{"id":147355,"date":"2024-04-19T07:35:05","date_gmt":"2024-04-19T05:35:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=147355"},"modified":"2024-04-19T07:59:29","modified_gmt":"2024-04-19T05:59:29","slug":"nouvelles-emma-corde-de-lordre-du-vrai-mais-neuf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-emma-corde-de-lordre-du-vrai-mais-neuf\/","title":{"rendered":"#nouvelles #4 | Emmanuelle Cordoliani | C\u0153tera desunt (le reste manque)"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Nouvelle-24-4.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Nouvelle-24-4.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-cafb92cc-1e4d-48f4-b1c1-4547e4c87c99\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Nouvelle-24-4.pdf\">Nouvelle-24-4<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Nouvelle-24-4.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-cafb92cc-1e4d-48f4-b1c1-4547e4c87c99\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Table des chapitres :<\/h2>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition-1\">#1<em>Ubi fracassorium, ibi fuggitorium<\/em> \u2013 L\u00e0 o\u00f9 il y a une catastrophe, il y a une \u00e9chappatoire.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition-2\">#2 <em>Adde parvum parvo magnus acervus erit <\/em>\u2013 Ajoute peu \u00e0 peu et tu auras beaucoup<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition-3\">#3<em> Perditur substantia, cum res perdit nomen appellativum et transit un aliud nomen appellativum<\/em> \u2013 La substance est perdue lorsqu\u2019une chose perd son nom et change de nom.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition-4\" data-type=\"internal\" data-id=\"#proposition-4\">#4 <em>Absens h\u00e6res non erit<\/em> \u2014 L&rsquo;absent n&rsquo;h\u00e9ritera pas<\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"699\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Polichinelle-1024x699.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-147364\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Polichinelle-1024x699.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Polichinelle-420x287.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Polichinelle-768x524.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Polichinelle-1536x1048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Polichinelle-2048x1398.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Giovanni Battista Tiepolo<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"Proposition-1\">#1<em>Ubi fracassorium, ibi fuggitorium<\/em> \u2013 l\u00e0 o\u00f9 il y a une catastrophe, il y a une \u00e9chappatoire.<\/h2>\n\n\n\n<p>Les livres que je pr\u00e9f\u00e8re sont ceux que j\u2019ai donn\u00e9s \u00e0 regret. Ils tiennent sur quelques \u00e9tag\u00e8res dans une pi\u00e8ce ferm\u00e9e pour moi. Un petit volume rouge sombre de Giorgio Agamben sur les Polichinelles me manque en particulier. Il occulte tous les autres, pour l\u2019instant. Les livres perdus dans les trains, \u00e9gay\u00e9s dans les ruptures successives avec des lieux et des personnes et les d\u00e9m\u00e9nagements et proc\u00e8s qui s\u2019ensuivent, je peux toujours les traquer pour les racheter comme une mauvaise conscience. Ce n\u2019est pas de ceux-l\u00e0 dont je parle, leur retour est immanquablement d\u00e9cevant. Les livres donn\u00e9s \u00e0 regret forment une collection cach\u00e9e en plein jour. Il est rare que la personne qui le re\u00e7oit de mes mains comprenne que l\u2019ouvrage lui est, en quelque sorte, pass\u00e9 sous le manteau. Cela peut arriver cependant et le secret se tend alors comme un fil rouge et coupant entre nous dans un triangle o\u00f9 le livre prend sa place. Pass\u00e9 le moment du don, je m\u2019efforce de n\u2019en plus parler, de ne plus \u00e9voquer le titre. L\u2019ayant lu, on m\u2019en donne des nouvelles qui br\u00fblent l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 l\u2019image des piq\u00fbres de rappel que je dois recevoir pour chacun de mes longs s\u00e9jours \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. J\u2019\u00e9coute attentivement, tout en masquant mon regard : le fil rouge a disparu, ne reste que le manque, cruel, ou l\u2019\u00e9tonnement amer de ne plus reconna\u00eetre ce qu\u2019on me dit de ce livre que j\u2019ai pourtant profond\u00e9ment aim\u00e9. Je vis ainsi depuis de nombreuses ann\u00e9es. Je ne tiens pas le compte des livres donn\u00e9s \u00e0 regret sur un cahier \u2014 cela me mettrait terriblement mal \u00e0 l\u2019aise \u2014 mais j\u2019\u00e9prouve leur absence de fa\u00e7on continue, comme ces gens qui vivant non loin d\u2019un cours d\u2019eau en oublient le bruit inexorable, mais qui ne savent plus parfois comment s\u2019endormir sans lui quand ils sont en voyage. Il y a aussi des pics de douleur \u2014 le mot est trop fort \u2014 de g\u00eane \u2014 au XVIIe le mot g\u00eane avait un sens plus violent que douleur\u2026 \u2014 d\u2019agacement, peut-\u00eatre, oui, comme le seul souvenir de certains aliments peut agacer les dents. C\u2019est exactement ce qui se produit en ce moment, avec les Polichinelles d\u2019Agamben.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"Proposition-2\">#2 <em>Adde parvum parvo magnus acervus erit<\/em> \u2013 Ajoute peu \u00e0 peu et tu auras beaucoup<\/h2>\n\n\n\n<p>Les visages des libraires s\u2019effacent derri\u00e8re les couvertures du livre que je leur aie achet\u00e9. Je dis le livre parce qu\u2019\u00e0 la fin, en d\u00e9pit parfois d\u2019ann\u00e9es de bon commerce, il n\u2019en reste qu\u2019un. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est amplifi\u00e9 dans les cas, peu nombreux o\u00f9 j\u2019ach\u00e8te le livre aupr\u00e8s d\u2019une personne affect\u00e9e \u00e0 sa vente, comme elle pourra l\u2019\u00eatre le jour suivant \u00e0 celle des goodies de superproductions cin\u00e9matographiques, d\u2019appareils \u00e0 usage t\u00e9l\u00e9phoniques ou autre\u2026 c\u2019est un corollaire des librairies aux grandes superficies, que j\u2019aurais envie d\u2019appeler \u00ab superficielles \u00bb. C\u2019est dans ce genre d\u2019\u00e9tablissement qu\u2019\u00e0 Boston je suis tomb\u00e9e sur le <em>Pr\u00e9lude \u00e0 la Fondation<\/em>, titre dont je ne saisis la dimension proph\u00e9tique qu\u2019en \u00e9crivant ces lignes\u2026<br>Ces grandes baraques ne sont pas pour autant toutes tenues par le diable. L\u2019ombre des fr\u00e8res Lello flotte encore dans leur somptueux magasin \u00e0 Porto, au point que je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 capable d\u2019y acqu\u00e9rir le moindre ouvrage, aucun ne pouvant rivaliser avec l\u2019ambition en b\u00e9ton de son projet architectural\u2026 Mais pour en revenir au sujet qui me pr\u00e9occupe, ce sont des livres, non des libraires que je garde sur les \u00e9tag\u00e8res de ma biblioth\u00e8que.<br><br>Dans une rue adjacente \u00e0 la place de la Bastille, il a exist\u00e9 une petite boutique en longueur dont j\u2019ai \u00e9t\u00e9 la cliente r\u00e9guli\u00e8re pendant plus d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es. J\u2019aurais dit qu\u2019elle avait toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0, ou plut\u00f4t depuis la Lib\u00e9ration. Rien pour \u00e9tayer cette datation sentimentale. Il en allait diff\u00e9remment de la libraire, bien que sa coiffe de cheveux parfaitement blancs et la large monture de ses lunettes inscrivaient ses d\u00e9buts dans la profession dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 70. Si les visages des libraires s\u2019effacent, leur chevelure demeure\u2026 Ainsi, le roux flamboyant du patron du Cypr\u00e8s \u00e0 Nevers ou le gris trop bien peign\u00e9 de celui de l\u2019avenue de Flandres. Les poils sont peut-\u00eatre ce qu\u2019il y a de plus \u00e9loign\u00e9 du papier. La marque de notre bestialit\u00e9 jure dans ces univers o\u00f9 tout concourt \u00e0 la m\u00e9diatiser. Le livre dans la main qu\u2019il soit un hurlement, une morsure, un venin, un fr\u00f4lement, une insoutenable caresse, un battement d\u2019ailes ou une plong\u00e9e dans le vide est toujours plus ou moins rectangulaire, en papier et loin de peser le poids d\u2019un corps. La libraire de la rue Jacques C\u0153ur s\u2019appelait Colette. L\u2019homonymie avec l\u2019autrice reste premi\u00e8re pour moi, devant la confusion avec l\u2019autre, incr\u00e9ment\u00e9e au d\u00e9but de la rue des Francs-Bourgeois et dont portrait tr\u00f4nant en majest\u00e9 sur le comptoir se m\u00e9lange d\u00e9sagr\u00e9ablement aux Sonnets de P\u00e9trarque dans la traduction de Bonnefoy, en d\u00e9pit des beaux papiers des \u00e9ditions Galil\u00e9e et des dessins \u00e0 l\u2019encre de Titus-Carmel. Le visage de cette femme d\u00e9figure le vers-titre : <em>Je vois sans yeux et sans bouche je crie<\/em>. Je ne lui pardonnerai jamais. La Colette de la Bastille a mis la clef sous la porte. Je voyageais. J\u2019ai voyag\u00e9 pendant de nombreuses ann\u00e9es sans reprendre ma respiration. J\u2019ai fr\u00e9quent\u00e9 les librairies en forme de points d\u2019eau : il \u00e9tait possible d\u2019y trouver des livres \u00e9crits dans des langues que je comprenais au milieu de pays o\u00f9 j\u2019\u00e9tais v\u00e9ritablement \u00e9trang\u00e8re et tous les libraires des Balkans ont le double visage \u00e0 huit&rsquo; zyeux de la couverture d\u2019<em>Un roman naturel <\/em>de Gospodinov. \u00c0 mon retour, ou des ann\u00e9es apr\u00e8s, je me casse le nez sur la porte de la Librairie 1789, qui allonge depuis belle lurette la liste des lieux dans l\u2019air du temps \u00e9ph\u00e9m\u00e8re du quartier de la Bastille. Soudain, tous les livres acquis l\u00e0, y compris les plus anodins, deviennent objet possible d\u2019un don \u00e0 regret.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"Proposition-3\">#3 <em>Perditur substantia, cum res perdit nomen appellativum et transit un aliud nomen appellativum<\/em> <a href=\"#proposition-2\">\u2013 <\/a>La substance est perdue lorsqu\u2019une chose perd son nom et change de nom.<\/h2>\n\n\n\n<p>La longue vie a un co\u00fbt. Certaines choses n&rsquo;adviennent que dans le temps. Ce savoir est commun\u00e9ment partag\u00e9 par les vivants. Sinon, nous ne conna\u00eetrions pas cette \u00e9pouvantable tristesse \u00e0 la mort d&rsquo;un enfant. Nous savons intimement le poids de ce qui nous est \u00f4t\u00e9 alors, de ce dont nous sommes priv\u00e9s. L&rsquo;exp\u00e9rience morte-n\u00e9e de cette vie \u00e0 peine articul\u00e9e est notre g\u00e2chis, notre \u00e9chec, notre terreur? Contrairement aux autres mammif\u00e8res, nous naissons avant terme, sans \u00eatre achev\u00e9s, incapables de nous tenir sur ces deux pattes dont nous sommes si fiers. Et nous mourrons de m\u00eame. Nous mourrons inachev\u00e9s, mais la vie longue offre un point de vue imprenable, l&rsquo;occasion de discerner une forme d&rsquo;harmonie dans ce contretemps qui nous caract\u00e9rise. Pour cela, elle pr\u00e9l\u00e8ve ce qui s&rsquo;apparente \u00e0 un loyer. Qui dort, d\u00eene. Le s\u00e9jour en pension compl\u00e8te se paie en perte. <em>One Art<\/em>, l&rsquo;envo\u00fbtant po\u00e8me d&rsquo;Elizabeth Bishop le dit trop clairement pour que nous lui fassions bon accueil.<\/p>\n\n\n\n<p>The art of losing isn\u2019t hard to master;<br>so many things seem filled with the intent<br>to be lost that their loss is no disaster.<\/p>\n\n\n\n<p>Lose something every day. Accept the fluster<br>of lost door keys, the hour badly spent.<br>The art of losing isn\u2019t hard to master.<\/p>\n\n\n\n<p>Then practice losing farther, losing faster:<br>places, and names, and where it was you meant<br>to travel. None of these will bring disaster.<\/p>\n\n\n\n<p>I lost my mother\u2019s watch. And look! my last, or<br>next-to-last, of three loved houses went.<br>The art of losing isn\u2019t hard to master.<\/p>\n\n\n\n<p>I lost two cities, lovely ones. And, vaster,<br>some realms I owned, two rivers, a continent.<br>I miss them, but it wasn\u2019t a disaster.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Even losing you (the joking voice, a gesture<br>I love) I shan\u2019t have lied. It\u2019s evident<br>the art of losing\u2019s not too hard to master<br>though it may look like (<em>Write<\/em> it!) like disaster.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em><a href=\"http:\/\/www.carnetlecture.com\/poesie\/lart-elizabeth-bishop\/\">Dans l\u2019art de perdre il n\u2019est pas dur de passer ma\u00eetre<\/a><\/em>. Je crois me souvenir qu&rsquo;elle a mis de nombreuses ann\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9crire. La po\u00e9tesse polonaise <a href=\"https:\/\/www.actualidadliteratura.com\/fr\/Wis%C5%82awa-Szymborska\/\">Wislawa Szymborska<\/a> le dit autrement :<br><strong>Il y a tellement de Tout,<\/strong><br><strong>que le Rien est \u00e0 peine perceptible.<\/strong><br>Le montant du loyer tient dans l&rsquo;\u00e9treinte ambigue et d\u00e9finitive du paradoxe&nbsp; : une vie longue et incompl\u00e8te. Une vie sans Tout. Une vie de trous, de failles, de f\u00ealures, d&rsquo;ab\u00eemes. (&#8230;)<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>lost door keys<\/strong> <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_C#Loc-Clavis_aurea\">Clavis aurea<\/a><br>Une bo\u00eete qui s&rsquo;ouvre en 7 coups<\/li>\n\n\n\n<li><strong>the hour badly spent <\/strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_O#Loc-Oleum_perdidisti\">Oleum perdidisti<\/a><br>Ouvrir une chambre<\/li>\n\n\n\n<li><strong>places<\/strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_G#Loc-Genius_loci\"> Genius loci<\/a><br>L&rsquo;adresse exacte d&rsquo;Ivan et Tatiana, la rue Sainte Marthe, l&rsquo;\u00e9tage de chez Delyan<\/li>\n\n\n\n<li><strong>names<\/strong> <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_N#Loc-Nomen_est_omen\">Nomen est omen<\/a><br>Le nom d\u2019une personne est un pr\u00e9sage. Une fois le nom disparu, tout est effac\u00e9 du pass\u00e9 comme du futur qu\u2019il avait laiss\u00e9 entrevoir. Comment s\u2019appelait-il ? Et cet autre aussi ? Et combien de ceux-l\u00e0 sont pass\u00e9 dans ma vie, m\u2019ont parl\u00e9 et serr\u00e9e dans leurs bras ? Je marche parmi ces sombres. La plupart du temps, elles ne sont pas plus voyantes que celles d\u2019une for\u00eat, que la lumi\u00e8re, par sa beaut\u00e9, pr\u00e9tend \u00e9clipser.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>where it was you meant to travel<\/strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_A#Loc-Aut_viam_inveniam_aut_faciam\"> Aut viam inveniam aut faciam<\/a><br>L&rsquo;anniversaire errant<\/li>\n\n\n\n<li><strong>my mother\u2019s watch<\/strong> <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_N#Loc-Nemo_plus_juris_ad_quiam_transfere_potest_quam_ipse_habet\">Nemo plus juris ad quiam transfere potest quam ipse habet<\/a><br>La petite dame d&rsquo;argent<\/li>\n\n\n\n<li><strong>three loved houses went <\/strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_D#Loc-Domus_accipere_debemus,_non_proprietatem_domus,_sed_domicilium\">Domus accipere debemus, non proprietatem domus, sed domicilium<\/a><br>La maison rouge, la petite barque, le cabanon, le S\u00e9rail<\/li>\n\n\n\n<li><strong>two cities, lovely ones<\/strong> <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_C#Loc-Cito,_Longe,_Tarde\">Cito, longe, tarde<\/a><br>V Moskva ! Boston is quite a small town<\/li>\n\n\n\n<li><strong>some realms<\/strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_R#Loc-Rex_regnat_sed_non_gubernat\"> <\/a><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_R#Loc-Rex_regnat_sed_non_gubernat\">Rex regnat sed non gubernat<\/a><br>La Ph\u00e9acie, le S\u00e9rail<\/li>\n\n\n\n<li><strong>two rivers<\/strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_A#Loc-Aqua_et_igne_interdictus\"> Aqua et igne interdictus<\/a> <br>La fen\u00eatre en sursis<\/li>\n\n\n\n<li><strong>a continent<\/strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_E#Loc-Ex_Africa_semper_aliquid_novi\"> <\/a><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_E#Loc-Ex_Africa_semper_aliquid_novi\">Ex Africa semper aliquid novi<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><strong>the joking voice<\/strong> <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_A#Loc-Abistis,_dulces_caric\u00e6\">Abistis, dulces caric\u00e6<\/a><br>Chroniquement bien, dit-il<\/li>\n\n\n\n<li><strong>a gesture I love<\/strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_A#Loc-Actio_personalis_moritur_cum_persona\"> Actio personalis moritur cum persona<\/a> <br>Comment ne plus danser ?<\/li>\n<\/ul>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition-4\">#4 <em>Absens h\u00e6res non erit<\/em> \u2014L&rsquo;absent n&rsquo;h\u00e9ritera pas<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, je n\u2019avais\u00a0jamais vu un volume pareil : plus \u00e9troit qu\u2019un livre de poche et beaucoup plus \u00e9pais. Le titre \u00e9tait gaufr\u00e9 en argent sur la couverture, pour laquelle, dans mon pays d\u2019origine, \u00a0on n\u2019aurait pas utilis\u00e9 ce genre de tons mauve. La Science-Fiction\u00a0s\u2019y habillait de gris, de noir et de bleu \u00e9lectrique, afin de se d\u00e9marquer des livres pour enfants\u2026 Aux \u00c9tats-Unis, on ne redoutait pas ce genre de confusion. Il est m\u00eame probable qu\u2019on l\u2019organisait.\u00a0 Peter Pan et son \u00e9ternelle enfance avaient d\u00e9j\u00e0 bonne presse l\u00e0-bas, tandis que\u00a0nous pensions encore qu\u2019il y avait un enjeu d\u2019importance \u00e0 amener les\u00a0adolescents vers l\u2019\u00e2ge adulte et non l&rsquo;inverse. La couverture ne m\u2019a pas rebut\u00e9e : je n\u2019avais pas\u00a0encore l\u2019habitude de lire dans une autre langue et son c\u00f4t\u00e9 infantilisant a d\u00fb\u00a0me rassurer sur mes capacit\u00e9s \u00e0 mener \u00e0 bien une telle entreprise. J\u2019avais\u00a0emport\u00e9 <em>Le Comte de Monte-Cristo<\/em> pour le voyage, et en d\u00e9pit d\u2019un nombre de\u00a0pages \u00e9quivalent, le volume d\u2019Asimov semblait \u00e9trangement l\u00e9ger dans la main. C&rsquo;est dans cet esprit que je l\u2019ai lu d\u00e8s mon retour en France. Quand je lui ai offert, des ann\u00e9es apr\u00e8s, je savais qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas amateur de ce genre de\u00a0 litt\u00e9rature (l\u2019expression est d\u2019ailleurs de lui) : j\u2019avais pass\u00e9 plusieurs\u00a0soir\u00e9es \u00e0 le convaincre d\u2019essayer. Quand j&rsquo;y pense, je n&rsquo;ai jamais cru pouvoir le convertir.\u00a0J\u2019esp\u00e9rais qu\u2019il le lirait pour l\u2019amour de moi. Ce qu\u2019il a peut-\u00eatre fait.\u00a0 Peut-\u00eatre a-t-il au moins essay\u00e9 de d\u00e9chiffrer les notes obscures dont j&rsquo;avais constell\u00e9 les marges. Peut-\u00eatre a-t-il vu un sens dans cette juxtaposition, sorte\u00a0de motif dans le tapis qui m\u2019avait \u00e9chapp\u00e9, peut-\u00eatre l\u2019a-t-il annot\u00e9 en retour\u00a0 (et que faire de cette \u00e9ventualit\u00e9 qui \u00e9veille d\u2019un m\u00eame coup mon d\u00e9sir et ma\u00a0 r\u00e9pugnance ?) Il est mort \u00e0 pr\u00e9sent. Je l\u2019apprends avec quelques\u00a0 jours de retard. Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger que je lis int\u00e9gralement le journal,\u00a0 avis de d\u00e9c\u00e8s compris, quand je tombe sur un journal fran\u00e7ais. Le plus fou c\u2019est\u00a0que j\u2019ai retrouv\u00e9 par hasard un vieil ami commun \u00e0 l\u2019Old Cataract et il ne\u00a0m\u2019en a pas souffl\u00e9 mot. Il aura eu la d\u00e9licatesse de ne pas vouloir g\u00e2cher mes\u00a0 vacances, ou bien lui aussi avait laiss\u00e9 cette amiti\u00e9 se perdre dans le\u00a0lointain et ignorait tout de la maladie et de sa suite in\u00e9luctable&#8230; Je ne s\u00e9journais pas dans l\u2019H\u00f4tel, je ne dispose pas de ce genre de\u00a0 moyen, mais je voulais profiter de la vue sur l\u2019\u00eele \u00c9l\u00e9phantine et bien\u00a0r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que je comptais faire avec Agatha Christie : je ne vois pas\u00a0encore comment vendre \u00e0 un \u00e9diteur le projet d\u2019une ex\u00e9g\u00e8se de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de\u00a0son \u0153uvre polici\u00e8re. D\u2019ailleurs, comme me le signalait justement l\u2019ami retrouv\u00e9,\u00a0 une forme feuilleton ne serait-elle pas plus dynamique ? Mais alors, il faudrait\u00a0trouver un quotidien susceptible de s\u2019engager pendant des mois dans l\u2019aventure,\u00a0 si je ne voulais rien rabattre du projet\u2026 Ces rencontres de compatriotes au bout\u00a0 du monde me laissent toujours partag\u00e9e entre un enthousiasme v\u00e9ritable et\u00a0 l\u2019\u00e9tonnement de ce m\u00eame enthousiasme. J\u2019ai trouv\u00e9 fort bonne son id\u00e9e du\u00a0feuilleton et j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 la r\u00e9ception un exemplaire du Monde au moment de quitter l\u2019h\u00f4tel pour rejoindre le bateau. Les cabines sont trop petites pour\u00a0qu\u2019on puisse confortablement y lire le journal, mais m\u2019a sortie m\u2019avait\u00a0 fatigu\u00e9e. Apr\u00e8s avoir lu la rubrique n\u00e9crologique, l\u2019odeur de renferm\u00e9 et les\u00a0 vagues remont\u00e9es d\u2019\u00e9gout que j\u2019endure sans peine depuis dix jours sont devenues\u00a0 insupportables. Sur le pont, le jour \u00e9tait tomb\u00e9 d\u2019un coup, comme il fait par ici. Que peut nous dire un avis de d\u00e9c\u00e8s ? La c\u00e9r\u00e9monie \u00e9tait pass\u00e9e. Il y avait\u00a0 eu des fleurs et des chants. Une veuve et trois enfants. Rien sur le notaire.\u00a0 Rien sur le livre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les livres donn\u00e9s \u00e0 regret forment une collection cach\u00e9e en plein jour. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-emma-corde-de-lordre-du-vrai-mais-neuf\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#nouvelles #4 | Emmanuelle Cordoliani | C\u0153tera desunt (le reste manque)<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":147364,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5736,5737,5795,5837,5862,1],"tags":[5750,5833,5836,1686,5834,5832,5830,5835,5751,5831,2815],"class_list":["post-147355","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles-1","category-01-ranger-ses-livres","category-02-histoire-de-mes-librairies","category-03-schalansky-inventaire-de-choses-perdues","category-04-le-livre-dans-sa-materialite","category-atelier","tag-agamben","tag-asimov","tag-bastille","tag-boston","tag-colette","tag-gospodinov","tag-les-freres-lello","tag-librairie-1789","tag-polichinelle","tag-porto","tag-regrets"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147355","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=147355"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147355\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/147364"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=147355"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=147355"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=147355"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}