{"id":14547,"date":"2019-09-27T00:00:13","date_gmt":"2019-09-26T22:00:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=14547"},"modified":"2019-09-26T22:51:53","modified_gmt":"2019-09-26T20:51:53","slug":"27-nuits-apres-la-fin-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/27-nuits-apres-la-fin-du-monde\/","title":{"rendered":"27 nuits apr\u00e8s la fin du monde"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/CG7A7901-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14567\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/CG7A7901-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/CG7A7901-420x236.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/CG7A7901-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Je\nn&rsquo;aime pas qu&rsquo;un 27 septembre vienne pour parler d&rsquo;un mort. \u00c7a ne\ns&rsquo;est tr\u00e8s probablement pas pass\u00e9 un 27 septembre, mais \u00e7a y\nressemble tellement. Le 27 septembre est toujours le sursaut qui\nintervient juste apr\u00e8s le mur de ciment surmont\u00e9 d&rsquo;un barbel\u00e9 qui\ngrignote la route. Il pousse droit et s&rsquo;enroule dans une peau sourde\nqu&rsquo;il faut gratter longtemps pour r\u00e9ussir \u00e0 en tirer une chanson.\nOn est encore mercredi, et \u00e7a restera un mercredi. Tous les\nmercredis sont tristes et tous les jours tristes sont des mercredis.\nLa 205 me ram\u00e8ne \u00e0 la maison. Je suis affam\u00e9. Mes intestins ne\nsupportent plus la longueur des temps. Je me disais que tous les big\nbang devraient ressembler \u00e0 \u00e7a. Notre univers a connu le gag du\ntype \u00e0 qui on raconte cent fois la m\u00eame mauvaise nouvelle pendant\n100 jours, au r\u00e9veil. Ne s&rsquo;agissant pas d&rsquo;un r\u00e9veil, ce n&rsquo;\u00e9tait\npas une blague. Elle \u00e9tait bien morte, \u00e7a n&rsquo;\u00e9tait pas arriv\u00e9\ndepuis 1993.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin-l\u00e0 je ne me suis pas lev\u00e9 avec \u00e7a \u00e0 la gorge. J&rsquo;avais\nencore au bout du ventre, ce monstre qui m&rsquo;avait donn\u00e9 rendez-vous\npour dire que dire que j&rsquo;\u00e9tais all\u00e9 trop loin. J&rsquo;en avais juste\nassez d&rsquo;\u00eatre pris pour une courge. Et pourtant, j&rsquo;aime les courges.\nC&rsquo;est facile, rapide \u00e0 pr\u00e9parer et \u00e7a ne demande aucune m\u00e9taphore.\nFinalement, le rendez-vous a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9. Il voulait juste me faire\npeur. \u00c0 la place j&rsquo;ai appris la langue allemande, quelques mots. Et\nj&rsquo;avais moins peur. Quand on apprend l&rsquo;allemand, on n&rsquo;a pas besoin de\nse soumettre \u00e0 une entit\u00e9 abstraite aux cheveux ras\u00e9s trop court.\nOn cherche la ma\u00eetrise, le contr\u00f4le de la langue des id\u00e9es. Quand\non a peur, tout nous \u00e9chappe. Une petite mort, mais une mort sale.\nMais tout \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 quand je me suis r\u00e9veill\u00e9 ce 27\nseptembre-l\u00e0. L&rsquo;\u00e9cho, le contrecoup, le soulagement, l&rsquo;autorisation\nde redevenir autre, soi.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;histoire fait croire \u00e0 celui qui l&rsquo;invente qu&rsquo;elle ne peut pas\n\u00eatre le mensonge de celui qui la raconte \u00e0 celui qui la vit. Chaque\nbribe d&rsquo;information s&rsquo;\u00e9croule rouge et orange. Le surr\u00e9alisme est \u00e0\nc\u00f4t\u00e9. Le pull de l&rsquo;enseignante, rouge, est ce qu&rsquo;il me reste de ce\n27 septembre. On grandit tous le 27 septembre. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, le\nlyc\u00e9e n&rsquo;est pas ferm\u00e9, mais il n&rsquo;y a pas de cours. Pas pour moi en\ntout cas. Les administratifs dorment, ou sont morts. Je ne sais plus\nce que je pensais des zombies \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Mais \u00e7a m&rsquo;aurait bien\namus\u00e9 qu&rsquo;on le ferme pour cette raison. Le barbu barbant venait\ncertainement de nous filer un impossible sch\u00e9ma \u00e0 sch\u00e9matiser. Et\nmoi, me demandant ce que je faisais dans cette caricature de vie. La\nquestion est, pourquoi, \u00e0 cet \u00e2ge, on fait des choix aussi\nincons\u00e9quents alors m\u00eame qu&rsquo;on en mesure les cons\u00e9quences ? J&rsquo;ai\nsous pes\u00e9 l&rsquo;abandon. C&rsquo;est venu tr\u00e8s vite, mais peut-\u00eatre pas d\u00e8s\nle 27 septembre. Il faudrait v\u00e9rifier, fouiller dans les archives,\nse jeter dans le creux du monde en avalant des couleuvres, toujours\nles m\u00eames, mais en les recrachant avec autant d&rsquo;\u00e9nergie qu&rsquo;un\nbarbant barbu. Qui jouait de la harpe. Il avait m\u00eame sorti un CD ou\ndeux dont il ne parlait pas. Tant mieux. La harpe c&rsquo;est aussi\nennuyeux qu&rsquo;un cours de barbu barbant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9frig\u00e9rateur est dans la salle de bain, en face des w.c.. On\npeut \u00e9crire une liste de courses partielle, rien qu&rsquo;en \u00e9vacuant les\nd\u00e9chets de la veille ou de la journ\u00e9e. De l&rsquo;importance de\ns&rsquo;ass\u00e9cher. J&rsquo;ai l&rsquo;impression, parfois, que l&rsquo;on passe notre vie \u00e0\nattendre. J&rsquo;attendais, donc. Qu&rsquo;il ne se passe rien, que la\ntemp\u00e9rature remonte, que le coll\u00e8ge vienne \u00e0 moi. L&rsquo;ann\u00e9e\npr\u00e9c\u00e9dente \u00e7a m&rsquo;est arriv\u00e9, on pourrait en mourir. Pas un\nsuicide. Non. \u00c7a serait bien trop romantique. On ne m\u00e9rite pas \u00e7a.\nJ&rsquo;\u00e9tais sec, j&rsquo;avais couru. J&rsquo;ai d\u00fb ouvrir la porte une bonne\ncentaine de fois avant de quitter ma prison. Mes 27 septembre sont\ntristes parce qu&rsquo;ils se rapportent tous \u00e0 un enfermement quelconque.\nIl n&rsquo;y a que la prison que je n&rsquo;ai pas faite. C&rsquo;est L\u00e9o Ferr\u00e9 qui\nm&rsquo;a accueilli. Le principal du coll\u00e8ge avait un nez rouge rigolo et\nun beau collier de barbe blanche. je parle de collier, mais il y\navait la moustache en plus. Les murs orange abritaient la mis\u00e8re des\n\u00e9l\u00e9ments de SEGPA. Ils n&rsquo;\u00e9taient pourtant pas mal trait\u00e9s. Mais\n\u00eatre bizarre \u00e7a ne passe pas. Certains cumulent la bizarrerie de\nl&rsquo;\u00e2ge adulte avec celle de l&rsquo;adolescence et celle de l&rsquo;enfance. On\nne sait jamais si on meurt bizarre.<\/p>\n\n\n\n<p>Un \u00e9cho, \u00e0 1997, la derni\u00e8re rentr\u00e9e au lyc\u00e9e. Il ne m&rsquo;en\nreste que des souvenirs longs et gras. Une robe bleue \u00e0 carreaux.\nPas la mienne, je n&rsquo;ai jamais port\u00e9 de robe bleue. Sauf une fois ou\ndeux pour f\u00eater je ne sais plus trop quoi. Dans le lot, il y a avait\nun mariage. Mais c&rsquo;\u00e9tait bien apr\u00e8s. Il n&rsquo;y avait pas de carreaux\nsur celle-l\u00e0. L&rsquo;avant-garde d&rsquo;une derni\u00e8re ligne droite menant vers\nles pieds de l&rsquo;Enfer. Mais dans celui-l\u00e0, on triche. Il n&rsquo;est pas si\nterrible. Il ne fait pas peur. Il fait juste trembler, changer\nparfois un peu, mais \u00e7a gr\u00e9sille plut\u00f4t. Les sons deviennent des\ntortues, mais c&rsquo;est bien avant le purgatoire. La routine tue les\nlyc\u00e9ens. Je ne sais pas encore que dans quelques mois j&rsquo;aurai peur\nde devoir rester encore revivre des ennuis lents et sifflants.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je n&rsquo;aime pas qu&rsquo;un 27 septembre vienne pour parler d&rsquo;un mort. \u00c7a ne s&rsquo;est tr\u00e8s probablement pas pass\u00e9 un 27 septembre, mais \u00e7a y ressemble tellement. Le 27 septembre est toujours le sursaut qui intervient juste apr\u00e8s le mur de ciment surmont\u00e9 d&rsquo;un barbel\u00e9 qui grignote la route. 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