{"id":147257,"date":"2024-04-22T22:00:47","date_gmt":"2024-04-22T20:00:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=147257"},"modified":"2024-04-22T22:06:19","modified_gmt":"2024-04-22T20:06:19","slug":"nouvelles-patrick-b-chantier-pele-mele-amasser","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-patrick-b-chantier-pele-mele-amasser\/","title":{"rendered":"#nouvelles | Patrick B., chantier, p\u00eale-m\u00eale, amasser."},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sommaire<\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#ranger-ses-livres\">1.De l&rsquo;art de ranger ses livres<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>2. <a href=\"#histoire-de-mes-librairies\">Histoire de mes librairies<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>3. <a href=\"#inventaire-des-choses-perdues\" data-type=\"internal\" data-id=\"#inventaire-des-choses-perdues\">Inventaire de choses perdues <\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#les-livres-moins-ce-qu'ils-disent\" data-type=\"internal\" data-id=\"#les-livres-moins-ce-qu'ils-disent\">4. Les livres moins ce qu&rsquo;ils disent<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#Relever-la-charpente-\" data-type=\"internal\" data-id=\"#Relever-la-charpente-\">5. Relever la charpente<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#01 Ranger les livres <\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/bibliotheque-1024x576.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-147261\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/bibliotheque-1024x576.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/bibliotheque-420x236.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/bibliotheque-768x432.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/bibliotheque.png 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Difficile de donner une d\u00e9finition claire  de cet endroit o\u00f9 l&rsquo;on range des livres. Ranger c&rsquo;est chinois dans le genre chinoiseries. La premi\u00e8re biblioth\u00e8que dans le bureau du p\u00e8re, en faux acajou,  de chez France Loisirs. L&rsquo;odeur du feu de chemin\u00e9e. L&rsquo;odeur d&rsquo;Amsterdamer. La collection de pipes ( il lit Simenon)  La lampe Napol\u00e9on, le bureau Empire \u00e0 sous-main vert olive. Le facteur,  chaque semaine, ou peut-\u00eatre deux fois le mois, livre les colis. Des livres broch\u00e9s, \u00e0 couverture rigide, lettres dor\u00e9es , souvent, grav\u00e9es dans ce qu&rsquo;il faut sans doute imaginer  \u00eatre du cuir. Quelque chose qui fait penser au  fer rouge. Il est interdit de toucher aux livres. En \u00f4ter un laisse une b\u00e9ance. Visible imm\u00e9diatement. Donc pas touche.<\/li>\n\n\n\n<li>La biblioth\u00e8que de l&rsquo;arri\u00e8re grand p\u00e8re qui vit au rez-de-chauss\u00e9e n&rsquo;est pas visible au tout venant. Elle se trouve dans sa chambre \u00e0 coucher. Limit\u00e9e \u00e0 deux ou trois \u00e9tag\u00e8res seulement. Tout Fran\u00e7ois Copp\u00e9e. Tout  Alexandre Dumas. Tout Victor Hugo. Deux gros Bouillet. Ce sont des grands livres en cuir v\u00e9ritable avec des gravures. Ils sont peu pratiques \u00e0 manier. D&rsquo;ailleurs je ne les manie pas. On me les montre, parfois on en ouvre un sur la table de la cuisine. C&rsquo;est une op\u00e9ration quasi religieuse. Tourner lentement les pages, lire lentement, regarder lentement. Parfois c&rsquo;est seulement deux pages et pas plus. Puis on emporte l&rsquo;objet pour le remiser \u00e0 sa place. Ici la b\u00e9ance est seulement temporaire et vite rebouch\u00e9e.<\/li>\n\n\n\n<li>La biblioth\u00e8que du p\u00e8re de mon p\u00e8re est succincte.  Elle tient sur trois \u00e9tag\u00e8res dans un meuble en pin naturel . Ce sont des s\u00e9ries noires, des S.A.S. Et son Darwin :\u00a0\u00bb L&rsquo;origine des esp\u00e8ces\u00a0\u00bb couverture rigide, us\u00e9e car beaucoup utilis\u00e9e. <\/li>\n\n\n\n<li>La biblioth\u00e8que de la m\u00e8re de mon p\u00e8re est encore plus succincte: Un gros Tout en Un et quelques piles de Nous-Deux, Modes et Travaux, Rustica. Dans Nous-Deux il y a des romans photo en noir et blanc , pas tr\u00e8s passionnant. Sans oublier,  bien sur, le catalogue de la Redoute. Le tout tient dans la table de chevet. Le Tout en Un est pr\u00e8s de la lampe , tout le reste est empil\u00e9 sur les \u00e9tag\u00e8res en  dessous.<\/li>\n\n\n\n<li>La biblioth\u00e8que de ma m\u00e8re est grosso modo la m\u00eame que celle du p\u00e8re. Elle peut emprunter tous les livres qu&rsquo;elle veut. Mais elle les range une fois lus \u00e0 leur place. Elle est ordonn\u00e9e.  Sur ce point elle est aussi vigilante que le p\u00e8re en mati\u00e8re de b\u00e9ance. Elle a conserv\u00e9 de sa vie d&rsquo;avant leur rencontre 4 tomes d\u00e9penaill\u00e9s d&rsquo;U.H Tammsaare roman estonien , genre de saga intitul\u00e9e \u00ab\u00a0La terre des voleurs\u00a0\u00bb.  Chose \u00e9tonnante je les ai encore avec moi. <\/li>\n\n\n\n<li>Je n&rsquo;ai jamais eu de biblioth\u00e8que \u00e0 proprement parler s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un  meuble o\u00f9 ranger des livres sur des \u00e9tag\u00e8res avant l&rsquo;\u00e2ge de 18 ans. Dans la chambre \u00e0 coucher,  les livres \u00e9taient empil\u00e9s \u00e0 m\u00eame le sol pr\u00e8s du lit. Et puis parall\u00e8lement j&rsquo;ai fr\u00e9quent\u00e9 beaucoup de biblioth\u00e8ques publiques.  A partir de 8 ans, emprunter des livres me mettait en joie.  Poss\u00e9der un livre, l&rsquo;id\u00e9e m&rsquo;est venue assez tardivement. <\/li>\n\n\n\n<li>A l&rsquo;\u00e2ge de 18 ans je b\u00e9n\u00e9ficiai soudain d&rsquo;une occasion me permettant de me dire \u00ab\u00a0j&rsquo;ai moi aussi une biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait probablement une chose que j&rsquo;avais brigu\u00e9 intens\u00e9ment. Juste des pens\u00e9es fugaces parfois.  L&rsquo;appartement que m&rsquo;avait propos\u00e9 un de mes oncles \u00e0 la location \u00e9tait petit mais l&rsquo;espace \u00e9tait exploit\u00e9 d&rsquo;une mani\u00e8re incroyablement judicieuse. Dans ce qui faisait office de salon, des \u00e9tag\u00e8res avaient \u00e9t\u00e9 construites dans des niches qui devaient \u00eatre \u00e0 l&rsquo;origine des encadrements de portes menant d&rsquo;une chambre de bonne \u00e0 l&rsquo;autre. Il y avait au moins 10 \u00e9tag\u00e8res de disponible. Ce fut l&rsquo;occasion d&rsquo;amasser plus que jamais. La plupart du temps des livres de seconde main, lors de promenades sur les quais.<\/li>\n\n\n\n<li>A l&rsquo;\u00e2ge de 20 ans je laissai soudain toute ma biblioth\u00e8que car je n&rsquo;avais pas assez de place dans mon sac pour la transporter. J&rsquo;errais de chambre d&rsquo;h\u00f4tel en chambre d&rsquo;h\u00f4tel. Les livres que je lisais \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9taient emprunt\u00e9es aux diverses biblioth\u00e8ques auxquelles j&rsquo;\u00e9tais abonn\u00e9. <\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>9. Ici il faudrait que je parle sans doute de mon rapport avec les biblioth\u00e8ques publiques. Notamment la biblioth\u00e8que du centre Georges Pompidou. Mais n&rsquo;allons pas trop vite. Inscrivons Beaubourg  sur un post it <\/p>\n\n\n\n<p>10. En m\u00eame temps je ne peux pas ne pas noter sur un autre post it le nom de R. Et l&rsquo;appartement de la rue Quincampoix, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Dont les fen\u00eatre donnent sur la fa\u00e7ade de la maison de l&rsquo;oncle de Moli\u00e8re ? Ce fut la premi\u00e8re fois que je rencontrai quelqu&rsquo;un qui avait lu tous les livres qu&rsquo;il poss\u00e9dait. Il en avait des milliers et  qui, chose extraordinaire,  n&rsquo;\u00e9taient pas rang\u00e9s dans une biblioth\u00e8que, mais organis\u00e9s par piles un peu partout dans les deux pi\u00e8ces que  constituaient son appartement. Il fallait naviguer dans des ruelles \u00e9troites pour parvenir au salon, encombr\u00e9 tout autant, mais on pouvait s&rsquo;asseoir pour grignoter et boire de petits verres de Payse. N\u00e9anmoins il savait toujours o\u00f9 trouver le livre qu&rsquo;il cherchait, ce qui peut paraitre extraordinaire, mais ne l&rsquo;est absolument pas de mon point de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>11. Lire ces pages de Perec sur l&rsquo;art de ranger les livres m&rsquo;a fait rire. Je crois qu&rsquo;il s&rsquo;en fiche tout autant que R. C&rsquo;est \u00e0 dire de cet ordre qu&rsquo;il faudrait suivre pour bien ranger une biblioth\u00e8que. D&rsquo;o\u00f9 viendrait un tel ordre ? d&rsquo;un h\u00e9ritage probablement. Quelqu&rsquo;un te montrerait un ordre qu&rsquo;il aurait lui m\u00eame h\u00e9rit\u00e9 de quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre et toi tu ne te poserais pas la moindre question pour emboiter le pas \u00e0 tout ce beau monde. Non, bien s\u00fbr que non. H\u00e9riter d&rsquo;un ordre c&rsquo;est h\u00e9riter aussi des dettes comme dans n&rsquo;importe quelle succession. Et il y a toujours des dettes qu&rsquo;on l&rsquo;envisage clairement ou pas. <\/p>\n\n\n\n<p>12. le fait d&#8217;emballer ou de d\u00e9baller des livres s&rsquo;est peu pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00e9v\u00e8nement important dans toute mon existence. J&rsquo;ai laiss\u00e9 derri\u00e8re moi plusieurs biblioth\u00e8ques, comme j&rsquo;ai laiss\u00e9 des meubles, de l&rsquo;\u00e9lectro m\u00e9nager, de la vaisselle et des v\u00eatements. La raison principale que je peux donner \u00e0 cette habitude c&rsquo;est la certitude d&rsquo;\u00eatre une sorte de juif errant. C&rsquo;est ce personnage principalement qui m&rsquo;aura hant\u00e9 la plus grande partie de ma vie. Maintenant j&rsquo;ai un peu chang\u00e9, je pr\u00e9f\u00e8re parler de dibbouk. Je suis hant\u00e9 par une \u00e2me errante ce qui ne signifie pas pour autant que je suis moi une \u00e2me errante. Nuance importante. <\/p>\n\n\n\n<p>13. C&rsquo;est dommage que je ne sache fabriquer avec du code invisible au public un  amas de post-il que je pourrais \u00e9tendre dans l&rsquo;espace de ce billet de blog. J&rsquo;ai essay\u00e9 bien s\u00fbr mais une partie du code apparait, car je n&rsquo;ai pas les droits d&rsquo;administration tout simplement. Mais je peux tout \u00e0 fait imaginer un plancher avec tous ces morceaux de papier \u00e9pars. D&rsquo;ailleurs chose \u00e9tonnante, mon bureau actuellement est compl\u00e8tement vide. J&rsquo;ai ce week-end retir\u00e9 tout ce qu&rsquo;il y avait dedans pour refaire le parquet. Je suis tomb\u00e9 sur de vieilles planches \u00e0 peine \u00e9quarries. Il y a du changement dans l&rsquo;air. Et peut-\u00eatre aussi un peu d&rsquo;organisation \u00e0 venir. C&rsquo;est un v\u0153u pieux. <\/p>\n\n\n\n<p>14. comme d&rsquo;habitude je ne suis pas vraiment s\u00fbr d&rsquo;avoir saisi le sens exact de la proposition d&rsquo;\u00e9criture. Comme d&rsquo;habitude je fais avec. <\/p>\n\n\n\n<p>15. Cette biblioth\u00e8que familiale regroupant toutes les biblioth\u00e8ques des uns et des autres est d\u00e9sormais chez moi. La plupart des livres sont encore dans des cartons depuis une bonne dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, au grenier. Je ne sais pas si je rouvrirai un jour tous ces cartons. Sans doute pas. Pas plus que je ne me r\u00e9sous \u00e0  m&rsquo;en d\u00e9barrasser. Ils sont l\u00e0 haut, au dessus de nos t\u00eates mon \u00e9pouse et moi. Comme ce monstre du grenier qui dans mes cauchemars d&rsquo;enfant d\u00e9valait avec fracas le grand escalier. Parfois l&rsquo;\u00e9t\u00e9 je monte par l&rsquo;\u00e9chelle escamotable, je regarde les planches en acajou de cette biblioth\u00e8que que je ne me suis jamais attel\u00e9 \u00e0 reconstruire. J&rsquo;hume le parfum des livres enferm\u00e9s dans les cartons. \u00e7a me suffit pour me souvenir de tous les membres de cette famille d\u00e9sormais disparus. Un genre de cimeti\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n<p>16. Depuis le jour o\u00f9 j&rsquo;ai rencontr\u00e9 mon \u00e9pouse j&rsquo;ai peu \u00e0 peu reconstitu\u00e9 une biblioth\u00e8que. C&rsquo;est une biblioth\u00e8que qui se trouve dans une pi\u00e8ce d\u00e9di\u00e9e. Tout sur des \u00e9tag\u00e8res mais pas vraiment rang\u00e9. On a m\u00eame fait deux rang\u00e9es par \u00e9tag\u00e8re, ce qui fait que lorsqu&rsquo;on cherche un livre on est souvent oblig\u00e9 de partir en exploration, d&rsquo;\u00f4ter dix livres   pour en trouver un. Comme Perec le dit \u00e0 juste titre souvent on cherche un livre, et c&rsquo;est sept qu&rsquo;on trouve, c&rsquo;est \u00e9patant.<\/p>\n\n\n\n<p>17. L&rsquo;id\u00e9e de la biblioth\u00e8que comme celle du feu qui cr\u00e9pite dans une chemin\u00e9e est un fantasme que j&rsquo;ai conserv\u00e9 longtemps avant de savoir que ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un fantasme.<\/p>\n\n\n\n<p>18. L&rsquo;id\u00e9e de troph\u00e9e comme \u00e0 la chasse me vient aussi quand je vois une biblioth\u00e8que. L&rsquo;id\u00e9e de poss\u00e9der un livre comme on peut poss\u00e9der un ou une autre aussi. Constituer une biblioth\u00e8que tout seul o\u00f9 je serais le seul \u00e0 lire les livres qu&rsquo;elle contient m&rsquo;agace beaucoup quand j&rsquo;y pense. Cela me renvoie probablement \u00e0 des territoires d&rsquo;enfance, \u00e0 la notion de propri\u00e9t\u00e9, \u00e0 la notion de savoir comme de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>19. Le plaisir de lire un livre provenant d&rsquo;une biblioth\u00e8que s&rsquo;accroit en pensant que je ne suis pas le seul \u00e0 le lire. M\u00eame si je ne le dis jamais \u00e0 voix haute, m\u00eame si je ne me le dis pas tr\u00e8s clairement. M\u00eame si cela reste suffisamment confus pour que je ne disserte pas trop l\u00e0-dessus.<\/p>\n\n\n\n<p>20. La probl\u00e9matique du rangement, des textes, comme des livres. Ainsi celui-ci. Ces notes. J&rsquo;essaie de comprendre la consigne et d\u00e9j\u00e0 je ne sais que mettre dans le titre \u00e0 part \u00ab\u00a0nouvelles\u00a0\u00bb. Puisque le but est d&#8217;empiler les textes les uns sous les autres dans ce billet ( d&rsquo;apr\u00e8s la d\u00e9mo ). Du coup peut-\u00eatre que tous feront pareil. Nouvelles, nouvelles nouvelles. Dr\u00f4le. Finalement on ne distinguera plus que si l&rsquo;on fouille. Distinguer n&rsquo;est pas voir, c&rsquo;est un peu plus qu&rsquo;apercevoir. Et je ne parle m\u00eame pas du point de vue. Sur l&rsquo;ordre chacun semble avoir le sien si l&rsquo;on y regarde \u00e0 deux fois.<\/p>\n\n\n\n<p>21. voil\u00e0,  plein de papiers jonchent le sol. Et maintenant dans quel ordre les agencer, aucune id\u00e9e. \u00e7a reste ouvert, \u00e7a peut encore changer, \u00e7a peut \u00eatre aussi tout autre. On peut aussi laisser le hasard, le vent entrer dans la pi\u00e8ce, ce serait pas bien diff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>22. L&rsquo;intention serait utile certainement. Une intention mais laquelle ? surement pas pour faire bien. Et l&rsquo;intention arrive quand ? au d\u00e9part ? au milieu ? \u00e0 la fin ? Peut-\u00eatre n&rsquo;arrive t&rsquo;elle pas, il faudrait aussi le pr\u00e9voir. Le fait de ne pas avoir d&rsquo;intention est-il aussi une intention ? l&rsquo;intention de n&rsquo;en avoir aucune; \u00e7a me rappelle Gide et l&rsquo;acte gratuit qui ne trouve pas sa gratuit\u00e9 et pour cause.<\/p>\n\n\n\n<p>23. Si je n&rsquo;ai pas dit au moins mille fois : il faudrait que je range mes livres et de m&rsquo;arr\u00eater net sid\u00e9r\u00e9,  fascin\u00e9, par le d\u00e9sordre. J&rsquo;imagine une biblioth\u00e8que akashique ou Borg\u00e8sienne. Tout serait l\u00e0 p\u00eale-m\u00eale et l&#8217;embarras du choix. Comment ranger les livres sans d\u00e9passer cette sid\u00e9ration et \u00e9viter Scylla. Filer entre deux, sans courroucer les dieux.<\/p>\n\n\n\n<p>La biblioth\u00e8que nous cerne presque enti\u00e8rement, trois murs sur quatre couverts de livres. C\u2019est une biblioth\u00e8que France Loisirs, il y a une partie basse avec des panneaux coulissants que l\u2019on peut ouvrir ou fermer pour ranger les papiers de la maison. Sa couleur g\u00e9n\u00e9rale est rouge acajou,mais je ne pense pas que ce soit r\u00e9ellement de l\u2019acajou qui est un bois pr\u00e9cieux. Trop cher pour le jeune couple. Le facteur passe deux fois par mois pour apporter des colis de livres reli\u00e9s&nbsp;; couvertures rigides, lettres grav\u00e9es sur un genre de simili-cuir.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette attirance et cette r\u00e9pulsion pour les livres destin\u00e9s \u00e0 donner le change remonte \u00e0 loin. Encore que l\u2019effroi arrive plus tard, \u00e0 l\u2019adolescence.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment les livres sont-il rang\u00e9s dans cette biblioth\u00e8que&nbsp;? Par ordre d\u2019arriv\u00e9e des colis&nbsp;? Par couleur de couverture&nbsp;? Par ordre alphab\u00e9tique&nbsp;? Par genre&nbsp;? Je ne m\u2019en souviens pas. J\u2019arrive devant cette barri\u00e8re de livres, je vois les couleurs, les tailles, vaguement il me semble en reconna\u00eetre quelques uns, ce dont je me m\u00e9fie car dans la reconstruction de ce souvenir la pr\u00e9cision, le familier sont des dangers.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019utilisation du mot barri\u00e8re pour dire que nous serions derri\u00e8re peut-\u00eatre enferm\u00e9s peut-\u00eatre prot\u00e9g\u00e9s par celle-ci&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La biblioth\u00e8que nous cerne presque enti\u00e8rement, trois murs sur quatre couverts de livres. C\u2019est une biblioth\u00e8que France Loisirs, il y a une partie basse avec des panneaux que l\u2019on peut ouvrir ou fermer pour ranger les papiers de la maison. Sa couleur est rouge acajou,mais je ne pense pas que ce soit r\u00e9ellement de l\u2019acajou qui est un bois pr\u00e9cieux. Trop cher pour le jeune couple. Le facteur passe deux fois par mois pour apporter des colis de livres reli\u00e9s&nbsp;; couvertures rigides, lettres grav\u00e9es sur un genre de simili-cuir.<\/p>\n\n\n\n<p>Confin\u00e9 dans une prison dont les murs sont constitu\u00e9s de livres, une prison de papier, une for\u00eat d\u2019arbres abattus.<\/p>\n\n\n\n<p>Et faire comme si de rien n\u2019\u00e9tait, mettre un peu d\u2019ordre dans tout cela. Classer, ranger, s\u2019en trouver bien, rassur\u00e9, heureux&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de cette image presque aussit\u00f4t des alignements dans une grande cour l\u2019hiver, un camp et des milliers d\u2019\u00eatres rang\u00e9s comme des livres, par taille, par race, par genre, par plus ou moins bon \u00e9tat de sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de \u00e7a des montagnes de lunettes, de dents, de cheveux. Bien rang\u00e9s eux aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e que l\u2019on puisse tenir \u00e0 une biblioth\u00e8que comme \u00ab&nbsp; \u00e0 la prunelle de ses yeux&nbsp;\u00bb ne me fait plus sourire ainsi que mon cynisme, dans le temps, m\u2019obligeait \u00e0 m\u2019en moquer&nbsp;; Je peux concevoir cet engouement, et m\u00eame cet amour pour les objets \u00e0 pr\u00e9sent m\u00eame si, quelque chose en moi se refuse encore \u00e0 le partager. Et ce n\u2019est pas par m\u00e9pris, mais parce qu\u2019il est trop tard pour entretenir ce genre d\u2019attachement. Pour y croire sinc\u00e8rement. Avec quel ordre ont-ils \u00e9t\u00e9 aux prises. Je me le demande seulement \u00e0 pr\u00e9sent. Et presque aussit\u00f4t un sentiment mitig\u00e9 li\u00e9 au mot collaborer fait irruption. Ils ont collabor\u00e9 avec un ordre qui de toute \u00e9vidence n\u2019\u00e9tait pas le leur. Ils ont obtemp\u00e9r\u00e9, accept\u00e9 sans broncher l\u2019ordre quel qu\u2019il fut.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois ceci \u00e9crit mon r\u00e9flexe aussit\u00f4t est de vouloir l\u2019effacer. Et cette r\u00e9sistance de ne pas l\u2019effacer, sa force est \u00e9gale. Voici un immobile. Quelque chose doit se loger dans ce double mouvement. Et de revenir en arri\u00e8re encore et encore dans cette qu\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019on puisse m\u2019avoir cach\u00e9 un secret aussi \u00e9norme durant toutes ces ann\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019\u00e0 la fin, \u00e0 bout de force je puisse penser \u00eatre compl\u00e8tement cingl\u00e9, que je puisse venir m\u00eame \u00e0 penser m\u2019\u00eatre invent\u00e9 un tel secret. A quel prix paie t\u2019on sa protection pour l\u2019avenir, \u00e0 quel prix ce bonheur cette innocence&nbsp; comme s\u2019ils valaient tout l\u2019or du monde, plus que tout l\u2019or du monde&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Image inqui\u00e9tante des livres s\u2019alignant sur des \u00e9tag\u00e8res comme des gens emprisonn\u00e9s dans un camp. Image exag\u00e9r\u00e9e pense t\u2019on&nbsp;? Qu\u2019un ordre soit aboy\u00e9 ou dit \u00e0 voix douce le r\u00e9sultat est le m\u00eame pendant longtemps. L\u2019image d\u2019un livre qui rentre ou sort du rang.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019en suivra des alignements de fortune, des \u00e9tag\u00e8res branlantes, des tablettes fix\u00e9es avec des \u00e9querres dans des parois. Peut-\u00eatre des installations proches de celles d\u2019un art contemporain, des totems. Mais, la plupart du temps des empilements pr\u00e8s d\u2019un mur comme des n\u00e9cessit\u00e9s de contrefort, de contrepoids. Et comment penser un ordre dans l\u2019organisation de ces piliers sinon qu\u2019ils tiennent, qu\u2019ils conservent l\u2019\u00e9quilibre, qu\u2019ils ne s\u2019affalent pas syst\u00e9matiquement victime de la pesanteur, de la gravit\u00e9; des fois l\u2019ordre est seulement contingence et rien d\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Le mot bible; dans biblioth\u00e8que. La Bible arrach\u00e9e au sable, c&rsquo;est un des titres que j&rsquo;ai retenu. Mais jamais lu, \u00e0 peine feuillet\u00e9. Le fait que Werner Keller veuille prouver les d\u00e9clarations de l&rsquo;Ancien Testament. L&rsquo;aversion pour la preuve. Celle par neuf ou par quatre, de tout temps. <\/p>\n\n\n\n<p>Le livre est une t\u00eate coup\u00e9e r\u00e9duite que les Jivaro actuels conservent dans d&rsquo;\u00e9tranges cloisons pour se pr\u00e9server de l&rsquo;ennui plus que pour apprendre quoi que ce soit de nouveau sur le Dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>La collection de livres, un amas de bouquins, le tr\u00e9sor de l&rsquo;oncle Picsou dans lequel on le voit plonger t\u00eate la premi\u00e8re. Sourire b\u00e9at, regard en biais, suspicieux.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;id\u00e9e de la biblioth\u00e8que proche de celle du cimeti\u00e8re. Les diff\u00e9rences de formats, de mat\u00e9riaux, \u00e9gales \u00e0 celles des s\u00e9pultures, et un regard ironique mais en dessous plut\u00f4t triste, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 sur ces deux id\u00e9es qu&rsquo;on joint par d\u00e9pit.<\/p>\n\n\n\n<p>R. me tint un long moment en haleine tout comme Sh\u00e9h\u00e9razade son Sultan, chaque soir extirpant un nouvel ouvrage de son bazar me promettant qu&rsquo;\u00e0 sa mort j&rsquo;en h\u00e9riterai. Qu&rsquo;allais-je donc faire de cette gigantesque amas d&rsquo;encre et de papier, l&rsquo;angoisse monte encore rien que de m&rsquo;en souvenir. Rien. Dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de choisir une hypoth\u00e8se d&rsquo;usage, bient\u00f4t je renoncerai \u00e0 R. comme \u00e0 ses livres. Ce qui est \u00e0 rapprocher de l&rsquo;image du renard prit au pi\u00e8ge qui pr\u00e9f\u00e8re se ronger la patte et s&rsquo;en aller clopin clopant<\/p>\n\n\n\n<p> ( ou cahin caha ) <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;homme  affal\u00e9 dans un canap\u00e9 se tient devant ses livres  comme un seigneur prot\u00e9g\u00e9 par ses sbires et je suis toujours ce pauvre h\u00e8re que l&rsquo;on jette \u00e0 ses pieds pour implorer une justice qui ne vient pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait de d\u00e9sirer un livre et s\u2019emp\u00eacher de le lire. Une sorte de volont\u00e9 d&rsquo;abstinence provoqu\u00e9e par un indicible malheur, l&rsquo;obligeait \u00e0 chercher une jouissance singuli\u00e8re pour se rendre singulier. Puis il se mit \u00e0 acheter des livres par dizaines dans une fr\u00e9n\u00e9sie incontr\u00f4lable. Les lisait-il ? non. Il les poss\u00e9dait et \u00e7a lui suffisait pour imiter le plaisir ou le pouvoir, pour effectuer une incartade dans la gabegie d&rsquo;avoir<\/p>\n\n\n\n<p>Ce type \u00e9tait tordu. Il imaginait qu&rsquo;en poss\u00e9dant des livres il acquerrait  un poids dans le monde. Quand sa biblioth\u00e8que s&rsquo;\u00e9croula et l&rsquo;ensevelit, il eut l&rsquo;air fin. <\/p>\n\n\n\n<p>Puisque cette femme de toute \u00e9vidence ne l&rsquo;aimait plus, il lui laissa ses livres. On se demande encore \u00e0 quelle fin, pour quelles raisons, et comment continua t&rsquo;il sa vie n&rsquo;ayant plus le moindre livre \u00e0 sa disposition.  Il aurait pu comprendre \u00e0 la premi\u00e8re perte, au premier abandon  qu&rsquo;il ne servirait \u00e0 rien de racheter des livres, de se reconstituer une biblioth\u00e8que. Peut-\u00eatre que la condition dans laquelle il se trouva ne l&#8217;emp\u00eacha pas de le faire. <\/p>\n\n\n\n<p>Jamais un livre lu ne m\u00e9rita \u00e0 ses yeux d&rsquo;\u00eatre relu. Il y avait tellement d&rsquo;autres livres \u00e0 lire. Mais,  s&rsquo;il avait su lire, il se serait rendu compte qu&rsquo;il relisait toujours le m\u00eame livre.<\/p>\n\n\n\n<p>En mettant le nez dans un vieux livre on peut sentir parfois l&rsquo;odeur d&rsquo;un tr\u00e8fle \u00e0 quatre feuilles. Mais c&rsquo;est une odeur plus d\u00e9sir\u00e9e que v\u00e9ritable, la plupart du temps , en \u00e9tant r\u00e9aliste, on voit bien que les feuilles sont au nombre de trois.<\/p>\n\n\n\n<p>La biblioth\u00e8que d&rsquo;Alexandrie est une repr\u00e9sentation r\u00e9duite de la grande biblioth\u00e8que Akashique. Il faut tr\u00e9passer trois fois minimum , comparer les deux objets de ce fantasme de biblioth\u00e8que  pour se rendre compte de l&rsquo;\u00e9tendue vertigineuse et d\u00e9risoire de notre imagination.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"histoire-de-mes-librairies\">#02-Histoire de mes librairies <\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"les-nouvelles-librairies\">Les nouvelles librairies ( titre \u00e0 mettre de c\u00f4t\u00e9 pour mieux l&rsquo;observer)<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"passage-ratur\u00e9\"><s>Je voulais reprendre cette histoire d&rsquo;une fa\u00e7on chronologique, retrouver les premi\u00e8res librairies de mon enfance, mais je ne trouvai rien. Quelque chose d&rsquo;opaque, un capharnaum d&rsquo;images se m\u00ealait, je voyais des rayons obliques de bandes dessin\u00e9es cotoyant des magasines f\u00e9minins, des fascicules de mots crois\u00e9s, peut-\u00eatre de mots m\u00eal\u00e9s \u00e9galement, encore que je ne soie pas certain que cette discipline exist\u00e2t \u00e0 cette \u00e9poque. ( Apr\u00e8s avoir effectu\u00e9 des recherches il semble que les premiers jeux de mots m\u00eal\u00e9s datent des ann\u00e9es 50, que leur inventeur est un certain Pedro Ocon de Oro) Mais ils arriv\u00e8rent tardivement<\/s> <s>blablabla<\/s><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"librairie-des-iles-\">La <em>librairie des \u00eeles<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p id=\"librairie-des-iles-\"> La <em>librairie des \u00eeles<\/em>&#8211; ce n&rsquo;est pas son vrai nom- se situe \u00e0 un jet de pierre du groupe scolaire dont j&rsquo;ai oubli\u00e9 le nom, dans l&rsquo;une des rues les plus \u00e9troites de ce quartier autrefois populaire; au nord de  cette ville<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut que je me h\u00e2te d&rsquo;\u00e9crire  le peu de souvenir qui   s&rsquo;efface, se transforme, s&rsquo;\u00e9vanouit, bient\u00f4t tout n&rsquo;aura plus que la consistance sibylline du r\u00eave. <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;aurais voulu commencer par un souvenir biographique, bien s\u00fbr, et donc parler du libraire, qui fut mon ami. J&rsquo;aurais commenc\u00e9 par d\u00e9crire l&rsquo;arri\u00e8re boutique, cette petite cuisine o\u00f9 nous buvions du rhum en \u00e9voquant cet \u00e9crivain des \u00eeles qui r\u00e9v\u00e8le la beaut\u00e9 du cr\u00e9ole comme de la langue fran\u00e7aise. Mais \u00e0 l&rsquo;instant m\u00eame une fen\u00eatre s&rsquo;est ouverte brutalement sous l&rsquo;effet du vent, notre r\u00e9gion traverse des temp\u00eates ces derniers jours. Et cet incident m&rsquo;a soudain sembl\u00e9 surgir de fa\u00e7on opportune pour que j&rsquo;\u00e9vite toute r\u00e9f\u00e9rence biographique. Parmi toutes les interpr\u00e9tations,  j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 voir l\u00e0 comme un signe me privant de l&rsquo;autorisation d&rsquo;user de ce souvenir. Un peu comme on essuie une vitre embu\u00e9e du plat de la main; j&rsquo;ai bien senti qu&rsquo;une image s\u2019effa\u00e7ait laissant la place \u00e0 une autre. Encore que ce ne soit pas vraiment une image \u00e0 proprement parler mais plut\u00f4t un pr\u00e9nom qui surgit : Ad\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p>Ad\u00e8le est une  antillaise aux yeux verts, la cinquantaine,  atteinte par la  maladie de lire tout ce qui lui tombe sous la main, une main tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gante, comme peuvent l&rsquo;\u00eatre les colombes de Picasso ou de Matisse. <\/p>\n\n\n\n<p>Me voici \u00e0 la porte, j&rsquo;entre  dans la librairie des \u00eeles pour acheter un nouveau carnet Clairefontaine, je ne veux surtout  pas des reliures \u00e0 spirales que proposent les supermarch\u00e9s, j&rsquo;aspire ( j&rsquo;implore)  \u00e0 obtenir le prochain carnet disposant d&rsquo; une reliure en tissu noir et il faut  aussi c&rsquo;est imp\u00e9ratif, que la couverture soit verte, et tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment du m\u00eame vert que tous les autres carnets que j&rsquo;ai l&rsquo;habitude d&rsquo;utiliser. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce serait un clich\u00e9 \u00e9videmment de dire que dans la librairie flotte une odeur de vanille, ou encore une odeur  fruit\u00e9e, ou encore une odeur d&rsquo;encens, ce serait m\u00eame \u00e9trange que ce soit la marque d&rsquo;encens Sa\u00ef Baba et pourtant nous ne sommes plus \u00e0 une \u00e9tranget\u00e9 pr\u00e8s. Le fait est que l&rsquo;odeur soudain est l\u00e0 , une odeur ind\u00e9finissable qui me prend par les sentiments et \u00e0 nouveau je peux entendre le grelot joyeux de la porte d&rsquo;entr\u00e9e qu&rsquo;on ouvre pour entrer dans la librairie des \u00eeles.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel \u00e2ge puis-je avoir ? , je ne m&rsquo;en souviens plus peut-\u00eatre entre vingt et vingt-cinq ans, moins de trente en tous cas ; c&rsquo;est tellement jeune mon Dieu, et comme je suis exigeant et t\u00eatu ; il me faut ce fameux feutre \u00e0 pointe fine, un FINELINER 0,5 mm de la marque STAEDTLER , car je fais aussi beaucoup de croquis. <\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a personne dans la librairie \u00e0 cette heure de la journ\u00e9e, je crois qu&rsquo;il est  quinze heures au clocher de l&rsquo; \u00e9glise la plus proche; d\u00e9sol\u00e9 je ne porte pas de montre. <\/p>\n\n\n\n<p>Ad\u00e8le est assise \u00e0 une table, elle est en train de lire lorsque je fais irruption avec mon obsession de carnet et de feutre; la voici, elle est d\u00e9sol\u00e9e, elle sourit et ses yeux sont sinc\u00e8rement tristes, pas de carnet Clairefontaine chez elle. Et je m&rsquo;en serais retourn\u00e9 sans autre si elle ne m&rsquo;avait soudain retenu pour me demander \u00e0 quoi me sert  ce petit carnet.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 et j&rsquo;ai le feutre que vous chercher vous alliez l&rsquo;oublier ?<\/p>\n\n\n\n<p>question os\u00e9e . Je me demande si moi-m\u00eame j&rsquo;aurais \u00e9t\u00e9 capable de poser ce genre de question si j&rsquo;avais eu le bonheur d&rsquo;\u00eatre libraire et celui de vendre de la papeterie et des livres.  Du coup me voici  d\u00e9rid\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ce doit \u00eatre vraiment chouette d&rsquo;\u00eatre libraire je lance pendant qu&rsquo;elle me rend la monnaie et emballe le feutre dans un sac de papier. Je crois que j&rsquo;ai un peu de mal \u00e0 partir, elle est sympathique et, en jetant un coup d\u2019\u0153il aux tables et aux \u00e9tag\u00e8res je  rep\u00e8re  pas mal d&rsquo;auteurs que je ne connais pas. Je ne suis que peu  l&rsquo;actualit\u00e9 litt\u00e9raire. Chaque ann\u00e9e,  la multitude de bouquins <em>qu&rsquo;il faudrait lire absolument <\/em>m&rsquo;a toujours plaqu\u00e9 au sol. Et puis de toute fa\u00e7on, je n&rsquo;ai m\u00eame pas encore fini de lire tous les classiques.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 vous devriez lire les essais d&rsquo;Alain Viala qui sortiront  en 1993 me dit-elle en souriant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Comment font les gens pour lire tout \u00e7a je demande \u00e0 Ad\u00e8le, en \u00e9ludant la proposition <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ils choisissent  peut-\u00eatre de devenir libraires me r\u00e9plique t&rsquo;elle en riant<\/p>\n\n\n\n<p>Je m&rsquo;aper\u00e7ois que je fais tout pour faire l&rsquo;impasse sur la librairie elle-m\u00eame. Allons , un petit effort, elle n&rsquo;est pas bien grande, quelques tables, quelques \u00e9tag\u00e8res, au sol il y a du linol\u00e9um, et, dans un vase pos\u00e9 sur une console, de magnifiques lilyums blancs. Je me souviens maintenant du rapport exact, comme un accord parfait, du vert des feuilles et du blanc des p\u00e9tales, (\u00e0 noter).<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014  J&rsquo;ai envie d&rsquo;un th\u00e9, \u00e7a vous dit ? me demande Ad\u00e8le en arrangeant quelques livres sur l&rsquo;une des tables. Bien que je sois plut\u00f4t caf\u00e9 je dis oui. Elle a l&rsquo;air de lire dans mes pens\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J&rsquo;ai aussi du caf\u00e9 si vous pr\u00e9f\u00e9rez. On rigole, \u00e7a fait du bien.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 D&rsquo;autant que ces derniers temps rare  de rigoler j&rsquo;ajoute.<\/p>\n\n\n\n<p>Et de nous mettre \u00e0 causer en buvant elle son th\u00e9 moi mon caf\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Je suis rest\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure de la fermeture, nous avons parl\u00e9 des livres qu&rsquo;Ad\u00e8le aimait, je ne me souviens \u00e9videmment plus des noms des auteurs, des titres non plus, mais ce n&rsquo;est pas bien grave je crois que ce qui m&rsquo;a fait le plus plaisir c&rsquo;\u00e9tait sa chaleur, la passion qu&rsquo;elle diffusait comme un phare sa lumi\u00e8re  en \u00e9voquant tous ces livres, oui c&rsquo;est cette chaleur et cette passion , cette \u00e9tincelle dans l&rsquo;obscurit\u00e9 qui m&rsquo;est reste  en m\u00e9moire, ainsi que son rire clair ricochant sur   ses yeux, le nom de Chamoiseau et le parfum des lilyums.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"gilbert-jeune\">La librairie Chez Gilbert \u00e0 Saint-Michel <\/h2>\n\n\n\n<p>Il y a tellement de magasins diff\u00e9rents tout autour de la fontaine Saint-Michel, et m\u00eame plus haut sur le boulevard menant \u00e0 Saint-Germain ou vers le Jardin du Luxembourg, que l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il m&rsquo;en reste est bien plus proche de celle d&rsquo;une industrie du livre que d&rsquo;une librairie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens aussi des diff\u00e9rences d&rsquo;espaces d&rsquo;une exigu\u00eft\u00e9 l&rsquo;autre,  ma pr\u00e9sence flottant  dans chacun de ses lieux \u00e0 diff\u00e9rents moments de ma vie. Un espace pour les livres scolaires, universitaires, un autre  pour les livres que l&rsquo;on revend, une planche fix\u00e9e dans l&rsquo;encadrure d&rsquo;une porte faisant office de comptoir, afin de pouvoir acheter de nouveaux livres chaque ann\u00e9e. Il r\u00e8gne ici une agitation tranquille, un silence quasi religieux, \u00e0 peine d\u00e9rang\u00e9 par le trafic automobile  de la ville \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Des escaliers \u00e9troits m\u00e8nent \u00e0 des \u00e9tages qui eux-m\u00eames poss\u00e8dent d&rsquo;autres escaliers menant encore \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9tages. La lumi\u00e8re arrive ici avec effort  \u00e0 travers de vitres poussi\u00e9reuses. Les rayonnages se dressent et se confondent avec les murs; des alignements d&rsquo;encre et de papier qui montent jusqu&rsquo;au plafond. Il doit y avoir un syst\u00e8me d&rsquo;orientation cependant, m\u00eame si j&rsquo;ai oubli\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s tout de celui-ci au moment o\u00f9 j&rsquo;\u00e9cris ces lignes. Gilbert ne reprend pas cher du tout les livres \u00e7a je m&rsquo;en souviens tr\u00e8s bien cependant. On vient ici avec une valise on ressort avec deux billets et encore , quand on a un peu de chance. Je m&rsquo;aper\u00e7ois que j&rsquo;ai oubli\u00e9 le mot qui va souvent avec Gilbert- C&rsquo;est le mot <em>jeune<\/em> et voil\u00e0 \u00e7a me revient c&rsquo;est \u00e7a, <em>Gilbert Jeune.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les march\u00e9s aux livres d&rsquo;occasion.<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"march\u00e9s\">ll aura \u00e9t\u00e9 rare que j&rsquo;ach\u00e8te mes livres neufs. J&rsquo;en suis tout aussi honteux que fier  si vraiment vous voulez tout savoir. Honteux car cette propension \u00e0 acheter d&rsquo;occasion indique une certaine indigence mat\u00e9rielle, fier car ce n&rsquo;est pas \u00e0 cause de moi que nombre d&rsquo;arbres, de for\u00eats seront mis \u00e0 sac pour permettre \u00e0 des chalands sans vergogne de se ruer sur les soi-disant <em>p\u00e9pites <\/em>annuelles que nous exhorteraient \u00e0 d\u00e9vorer les critiques, les \u00e9missions litt\u00e9raires. j&rsquo;ai beaucoup achet\u00e9 de livres au fil de l&rsquo;eau, en me promenant sur les quais, en passant devant les boites de bouquinistes. Ce qui ne signifie d&rsquo;ailleurs pas qu&rsquo;ils sont toujours si bons march\u00e9s. Parfois il m&rsquo;est arriv\u00e9 de payer le prix fort pour une ou deux \u00e9ditions originales je l&rsquo;avoue. Sinon les march\u00e9s aussi offrent de r\u00e9elles possibilit\u00e9s d&rsquo;acqu\u00e9rir des livres pour de tr\u00e8s modiques sommes. A certain moment de mon existence, je voulais lire des romans de science-fiction, Notamment Jos\u00e9 Luis Farmer et son cycle du Fleuve. Je l&rsquo;avais plus ou moins cherch\u00e9 dans les librairies sans vraiment le chercher, c&rsquo;\u00e9tait une sorte de t\u00e2che de fond, et il fallait je crois que le hasard me le fit rencontrer sinon rien. Je ne suis pas du genre non plus \u00e0 commander des livres et \u00e0 patienter quinze jours trois semaines pour les obtenir enfin. Je n&rsquo;ai commis cette b\u00e9vue qu&rsquo;une seule fois, et j&rsquo;avoue qu&rsquo;en y songeant \u00e0 nouveau j&rsquo;en reste encore bien honteux. j&rsquo;avais command\u00e9 deux gros t\u00f4mes que je n&rsquo;avais pas lus du Journal de Luis Calaferte dans une librairie que je ne suis jamais retourn\u00e9 chercher. J&rsquo;imagine que si cette librairie exige des arrhes d\u00e9sormais pour les commandes c&rsquo;est en grande partie de ma faute. ( mea culpa, flagellons-nous dix fois et reprenons notre souffle) <\/p>\n\n\n\n<p>Donc les march\u00e9s furent mes librairies en grande partie. De la science fiction mais aussi des livres \u00e9rotiques, voire m\u00eame pornographiques.  Le genre de livres par exemple qu&rsquo;on serait bien emb\u00eater de produire \u00e0 la caisse d&rsquo;une librairie. Encore que le Marquis de Sade fasse partie des classiques bien entendu et que des gens bien sous tout rapport le lisent encore, et, probablement l&rsquo;ach\u00e8tent dans des librairies, sans doute d&rsquo;ailleurs d\u00e9sormais des librairies en ligne. <\/p>\n\n\n\n<p>Presque comme un march\u00e9 normal, le march\u00e9 aux Puces de Vanves, de Montreuil, celui de Clignancourt. Ce sont lors de ballades dominicales la plupart du temps, que j&rsquo;ai acquis de nombreux livres ici. Notamment ce livre que je lis et relis \u00e0 tout bout de champs Ce gros Cobra \u00e0 la couverture verte et cet autre sur DE Sta\u00ebl dont la majeur partie des illustrations sont souill\u00e9es de t\u00e2ches de peinture \u00e0 l&rsquo;huile parmi tous ceux qu&rsquo;il me reste de cette \u00e9poque lointaine d\u00e9sormais.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"errer-dans-les-librairies\">Errer dans les librairies<\/h2>\n\n\n\n<p>Entrer dans une librairie et demander un livre ce n&rsquo;est pas la m\u00eame chose que d&rsquo;entrer dans une librairie en n&rsquo;ayant pas de livre \u00e0 demander. Errer dans les rayons d&rsquo;une librairie est un plaisir coupable sachant qu&rsquo;il y a de grandes chances qu&rsquo;on n\u2019ach\u00e8tera rien. Certains font s\u00fbrement bien pire pour se dessaler, penser \u00e0 cela quand le rouge monte aux joues au front.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"grands-magasins\">Grands magasins qui font aussi librairies<\/h2>\n\n\n\n<p>La naissance des grands magasins qui, parmi tout un tas d&rsquo;autres denr\u00e9es vendent des livres, convoque des images douloureuses qui convergent pour la plupart vers le mauvais pli de l&rsquo;anonymat. On devient anonyme comme client, mais les vendeurs aussi sont tellement interchangeables. En quelques mois \u00e0 peine ce ne sont d\u00e9j\u00e0 plus les m\u00eames t\u00eates. Ainsi je suis toujours pris d&rsquo;une sorte de vertige lorsque je passe les portes coulissantes de la FNAC, rue de la R\u00e9publique \u00e0 Lyon. On ne sait o\u00f9 donner de la t\u00eate car d\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e la promotion nous assaille imm\u00e9diatement. On en perdrait facilement la t\u00eate, certains la perdent, moi je n&rsquo;en ai pas les moyens, ou je ne me les donne pas. Mont\u00e9e de l&rsquo;escalator depuis lequel au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;on monte on voit l&rsquo;espace en dessous, la section informatique, t\u00e9l\u00e9phonie, t\u00e9l\u00e9vision, hi-fi, on en a d\u00e9j\u00e0 comme un nouveau tournis avant m\u00eame de parvenir comme propulser t\u00eate en avant dans les derniers jeux vid\u00e9os \u00e0 la mode, les consoles, les game-boy, les prix sont astronomiques et des \u00e9crans diffusent des d\u00e9mos aguicheuses, tandis que des gamins bavent ou vocif\u00e8rent devant des grandes personnes mal \u00e0 l&rsquo;aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Rayon litt\u00e9rature fran\u00e7aise, litt\u00e9rature \u00e9trang\u00e8re, litt\u00e9rature espagnole, italienne, turque, su\u00e9doise&#8230; Je ne rentre plus \u00e0 la FNAC comme j&rsquo;ai pu autrefois entrer dans une librairie, l&rsquo;errance ici est mortif\u00e8re. On en ressort vid\u00e9 de toute sa substance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"d\u00e9citre\">D\u00e9citre<\/h2>\n\n\n\n<p>Chez D\u00e9citre de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la Place Bellecour, on retrouve une ambiance feutr\u00e9e, d&rsquo;ailleurs il me semble que l&rsquo;on marche sur de la moquette. Il y a au rayon des nouveaut\u00e9s quelqu&rsquo;un a prit la peine de cr\u00e9er une note pour chacun des livres expos\u00e9s. On peut passer un bon moment \u00e0 lire ces notes, \u00e0 se faire des id\u00e9es, puis les regarder s&rsquo;envoler.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"flammarion\">Flammarion<\/h2>\n\n\n\n<p>Chez Flammarion, \u00e0 un autre angle de la place Bellecour, c\u00f4t\u00e9 place Antonin Poncet c&rsquo;est \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame atmosph\u00e8re qu&rsquo;\u00e0 la librairie du Passage, rue de Brest. Mais depuis f\u00e9vrier dernier la librairie ne s&rsquo;appelle plus Flammarion , 20 employ\u00e9s licenci\u00e9s, il semble que ce fleuron des librairies lyonnaises soit tomb\u00e9e dans l&rsquo;escarcelle d&rsquo;un fond d&rsquo;investissement am\u00e9ricain via le r\u00e9seau des librairies \u00ab\u00a0Chapitres\u00a0\u00bb. Dommage, j&rsquo;aimais beaucoup prendre l&rsquo;ascenseur pour monter dans les \u00e9tages, cela me rappelait un immeuble dans lequel j&rsquo;ai habit\u00e9 enfant, sauf que l\u00e0 tous les appartements \u00e9taient tapiss\u00e9s de livres, on pouvait y rester l\u00e0 aussi tr\u00e8s contemplatif des journ\u00e9es enti\u00e8res sans que personne ne nous adresse la parole, ou ne vienne nous interrompre dans nos r\u00eaveries.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"activites-dans-une-librairie\">Activit\u00e9s \u00e0 faire dans une librairie <\/h2>\n\n\n\n<p>Il y a aussi cette librairie dont il faudrait que je parle, elle porte le nom d&rsquo;une galerie d&rsquo;art parisienne. Elle se situe entre deux villages,  pr\u00e8s de chez nous. Le libraire, un grand type sec atrabilaire organise des d\u00e9jeuners ou d\u00eeners litt\u00e9raires. Cela m&rsquo;a amus\u00e9 durant un temps. Mais c&rsquo;est encore une occasion pour dire et \u00e9couter \u00e0 peu pr\u00e8s tout et n&rsquo;importe quoi. Les grandes tables charg\u00e9s des derniers best sellers \u00e0 la mode sont d\u00e9barrass\u00e9es pour l&rsquo;occasion et tout le monde s\u2019assoit devant une assiette et un jeu de couverts Parfois un auteur vient se perdre ici pour effectuer une lecture. Il faut voir alors les visages tendus vers elle ou lui, surtout si par bonheur son dernier ouvrage \u00e0 plu. Le plus amusant est d&rsquo;observer la s\u00e9ance de d\u00e9dicace \u00e0 la fin, et le visage du libraire qui se d\u00e9tend, il lui arrive m\u00eame de sourire en d\u00e9couvrant les dents, comme si l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement l&rsquo;avait plong\u00e9 dans un bain de jouvence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"les-nouvelles-librairies2\">Les nouvelles librairies<\/h2>\n\n\n\n<p>Depuis que nous vivons ici, dans notre pays de vaches, nous ne nous rendons plus que rarement en ville, et encore moins dans des librairies. Et \u00e7a ne va pas s&rsquo;arranger puisque nous ne disposons qu&rsquo;une vignette critaire 3 sur le parebrise de notre vieille Dacia. En janvier prochain il faudra prendre le train pour se rendre \u00e0 Lyon ou \u00e0 Valence. Mais peu importe puisque d\u00e9sormais nous pouvons commander les livres sur internet. Bien s\u00fbr nous n&rsquo;achetons des ouvrages neufs que pour l&rsquo;occasion de faire des cadeaux, No\u00ebl, anniversaires en tout genre, car en ce qui me concerne surtout j&rsquo;ach\u00e8te surtout des livres d&rsquo;occasion sur Momox, Recyclivre, le Bon coin. Il y a aussi des sites comme celui de la BNF ou encore Gallica pour le cas o\u00f9 j&rsquo;ai besoin de relire certains passages depuis mon ordinateur ou ma tablette, ce qui m&rsquo;\u00e9vite d&rsquo;aller fouiller dans notre biblioth\u00e8que. J&rsquo;ai r\u00e9cemment d\u00e9couvert aussi des sites pas tr\u00e8s l\u00e9gaux o\u00f9 l&rsquo;on peut trouver \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce que l&rsquo;on veut au format PDF ou EPUB que l&rsquo;application Livre sur l&rsquo;Ipad permet de lire. D&rsquo;ailleurs \u00e0 ce sujet, je m&rsquo;aper\u00e7ois que j&rsquo;ai pris l&rsquo;habitude de lire sur \u00e9cran, ce qui m&rsquo;apparaissait autrefois comme le summum de l&rsquo;ineptie autrefois tant j&rsquo;\u00e9tais victime d&rsquo;un certain f\u00e9tichisme de l&rsquo;objet livre. A force de t\u00e9l\u00e9charger des PDF et des EPUB il a fallu que je prenne un abonnement pour pouvoir stocker cette masse de livres virtuels sur un Cloud. Ma librairie comme ma biblioth\u00e8que sont donc en quelque sorte dans un nuage comme m<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\" id=\"inventaire-des-choses-perdues\">#03 inventaire des choses perdues<\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-justify\">1. A propos <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;inventaire. Au mot une image. Celui de cette entreprise de pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es pour machines-outils. Des japonais d&rsquo;une amabilit\u00e9 byzantine . Le bruit incessant d&rsquo;un fenwick errant \u00e0 vive allure d&rsquo;une all\u00e9e l&rsquo;autre d&rsquo;un entrep\u00f4t. Des colis confectionn\u00e9s chaque jour un peu plus vite. Une difficult\u00e9 \u00e0 se souvenir d&#8217;emplacement, de l&rsquo;apparence des pi\u00e8ces \u00e0 faire correspondre \u00e0 un code barre, une ligne de commande, qui s&rsquo;aplanit de jour en jour. A la fin on y va les yeux ferm\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Est-ce que l&rsquo;inventaire a quelque chose \u00e0 voir avec l&rsquo;invention, c&rsquo;est la fin des mots qui change. Taire ce que l&rsquo;on aurait invent\u00e9 \u00e0 un moment de sa vie, dans un lieu invent\u00e9 lui aussi, avec des gens dont on ne peut se faire une id\u00e9e que fictive en utilisant des outils qui ne valent pas mieux. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Quel discernement suffisamment aiguis\u00e9, et sur lequel on pourrait compter, qui ne nous trahisse pas  ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Parlons aussi des choses. Une image de livre presque aussit\u00f4t, un titre : <em>Le petit chose<\/em>. Et c&rsquo;est comme on disait autrefois \u00ab\u00a0machin chose\u00a0\u00bb ou <em>je l&rsquo;ai sur le bout de la langue<\/em>. Les choses sombrent ou surnagent dans le naufrage du temps qui passe,( inexorablement ) Et parfois, dans l&rsquo;espoir de le ralentir car il passe de plus en plus vite, un vague souvenir de ces choses. En deux mots on r\u00e9invente ce qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 invent\u00e9 dans un but ( est-il louable ou au contraire peu avouable ? ) d&rsquo;inventorier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Quant \u00e0 la perte elle est souvent ( toujours ?) irr\u00e9m\u00e9diable. Est-ce pour cela que l&rsquo;on voudrait se souvenir de choses perdues comme on remue le couteau dans une plaie ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Sinon on peut aussi avoir un brin d&rsquo;humour et se dire que nous perdons la vie petit \u00e0 petit comme par inadvertance, qu&rsquo;au moment o\u00f9 la prise de conscience nous arrive vraiment le sursaut serait  de s&rsquo;accrocher \u00e0 un inventaire, mais qui serait loin d&rsquo;\u00eatre celui dont l&rsquo;id\u00e9e premi\u00e8re nous vint au moment de penser au mot inventaire. On pourrait emprunter la vieille peau de Michaux, qui est comme une peau d&rsquo;ours, fabriquer un rond de pierre dans une clairi\u00e8re, faire un feu, et au moment o\u00f9 l&rsquo;odeur de bois br\u00fbl\u00e9 atteindrait nos narines l&rsquo;esprit ferait des \u00e9tincelles, on pourrait inventorier tout ce qui ne nous appartint pas, ce qui jamais ne nous aura appartenu, ce qui jamais ne nous appartiendra.<\/p>\n\n\n\n<p>inventorier alors comme on se jetterait \u00e0 l&rsquo;eau, dans l&rsquo;imaginaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il faut une force (incommensurable ?) pour \u00e9vacuer en premier lieu la tentation d&rsquo;effectuer un inventaire autobiographique. Car chez moi c&rsquo;est une sorte de r\u00e9flexe. ( une sale habitude ? ) La raison en est que lorsque j&rsquo;\u00e9cris, je ne vis pas ma vie, je la r\u00eave ou je la cauchemarde. On croit que c&rsquo;est autobiographique, mais en fait ce ne sont que des r\u00e9cits oniriques. Et comme je l&rsquo;ai entendu dire il y a peu, rien de plus p\u00e9nible \u00e0 lire que ce genre de r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il faut \u00e9crire \u00e0 partir de la mati\u00e8re de ce r\u00eave de ce qu&rsquo;il d\u00e9clenche au r\u00e9veil, cet \u00e9tat second. Inventorier ces \u00e9tat seconds o\u00f9 l&rsquo;on perd un peu de cette certitude d&rsquo;\u00eatre dans un r\u00eave et pas tout \u00e0 fait encore dans un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>A cet instant les choses s&rsquo;\u00e9clairent ( un peu ) Elles luisent doucement dans une presque obscurit\u00e9. On peut bien retrouver (si \u00e7a nous chante ) tout ce que l&rsquo;on imagine avoir perdu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ce n&rsquo;est pas si difficile d&rsquo;en inscrire quatorze quand on en a aper\u00e7u un ou une. C&rsquo;est m\u00eame certainement en rapport avec la notion de  d\u00e9riv\u00e9e math\u00e9matique, ou encore les fractales.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2. inventaire de choses perdues.<\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Le dernier des Mohicans : <\/strong><em><strong>Le Dernier des Mohicans<\/strong>&nbsp;(The Last of the Mohicans) est un&nbsp;roman historique&nbsp;am\u00e9ricain de&nbsp;James Fenimore Cooper, publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en janvier&nbsp;1826, notamment par un \u00e9diteur appr\u00e9ci\u00e9 et diffus\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, nomm\u00e9&nbsp;Carey &amp; Lea. Deuxi\u00e8me des cinq ouvrages composant le cycle des&nbsp;Histoires de Bas-de-Cuir&nbsp;(Leatherstocking), il se situe entre&nbsp;Le Tueur de daims&nbsp;(The Deerslayer) et&nbsp;Le Lac Ontario&nbsp;(The Pathfinder). Le Dernier des Mohicans&nbsp;est une m\u00e9ditation nostalgique sur la disparition des&nbsp;Am\u00e9rindiens, tout en \u00e9tant une annonce de la naissance des&nbsp;\u00c9tats-Unis.  Il eut un \u00e9norme retentissement en Europe, d\u00e8s sa publication, comme en avaient les romans contemporains de&nbsp;Walter Scott. Le premier titre des&nbsp;Chouans&nbsp;de&nbsp;Balzac, paru trois ans plus tard, lui fait allusion&nbsp;:&nbsp;Le Dernier Chouan ou la Bretagne en 1800.<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><strong>Pertes humaines durant la Seconde Guerre Mondiale <\/strong><em>Les statistiques des pertes de la Seconde Guerre mondiale varient, avec des estimations allant de 50 millions \u00e0 plus de 70 millions de morts ce qui en fait le conflit le plus meurtrier de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9, mais pas en termes de d\u00e9c\u00e8s par rapport \u00e0 la population mondiale. Les civils ont totalis\u00e9 40&nbsp;\u00e0 52&nbsp;millions de morts, dont 13&nbsp;\u00e0 20&nbsp;millions de maladie ou de famine du fait de la guerre. Les pertes militaires s&rsquo;\u00e9valuent entre 22&nbsp;et 25&nbsp;millions, dont 5 millions de&nbsp;prisonniers de guerre&nbsp;morts en captivit\u00e9. Les statistiques ne donnent pas le chiffre du nombre des morts apr\u00e8s&nbsp;septembre 1945&nbsp;(et apr\u00e8s&nbsp;mai 1945&nbsp;pour l&rsquo;Europe), sans doute \u00e9lev\u00e9&nbsp;: un grand nombre de soldats gri\u00e8vement bless\u00e9s d\u00e9c\u00e9d\u00e8rent, ainsi qu&rsquo;un grand nombre de d\u00e9port\u00e9s rescap\u00e9s, qui moururent des cons\u00e9quences de mauvais traitements, de privations diverses, etc. Du fait du manque de services m\u00e9dicaux et hospitaliers, souvent d\u00e9grad\u00e9s, la mortalit\u00e9 \u00e9tait plus importante qu&rsquo;avant 1939. Apr\u00e8s 1945, la famine \u00e9tait tr\u00e8s visible en certaines zones de l&rsquo;URSS, dans les Balkans, et m\u00eame dans l&rsquo;Europe occidentale, sans oublier l&rsquo;Asie. Aussi, il ne faut pas n\u00e9gliger les cons\u00e9quences psychologiques, tr\u00e8s importantes, avec un grand nombre de personnes traumatis\u00e9es, souvent pour plusieurs g\u00e9n\u00e9rations.<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><strong>Perte de la m\u00e8re (et du lecteur) , chez Serge Doubrovsky&nbsp;<\/strong>: ( <a href=\"https:\/\/www.autofiction.org\/index.php?post\/2008\/10\/15\/Pourquoi-Serge-Doubrovsky-na-pu-eviter-le-terme-dautofiction\">extrait d&rsquo;article <\/a>) <em>Serge Doubrovsky c\u00e8de avec \u00ab&nbsp;Le Monstre&nbsp;\u00bb de nouveau \u00e0 la tentation autobiographique. Il semble m\u00eame qu\u2019il n\u2019ait pas la ma\u00eetrise de ce choix. Toujours est-il qu\u2019il compte vingt-deux ans de plus que jadis, en 1948. Il est professeur, mari, p\u00e8re et\u2026 orphelin. La question se pose diff\u00e9remment, aujourd\u2019hui&nbsp;: Comment se lib\u00e9rer de soi-m\u00eame, comment s\u2019\u00e9crire, quand il faut simultan\u00e9ment \u00e9crire l\u2019autre. Comment \u00e9crire en m\u00eame temps sa propre biographie et celle de sa m\u00e8re, lui rendre son d\u00fb, sa vie&nbsp;? Nous touchons l\u00e0, sans doute, \u00e0 l\u2019essentiel de la douloureuse d\u00e9couverte de l\u2019\u00e9crivain lors des ann\u00e9es de psychanalyse&nbsp;: on ne s\u2019appartient pas. M\u00eame quand on est seul dans sa chambre, devant une machine \u00e0 \u00e9crire, et qu\u2019il n\u2019y a personne pour vous voir, on ne s\u2019appartient pas. L\u2019absurde recherche de soi. La r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019absurde se fait g\u00e9n\u00e9ralement dans l\u2019angoisse&nbsp;: l\u2019angoisse de la dignit\u00e9 chez Camus, celle de la responsabilit\u00e9 chez Sartre. Celle de ne jamais s\u2019appartenir chez Doubrovsky. Seul subterfuge&nbsp;: se reprendre \u00e0 autrui en se cr\u00e9ant dans un langage, remanier le mat\u00e9riau de sa vie, des autres vies, en remplissant le vide en soi par celui du feuillet. Plus donc encore qu\u2019une \u00ab&nbsp;auto-contemplation \u00bb, l\u2019\u0153uvre est auto-gen\u00e8se dont le point de d\u00e9part pourrait se formuler comme suit&nbsp;: \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019on ne peut pas na\u00eetre seul, s\u2019auto-engendrer, il faut faire parler la m\u00e9moire en la r\u00e9inventant pour soi-m\u00eame. \u00ab&nbsp;Le Monstre&nbsp;\u00bb est un exc\u00e8s de m\u00e9moire. Une orgie d\u2019\u00e9criture. Ce terrorisme de l\u2019\u00e9criture, de la conscience ex-jectant l\u2019autre, s\u2019inscrit non seulement dans les r\u00e9miniscences des lectures de maints \u00e9crits sartriens (\u00c9rostrate, L\u2019\u00c2ge de raison, L\u2019\u00catre et le N\u00e9ant&nbsp;: tout se passe en-dehors de la conscience) mais aussi dans une p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rimentation litt\u00e9raire \u00e9tait \u00e0 la mode, les figures de Joyce, de Queneau, de Ionesco, de Beckett donnant une image de l\u2019\u00e9criture comme exp\u00e9rience dans laquelle le lecteur n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessairement invit\u00e9 \u00e0 entrer de plain-pied.<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><strong>Perte de l&rsquo;ou\u00efe, la surdit\u00e9 de Beethoven <\/strong>: (<a href=\"https:\/\/www.resmusica.com\/2020\/03\/26\/la-surdite-de-beethoven-nouvelles-perspectives\/\"> extrait d&rsquo;article <\/a>) <em>C&rsquo;est \u00e0 partir de la correspondance du compositeur (Brigitte et Jean Massin) que l&rsquo;on peut retracer l&rsquo;histoire et l&rsquo;\u00e9volution de sa surdit\u00e9. Dans une lettre dat\u00e9e du 1<sup>er<\/sup>&nbsp;juillet 1801, alors \u00e2g\u00e9 de 31 ans, Beethoven \u00e9voque pour la premi\u00e8re fois son handicap dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 son ami le docteur Franz Wegeler&nbsp;: \u00ab c&rsquo;est ainsi que depuis trois ans mon audition s&rsquo;affaiblit\u2026 au th\u00e9\u00e2tre, je dois me placer tout contre l&rsquo;orchestre\u2026 je n&rsquo;entends plus les sons aigus\u2026 j&rsquo;entends les sons mais ne peux comprendre les mots. A l&rsquo;inverse, si&nbsp;quelqu&rsquo;un&nbsp;crie, je ne le&nbsp;supporte pas\u2026\u00bb On y apprend que cette surdit\u00e9 \u00e9volue depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, s&rsquo;accompagnant d&rsquo;acouph\u00e8nes permanents et d&rsquo;hyperacousie douloureuse. Cette baisse de l&rsquo;audition semble \u00e9voluer d&rsquo;un seul tenant expliquant l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un syndrome d\u00e9pressif, signal\u00e9 dans le testament d&rsquo;Heiligenstadt en octobre 1802, et restreignant progressivement sa vie sociale, d&rsquo;o\u00f9 son temp\u00e9rament jug\u00e9 solitaire et ombrageux. Il semble que la maladie auditive ait d\u00e9but\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 26 ans par des acouph\u00e8nes, suivis de l&rsquo;apparition d&rsquo;une surdit\u00e9 deux ans plus tard (1798) pr\u00e9dominant sur les aigus, avec une perte de l&rsquo;audition \u00e9valu\u00e9e \u00e0 60% en 1801 (un chiffre soumis \u00e0 caution quand on sait que l&rsquo;invention de l&rsquo;audiogramme se fera bien plus tard&nbsp;!), pour devenir compl\u00e8te \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 46 ans, en 1816, date \u00e0 laquelle il n&rsquo;entend plus la musique et utilise un cornet acoustique et des cahiers de conversation. En 1808, il donne son dernier concert public.<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><strong>histoire de  Z\u00e9nobie , la perte de Palmyre  (r\u00e9cente ) et de l&rsquo;authenticit\u00e9 de l&rsquo;ouvrage L&rsquo;&nbsp;<em>Historia Augusta<\/em>:<\/strong> (<a href=\"https:\/\/www.worldhistory.org\/trans\/fr\/2-756\/la-rebellion-de-zenobie-dans-lhistoire-auguste\/\">extrait d&rsquo;article<\/a>) :  Si l&rsquo;<em>Histoire Auguste<\/em>&nbsp;est aujourd&rsquo;hui reconnue comme largement fictive (certains sp\u00e9cialistes lui donnent m\u00eame le label de \u00ab\u00a0fiction historique\u00a0\u00bb), elle \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une histoire fiable \u00e0 son \u00e9poque et pendant de nombreux si\u00e8cles par la suite. Le c\u00e9l\u00e8bre historien&nbsp;Edward Gibbon&nbsp;(1737-1794) l&rsquo;accepta en tant que compte rendu authentique de l&rsquo;histoire de la&nbsp;Rome antique&nbsp;et s&rsquo;appuya largement sur elle dans son ouvrage en six volumes intitul\u00e9<em>&nbsp;Histoire de la d\u00e9cadence et de la chute de l&rsquo;Empire romain<\/em>&nbsp;qui, comme l&rsquo;<em>Histoire Auguste<\/em>, est largement consid\u00e9r\u00e9 comme inexact de nos jours. Ces deux ouvrages eurent toutefois un impact consid\u00e9rable sur les publics qui les lirent ou les entendirent. Plut\u00f4t que de consid\u00e9rer l&rsquo;<em>Histoire Auguste<\/em>&nbsp;comme largement fictive, il serait peut-\u00eatre pr\u00e9f\u00e9rable de l&rsquo;envisager sous le m\u00eame angle que le genre de la&nbsp;litt\u00e9rature&nbsp;naru de la&nbsp;M\u00e9sopotamie&nbsp;antique. La litt\u00e9rature naru commen\u00e7a \u00e0 appara\u00eetre vers le deuxi\u00e8me mill\u00e9naire avant notre \u00e8re en M\u00e9sopotamie et se caract\u00e9rise par des r\u00e9cits mettant en sc\u00e8ne un personnage bien connu du pass\u00e9 (g\u00e9n\u00e9ralement un roi) en tant que personnage principal d&rsquo;un r\u00e9cit quasi-historique, qui vante les prouesses militaires du roi, raconte sa vie et son r\u00e8gne ou, plus souvent, utilise le roi pour illustrer la relation appropri\u00e9e entre les \u00eatres humains et les dieux. Le personnage principal (le roi) \u00e9tait toujours un personnage historique r\u00e9el, mais l&rsquo;histoire \u00e9tait soit fictive, soit orient\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re particuli\u00e8re afin d&rsquo;obtenir l&rsquo;impression d\u00e9sir\u00e9e.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>La perte du t\u00e9l\u00e9phone et de la voix sur le r\u00e9pondeur <\/strong>( deux fois ) <em>que l&rsquo;on pourrait traiter d&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale ? comme la perte des disquettes, des disques durs, des photographies de vacances.<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><strong>La perte de dignit\u00e9 <\/strong>( mille fois avant de savoir qu&rsquo;on en poss\u00e8de une ) dans le monde du travail, notamment celui des enqu\u00eates par t\u00e9l\u00e9phone.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>perte d&rsquo;un appareil photographique Leica M42<\/strong> dans un train ( irr\u00e9parable) et un suicide quelques temps plus tard.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Perte de la volont\u00e9 de ne pas \u00e9crire des choses autobiographiques <\/strong>( et essayer de se raccrocher aux branches en extirpant le mot autofiction du bout des l\u00e8vres)<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Perte du souvenir d&rsquo;un r\u00eave <\/strong>que l&rsquo;on finit par r\u00e9inventer parce qu&rsquo;il nous manque trop. Puis on s&rsquo;aper\u00e7oit que manquer n&rsquo;est pas le bon mot. C&rsquo;est tout le contraire, il nous r\u00e9v\u00e8le.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Perte soudaine d&rsquo;orientation au volant d&rsquo;un v\u00e9hicule.<\/strong> Il se demanda tout \u00e0 coup o\u00f9 il allait, d&rsquo;o\u00f9 il venait, et durant quelques secondes il s&rsquo;aper\u00e7ut horrifi\u00e9 qu&rsquo;il ne s&rsquo;en souvenait plus. Puis l&rsquo;impression s\u2019\u00e9vanouit, il en r\u00e9sulte un nostalgie de l&rsquo;horreur. Et s&rsquo;il d\u00e9passe cette fichue nostalgie, il d\u00e9couvre que l&rsquo;horreur est un pansement, ou un r\u00e9flexe, ni plus ni moins.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Perte d&rsquo;\u00e9quilibre<\/strong>. Le peintre regarde son tableau sombrer dans le chaos ( avec effroi ?)  <\/li>\n\n\n\n<li><strong>Perte de cheveux.<\/strong> Suite \u00e0 un traumatisme, cet adolescent perd ses cheveux, toutes les strat\u00e9gies qu&rsquo;il s&rsquo;invente \u00e0 partir de l\u00e0 pour ne pas subir de plein fouet cette singularit\u00e9. R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce roi mythologique qui s&#8217;empoisonne un petit peu tous les jours au cas o\u00f9 il serait un jour victime empoisonnement.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Perte des clefs<\/strong> ( \u00e7a  irait bien avec la peur d&rsquo;avoir oubli\u00e9 d&rsquo;\u00e9teindre le gaz) <\/li>\n\n\n\n<li><strong>Perte de la m\u00e9moire d&rsquo;un lieu o\u00f9 l&rsquo;on a gar\u00e9 son v\u00e9hicule.<\/strong> <\/li>\n\n\n\n<li><strong>Perte osseuse dans l&rsquo;espace <\/strong>: <em>Le remodelage est un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de la compr\u00e9hension de maladies osseuses comme l\u2019ost\u00e9oporose. Il explique \u00e9galement le ph\u00e9nom\u00e8ne de la perte osseuse chez les astronautes dans l\u2019espace. Dans l\u2019espace, les astronautes sont sujets \u00e0 l\u2019ost\u00e9op\u00e9nie du vol spatial. Ce trouble physique peut entra\u00eener chez les astronautes la perte de un \u00e0 deux pour cent de leur masse osseuse en moyenne chaque mois. Cette perte osseuse se produit habituellement dans les jambes, les hanches et la colonne vert\u00e9brale. Il faut compter de trois \u00e0 quatre ans pour que ces os se r\u00e9tablissent apr\u00e8s le retour des astronautes sur Terre.<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-left\">3. Choisir pour \u00e9crire.<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">J&rsquo;ai un peu perdu le fil de la proposition ( comme d&rsquo;habitude) Maintenant il faudrait que je choisisse un de ces items pour \u00e9crire un texte. Ce que je ferai peut-\u00eatre, ou pas. Et en m\u00eame temps je me demande si d\u00e9j\u00e0 ce n&rsquo;est pas amplement suffisant.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\" id=\"les-livres-moins-ce-qu'ils-disent\"># 04 Les livres moins ce qu&rsquo;ils disent <\/h1>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code\"><code> Sergent ! interroge Camember, et la terre du trou ? \u2014 Que vous \u00eates donc plus herm\u00e9fitiquement bouch\u00e9 qu\u2019une bouteille de limonade, sapeur ! Creusez un autre trou ! \u2014 C\u2019est vrai ! \u00bb approuve Camember.<\/code><\/pre>\n\n\n\n<p>L&rsquo;apparence des livres, l&rsquo;image des livres, leur alignement sage sur les rayons d&rsquo;une biblioth\u00e8que, d&rsquo;une librairie, ou, au contraire, l&rsquo;accumulation de piles directement pos\u00e9es au sol, dans ce qui ressemble \u00e0 un d\u00e9sordre, une anarchie, un chaos, c&rsquo;est dans l&rsquo;ensemble tout ce qui me viendrait le plus facilement sans le moindre effort, cette sorte de clich\u00e9 issu d&rsquo;un d\u00e9corum plut\u00f4t que tout ce qu&rsquo;ils pourraient encore me dire , ces livres, ou ne pas me dire;<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque j&rsquo;y songe, comme aujourd&rsquo;hui, je les consid\u00e8re  comme des choses, des objets, des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9coratifs, un   mobilier, parfois chaleureux, parfois d\u00e9mod\u00e9, parfois inutile , encombrant m\u00eame,  bref :  un \u00e9l\u00e9ment indissociable d&rsquo;un tout que l&rsquo;on pourrait nommer <em>\u00ab\u00a0mon int\u00e9rieur\u00a0\u00bb.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p> Cependant, en creusant  cette image molle , je tombe sur la duret\u00e9 salvatrice d&rsquo;un  hiatus. Entre la chose, l&rsquo;objet, l&rsquo;apparence et le contenu. Une paille. Mieux  que cela.  Car si j&rsquo;examine  tout ces contenus  je ne pense pas  \u00eatre si surpris qu&rsquo;en grande partie, ils m&rsquo;\u00e9chappent. Et que par cette fuite semblable \u00e0 l&rsquo;air s&rsquo;\u00e9chappant d&rsquo;un trou dans une chambre \u00e0 air, tout \u00e7a me laisse dans un \u00e9tat d&rsquo;abattement encore plus grand. Peut-\u00eatre m\u00eame une bonne vieille d\u00e9prime.<\/p>\n\n\n\n<p> ( tout \u00e7a bien s\u00fbr si j&rsquo;\u00e9tais du genre \u00e0 vouloir th\u00e9sauriser un savoir, des souvenirs de lecture, une passion pour tel ou tel auteur, ce dont je doute d\u00e9sormais ) <\/p>\n\n\n\n<p>Donc, non, si je consid\u00e8re le pire,  ce tr\u00e9sor  familial qui  me tombe dessus me plaque au sol m&rsquo;\u00e9touffe ,  la surprise sans doute encore l&#8217;emporte  sur mon \u00e9ternel sourire de simplet. <\/p>\n\n\n\n<p> Fut un long moment o\u00f9 je passe outre l&rsquo;apparence des choses,  o\u00f9 ce qui m\u2019int\u00e9resse n&rsquo;est pas tant l&rsquo;apparence de ces objets, que ce qu&rsquo;ils peuvent ou pourraient  m&rsquo;offrir alors que je caresse m\u00e9caniquement comme un babouin  l&rsquo;espoir de m&rsquo;augmenter , d&rsquo;une connaissance, d&rsquo;une compr\u00e9hension de l&rsquo;\u00e2me humaine, ( si possible dans ses aspects les plus sombres).<\/p>\n\n\n\n<p> Les urgences, la pr\u00e9carit\u00e9, les d\u00e9m\u00e9nagements, le peu de place que je peux consacrer \u00e0 ces objets-  si pr\u00e9cieux sont-ils &#8211; m\u2019entra\u00eene  \u00e0 m&rsquo;en d\u00e9faire avec l&rsquo;implacable r\u00e9gularit\u00e9 d&rsquo;un coucou m\u00e9canique.  Au  d\u00e9but, avec cette  saine r\u00e9pugnance d&rsquo;un sauvage des ann\u00e9es 80, ( hou hou  vive le n\u00e9o lib\u00e9ralisme, \u00e0 bas les murs, bouffez des sushis ! h\u00e9 mais  Reagan c&rsquo;est pas ce type qui  jouait dans ce putain de film  la fois o\u00f9 j&rsquo;ai vomis sur les nichons de P. qui lisait le carnet d&rsquo;or de Doris Lessing ? ) <\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce temps l\u00e0 la dure r\u00e9alit\u00e9 rabote all\u00e8grement  mes r\u00eaves de gosse Le genre  de clich\u00e9 qu&rsquo;on nous implante dans les mirettes . Trouve une copine, un travail, reproduis-toi, prend un cr\u00e9dit sur 30 ans  sois sage, ne r\u00e9fl\u00e9chis surtout pas trop&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9pugnance que l&rsquo;on peut \u00e0 loisir retourner comme un gant, d&rsquo;o\u00f9 sa vertu roborative.<\/p>\n\n\n\n<p> non, ce qui est dingue c&rsquo;est que l&rsquo;on peut tout \u00e0 fait aller jusqu&rsquo;\u00e0  en \u00e9prouver physiquement  la perte, la d\u00e9chirure,  l&rsquo;absence, le manque.  Des livres, du d\u00e9corum, <em>d&rsquo;un amour de jeunesse <\/em>et de toute la vie factice d&rsquo;une \u00e9poque. Cependant, <em>il faut bien vivre <\/em>et l&rsquo;habitude de la r\u00e9p\u00e9tition, l&rsquo;usure arrondissant tellement bien  les angles.  Je prends vite l&rsquo; habitude de me s\u00e9parer  des  livres, sur le m\u00eame rythme que je me s\u00e9pare des quartiers de la ville,  de mes jobs d&rsquo;int\u00e9rim, de mes bistrots favoris, de mes voisins, et bien sur des filles et des femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore que ce n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait exact. A l&rsquo;\u00e9poque je m&rsquo;accrochais tout de m\u00eame \u00e0 une poign\u00e9e de bouquins. Voir de Carlos Castaneda, Le grand Meaulnes d&rsquo;Alain Fournier, Plume d&rsquo;Henri Michaux, Rebecca de Daphn\u00e9 du Maurier et Bourlinguer de Blaise  Cendrars. C&rsquo;\u00e9tait une sorte de bande. Ma bande. Absolument h\u00e9t\u00e9roclite tout comme les trois quarts de mes pens\u00e9es \u00e0 ce jour. <\/p>\n\n\n\n<p>Cependant  encore, pour \u00eatre honn\u00eate, il existe   un lieu semblable au rocher de King Kong sur une \u00eele et auquel je m&rsquo;imagine toujours devoir  acc\u00e9der t\u00f4t ou tard, un lieu in\u00e9luctable o\u00f9 tout me serait redonn\u00e9 o\u00f9 je retrouverai tout le temps perdu et la madeleine, une montagne de livres servant de protection de ch\u00e2teau fort pour m&rsquo;installer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur comme seigneur et r\u00e9cup\u00e9rer toute mes billes enfin \u00e0 la fin de la partie de Monopoly.<\/p>\n\n\n\n<p>La fameuse biblioth\u00e8que.<\/p>\n\n\n\n<p> et qu&rsquo;avec les ann\u00e9es mon imaginaire caresse, nourrit, entretient, gave, renforce. C&rsquo;est la masse de livres  amass\u00e9e  par la famille et dont on m&rsquo;averti de bonne heure qu&rsquo;elle sera  un jour lointain mon leg.<\/p>\n\n\n\n<p>Imaginez une vie enti\u00e8re \u00e0 nourrir ce genre de pens\u00e9e qu&rsquo;un jour vous serez l&rsquo;h\u00e9ritier d&rsquo;un tr\u00e9sor <\/p>\n\n\n\n<p>tr\u00e9sor qu&rsquo;\u00e0 force de l&rsquo;attendre comme tout ce qui porte le nom de tr\u00e9sor  vous avez cess\u00e9 de briguer, vous  ne le convoitiez plus, vous vous \u00e9tiez \u00e0 grande stupeur d\u00e9barrass\u00e9 de cette id\u00e9e et c&rsquo;est justement au m\u00eame instant qu&rsquo;elle vous revient en pleine figure comme un boomerang austral. Stupeur et tremblements, faites bonne figure au sort ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;avalanche se d\u00e9clencha au mois de mars de l&rsquo;ann\u00e9e 2013, au d\u00e9c\u00e8s de mon p\u00e8re. Il fallait vider la maison.  Je crois que je ne connais rien de pire dans  la vie que de vider  une maison de toute trace humaine  famili\u00e8re, \u00e7a vous en flanque un sacr\u00e9 coup \u00e0 la d\u00e9finition du mot. chaque trace d\u00e9clenche une sc\u00e8ne un souvenir. J&rsquo;ai mis un temps fou \u00e0 vider cette maison. Des mois. Et \u00e0 la fin je crois que je l&rsquo;ai fait dans un \u00e9tat second, comme si j&rsquo;\u00e9tais un autre pour m&rsquo;en sortir.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;une des premi\u00e8res choses que j&rsquo;ai faites  dans l&rsquo;ordre chronologique ce fut d&#8217;emballer tous les livres dans des cartons, puis de d\u00e9monter les biblioth\u00e8ques. Il y avait beaucoup de livres policiers, des ouvrages broch\u00e9s traduits depuis  cents langues diverses en fran\u00e7ais. A la fin,  mon p\u00e8re les achetait de fa\u00e7on compulsive  sur internet,  sur des plateformes de vente de livres d&rsquo;occasion. Ils \u00e9taient en bon \u00e9tat, mais chacun pesait son poids car il avait coutume de prendre des formats extraordinaires \u00e9crits en gros caract\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne me souviens pas du nombre de cartons, mais mes amis oui, ils m&rsquo;en parlent encore \u00e0 l&rsquo;occasion. Quand nous d\u00e9m\u00e9nage\u00e2mes d&rsquo;Oullins pour emm\u00e9nager dans notre nouvelle maison. De la sensation de remplir le tonneau des Dana\u00efdes ou de compter les cheveux d\u2019\u00c9l\u00e9onore. De plus, nous ne voulions pas encombrer les pi\u00e8ces en travaux, et nous d\u00fbmes faire un effort suppl\u00e9mentaire pour tout stocker au grenier dont le seul acc\u00e8s est un escalier escamotable.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un tr\u00e8s grand grenier,  au moins 70 m\u00e8tres carr\u00e9s. Mais une fois tous les cartons entrepos\u00e9s il m&rsquo;apparut exigu\u00eb. Et je me souviens tr\u00e8s clairement d&rsquo;avoir song\u00e9 au risque que tout \u00e7a allait finir par m&rsquo;\u00e9touffer. Mon \u00e9pouse qui est aussi la voix de ma conscience m&rsquo;avoua  que j&rsquo;aurais beaucoup mieux fait de tout refiler \u00e0 un brocanteur, \u00e0 une biblioth\u00e8que municipale, \u00e0 Emma\u00fcs. Mais quelque chose me retint. Malgr\u00e9 le danger c&rsquo;est toujours ainsi : je n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 me fourrer dans les pires situations incongrues.  C&rsquo;est plus fort que moi voil\u00e0 tout. Et c&rsquo;est de cette fa\u00e7on tr\u00e8s exactement que  je me suis install\u00e9 dans le refus de  me d\u00e9faire de ce tr\u00e9sor dont j&rsquo;\u00e9tais l&rsquo;unique d\u00e9positaire \u00e0 pr\u00e9sent. Sans doute parce que finalement j&rsquo;en \u00e9tais le seul d\u00e9positaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon fr\u00e8re m&rsquo;avoua il y a de cela plus de 10 ans d\u00e9sormais  qu&rsquo;il avait s\u00e9lectionn\u00e9 quelques bouquins qui l\u2019int\u00e9ressaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Il avait encore les clefs de la maison de mes parents \u00e0 cette \u00e9poque. C&rsquo;\u00e9tait cette p\u00e9riode o\u00f9 j&rsquo;effectuais des all\u00e9es retour entre Lyon et Paris pour m&rsquo;occuper de notre p\u00e8re quand il tomba malade, puis une fois d\u00e9c\u00e9d\u00e9, pour effectuer toutes les d\u00e9marches avec l&rsquo;entreprise de pompes fun\u00e8bres,  l&rsquo;\u00e9tat civil, les banques, le notaire, puis \u00e0 la fin avec les agents immobiliers, les assurances, et de nouveau le notaire. Je me suis surpris quand il m&rsquo;avoua son forfait \u00e0 consid\u00e9rer ce forfait comme une trahison sans trop savoir pourquoi. Dans mon esprit il avait entam\u00e9 une chose inentamable. Quelque chose qui devait rester int\u00e8gre. Une int\u00e9grit\u00e9 qui devait me revenir de droit. C&rsquo;\u00e9tait idiot, ce n&rsquo;\u00e9tait que quelques livres sans importance. et peut-\u00eatre que ce que consid\u00e9rais comme un d\u00e9lit cristallisa \u00e0 cet instant tout une collection de griefs gard\u00e9s sous silence depuis la nuit des temps. Comme il est banal de le constater dans toutes les familles au moment des enterrements.<\/p>\n\n\n\n<p>encore au jour d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, je sens que je suis encore tiraill\u00e9 par le fait de vouloir conserver ces innombrables  cartons de bouquins ou  bien m&rsquo;en d\u00e9faire m&rsquo;en d\u00e9barrasser. Ce qui me retient ? je l&rsquo;ignore, peut-\u00eatre une sorte de respect pour cette collection amass\u00e9e durant toute une vie par la famille. A moins que ce ne soit ce r\u00f4le auquel je continue \u00e0 vouloir tenir d&rsquo;\u00eatre en fin de compte le d\u00e9positaire, le gardien de quelque chose qui n&rsquo;a aucun sens v\u00e9ritable d&rsquo;\u00eatre gard\u00e9.  Cette somme de livres repr\u00e9sente un co\u00fbt sentimental qui n&rsquo;est absolument pas en ad\u00e9quation avec sa valeur r\u00e9elle sur le march\u00e9 du livre. Plusieurs vies y ont contribu\u00e9 dans ce que je peux imaginer \u00eatre un r\u00eave ou une illusion commune, car j&rsquo;ai aussi h\u00e9rit\u00e9 des livres de mes a\u00efeux ,  Des livres \u00e9normes \u00e0 couverture de cuir dont on tourne les pages dans la crainte d&rsquo;en ab\u00eemer la moindre, dans la peur qu&rsquo;elles ne tombent en poussi\u00e8re. Parfois j&rsquo;y pense encore, je sais que je n&rsquo;aurai probablement ni le temps ni l&rsquo;envie de lire tous ces livres. Qu&rsquo;en tant que nomade je ne lis plus que des eBook, des Epub, ce qui me permet de me trimbaler avec mon tr\u00e9sor personnel qui ne p\u00e8se qu&rsquo;un poids d\u00e9risoire, quelques gigaoctets \u00e0 peine.<\/p>\n\n\n\n<p>La semaine pass\u00e9e les petits enfants sont venus passer quelques jours de vacances; J&rsquo;ai timidement tent\u00e9 de faire lire Jules Verne au plus grand, mais il \u00e9tait bien plus attir\u00e9 par un jeu vid\u00e9o en ligne avec lequel il joue avec ses copains. Je n&rsquo;ai pas insist\u00e9.  Je suis victime de cette aura qui frappa des g\u00e9n\u00e9rations avant moi, l&rsquo;aura des livres. Je ne me reconnais pas le devoir de la propager plus loin, je crois m\u00eame que j&rsquo;entretiens avec celle-ci une certaine m\u00e9fiance, quand ce n&rsquo;est pas une forme de haine. Il me semble que c&rsquo;est la m\u00eame m\u00e9fiance, la m\u00eame sorte de haine qu&rsquo;avec ce que le monde est devenu d\u00e9sormais pour moi, cette chose compl\u00e8tement incompr\u00e9hensible, cette chose qui jour apr\u00e8s jour m&rsquo;\u00e9chappe totalement.  Et en m\u00eame temps il y a ce plaisir un peu malsain d&rsquo;imaginer l\u00e0 haut au dessus de nos t\u00eates,  cette masse de papier et d&rsquo;encore grignot\u00e9e probablement par les souris et les rats du grenier. La nature sauvage et incompr\u00e9hensible elle aussi reprend ses droits. Et \u00e0 la fin ce n&rsquo;est dans le fond que cela qui reste de toute une vie famille. tout ce qui aura \u00e9t\u00e9 investi d&rsquo;elle dans ce que rec\u00e8le les pages,de ces milliers de livres,  entre ses lignes, reste \u00e0 mon sens compl\u00e8tement inaccessible. <\/p>\n\n\n\n<p> cependant qu&rsquo;elle a particip\u00e9 grandement \u00e0 faire de moi un exil\u00e9, un paria. Je ne voulais pas m&rsquo;attacher de trop aux jaquettes, aux couvertures, aux titres aguicheurs, \u00e0 ce que l&rsquo;on consid\u00e8re comme de grands auteurs. A toute cette illusion ou cette r\u00e9alit\u00e9 fabriqu\u00e9e de culture comme de savoir. Tout ce qui m&rsquo;a motiv\u00e9 dans ce long mouvement d&rsquo;attachement et de rejet  c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;en apprendre un peu plus sur les m\u00e9andres de l&rsquo;\u00e2me humaine, ses recoins les plus sombres, ses myst\u00e8res ses gloires futiles autant qu&rsquo;anonymes.   De quel droit en serais-je d\u00e9\u00e7u ?                                                                                                                  <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Id\u00e9es pour d&rsquo;autres textes.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle lit Doris Lessing, Elsa Morante ce qui l&rsquo;installe dans une certaine id\u00e9e d&rsquo;elle que je nourris justement en ne lisant pas Doris Lessing, Elsa Morante. Je me prive de ces lectures pour ne pas perdre cette id\u00e9e que j&rsquo;invente d&rsquo;elle. A la fin la s\u00e9paration advient, mais je ne me suis s\u00e9par\u00e9 que d&rsquo;une id\u00e9e, est-ce moins douloureux ? quelle id\u00e9e de douleur ai-je encore invent\u00e9e pour ne pas vivre la cours naturel des choses de ce monde ?<\/p>\n\n\n\n<p>Il m&rsquo;arrive souvent de prendre un livre au hasard comme il m&rsquo;est arriv\u00e9 de vivre avec une fille une femme au hasard. Ne me demandez pas la raison profonde de ce genre de comportement, je reste muet l\u00e0-dessus. Ce n&rsquo;est pas parce que je ne me suis pas pos\u00e9 la question des milliers de fois. J&rsquo;ai simplement \u00e9cart\u00e9 toutes les r\u00e9ponses possibles pour me maintenir en train.<\/p>\n\n\n\n<p>tout me convient au bout du compte dans ces livres ces aventures. Je crois que je n&rsquo;y cherche rien \u00e0 l&rsquo;avance et donc quand il se passe quelque chose j&rsquo;en suis surpris. Que ce soit une bonne ou une mauvaise surprise n&rsquo;a pas d&rsquo;importance.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que je cherchais \u00e0 l&rsquo;avance autrefois \u00e9tait rarement sinon jamais ce que je trouvais \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e. Je me mis donc \u00e0 l&rsquo;ouvrage de refuser de chercher quoique ce soit \u00e0 l&rsquo;avance. C&rsquo;est un vrai travail.<\/p>\n\n\n\n<p>tout ce que je trouvai soudain dans le moindre livre correspondait \u00e9trangement \u00e0 mon \u00e9tat d&rsquo;esprit du moment. Je me souviens encore de mes errances dans les all\u00e9es de la biblioth\u00e8que G. Pompidou. bon sang comme c&rsquo;\u00e9tait une p\u00e9riode difficile. J&rsquo;\u00e9tais sans dessus dessous. C&rsquo;est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 ce moment que j&rsquo;ai d\u00e9couvert les bouquins de Ren\u00e9 Girard notamment Critique dans un souterrain. J&rsquo;avais du mal \u00e0 lire Dosto\u00efevski avant ce petit livre. Apr\u00e8s cela j&rsquo;en raffolais et certainement qu&rsquo;on devait me prendre pour un cingl\u00e9 tellement je pleurais de rire assis dans un coin sur cette moquette qui puait des pieds.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fille compl\u00e8tement bizarre avec des l\u00e8vres bleues. Une fois en longeant le parc de l&rsquo;Isle Adam je me souviens encore de cette sensation \u00e9lectrique que l&rsquo;on \u00e9prouve dans l&rsquo;\u00e9chine quand quelqu&rsquo;un vous regarde. Je me retourne, c&rsquo;\u00e9tait elle , le pire est que je savait au moment m\u00eame que c&rsquo;\u00e9tait elle. Elle avait un tee shirt sur lequel \u00e9tait inscrit le mot N\u00e9cronomicon. Elle explosa de rire en voyant ma t\u00eate. Je ne savais pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque que le N\u00e9cronomicon \u00e9tait un ouvrage invent\u00e9 par Lovecraft. Je croyais \u00e9videmment qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un vrai livre, que cette fille \u00e9tait une sorci\u00e8re et qu&rsquo;elle poss\u00e9dait bien s\u00fbr ce bouquin.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre des ann\u00e9es 70 \u00e9tait culte, il suffisait de lire de titre et on imaginait qu&rsquo;il \u00e9tait possible de partir sur les routes jusqu&rsquo;aux indes, que la vie serait \u00e9videmment bien plus cool l\u00e0-bas qu&rsquo;ici pr\u00e8s de Pontoise o\u00f9 coule l&rsquo;Oise boueuse et f\u00e9tide. Je l&rsquo;avais finalement achet\u00e9 pour lire dans le train. Au march\u00e9 des livres d&rsquo;occasion de L&rsquo;Isle Adam en 1972. Le trouver m&rsquo;avait procur\u00e9 la m\u00eame excitation qu&rsquo;autrefois un Vampirella que je n&rsquo;avais pas encore lu. J&rsquo;ai d\u00fb lire une dizaine de fois le premier chap\u00eetre, je m&rsquo;endormais \u00e0 chaque fois et me mettais \u00e0 r\u00eaver des plages de Goa, de cheveux interminables, de saris color\u00e9s fleurant l&rsquo;odeur de patchouli. Je ne me souviens plus o\u00f9 je l&rsquo;ai perdu. Peut-\u00eatre qu&rsquo;il ne me fut n\u00e9cessaire que pour ces aller retour en train afin de me rendre et revenir de la pension, jusqu&rsquo;\u00e0 la troisi\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Je viens de lire une centaine de pages de Un bon jour pour mourir de Jim Harrison. Puis soudain je suis pris d&rsquo;un doute. Je cherche le titre sur Google, pour conna\u00eetre l&rsquo;ann\u00e9e de publication du bouquin et je tombe sur le site lisez.com et une myriade de critiques  n\u00e9gatives sur cet ouvrage. Ce qui me vient \u00e0 l&rsquo;esprit \u00e0 cet instant c&rsquo;est que j&rsquo;ai certainement encore pris un coup de vieux. Que la plupart des auteurs que j&rsquo;aime lire et relire n\u2019int\u00e9resse plus un vaste public. Bref, je suis d&rsquo;un autre monde que celui-ci. Est-ce que je suis mort et j&rsquo;erre dans les limbes ? bien possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s loin dans le souvenir, le livre du Sapeur Camember pos\u00e9 sur une \u00e9tag\u00e8re   dans la classe de Madame N. Autour de lui flotte la musique de Pierre et le loup de Sergue\u00ef Prokofiev. Par del\u00e0 les vitres les grands platanes de la cour de r\u00e9cr\u00e9ation dont l&rsquo;\u00e9corce me fascine autant que les images de strates g\u00e9ologiques  de mon manuel de g\u00e9ographie. Le titre r\u00e9el est bien \u00ab\u00a0les fac\u00e9ties du sapeur Camember\u00a0\u00bb. Et cette histoire de trou qui me hante, Camember creuse un trou pour y placer la terre d&rsquo;un autre trou qu&rsquo;il a creus\u00e9, mais que faire de la terre d\u00e9blay\u00e9e depuis ce second trou ?<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\" id=\"Relever-la-charpente-\"># 05 Relever la charpente<\/h1>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>J'ai tout repris et tout m\u00e9lang\u00e9 les quatre parties pr\u00e9c\u00e9dentes <\/code><\/pre>\n\n\n\n<p><br>Dans la pi\u00e8ce exigu\u00eb qui sera  ma biblioth\u00e8que, je sais d&rsquo;avance que chaque livre que je vais extirper des cartons  sera un pilier de ma propre histoire, un recueil de moments encapsul\u00e9s. Comme Walter Benjamin qui, dans son exil, d\u00e9ballait ses livres pour en inventorier les souvenirs, je m&rsquo;appr\u00eate \u00e0 ranger les miens, non pour les classer, mais pour red\u00e9couvrir le voyage de chaque acquisition.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque ouvrage est un t\u00e9moin silencieux d&rsquo;une \u00e9poque, d&rsquo;un lieu, voire d&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;esprit oubli\u00e9. En d\u00e9chirant le ruban adh\u00e9sif des cartons, en \u00e9cartant les pans , j&rsquo;ai un peu la sensation d&rsquo;\u00e9carter mon thorax ou ma cervelle : chaque livre \u00e9merge comme une relique de ma propre Grande D\u00e9pression personnelle ou des minces jours de d\u00e9couverte joyeuse. Ce n\u2019est pas simplement ranger, c\u2019est revisiter et parfois r\u00e9\u00e9valuer.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense \u00e0 Georges Perec qui d\u00e9finissait une biblioth\u00e8que comme un ensemble de livres pour le plaisir quotidien. Mon approche est semblable mais avec une intention plus introspective. Chaque livre est class\u00e9 non par ordre alphab\u00e9tique ou th\u00e9matique, mais selon l&rsquo;intensit\u00e9 des souvenirs qu&rsquo;il \u00e9voque, formant ainsi une cartographie de mon pass\u00e9 litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains livres restent des piliers in\u00e9branlables, d&rsquo;autres, jadis ch\u00e9ris, ont perdu de leur \u00e9clat, t\u00e9moignant du changement de mes perspectives et go\u00fbts. Cet exercice de classement devient un dialogue intime avec moi-m\u00eame, chaque livre me questionnant, \u00ab\u00a0Pourquoi suis-je ici ? Que repr\u00e9sente-je pour toi maintenant ?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0As-tu vu ce que tu es devenu ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;image de Benjamin, je ne retrouve pas seulement des livres, mais des fragments de moi-m\u00eame \u00e9parpill\u00e9s \u00e0 travers les pages. Le livre sur Baudelaire achet\u00e9 \u00e0 Paris, un roman de science-fiction \u00e9chang\u00e9 avec un ami maintenant lointain, chaque volume porte en lui une histoire qui d\u00e9passe le texte imprim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9organisation est moins une t\u00e2che qu&rsquo;une c\u00e9r\u00e9monie, un acte de red\u00e9couverte o\u00f9 chaque livre est soigneusement d\u00e9poussi\u00e9r\u00e9, feuillet\u00e9, parfois lu sur place, souvent replac\u00e9 avec une nouvelle compr\u00e9hension de son importance.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m&rsquo;arr\u00eate, livre en main, souvent perdu dans les m\u00e9andres de la m\u00e9moire. C\u2019est dans ces moments de pause que je ressens le plus profond\u00e9ment le poids de ma biblioth\u00e8que, non en kilogrammes, mais en exp\u00e9riences v\u00e9cues, en \u00e9motions ressenties.<\/p>\n\n\n\n<p>Je conclue cette session de rangement par une r\u00e9flexion sur ce que ces livres disent de moi, de mon parcours, de mes ruptures et de mes continuit\u00e9s. Comme les strates g\u00e9ologiques raconte les drames, les trag\u00e9dies des sols , ma biblioth\u00e8que raconte une histoire complexe et multiforme, un r\u00e9cit toujours en cours d\u2019\u00e9criture. Chaque livre rang\u00e9 est-il  une promesse de retour, je n&rsquo;en sais rien \u00e0 vrai dire, non en fait je sais que je ne crois plus au mythe de l&rsquo;\u00e9ternel retour.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Au c\u0153ur de cette qu\u00eate litt\u00e9raire, chaque librairie visit\u00e9e est deviendrait une pierre angulaire de mon territoire de lecteur, un morceau de la carte de mon monde int\u00e9rieur. Ces espaces, sanctuaires fragiles et tremblotant  du savoir et de l&rsquo;imaginaire, ont fa\u00e7onn\u00e9 ma perception des mots et de leur pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les rues pav\u00e9es d&rsquo;Angoul\u00eame, je pousse la porte d&rsquo;une librairie ancienne o\u00f9 l&rsquo;odeur du papier vieilli se m\u00eale \u00e0 celle du bois cir\u00e9. Les \u00e9tag\u00e8res, hautes et charg\u00e9es, touchent presque le plafond, s&rsquo;archant sous le poids des classiques et des nouveaut\u00e9s. Ici, j&rsquo;ai d\u00e9couvert la gravit\u00e9 solennelle  des textes de Victor Hugo, dont les mots semblaient r\u00e9sonner dans le silence respectueux de la boutique.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, \u00e0 Strasbourg, je me retrouve devant une vitrine moderne, \u00e9clair\u00e9e, qui expose des livres d&rsquo;art et de photographie. La lumi\u00e8re douce et les couleurs vives des couvertures attirent un public \u00e9clectique, des \u00e9tudiants en art aux touristes curieux. C\u2019est l\u00e0 que j&rsquo;ai achet\u00e9 mon premier recueil de po\u00e8mes, un acte de r\u00e9bellion adolescente contre la prose du quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, \u00e0 Saragosse, je fl\u00e2ne dans une librairie sp\u00e9cialis\u00e9e dans la litt\u00e9rature \u00e9trang\u00e8re. Les murs sont tapiss\u00e9s de romans et de biographies en plusieurs langues, un babel de papier qui invite au voyage. C&rsquo;est ici que j&rsquo;ai compris la valeur de la diversit\u00e9 narrative, en feuilletant des \u0153uvres traduites du japonais, de l&rsquo;h\u00e9breu ou du su\u00e9dois.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces librairies ne sont pas que des lieux de commerce, mais des portails vers des univers insoup\u00e7onn\u00e9s. Chaque visite est une aventure, un pas de plus dans la construction de ma propre histoire litt\u00e9raire. Elles sont des rencontres, des moments de r\u00e9v\u00e9lation qui ont enrichi ma vision du monde et nourri ma passion pour la lecture.<\/p>\n\n\n\n<p>Vincent Puente, avec ses librairies fictionnelles, nous rappelle combien ces espaces peuvent \u00eatre des th\u00e9\u00e2tres de la m\u00e9moire et de l&rsquo;imagination. Inspir\u00e9 par ses r\u00e9cits, je me prends \u00e0 r\u00eaver de mes propres librairies, celles qui ont marqu\u00e9 les chapitres de ma vie. Peut-\u00eatre un jour, \u00e0 l&rsquo;image de Puente, raconterai-je ces lieux avec une touche de fantastique, o\u00f9 chaque livre achet\u00e9 serait une porte entrouverte sur l&rsquo;infini.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette exploration ne se veut pas une fin en soi, mais une accumulation de mat\u00e9riaux pour des constructions futures. Comme dans un premier jet, je laisse les souvenirs et les sensations se superposer, formant une mosa\u00efque de moments qui, une fois assembl\u00e9s, d\u00e9voileront le portrait de l&rsquo;\u00e9crivain que je suis devenu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, je continue ma marche, accumulant les exp\u00e9riences, me pr\u00e9parant \u00e0 les recomposer dans mon \u00e9criture. Chaque librairie visit\u00e9e, chaque livre acquis est un fil rouge dans le tapis complexe de mon histoire qui s&rsquo;ach\u00e8vera t\u00f4t ou tard. C&rsquo;est une marche d&rsquo;approche, certes, mais chaque pas est un pas vers la d\u00e9couverte de moi-m\u00eame en tant que lecteur.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Dans la solitude de mon espace de lecture,  je me penche sur une liste personnelle de neuf choses perdues, inspir\u00e9e par l&rsquo;\u0153uvre \u00e9patante  de Judith Schalansky. Cet inventaire commence non par une simple \u00e9num\u00e9ration, mais comme une exploration de ce que ces pertes signifient pour moi, chacune ouvrant un chapitre de r\u00e9flexion et de narration.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier \u00e9l\u00e9ment de ma liste est une montre de poche appartenant \u00e0 mon grand-p\u00e8re, disparue dans les m\u00e9andres d&rsquo;un d\u00e9m\u00e9nagement. Ce n&rsquo;est pas tant l&rsquo;objet qui me manque, mais les instants qu&rsquo;il a mesur\u00e9s, les \u00e9chos de conversations longtemps oubli\u00e9es. Je lance ce r\u00e9cit par une description pr\u00e9cise du tic-tac de cette montre, un son presque oubli\u00e9, mais encore vibrant dans ma m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me est une lettre jamais envoy\u00e9e \u00e0 un vieil ami, perdue lors d&rsquo;une crise de col\u00e8re. Cette feuille de papier, satur\u00e9e d&rsquo;encre et de regrets, devient le c\u0153ur d&rsquo;un dialogue imaginaire entre moi et cet ami, o\u00f9 je tente de r\u00e9parer les ponts jamais vraiment bris\u00e9s, mais seulement n\u00e9glig\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment est une photographie de ma premi\u00e8re voiture, une vieille berline avec laquelle j&rsquo;ai connu des aventures inoubliables. La photo, perdue dans un incendie, repr\u00e9sente plus que du papier br\u00fbl\u00e9; elle symbolise la jeunesse \u00e9vanouie. Je me lance dans une narration en mode road-trip, chaque virage de la route \u00e9voquant un souvenir pr\u00e9cis de libert\u00e9 et de d\u00e9couvertes.<\/p>\n\n\n\n<p>Un vieux livre de cuisine de ma m\u00e8re, us\u00e9 et finalement perdu, occupe la quatri\u00e8me place. Il n&rsquo;est plus tangible mais persiste dans les parfums de mon enfance. Je narre les recettes comme des formules magiques, chacune capable de ressusciter des moments de bonheur familial.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cinqui\u00e8me est un billet de concert froiss\u00e9, perdu dans la poche d&rsquo;un manteau vendu. Ce billet revit dans une \u00e9vocation lyrique d&rsquo;une soir\u00e9e o\u00f9 la musique semblait tout gu\u00e9rir, o\u00f9 chaque note jou\u00e9e r\u00e9sonne encore dans les alc\u00f4ves de mon c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces fragments de r\u00e9cits, en d\u00e9taillant les objets perdus et les \u00e9motions qu&rsquo;ils \u00e9veillent, tissent une tapestry narrative personnelle. Chaque histoire est un fil reconnectant le pr\u00e9sent au pass\u00e9, un pass\u00e9 qui, bien que perdu, demeure vivant dans les mots que je pose sur le papier.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9marche, inspir\u00e9e par Schalansky, n&rsquo;est pas simplement un exercice de style; elle est une qu\u00eate de sens, un moyen de comprendre comment ces pertes ont fa\u00e7onn\u00e9 l&rsquo;individu que je suis devenu. Ce ne sont pas seulement des objets disparus, mais des parties de moi, \u00e9clips\u00e9es par le temps, que je cherche \u00e0 retrouver dans le r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p>La libert\u00e9 narrative offerte par ce format permet une profonde immersion dans chacun de ces moments perdus, rendant chaque r\u00e9cit aussi unique que l&rsquo;objet ou le souvenir qu&rsquo;il repr\u00e9sente. C\u2019est un dialogue continu entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent, entre ce qui \u00e9tait et ce qui reste, une exploration de l&rsquo;absence comme forme pleine et enti\u00e8re de pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce voyage litt\u00e9raire, chaque chapitre clos n&rsquo;est pas simplement la fin d&rsquo;une histoire, mais l&rsquo;invitation \u00e0 en d\u00e9couvrir une nouvelle, \u00e0 ouvrir un autre tiroir de la m\u00e9moire, \u00e0 continuer de tisser le riche tissu de mon propre r\u00e9pertoire de choses perdues.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette exploration, je m&rsquo;immerge dans la mat\u00e9rialit\u00e9 des livres, laissant de c\u00f4t\u00e9 leur contenu textuel pour me concentrer sur leur existence physique. Chaque livre que je choisis est un artefact, charg\u00e9 de souvenirs et de sensations qui transcendent les mots imprim\u00e9s sur ses pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier est un vieux roman de poche, sa couverture \u00e9corn\u00e9e t\u00e9moignant des nombreux voyages dans mon sac \u00e0 dos. Je me souviens de son odeur de papier vieilli, et de la sensation de ses pages fines sous mes doigts, souvent lues sous le doux soleil d&rsquo;un apr\u00e8s-midi d&rsquo;\u00e9t\u00e9 au parc. Ce livre n&rsquo;est pas juste un objet de lecture, mais un compagnon de mes jours de libert\u00e9, son usure parall\u00e8le \u00e0 mes propres exp\u00e9riences.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, un volume reli\u00e9, lourd et imposant, trouv\u00e9 dans une librairie ancienne. Sa couverture rigide, emboss\u00e9e, \u00e9tait froide au toucher, contrastant avec la chaleur de la pi\u00e8ce lambriss\u00e9e o\u00f9 je l&rsquo;avais d\u00e9couvert. Lire ce livre \u00e9tait une exp\u00e9rience presque c\u00e9r\u00e9monielle, n\u00e9cessitant une table et une lampe de lecture, chaque page tourn\u00e9e avec un respect presque religieux pour sa majest\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me tourne vers un manuel scolaire de mon enfance, dont les marges sont jonch\u00e9es de graffitis  et de notes \u00e9crites \u00e0 la h\u00e2te. Ce livre, plus qu&rsquo;un simple outil d&rsquo;apprentissage, \u00e9tait un t\u00e9moin de mon d\u00e9veloppement intellectuel et cr\u00e9atif. Sa mat\u00e9rialit\u00e9 \u00e9voque des souvenirs de salles de classe bruyantes, de r\u00e9cr\u00e9ations joyeuses, et d\u00e9j\u00e0 mon retrait, mes angoisses face \u00e0 cette joie sauvage.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre, un recueil de po\u00e9sie, se distingue par son \u00e9l\u00e9gante simplicit\u00e9. Sa couverture souple, d&rsquo;un bleu profond, invite \u00e0 la contemplation, et je me rappelle l&rsquo;avoir souvent lu en \u00e9coutant la pluie battre contre les fen\u00eatres de ma chambre. La texture de sa couverture, lisse et fra\u00eeche, contrastait avec la chaleur des mots qu\u2019elle enfermait, chaque po\u00e8me r\u00e9sonnant diff\u00e9remment selon le temps et mon \u00e9tat d&rsquo;esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, un guide de voyage \u00e9corn\u00e9, t\u00e9moin de mon ann\u00e9e sabbatique. Les pages, gondol\u00e9es par l&rsquo;humidit\u00e9 des tropiques, portaient des taches de boue et des traces de caf\u00e9,  chaque marque une carte du p\u00e9riple que j&rsquo;avais entrepris. Ce livre \u00e9tait plus qu&rsquo;un guide; c&rsquo;\u00e9tait un journal de bord, un compagnon qui avait vu les m\u00eames paysages que moi, subi les m\u00eames intemp\u00e9ries.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces livres, dans leur forme la plus brute, sont des extensions de mes exp\u00e9riences. Ils ne sont pas simplement des conteneurs de texte, mais des objets imbriqu\u00e9s dans le tissu de ma vie, chacun portant les empreintes des lieux et des moments qu&rsquo;ils ont partag\u00e9s avec moi. En revisitant ces artefacts, je ne revis pas seulement des textes, mais des fragments de temps, des atmosph\u00e8res, des parfums et des textures, tout ce qui constitue le fond sur lequel les mots prennent sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reste encore un carton, ce sont les livres que l&rsquo;on m&rsquo;a offerts, des cadeaux que bien souvent j&rsquo;ai d\u00e9daign\u00e9s parce que je jugeai alors qu&rsquo;il \u00e9taient mal adress\u00e9s. Peut-\u00eatre est-il temps de leur trouver une place et d&rsquo;en ouvrir quelques uns maintenant que le souvenir semble s&rsquo;en \u00eatre d\u00e9tach\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sommaire 1.De l&rsquo;art de ranger ses livres 2. Histoire de mes librairies 3. Inventaire de choses perdues 4. Les livres moins ce qu&rsquo;ils disent 5. Relever la charpente #01 Ranger les livres 9. Ici il faudrait que je parle sans doute de mon rapport avec les biblioth\u00e8ques publiques. Notamment la biblioth\u00e8que du centre Georges Pompidou. Mais n&rsquo;allons pas trop vite. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-patrick-b-chantier-pele-mele-amasser\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#nouvelles | Patrick B., chantier, p\u00eale-m\u00eale, amasser.<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":530,"featured_media":147267,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5736,5737,5795,5837,5862,1],"tags":[],"class_list":["post-147257","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles-1","category-01-ranger-ses-livres","category-02-histoire-de-mes-librairies","category-03-schalansky-inventaire-de-choses-perdues","category-04-le-livre-dans-sa-materialite","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147257","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/530"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=147257"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147257\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/147267"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=147257"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=147257"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=147257"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}