aurait demand\u00e9 \u00e0 travers les barreaux\nce qu&rsquo;elle voulait. Elle aurait d\u00e9ball\u00e9 son la\u00efus pr\u00e9par\u00e9 \u00e0\nl&rsquo;avance, qu&rsquo;elle avait v\u00e9cu dans cette maison, qu&rsquo;elle avait juste\nenvie de s&rsquo;approcher, d&rsquo;en faire le tour voire plus si elle le lui\npermettait. La dame aurait regard\u00e9 l&rsquo;heure, encore le temps avant\nd&rsquo;aller chercher les enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, aurait h\u00e9sit\u00e9, fallait-il\nfaire confiance, fallait-il se m\u00e9fier, de nos jours, etc, puis\naurait accept\u00e9 d&rsquo;ouvrir le portillon. Elle (l&rsquo;effront\u00e9e) aurait\ncontourn\u00e9 la maison en \u00e9voquant quelques images du pass\u00e9, avant\nici, c&rsquo;\u00e9tait comme \u00e7a, \u00e0 cet endroit, il y avait une cabane, un\nn\u00e9flier, un bac \u00e0 sable. Rassur\u00e9e par la sinc\u00e9rit\u00e9 de\nl&rsquo;inconnue, la propri\u00e9taire des lieux lui aurait propos\u00e9 de\np\u00e9n\u00e9trer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, de prendre un verre. Elle aurait eu envie\nde tout voir, d&rsquo;en explorer chaque recoin avec pr\u00e9cipitation mais se\nserait retenue, se laissant guider par son h\u00f4te. Puis elle aurait\ncess\u00e9 de parler, d&rsquo;\u00e9couter, pour observer l&rsquo;endroit, ce dedans qui\nn&rsquo;aurait ressembl\u00e9 en rien \u00e0 ce qu&rsquo;elle avait connu, cet int\u00e9rieur\nsi \u00e9loign\u00e9 de sa m\u00e9moire, si \u00e9tranger. Mettre fin au supplice, \u00e0\nla d\u00e9ception abyssale et rejoindre la rue, remportant avec elle ses\nquestions rest\u00e9es sans r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>\n<strong>Hypoth\u00e8se 2&nbsp;: RETOUR DANS LE PASSE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\nAu passage de la porte vitr\u00e9e, apr\u00e8s la v\u00e9randa, elle aurait tout\nretrouv\u00e9, le po\u00eale de forme cubique tr\u00f4nant au milieu de la pi\u00e8ce\navec son tuyau traversant le plafond, le canap\u00e9 en ska\u00ef, la table\nrectangulaire de la salle \u00e0 manger, les dalles de linoleum,\nl&rsquo;aquarium pos\u00e9 sur le buffet, la table basse en verre, les\naboiements du chien, les cris du petit fr\u00e8re, la m\u00e8re affair\u00e9e en\ncuisine, son chemisier blanc \u00e0 gros pois color\u00e9s sous lequel on\ndevinait des formes g\u00e9n\u00e9reuses, l&rsquo;odeur d&rsquo;humidit\u00e9, de tabac\nfroid, le son de la t\u00e9l\u00e9vision allum\u00e9e, l&rsquo;absence bruyante du\np\u00e8re. Elle aurait retrouv\u00e9 la petite fille effront\u00e9e, pleine de\nr\u00eaves et d&rsquo;envies, la saveur de ses huit ans, ses joies enfantines,\nla s\u00e9curit\u00e9 de sa chambre, ses courses survolt\u00e9es \u00e0 travers\nl&rsquo;escalier, ses frustrations, ses menus chagrins. Elle s&rsquo;en serait\nenduit la peau, remplie les yeux, les oreilles, le nez, les poumons,\nla t\u00eate pour ne plus rien laisser \u00e9chapper.<\/p>\n\n\n\n<p> <strong>Hypoth\u00e8se 3 : FIN HEUREUSE <\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>\nElle avait entendu raconter que quelques ann\u00e9es avant sa naissance,\nun couple de personnes \u00e2g\u00e9es avait \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 poignard\u00e9 dans\nla b\u00e2tisse aux murs mena\u00e7ants, l&rsquo;un dans son fauteuil de cuir brun,\nl&rsquo;autre \u00e0 la table de la cuisine devant sa tisane verveine-menthe.\nUne dizaine de coups de couteau chacun &#8212; pour s\u00fbr, on ne voulait\npas qu&rsquo;ils survivent&nbsp;! Aucune trace d&rsquo;effraction n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9\nrelev\u00e9e ni aucun objet d\u00e9rob\u00e9. L&rsquo;enqu\u00eate avait dur\u00e9 plusieurs\nmois sans qu&rsquo;aucune piste valable ne soit envisag\u00e9e ni aucun\ncoupable arr\u00eat\u00e9. Une rumeur avait circul\u00e9 dans la ruelle, chez les\nvoisins alentours, mettant en cause les petits-enfants des victimes,\nau nombre de trois. On les avait surpris un dimanche apr\u00e8s-midi\nquittant la maison de leurs a\u00efeux avec pertes et fracas. Les ragots\ns&rsquo;\u00e9taient multipli\u00e9s \u00e0 l&rsquo;envi avant de se taire compl\u00e8tement au\nbout de quelques mois. Alors ce jour-l\u00e0, pour combler l&rsquo;ennui de ce\nmercredi sans projet, elle aurait demand\u00e9 \u00e0 son fr\u00e8re a\u00een\u00e9\nd&rsquo;escalader le mur de la maison d&rsquo;en face avec elle pour aller\nvisiter le jardin voire plus s&rsquo;ils s&rsquo;en sentaient le courage. Ils y\nseraient all\u00e9s une fois, puis deux puis trois avant d&rsquo;y occuper\ntoutes leurs fins d&rsquo;apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9cole. Ils auraient\nfouill\u00e9, le jardin, d&rsquo;abord, puis seraient parvenus \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer\ndans la maison  par une fen\u00eatre bris\u00e9e, en auraient explor\u00e9 les\nrecoins, les cave et grenier, y auraient pass\u00e9 des heures \u00e0 jouer \u00e0\nse faire peur, avant de d\u00e9couvrir une trappe dissimul\u00e9e sous un\nvieux tapis oriental. Sous la trappe, ils auraient d\u00e9couvert un sac\nrempli de louis d&rsquo;or et de pi\u00e8ces Napol\u00e9on dor\u00e9es \u00e9galement. Il\nauraient mis un certain temps avant de partager leur pr\u00e9cieuse\nd\u00e9couverte avec les parents. S&rsquo;y seraient repris \u00e0 plusieurs fois\npour leur fournir toutes les explications requises. La m\u00e8re aurait\npleur\u00e9, le p\u00e8re aurait beugl\u00e9, les auraient trait\u00e9s de tous les\nnoms avant de se radoucir, le petit fr\u00e8re n&rsquo;aurait rien compris et\nse serait mis \u00e0 crier de plus belle. Ce n&rsquo;est que pass\u00e9e la\ntemp\u00eate, au bout de quelques jours et quelques centaines de scenarii\ndiff\u00e9rents, d&rsquo;hypoth\u00e8ses diverses, que les parents auraient fini\npar tomber d&rsquo;accord pour garder le tr\u00e9sor. La fameuse demeure \u00e9tait\nabandonn\u00e9e depuis des ann\u00e9es sans qu&rsquo;ils n&rsquo;aient jamais vu personne\nsans pr\u00e9occuper alors&#8230; Et puis ils se trouvaient si endett\u00e9s que\nce tr\u00e9sor tomb\u00e9 du ciel leur serait apparu comme un cadeau de la\nprovidence. Ils auraient rembours\u00e9 tous leurs cr\u00e9anciers, renflou\u00e9\nleur compte en banque, r\u00e9par\u00e9 le camping-car pour pouvoir partir en\nvacances en famille, cess\u00e9 de songer \u00e0 se s\u00e9parer, renouvel\u00e9 \nleur v\u0153ux de mariage, le p\u00e8re se serait m\u00eame montr\u00e9 plus pr\u00e9sent\n\u00e0 la maison et la m\u00e8re n&rsquo;aurait ainsi jamais contract\u00e9 de maladie\nfatale.<\/p>\n\n\n\n<p> <strong>Hypoth\u00e8se 4\u00a0: L\u2019AMN\u00c9SIE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\nElle aurait organis\u00e9 un jour ce p\u00e8lerinage dans l&rsquo;objectif de\nramener les souvenirs \u00e0 sa m\u00e9moire. Non pas juste retrouver des\nd\u00e9tails, des sensations, des couleurs, mais tout, tout ce qui avait\nfait sa vie avant l&rsquo;\u00e2ge de dix ans. Elle aurait tout perdu. Les\nsouvenirs se seraient volatilis\u00e9s, envol\u00e9s, ils auraient disparu du\njour au lendemain sans laisser de trace. Ainsi, elle aurait parcouru\nla cit\u00e9 de son enfance, en long, en large, en travers, chemin\u00e9 dans\nces rues, ces quartiers dont on lui aurait parl\u00e9, regard\u00e9 partout\nautour d&rsquo;elle \u00e0 la recherche d&rsquo;indices, observ\u00e9 les maisons, les\ntrottoirs, les murs mena\u00e7ants, les demeures abandonn\u00e9es, les\njardins en friches m\u00eame le ciel, aurait tent\u00e9 de reconstruire sa\nville, de la remettre en mots, en images, en odeurs, en vain. Le trou\nserait rest\u00e9 noir et la m\u00e9moire vide.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Assise \u00e0 son bureau dont elle a totalement oubli\u00e9 la facture elle m\u00e2chonne le bout de son stylo se demandant ce qu&rsquo;elle pourrait bien \u00e9crire \u00e0 pr\u00e9sent sa m\u00e8re vaque \u00e0 ses occupations domestiques son p\u00e8re est par monts et par vaux et par la fen\u00eatre \u00e0 six carreaux qui lui fait front (\u00e0 moins que ce ne soit \u00e0 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/memoire-morte\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">M\u00e9moire morte<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":208,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1146],"tags":[],"class_list":["post-14543","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-9-les-hypotheses-anne-james"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14543","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/208"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14543"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14543\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14543"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14543"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14543"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}