{"id":14730,"date":"2019-09-27T09:12:19","date_gmt":"2019-09-27T07:12:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=14730"},"modified":"2019-09-28T08:19:56","modified_gmt":"2019-09-28T06:19:56","slug":"27-septembre-10","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/27-septembre-10\/","title":{"rendered":"27 septembre ou peut-\u00eatre le 30 ou peut-\u00eatre le 22 ou &#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<strong>27 septembre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les dates al\u00e9atoires, des jours de gestes automatiques, des\nregards en arri\u00e8re, des souvenirs \u00e9mergeant, brusques presque violents, quand\non s\u2019y attend le moins. Une contemplation du chemin parcouru et de celui\nencombr\u00e9, inconnu qu\u2019il reste \u00e0 faire. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un 27 septembre de basculement, 77, date disruptive. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mer \u00e9tait grise, couleur de mer du nord. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une petite usine recycl\u00e9e en salle de concert. Nous \u00e9tions\nquelques centaines \u00e0 attendre \u00e0 port\u00e9e de main du port d\u2019Anvers, pi\u00e9tinant sous\nle crachin,&nbsp; presque le pogo \u00e0 venir. J\u2019avais\nencore les signes du gar\u00e7on propre sur lui, du fils , du gendre id\u00e9al, du p\u00e8re\nde famille responsable de deux petits gar\u00e7ons. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mer \u00e9tait grise , couleur de mer du nord. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les portes s\u2019\u00e9taient ouvertes. Un bar sur la droite, la bi\u00e8re\n\u00e9tait fra\u00eeche, une sc\u00e8ne encore vide, batterie install\u00e9e, guitare, et basse, r\u00e9glage\ndu son. Un public chamarr\u00e9, cheveux, bleus, rouges, rose, sauf moi. Je regardais\ntout avec avidit\u00e9. La salle s\u2019est \u00e9teinte, des cris de joie, d\u2019impatience, la\nsc\u00e8ne s\u2019est \u00e9clair\u00e9e et tout est all\u00e9 tr\u00e8s vite au rythme effr\u00e9n\u00e9 des morceaux\nbruts des Sex Pistols. \u00c7a sautait dans tous les sens, mannequins\nstroboscopiques, jusqu\u2019au dernier God save the queen. Aucun rappel. Tout \u00e9tait\ndit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mer \u00e9tait grise, couleur de mer du nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des photos qui commencent \u00e0 jaunir. Un anniversaire celui de mes\ntrente ans. C\u2019\u00e9tait dans l\u2019Oise, for\u00eats et brouillard, tristesse et langueur\nd\u2019un fleuve, une maison Ph\u00e9nix, sans \u00e2me avec jardin et tout ce qui va avec. Je\nm\u2019\u00e9tais verni&nbsp; les ongles en noir,\ngothique, bande son Batcave, un bandeau japonais que portait les kamikazes, et mon\ngant clout\u00e9, perdu dans un concert quelques temps apr\u00e8s. Des noms sur des\nvisages\u2026 Des \u00eatres m\u00e9t\u00e9ores.&nbsp; Elles\ns\u2019appelaient, Nathalie, Brigitte, Fr\u00e9d\u00e9rique, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Liliane, Corinne.\nIls s\u2019appelaient, Denis, Fran\u00e7ois, Philippe, Bruno, Alain, Karim. Karim, un\nsouvenir de parc \u00e0 minuit pr\u00e8s d\u2019une grotte artificielle, des \u00e9treintes en\nsilence et son pr\u00e9nom, comme s\u2019il s\u2019excusait. Nous \u00e9tions donn\u00e9s rendez-vous\npar politesse et l\u2019autre n\u2019\u00e9tait jamais venu. Je l\u2019avais attendu pr\u00e8s d\u2019un mois\ntoujours \u00e0 la m\u00eame heure pr\u00e8s de la grotte artificielle, un filament d\u2019espoir.\nCe sentiment d\u2019attente m\u2019avais rendu \u00e0 moiti\u00e9 fou. J\u2019\u00e9tais capable de plaquer\nune soir\u00e9e, un concert, partir au milieu d\u2019un film, pour me retrouver \u00e0 r\u00f4der\nautour des cette grotte, comme si elle contenait des \u00e9l\u00e9ments magiques qu\u2019il\nfallait prot\u00e9ger. J\u2019\u00e9tais devenu, une ombre de la nuit, fant\u00f4me, loup garou,\nvampire , cocher la mention inutile. Se dissocier c\u2019est d\u00e9j\u00e0 commencer \u00e0\nrecoller les morceaux. La f\u00eate avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9ussie, c\u2019est-\u00e0-dire une bonne biture\npour tout le monde, des d\u00e9clarations d\u2019\u00e0 jamais et de toujours et tout le monde\n\u00e9tait rentr\u00e9 dans son garage mental. J\u2019\u00e9tais rest\u00e9 seul avec ma trentaine\nencombrante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Les Orphelins du\nd\u00e9luge, premier livre. \u00c7a tombait bien avec le ciel qui se d\u00e9versait. Le carton\nvenait juste d\u2019\u00eatre livr\u00e9, un peu mouill\u00e9 sur les bords. Je l\u2019avais install\u00e9 sur\nla table basse en pierre, en plein milieu. Avant de l\u2019ouvrir, j\u2019avais r\u00f4d\u00e9\nautour, une \u00e9motion du premier cri sur papier avec mon nom inscrit. La grande\npi\u00e8ce aux fen\u00eatres hautes semblait s\u2019\u00eatre r\u00e9tr\u00e9cie \u00e0 la taille du carton. Le canap\u00e9\nbeige, la table et les livres. J\u2019\u00e9tais all\u00e9 chercher un cutter dans l\u2019atelier\nde mon compagnon disparu six mois avant. Tout \u00e9tait encore en place, je m\u2019\u00e9tais\ndit que je ferai le vide quand ces livres arriveraient. Une sorte de grigri, de\nconjuration de l\u2019in\u00e9luctable. Le moment \u00e9tait venu. J\u2019avais pos\u00e9 le cutter sur\nla table, et mis un disque, celui qui appara\u00eet dans le recueil&nbsp;: London\nCalling des Clash. M\u00eame s\u2019il \u00e9tait t\u00f4t dans la journ\u00e9e, je m\u2019\u00e9tais servi un\nverre de Jack Daniels et c\u2019est sur Jimmy Jazz que j\u2019avais enfin d\u00e9coup\u00e9 le\nruban marron qui fermait la bo\u00eete. Les 50 exemplaires \u00e9taient l\u00e0 envelopp\u00e9s\ndans du papier \u00e0 bulle. Dans la main, un livre blanc de petite taille, mon nom\ninscrit en haut en noir l\u00e9ger, le titre en marron et en gras, et deux lignes en\ndessous, &nbsp;Ha\u00efkus et autres po\u00e9sies, en\nbas de la couverture le logo de la maison d\u2019\u00e9dition, La Tchika, un buste\nstylis\u00e9 en noir et blanc d\u2019une danseuse de flamenco. Sur le quatri\u00e8me de\ncouverture trois Ha\u00efkus&nbsp;: Formuler le rien\/ c\u2019est se pencher au-del\u00e0\/du\nbord du monde, Dis-moi les couples\/les doubles des tr\u00e8s souples\/les yeux en\nboucles, Cris sauts roulades\/orphelins du d\u00e9luge\/ les enfants se noient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur la premi\u00e8re page, une d\u00e9dicace&nbsp;: \u00e0 Jean, ce sera\ntoujours la m\u00eame dans les livres qui suivront. J\u2019avais tout d\u00e9ball\u00e9 et avais\ntout rang\u00e9 soigneusement dans mon bureau chambre, \u00e0 port\u00e9e de main, \u00e0 port\u00e9e de\nnostalgie, \u00e0 port\u00e9e d\u2019espoir. Le carton inutile d\u00e9sormais avait fini dans le\ncontainer poubelle, j\u2019\u00e9tais tremp\u00e9 , de larmes aussi, mais les mots s\u2019\u00e9taient\nmis \u00e0 vivre&nbsp;: Sans un mot de plus\/tu es parti dans l\u2019ombre\/des \u00e9ph\u00e8bes\nblancs. La musique avait chang\u00e9, Christian Death\/Rom\u00e9o distress, la lumi\u00e8re\n\u00e9tait cr\u00e9pusculaire\/ j\u2019ai ouvert la porte de l\u2019atelier.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;27 septembre Les dates al\u00e9atoires, des jours de gestes automatiques, des regards en arri\u00e8re, des souvenirs \u00e9mergeant, brusques presque violents, quand on s\u2019y attend le moins. Une contemplation du chemin parcouru et de celui encombr\u00e9, inconnu qu\u2019il reste \u00e0 faire. Un 27 septembre de basculement, 77, date disruptive. La mer \u00e9tait grise, couleur de mer du nord. 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