{"id":147280,"date":"2024-04-23T16:41:37","date_gmt":"2024-04-23T14:41:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=147280"},"modified":"2024-04-25T15:11:55","modified_gmt":"2024-04-25T13:11:55","slug":"nouvelles-stephanie-buttay","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-stephanie-buttay\/","title":{"rendered":"#nouvelles | St\u00e9phanie Buttay"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1080\" height=\"862\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Copyright.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-150643\" style=\"width:590px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Copyright.jpeg 1080w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Copyright-420x335.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Copyright-1024x817.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Copyright-768x613.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Table des mati\u00e8res<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition1\">1_ Main courante, histoires de biblioth\u00e8ques<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition2\">2_Histoires de mes librairies<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition3\">3_Inventaire de choses perdues<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition4\">4_ <em>Meurtres pour m\u00e9moire<\/em>, un souvenir de lecture<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition5\">5_ Quatre stations autour d&rsquo;Unica Z\u00fcrn, auteure<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition1\"><strong>#1 Main courante, histoires de biblioth\u00e8ques<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Cartographier.<\/strong> Se plier \u00e0 l&rsquo;espace, suivre les plis, suivre le plan de l&rsquo;appartement. Pass\u00e9e l&rsquo;entr\u00e9e, les biblioth\u00e8ques courent le long des murs, comme la main courante d&rsquo;un escalier. Tenir la rampe. Pour la premi\u00e8re, dictionnaires, sciences humaines et sociales auxquelles se m\u00ealent, s&rsquo;entrem\u00ealent les essais sur l&rsquo;art, avant de c\u00e9der la place aux grands formats, monographies, catalogues d&rsquo;exposition&#8230; mais bifurcation pour cause d&rsquo;entrave et engorgement, les grands formats garnissent le bas d&rsquo;autres biblioth\u00e8ques sans trop d&rsquo;ordre ni raison. Pass\u00e9e la porte de la chambre, la biblioth\u00e8que majeure, litt\u00e9rature, toute en hauteur et rayonnage pyramidal. Depuis le sommet o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre demeure, l&rsquo;ind\u00e9fectible Shakespeare en majest\u00e9, les livres s&rsquo;\u00e9talent et d\u00e9valent la pente \u00e0 travers les langues \u00e9trang\u00e8res, pour atteindre le pays de France, le plus fourni, le plus prosp\u00e8re. Cach\u00e9e derri\u00e8re la porte d&rsquo;acc\u00e8s, la po\u00e9sie fait l&rsquo;\u00e9chelle. Mais Rilke et Rimbaud en bons frondeurs, se baladent ailleurs. Retour dans la pi\u00e8ce principale par o\u00f9 m\u00e8ne l&rsquo;entr\u00e9e. Une biblioth\u00e8que consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;art brut et ses apparent\u00e9s, s&rsquo;ouvre sur les  <em>Prospectus<\/em> de Dubuffet. Pass\u00e9e la porte fen\u00eatre, on arrive \u00e0 un petit secr\u00e9taire o\u00f9  logent les contributions de la propri\u00e9taire et celles de ses amis. Livres, revues, brochures, opuscules, les pr\u00e9cieux. Enfin, si dans un mouvement tournant on faisait volte face, un autel sous forme de courte \u00e9tag\u00e8re. Allen Ginsberg en tenue l\u00e9g\u00e8re d\u00e9livre le signe de la paix pour le <em>Kaddish<\/em>. Patti Smith fait courir ses chevaux. Et Werner Lambersy embrasse sans fin sa femme Patricia. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9roger.<\/strong> Perec le souligne dans son texte,  quelque soit le mode de classement adopt\u00e9, il finit par \u00e9chouer. Dans le m\u00eame temps, il \u00e9crit, <em>une biblioth\u00e8que qu&rsquo;on ne range pas se d\u00e9range<\/em>. Walter Benjamin pousse la pens\u00e9e plus  loin en parlant de <em>d\u00e9r\u00e8glement<\/em>. A toute r\u00e8gle, sa d\u00e9rogation. On a beau fixer des limites, leur assigner une place, leur d\u00e9signer un meuble, les livres d\u00e9bordent. Les livres nous d\u00e9bordent. Comme les surr\u00e9alistes, ils veulent aller par analogie, par affinit\u00e9s. Certains, comme ce petit ouvrage sur l&rsquo;\u00e9rotisme de Felicien Rops dress\u00e9 devant le Robert, affichent leur incongruit\u00e9. D&rsquo;autres, livres de photographies et livres d&rsquo;artistes, affirment leur esth\u00e9tisme et refuse qu&rsquo;on les range avec le commun. Et puis il y a les incertains, les ind\u00e9cis, les inclassables qu&rsquo;on prom\u00e8nera d&rsquo;un rayonnage \u00e0 un autre sans se d\u00e9cider. Face \u00e0 l&rsquo;espace, les livres entrent en r\u00e9bellion et envahissent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Jouir.<\/strong> J&rsquo;aime donner \u00e0 manger \u00e0 mes livres. Une d\u00e9dicace, un dessin en fleuron sur la page de garde. Une photographie, une carte postale, une plume, l&rsquo;annonce d&rsquo;un concert gliss\u00e9s entre les pages que l&rsquo;on retrouvera avec plaisir au hasard d&rsquo;un d\u00e9m\u00e9nagement, d&rsquo;une consultation. Le livre s&rsquo;enrichit de nos gestes. Le livre est augment\u00e9. Dans l&rsquo;archipel de nos biblioth\u00e8ques, comme Prospero,  nous nous retirons  ducs en exil, et jouissons de nos possessions.  Mais nous sommes vites d\u00e9busqu\u00e9s de nos terres solitaires, happ\u00e9s par la qu\u00eate du livre, celui qui nous \u00e9chappe, celui toujours manquant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition2\"><strong>#2&nbsp; Histoires de mes librairies<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Les affranchis, Les Lettres constell\u00e9es, Thonon-les-bains.<\/strong> Les Lettres constell\u00e9es, on y allait pour Bruna, flamboyante rousse qui tenait le rayon bandes dessin\u00e9es. J&rsquo;accompagnais surtout F. et E. apr\u00e8s le lyc\u00e9e, tous deux irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e9pris de la belle libraire, aupr\u00e8s de qui ils passaient leurs heures creuses. Le premier deviendra auteur, le second l&rsquo;\u00e9pousera. Et moi, je perdrai mon amoureux. Mais c&rsquo;est aux Lettres constell\u00e9es que j&rsquo;accomplis pour la premi\u00e8re fois ce geste, acheter un livre. Je me vois tendre le bras, tendre la main vers le rayonnage en direction de l&rsquo;objet convoit\u00e9 au dos vert p\u00e2le. Hermann Hesse m&rsquo;avait ouvert ses arcanes par hasard avec <em>Demian<\/em> \u00e0 la biblioth\u00e8que municipale. J&rsquo;en lus d&rsquo;autres. En acqu\u00e9rant le livre, j&rsquo;allais gravir un autre \u00e9chelon, accomplir un franchissement. Un affranchissement. Je ne me souviens pas du passage en caisse, je ne me souviens pas d&rsquo;o\u00f9 provenait l&rsquo;argent. Je me vois rentrer chez mes parents le tenant pr\u00e9cieusement. Je me souviens du titre, <em>Siddharta.<\/em> J&rsquo;allais attendre ensuite de longues ann\u00e9es la r\u00e9\u00e9dition du <em>Jeu des perles de verre<\/em>, \u00e9puis\u00e9, comme d&rsquo;une promesse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le ventre de la baleine, Lyon 3e. <\/strong>Montchat, quartier tranquille du troisi\u00e8me arrondissement de Lyon, tout \u00e0 ses habitants. J\u2019y r\u00e9side, rue du Capitaine, pendant mes deux ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes de droit, tra\u00eenant mon ennui apr\u00e8s moi. A l\u2019arr\u00eat de bus, une place comme on en trouve dans toutes les villes de province avec son \u00e9glise, une pizzeria attenante, quelques commerces, mais aucun caf\u00e9 ou square o\u00f9 l\u2019on souhaiterait marquer une pause, s\u2019arr\u00eater en s\u2019engouffrant sur le chemin du retour, pourtant\u2026 Pourtant au cours de la deuxi\u00e8me ann\u00e9e, une petite librairie d\u2019occasion ouvre ses portes. Elle me sauvera de la d\u00e9sesp\u00e9rance des mercredis apr\u00e8s-midi rest\u00e9s vacants, de ses longues heures le nez coll\u00e9 aux cours, aux codes et autres jurisprudence impos\u00e9s. On \u00e9voquerait plut\u00f4t un antre tout en longueur. Les murs s\u2019enfoncent dans le corps du b\u00e2timent, des murs bordeaux, dans mon souvenir, des murs fonc\u00e9s. Ils accueillent des rayonnages serr\u00e9s, mal \u00e9clair\u00e9s, essentiellement des Livres de poche, aux couvertures pass\u00e9es, surann\u00e9es, d\u2019un graphisme alliant les ann\u00e9es 1950 aux ann\u00e9es 1970. Ils s\u2019\u00e9talent le long des parois, bon march\u00e9, non class\u00e9s. Je fouine, je fur\u00e8te, j\u2019avance au petit bonheur la chance. Le visage du libraire, un homme, je l\u2019ai oubli\u00e9. Il a peu de clients, et me laisse d\u00e9ambuler \u00e0 ma guise. J&rsquo;occupe le temps, comme l&rsquo;espace. De ces visites du mercredi dans l\u2019odeur humide du vieux papier, je ram\u00e8nerai des classiques, Stendhal, Flaubert, Balzac. Me glissant dans le ventre de la baleine, la librairie devient mon \u00e9chapp\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La ruche, librairie T, Paris 6e.<\/strong> Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 le croisement avec le boulevard Raspail d&rsquo;o\u00f9 se dresse la silhouette massive du Balzac aux yeux perc\u00e9s de Rodin, la librairie T. \u00e9tale ses vitrines sur le boulevard du Montparnasse. A pas feutr\u00e9s, franchir l\u2019entr\u00e9e. Du sol au plafond, les biblioth\u00e8ques en bois coulissent sur les murs, et d\u00e9gorgent sous l\u2019oeil narquois du p\u00e8re Ubu, en digne embl\u00e8me. M., Y. et F. , sous, sur, entre les tables et les rayons oeuvrent. Abeilles ouvri\u00e8res de l&rsquo;endroit, ils s\u2019activent . A moins qu\u2019on ne les croise \u00e0 l\u2019arr\u00eat, une pile d&rsquo;ouvrages \u00e0 la main, en long conciliabule avec un client, qu&rsquo;ils ne s&rsquo;engagent en appart\u00e9. Ici, on ne parle pas, on chuchote. A chacun son aire, sa client\u00e8le, sa parent\u00e8le. Nid d\u2019aigle, oeil d\u2019\u00e9pervier, les libraires de chez T. sont \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt. Tout usager sera re\u00e7u en prince, en privil\u00e9gi\u00e9. Vous pouvez d\u00e9poser la demande la plus improbable, M., Y. ou F. sauront vous aiguiller, vous guider. Si ce n\u2019est dans l\u2019instant, ils mettront leurs connaissances multiples \u00e0 l\u2019oeuvre, toutes m\u00e9ninges sollicit\u00e9es dans la dur\u00e9e. Si toutefois, votre demande n\u2019aboutissait pas, le p\u00e8re Ubu en  bon roi saura d\u2019un coup de d\u00e9, d&rsquo;un coup du sort vous r\u00e9armer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019\u00eele, Ler Devagar, Lisbonne<\/strong>. Nous r\u00e9sidons dans le Bario Alto, quartier anim\u00e9 de Lisbonne. La silhouette de bronze de Fernando Pessoa nous salue peu apr\u00e8s la descente du tramway. J. ami ethnologue et auteur de guides de voyages \u00e0 ses heures, nous a fourni quelques adresses selon lui, incontournables. D\u00e8s le premier soir, F. et moi nous enfon\u00e7ons dans le d\u00e9dale des rues \u00e9troites, \u00e0 la recherche de la librairie Ler Devagar, ouverte de midi \u00e0 minuit, tout un programme. Apr\u00e8s avoir tourn\u00e9 quelque temps, nous d\u00e9bouchons enfin sur la rue S. Boaventura qui l\u2019abrite. Je ne me souviens ni du b\u00e2timent, ni de la fa\u00e7ade. Je me souviens de l\u2019immense \u00e9tendue &#8211; 200, 250m2 ?-&nbsp; qui se d\u00e9cline en diff\u00e9rents volumes. Ici une salle pour les d\u00e9bats, les lectures, l\u00e0 pour des r\u00e9unions. L\u2019espace s\u2019ouvre sur un deuxi\u00e8me niveau reli\u00e9 par&nbsp; un escalier m\u00e9tallique. Ni F., ni moi ne parlons portugais. Nous navigons en eaux libres. Entre les tables et les rayons, sont dispos\u00e9s fauteuils, canap\u00e9s o\u00f9 des lecteurs sont \u00e0 l\u2019oeuvre. Ils ne l\u00e8veront pas la t\u00eate lors de notre passage, et&nbsp; nous ne serons jamais inqui\u00e9t\u00e9s par le moindre vendeur, d\u2019ailleurs comment le distinguer ? Soir apr\u00e8s soir, Ler Devagar devient notre point de chute, sans que nous nous en rappelions jamais le chemin, comme lanc\u00e9s dans un jeu de piste. Les Lisbo\u00e8tes sont francophiles, j\u2019en ram\u00e8nerai <em>Le D\u00e9peupleur <\/em>de S. Beckett, et un exemplaire du <em>Bureau de tabac<\/em> de Pessoa&nbsp; dans sa langue d\u2019origine, pour l\u2019ami J.&nbsp; qui sait la lire et qui guida nos pas jusque l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;aujourd&rsquo;hui, Books corner, coffee shop, Thonon-les-bains.<\/strong> Le Books corner ne se situe pas au coin d&rsquo;une rue, mais s&rsquo;abrite sous une arcade entre la biblioth\u00e8que et la Chapelle de la Visitation, centre d&rsquo;art contemporain. Il d\u00e9livre bien des livres mais aussi des cookies, un canap\u00e9 profond, quelques tables ainsi que des caf\u00e9s de toutes sortes. Devant, derri\u00e8re la caisse, Aby et Lisa, s&rsquo;activent, ma\u00eetresses des lieux, la trentaine tout devant. L&rsquo;une a les cheveux bleu \u00e9lectrique, l&rsquo;autre porte un noir outremer. Elles sourient. Elles s&rsquo;affairent. Vont d&rsquo;un client \u00e0 l&rsquo;autre attentives et soucieuses. <em>Un autre caf\u00e9 ? Oui, c&rsquo;est le deuxi\u00e8me tome et il peut se lire ind\u00e9pendamment du premier. <\/em>Vous veniez pour r\u00e9cup\u00e9rer une commande et vous voil\u00e0 attabl\u00e9 le chien Loki blotti \u00e0 vos pieds. C&rsquo;est qu&rsquo;au Books Corner on ne parle pas que lecture mais aussi \u00e9criture<em>.<\/em> Tout en devenir, Aby vous confiera bien son prochain sujet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\" id=\"proposition3\"><strong>#3 Inventaire de choses perdues<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-normal-font-size\"><em>My memories are my documents<\/em><span style=\"font-family: -webkit-standard;font-size: medium;font-style: normal\">&nbsp;&#8211; &nbsp;Louise Bourgeois.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-normal-font-size\"><strong>Sommaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>I. Le Magn\u00e9tophone, les petits pois et les enfants perdus.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>II. M.,  la gourmette en laiton<\/p>\n\n\n\n<p>III. Hector Mallot et la malle aux livres<\/p>\n\n\n\n<p>IV. Un souvenir d&rsquo;enfance, la plage de X. en deux photographie<\/p>\n\n\n\n<p>V. Le bleu des yeux de mon p\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>VI.  Le portrait en noir et blanc, de Monelle B., danseuse de music hall<\/p>\n\n\n\n<p>VII. L&rsquo;apr\u00e8s-midi de RM Rilke et Paul Valery au port de Sechex, ao\u00fbt 1926<\/p>\n\n\n\n<p><strong>VIII. Le passeport d&rsquo;Unica Z\u00fcrn<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>IX. Le regard myope de Jean-Luc Godard<\/p>\n\n\n\n<p>X .Un Suisse mort, Christian Boltanski<\/p>\n\n\n\n<p>XI. Les pas perdus de Val\u00e8re Novarina<\/p>\n\n\n\n<p>XII. Lettres \u00e0 HB, destinataire inconnu<\/p>\n\n\n\n<p><strong>I. Le Magn\u00e9tophone, les petits pois et les enfants perdus. <\/strong>Un&nbsp; jour d\u2019\u00e9t\u00e9, fr\u00e8re et soeur sont requis \u00e0 l\u2019\u00e9cossage des petits pois. Pendant qu&rsquo;ils s&rsquo;attablent dans la cuisine devant le tas de verdure, leur m\u00e8re va discr\u00e8tement chercher le magn\u00e9tophone pour les enregistrer. Ils se sont aper\u00e7us de la manoeuvre et entonnent \u00e0 pleine voix un chant tout sp\u00e9cialement d\u00e9di\u00e9 au l\u00e9gume vert. <em>Ah, les petits pois, les petits pois, c\u2019\u00e9taient de bon l\u00e9gumes\u2026<\/em> Elle se souvient nettement des premi\u00e8res paroles de la chanson, de leurs joies m\u00eal\u00e9es dans le chant, de la pr\u00e9sence du magn\u00e9tophone attestant de leur post\u00e9rit\u00e9. Elle ne sait pas ce qu\u2019est devenu l\u2019enregistrement. Dans la fragilit\u00e9 des bandes magn\u00e9tiques, disparus le timbre, le ton, la voix, l&rsquo;intonation un peu forc\u00e9e de l&rsquo;enfance qui se sait \u00e9cout\u00e9e. Pour les enregistrer ce jour-l\u00e0, sa m\u00e8re a appuy\u00e9 sur le bouton&nbsp;<em>record<\/em>&nbsp; du magn\u00e9tocassette. Par ce geste, elle renoue avec un ancien terme aujourd\u2019hui inusit\u00e9, <strong>se recorder<\/strong>.&nbsp; Se recorder, r\u00e9p\u00e9ter quelque chose afin de le savoir de mani\u00e8re litt\u00e9rale. Se recorder de quelque chose, se souvenir, se remettre en m\u00e9moire quelque chose. Se recorder&nbsp; de quelqu\u2019un, se concerter, se mettre d\u2019accord avec quelqu\u2019un. En retournant sur les lieux de l\u2019enfance, s\u2019agit-il de trouver un accord, de se raccorder \u00e0 l\u2019enfant que l&rsquo;on a \u00e9t\u00e9 ?&nbsp; Ebahi d\u2019\u00eatre encore en vie, on souhaite retenir les visages, les noms, les voix. Les restituer. Les l\u00e9gender. Les enregistrer. Les fixer. La langue anglaise n\u2019a pas oubli\u00e9 l\u2019usage du verbe se recorder. Tous nos appareils enregistreurs disposent d\u2019une touche <em>record&nbsp;<\/em>pr\u00eate \u00e0 \u00eatre enclench\u00e9e, pr\u00eate \u00e0 fonctionner, \u00e0 tout moment. Pourtant, malgr\u00e9 nos pr\u00e9cautions, le moment souvent s&rsquo;\u00e9chappe, ou nous n&rsquo;avons pas su saisir l&rsquo;instant d\u00e9cisif. Plus tard le souvenir \u00e9merge de l&rsquo;ombre et devient l\u00e9gende ou \u00e9nigme. Paraphrasant Novalis, c&rsquo;est alors que le monde se fait r\u00eave et r\u00eaver devient monde.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\" id=\"proposition4\"><strong>#4  <em>Meurtres pour m\u00e9moire<\/em>, un souvenir de lecture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai vingt ans et je veux \u00eatre com\u00e9dienne. Je suis revenue \u00e0 Paris le temps d&rsquo;un stage de th\u00e9\u00e2tre dont je me promets monts et merveilles. J&rsquo;ai vingt ans et je veux courir mon risque. C&rsquo;est ma ligne de mire. Ne pas rester sur le bas c\u00f4t\u00e9, \u00e0 t\u00e2ter l&rsquo;eau sans s&rsquo;y risquer, la sc\u00e8ne entre copains, les familles invit\u00e9es. J&rsquo;ai vingt ans et je veux tenter l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;autre. Entre deux orientations universitaires, j&rsquo;accumule les dipl\u00f4mes sans savoir o\u00f9 je vais, une certaine forme de vacuit\u00e9 m&rsquo;accompagne. Nous sommes en 1990, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9t\u00e9. La capitale est d\u00e9serte ou \u00e0 peu pr\u00e8s. Aucune de mes connaissances n&rsquo;y r\u00e9side. La capitale est en vacance. Les rues, l&rsquo;espace sont \u00e0 moi et tissent un r\u00e9seau complexe que je suis loin d&rsquo;avoir explor\u00e9. Je suis dans une rame du m\u00e9tro ligne 2. Je me dirige vers le lieu du stage, l&rsquo;Atelier Blanche Salant et Paul Weaver, rue Crespin du Gast dans le XIe, station M\u00e9nilmontant. Un atelier tout aur\u00e9ol\u00e9 du prestige des com\u00e9diens qui y sont pass\u00e9. Je suis \u00e0 la fois excit\u00e9e et effray\u00e9e, mais r\u00e9solue \u00e0 poursuivre mon risque. Dans mon sac, une bouteille d&rsquo;eau et un livre. A Paris, je ne circule jamais sans. O\u00f9 que j&rsquo;aille, un livre m&rsquo;accompagne, temps suspendu, sur la dur\u00e9e du trajet. Celui que je tire de ma besace ce jour l\u00e0 est un livre de format poche \u00e0 fond blanc. Il a pour titre<em> Meurtres pour m\u00e9moire<\/em>, et a Didier Daenincks pour auteur. Apr\u00e8s recherche, il s&rsquo;agit certainement du folio n\u00b01955 de 1988, la premi\u00e8re \u00e9dition ayant paru dans la S\u00e9rie noire. Le livre, l&rsquo;histoire, sont entam\u00e9s. A partir de l\u00e0, ma m\u00e9moire se brouille. Quelque chose ne raccorde pas ou r\u00e9siste. Quelque chose discorde. Je me vois dans le m\u00e9tro a\u00e9rien, un jour clair, alors que la portion que j&#8217;emprunte pour me rendre \u00e0 mon cours en cet apr\u00e8s-midi est sous terre, bien enterr\u00e9. Je vois un fort contraste entre la lumi\u00e8re ext\u00e9rieure qui passe par les fen\u00eatres, et l&rsquo;obscurit\u00e9 qui tout \u00e0 coup s&rsquo;abat sur moi avec la violence d&rsquo;une d\u00e9flagration. Je dois \u00eatre dans la premi\u00e8re partie du roman, qui relate la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 aboutissant \u00e0 un bain de sang orchestr\u00e9 par les autorit\u00e9 fran\u00e7aises. Je m\u00e9connaissais les faits, je prends mesure de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. D\u00e9sill\u00e9e. Je me vois me dresser, le livre tombant \u00e0 plat \u00e0 mes pieds. Je n&rsquo;en ferai rien. Je me vois me promettant que plus jamais je ne voterai en France, ce pays qui ne reconna\u00eet ni son histoire, ni ses responsabilit\u00e9s. Je me vois&#8230; J&rsquo;ai le derme \u00e0 vif, je frissonne.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas comment s&rsquo;est accompli la fin du trajet. Je ne me souviens pas des jours qui suivirent pendant lesquels je finirai le texte, et le livre a disparu depuis longtemps de mes \u00e9tag\u00e8res. Je me souviens avoir \u00e9crit \u00e0 Didier Daenincks dans la foul\u00e9e de ma lecture. Une courte missive, press\u00e9e, o\u00f9 je lui disais mon soutien, une lettre na\u00efve sans doute et \u00e9perdue d&rsquo;admiration pour sa d\u00e9marche d&rsquo;\u00e9crivain. Je me souviens avoir omis d&rsquo;y joindre mon adresse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\" id=\"proposition5\"><strong>5_Quatre stations autour d&rsquo;Unica Z\u00fcrn, auteure<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le dessin perdu.<\/strong> Des yeux. Des yeux courent, parcourent la surface de la forme. Ils surgissent du fond tels des an\u00e9mones de mer. Voyants et aveugles, ils me regardent, ils m&rsquo;observent, je les vois me voyant. Les figures cr\u00e9es par Unica Z\u00fcrn fourmillent d&rsquo;yeux. L&rsquo;oeil est un motif r\u00e9current tant dans son oeuvre graphique que dans son oeuvre \u00e9crite, parfois les deux se m\u00ealent dans le m\u00eame souci de la ligne cursive. Les yeux reviennent comme un <em>leit motiv<\/em> ent\u00eatant. Je suis devant la reproduction d&rsquo;un dessin \u00e0 l&rsquo;encre de chine et sans titre, datant probablement de 1963 . Il appartient \u00e0 Yoko Ono. Hors des successions Z\u00fcrn et Bellmer, son compagnon, ses dessins sont diss\u00e9min\u00e9s dans des collections priv\u00e9es. Pour le reste, la composition pourrait s&rsquo;appeler <em>Lignes, traits, points noirs sur fond blanc<\/em>. Pourtant ce n&rsquo;est pas le premier dessin d&rsquo;Unica Z\u00fcrn que j&rsquo;ai vu. Il s&rsquo;agit plus probablement d&rsquo;un poisson, une des cinq oeuvres d\u00e9tenues par le Fonds artistique de l&rsquo;h\u00f4pital Sainte Anne, pr\u00e9sent\u00e9es lors d&rsquo;une exposition collective \u00e0 l&rsquo;Ecole de m\u00e9decine de Paris, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2 000. Des oeuvres des autres participants, je ne me souviens pas. C&rsquo;est par cette porte que j&rsquo;entre dans l&rsquo;univers de la cr\u00e9atrice allemande, pouss\u00e9e par la curiosit\u00e9 pour cet art qu&rsquo;on dit brut. Happ\u00e9e par son bestiaire polymorphe, l&rsquo;expressivit\u00e9 de son trait vibratile, le d\u00e9ploiement sur papier d&rsquo;un monde flottant, tout en lignes de faille, en lignes de fuite. J&rsquo;allais ensuite d\u00e9couvrir ses r\u00e9cits, ses po\u00e8mes, de <em>L&rsquo;Homme jasmin <\/em>\u00e0 <em>Sombre Printemps<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>D\u00e8s ma plus tendre enfance, les premiers yeux f\u00e9minins que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 m&rsquo;ont communiqu\u00e9 l&rsquo;angoisse irr\u00e9pressible que provoque chez moi l&rsquo;araign\u00e9e (&#8230;). C&rsquo;est pourquoi je me suis tr\u00e8s t\u00f4t divis\u00e9e en deux moiti\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>D&rsquo;un livre perdu aux livres retrouv\u00e9s.<\/strong> Ecrire sur le livre. Ce serait un livre \u00e9crit par une femme. Il me vient imm\u00e9diatement l&rsquo;image d&rsquo;une couverture aux teintes pass\u00e9es, une photographie s\u00e9pia, et son titre <em>Vacances  \u00e0 Maison blanche<\/em> sous titr\u00e9 <em>derniers \u00e9crits et autres in\u00e9dits<\/em>, auteure Unica Z\u00fcrn, \u00e9diteur Jo\u00ebl Lossfeld. Je m&#8217;empare de l&rsquo;escabeau afin d&rsquo;atteindre les hauteurs de la biblioth\u00e8que o\u00f9 se loge la langue allemande, me positionne au centre du rayonnage, et l\u00e0, un blanc, un vide, le volume n&rsquo;y est plus. Perdu. Je redescends munie des deux ouvrages pr\u00e9cit\u00e9s, mais d\u00e9contenanc\u00e9e. Comme <em>L&rsquo;Homme-Jasmin<\/em> relate son s\u00e9jour \u00e0 Sainte Anne en 1960, ces fameuses vacances sont le r\u00e9cit d&rsquo;internement ult\u00e9rieurs, \u00e0 Maison Blanche notamment. La sant\u00e9 psychique d&rsquo;Unica s&rsquo;est notablement d\u00e9grad\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950. Plus tard dans la journ\u00e9e, je v\u00e9rifierai si l&rsquo;ouvrage est toujours disponible. Je d\u00e9couvre alors des \u00e9crits fran\u00e7ais publi\u00e9s sous le titre <em>Mistake<\/em> par Ypsilon \u00e9diteur. Il me revient une conversation que j&rsquo;avais eu avec l&rsquo;\u00e9ditrice, il ya bien des ann\u00e9es autour du m\u00eame sujet, Unica Z\u00fcrn, qu&rsquo;elle venait de publier. Forte de ce souvenir, je me dirige vers un autre pan de la biblioth\u00e8que, la po\u00e9sie, et ce n&rsquo;est pas un mais deux volumes que j&rsquo;en extraie. Le deuxi\u00e8me est constitu\u00e9 de lettres de Hans Bellmer \u00e0 Henri Michaux, l&rsquo;amour secret d&rsquo;Unica, datant de la p\u00e9riode d&rsquo;internement \u00e0 Sainte Anne, de deux lettres de cette derni\u00e8re au po\u00e8te, ainsi que quelques documents relatifs \u00e0 des expositions \u00e0 venir. Michaux lui avait fait parvenir cahier et couleurs afin qu&rsquo;elle puisse continuer \u00e0 cr\u00e9er. Bellmer cherchait \u00e0 l&rsquo;en faire sortir \u00e0 la barbe de l&rsquo;institution. Tout deux fomentent des plans pour \u00e9pargner sa cr\u00e9ativit\u00e9, la faire revenir vers la normalit\u00e9. Pourtant \u00e0 Sainte Anne o\u00f9 elle fut prolixe, des textes aux dessins, elle d\u00e9truira beaucoup. Avant sa venue \u00e0 Paris en compagnie de Bellmer en 1953, Unica \u00e9crivait des contes, des textes radiophoniques.<em> Vacances \u00e0 maison blanche<\/em> restera le livre manquant, le livre manqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le matin de son dix-septi\u00e8me anniversaire, la princesse alla se promener dans le parc. (&#8230;) Lorsque soudain un fourmillement et une agitation \u00e9tranges, qui, commenc\u00e9s \u00e0 la pointe des doigts se propag\u00e8rent jusqu&rsquo;\u00e0 la pointe des pieds. (&#8230;) La princesse s&rsquo;\u00e9tait m\u00e9tamorphos\u00e9e en bel animal aux poils bruns et soyeux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les jeux perdus.<\/strong><em> <\/em><em>Ils emportent de quoi \u00e9crire et montent en haut de la colline surplombant un grand parc et une roseraie, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la gare Gesundbrunnen. Ils s&rsquo;assoient au soleil sur un banc vert et essaient ensemble de transformer en anagramme la phrase \u00ab\u00a0Roses au coeur violet\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Unica Z\u00fbrn et Hans Bellmer se rencontrent en 1952 \u00e0 Berlin lors d&rsquo;un vernissage, et ne se quitteront presque plus. Elle le suivra \u00e0 Paris. Ils logeront tout d&rsquo;abord \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel <em>L&rsquo;Esp\u00e9rance<\/em> dans le quartier Mouffetard. Tr\u00e8s vite, l&rsquo;artiste de quatorze ans son a\u00een\u00e9, l&rsquo;initie \u00e0 ses jeux. Il aura fait de m\u00eame avec ses pr\u00e9c\u00e9dentes compagnes. L&rsquo;un des plus fameux, il y en aura de plus \u00e9rotiques, consiste en d\u00e9clinaisons anagrammatiques comme ces <em>Roses au coeur violet<\/em>. Au d\u00e9part, Unica se mettra dans les pas de son ami et ma\u00eetre, puis tr\u00e8s vite elle s&rsquo;en \u00e9mancipera. D\u00e8s 1954, dix de ces anagrammes seront publi\u00e9s accompagn\u00e9s de dix dessins. Ce sont les <em>Herrentexte<\/em>, ces textes ou \u00e9critures sorci\u00e8res, suivis de<em> Oracles et spectacles<\/em> en 1967 qui en r\u00e9unira quatorze accompagn\u00e9s de gravures. Cette activit\u00e9 se poursuivra jusqu&rsquo;en 1964, et <em>Mistake<\/em>, directement \u00e9crit en fran\u00e7ais en sera le dernier feu. Dans<em> L&rsquo;homme jasmin<\/em>, elle invente et d\u00e9cline des jeux \u00e0 deux. Elle en \u00e9nonce les r\u00e8gles. Pour la seconde, les participants se doivent d&rsquo;\u00eatre un homme et une femme. Unica aime les chiffres, aime les lettres tomb\u00e9s au hasard, elle en joue dans les deux langues, la langue maternelle et la langue d&rsquo;adoption. Dans la vie, elle en poursuit l&rsquo;oracle.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les pas perdus d&rsquo;Unica Z\u00fcrn.<\/strong> <strong>1916<\/strong>, naissance de Nora, Berta, Unica, Ruth Z\u00fcrn. Je n&rsquo;ai rien trouv\u00e9 sur le choix de son unique pr\u00e9nom. <strong>1933<\/strong>, elle entre comme st\u00e9notypiste aux studios cin\u00e9matographiques de l&rsquo;UFA \u00e0 Berlin, puis deviendra sc\u00e9nariste et auteure de films publicitaires pour les m\u00eames studios. <strong>1942<\/strong>, elle \u00e9pouse Erich Laupenm\u00fchlen dont elle aura une fille puis un fils. Elle en divorcera en <strong>1949<\/strong>. Pendant ces ann\u00e9es de mariage, elle devient femme d&rsquo;int\u00e9rieure. Rendue libre, elle r\u00e9dige contes et r\u00e9cits radiophoniques, et commence \u00e0 dessiner. Le d\u00e9but des ann\u00e9es <strong>1950<\/strong> est financi\u00e8rement difficile. <strong>1952<\/strong>, elle rencontre l&rsquo;artiste Hans Bellmer qui devient son compagnon. Elle le suivra dans son retour \u00e0 Paris en <strong>1953<\/strong>. <strong>1955<\/strong> marque sa premi\u00e8re s\u00e9paration d&rsquo;avec Bellmer. Il y en aura d&rsquo;autres.<strong>1956<\/strong> voit sa premi\u00e8re exposition parisienne. <strong>1957<\/strong>, elle rencontre le po\u00e8te Henri Michaux. <strong>1960<\/strong>, apr\u00e8s avoir jet\u00e9 son passeport dans une bo\u00eete \u00e0 lettres, Unica est intern\u00e9e \u00e0 Berlin, avant de rejoindre l&rsquo;h\u00f4pital Sainte Anne \u00e0 Paris, premi\u00e8res de ses nombreuses hospitalisations. Entre deux crises, les p\u00e9riodes de r\u00e9mission se feront de plus en plus courtes. <strong>1964<\/strong>, derni\u00e8res anagrammes \u00e9crites directement en Fran\u00e7ais, <em>Mistake<\/em>. Elle commence la r\u00e9daction de l&rsquo;<em>Homme-Jasmin<\/em>. <strong>1970<\/strong>, sortie pour quelques jours de l&rsquo;h\u00f4pital de la Chesnaie, Unica rejoint l&rsquo;appartement de Hans Bellmer et se jette dans le vide depuis le sixi\u00e8me \u00e9tage du balcon. Par-del\u00e0 leurs diverses s\u00e9parations, Unica Z\u00fcrn et Hans Bellmer reposent ensemble au cimeti\u00e8re du P\u00e8re Lachaise \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Elle s&rsquo;est envol\u00e9e, tout va bien pour elle. Son malheur commence avec la descente. C&rsquo;en est fini de toute cette po\u00e9sie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Post-scriptum<\/em> &#8211; J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit sur Unica Z\u00fcrn en 2004 pour<em> Zon&rsquo;art, bulletin \u00e9pisodique et al\u00e9atoire sur les expressions et arts populaire, hors-norme, en marge<\/em>, dont il me reste un exemplaire papier. Je r\u00e9cidivais quelques ann\u00e9es plus tard pour le webzine <em>Bulbe<\/em> \u00e0 la faveur d&rsquo;une exposition. Le site a disparu, le texte perdu.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Copyright. Unica Z\u00fcrn, encre de chine et aquarelle su papier, coll. Yoko Ono.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table des mati\u00e8res 1_ Main courante, histoires de biblioth\u00e8ques 2_Histoires de mes librairies 3_Inventaire de choses perdues 4_ Meurtres pour m\u00e9moire, un souvenir de lecture 5_ Quatre stations autour d&rsquo;Unica Z\u00fcrn, auteure #1 Main courante, histoires de biblioth\u00e8ques Cartographier. Se plier \u00e0 l&rsquo;espace, suivre les plis, suivre le plan de l&rsquo;appartement. Pass\u00e9e l&rsquo;entr\u00e9e, les biblioth\u00e8ques courent le long des murs, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-stephanie-buttay\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#nouvelles | St\u00e9phanie Buttay<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":643,"featured_media":149126,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5736,5737,5795,5837,5862,5902],"tags":[3686,2401,5839,2199,5401,33,2202,365,79,5869,1120,2273,279,5804,5897],"class_list":["post-147280","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles-1","category-01-ranger-ses-livres","category-02-histoire-de-mes-librairies","category-03-schalansky-inventaire-de-choses-perdues","category-04-le-livre-dans-sa-materialite","category-05-4-stations-pour-un-livre","tag-art","tag-bibliotheque","tag-document","tag-errance","tag-librairie","tag-lisbonne","tag-livre","tag-lyon","tag-memoire","tag-metro-2","tag-paris","tag-poesie-2","tag-souvenirs","tag-vagabondage","tag-zurn"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147280","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/643"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=147280"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147280\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/149126"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=147280"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=147280"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=147280"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}