{"id":147568,"date":"2024-04-23T13:10:52","date_gmt":"2024-04-23T11:10:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=147568"},"modified":"2024-04-23T14:04:52","modified_gmt":"2024-04-23T12:04:52","slug":"nouvelles-up-le-malaise-en-chantier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-up-le-malaise-en-chantier\/","title":{"rendered":"#nouvelles | UP | le malaise en chantier"},"content":{"rendered":"\n<p>Sur la table des encres par ordre anchronologique ayant un caract\u00e8re ant\u00e9chronologique totalement assum\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#Rupture\">Ancrenous<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#ruelle\">Ancrise<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#Sommaire\">Ancriergarde<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#\u00e9tui\">Ancreprise<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#paragraphes\">Ancrage<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"paragraphes\"><strong>Quatre petits paragraphes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m\u2019intrigue chez cet homme, c\u2019est que tous les jours il prend l\u2019autobus de la ligne 99 avec toujours le m\u00eame livre sous son bras.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet homme ne m\u2019int\u00e9resse pas. Sa taille, son allure, la couleur de ses yeux, son dr\u00f4le de chapeau mou, le bouton qu\u2019il manque \u00e0 son pardessus : rien \u00e0 foutre. Seul le livre sous son bras m\u2019obs\u00e8de. Je veux savoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas question que j\u2019adresse la parole \u00e0 cet homme qui porte le livre sous son bras sans jamais profiter du trajet pour le feuilleter, le parcourir ou le lire. Pas question non plus de tenter de lui voler son livre quand il descend de l\u2019autobus \u00e0 un arr\u00eat qui n\u2019est pas le mien. Le temps que nous partageons sur la ligne 99 n\u2019exc\u00e8de pas les trente minutes. Il me faut donc agir vite et \u00e0 l\u2019insu de l\u2019homme qui ne lit pas le livre qu\u2019il garde sous son bras.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 mon amie Sally Mara qui avait mis au point un ing\u00e9nieux intercepteur de texte inspir\u00e9 des&nbsp;<em>IMSI-catcher<\/em>&nbsp;capables de pirater les quinze chiffres de l\u2019identit\u00e9 internationale d\u2019un abonn\u00e9 mobile, que je parvins un jour \u00e0 en savoir plus sur ce livre sous le bras de l\u2019homme dans le bus 99. Durant les trente petites minutes dont je disposais, je n\u2019eus gu\u00e8re le temps d\u2019intercepter l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du livre, ni son titre ou m\u00eame le nom de l\u2019auteur. J\u2019eus n\u00e9anmoins la chance d\u2019intercepter les dix-sept premiers mots de la liste en table des mati\u00e8res : Notations &#8211; En partie double &#8211; Litotes &#8211; M\u00e9taphoriquement &#8211; R\u00e9trograde &#8211; Surprises &#8211; R\u00eave -Pronostication &#8211; Synchyses &#8211; L&rsquo;arc-en-ciel &#8211; Logo-rallye &#8211; H\u00e9sitations &#8211; Pr\u00e9cisions &#8211; Le c\u00f4t\u00e9 subjectif &#8211; Autre subjectivit\u00e9 &#8211; R\u00e9cit &#8211; Composition de mots. Selon mes plus r\u00e9centes recherches, cette liste contiendrait encore quatre-vingt-deux mots. Difficile d\u2019en savoir plus. Il y a si longtemps que je ne prends plus la ligne 99. Et l\u2019usage des intercepteurs est toujours ill\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"\u00e9tui\"><\/p>\n\n\n\n<p id=\"\u00e9tui\"><strong>\u00c9tui, fourreau, bo\u00eete <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Reli\u00e9s mais non massicot\u00e9s; chacun dans son \u00e9tui de carton rigide; il y en avait une bonne vingtaine; des \u00e9tuis de couleur verte fonc\u00e9e; pour moi, pas des livres; les manettes de commande du sous-marin dans lequel je m\u2019imaginai dans le couloir sombre qui abritait la biblioth\u00e8que du grand-p\u00e8re typographe contrema\u00eetre; un \u00e9tui en avant, plong\u00e9e; un \u00e9tui repouss\u00e9, remont\u00e9e; tous les \u00e9tuis tir\u00e9s, surface; toujours avec pr\u00e9caution, les man\u0153uvres; le grand-p\u00e8re tenait beaucoup \u00e0 cette \u00e9dition originale illustr\u00e9e des \u0153uvres de Sacha Guitry; ils \u00e9taient siens; pr\u00e9cieux, bien prot\u00e9g\u00e9s dans leur \u00e9tui, leur fourreau, comme en bo\u00eete, broch\u00e9s dans leur embo\u00eetage cartonn\u00e9; ce n\u2019\u00e9tait pas les livres qu\u2019il lisait; ceux-l\u00e0, simplement, il les avait imprim\u00e9s en 1950 et 1951 sur les presses de Robaudy \u00e0 Cannes pour Raoul Solar. Tirage \u00e0 deux-mille-neuf-cent-quatre-vingt-cinq exemplaires, tous num\u00e9rot\u00e9s; sauf ceux du grand-p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"Sommaire\"><strong>Sommaire des choses perdues <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"Sommaire\">La ferme de Rose La bague rendue Une lame de rasoir Un coffret de bois laqu\u00e9 noir avec ses trois flacons de parfum L\u2019ours Popof Les lettres adolescentes Les photos de D. La th\u00e8se de M. Le stylo-plume d\u2019Alger La recette de marmelade manuscrite La cocotte-minute de marque SEB Le petit canif saisi par la police de l\u2019air Le go\u00fbt des aliments Des manuscrits de Walter Benjamin en 1927<\/p>\n\n\n\n<p><em>Lors d\u2019un court s\u00e9jour dans l\u2019\u00eele de beaut\u00e9 en juin 1927 Walter Benjamin perdit une liasse de manuscrits. On sait que les \u00e9crits perdus concernent une premi\u00e8re version de Sens unique et des \u00e9tudes pr\u00e9liminaires aux \u00e9crits politiques.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous en avions discut\u00e9 via blog et commentaires en ligne; en juin 2009, \u00e0 cette \u00e9poque nous nous parlions encore; lui, croyait \u00e0 un hoax de ma part; moi, je venais de lire l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la belle biographie \u00e9tablie par Bruno Tackels; lui, pensait que j\u2019inventais ou que je confondais avec le manuscrit disparu \u00e0 Portbou en Espagne apr\u00e8s le suicide en 1940; moi, je lui conseillais d\u2019aller dans une librairie et de consulter le chapitre IX de l\u2019ouvrage de Tackels, pages 243 et 244 de l\u2019\u00e9dition Actes Sud; lui, il avait auparavant \u00e9crit sur l\u2019importance chez Benjamin de l&rsquo;Angelus novus de Paul Klee; moi, j\u2019\u00e9crivais simplement qu\u2019il fallait r\u00eaver : R\u00eavons ! Ne serait-il pas utile de se mettre \u00e0 fouiller l&rsquo;\u00eele de fond en comble pour d\u00e9couvrir ces \u00e9crits benjaminiens ? Tenter du moins de marcher dans les pas de cet homme de lettres immense, mi-chroniqueur, mi-d\u00e9tective selon la belle formule de Bruno Tackels. Dans l&rsquo;\u00e9difice du monde &#8211; a \u00e9crit Walter Benjamin- le r\u00eave \u00e9branle l&rsquo;individualit\u00e9 comme une dent creuse. Lui, p\u00e9remptoire, il m\u2019affirmait : je n&rsquo;ai trouv\u00e9 ailleurs aucune trace d&rsquo;un voyage de Walter Benjamin en Corse en 1927. Nous en sommes rest\u00e9s l\u00e0. L\u00e0, pour moi, sur une derni\u00e8re citation de Bruno Tackels :&nbsp;\u00ab&nbsp;L&rsquo;anecdote prend un tour forc\u00e9ment all\u00e9gorique: le manuscrit d&rsquo;une politique \u00e0 venir perdu dans une \u00eele&#8230;Le sc\u00e9nario se passe de commentaire.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ruelle\"><strong>Ruelle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous y passions deux fois par semaine, le jeudi et le samedi; nous repartions toujours les mains pleines, de poches \u00e0 chaque fois; nous n\u2019entrions que tr\u00e8s rarement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur vers lequel il fallait descendre quelques marches; l\u2019\u00e9tal sur le trottoir de l\u2019\u00e9troite ruelle reliant la riche rue d\u2019Antibes au populaire march\u00e9 Gambetta suffisait \u00e0 combler notre qu\u00eate; bouquiniste, quel beau nom pour ce libraire sans vitrine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rue Longchamp<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La vitrine \u00e9tait \u00e0 la hauteur des yeux; discr\u00e8te, minimale, pure, elle m\u2019a toujours retenu, longtemps. On n\u2019entrait pas dans la librairie de Jacques Matarasso, libraire, galeriste, \u00e9diteur : on y acc\u00e9dait. Trois ou quatre marches s\u00e9paraient l\u2019entr\u00e9e du trottoir. Monter vers Aragon, Breton,P\u00e9ret, Eluard, Char, Michaux. A la rencontre de Venet, Arman, Butor, Baltazar, Klein. Acheter une fois, pour un cadeau, une petite gravure de James Coignard en cinq couleurs, carborundum et collage, sign\u00e9e au crayon. Une autre fois, pour moi, un exemplaire de&nbsp;<em>Boomerang &#8211; Le g\u00e9nie du lieu,3 &#8211;<\/em>&nbsp;num\u00e9rot\u00e9 368.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avenue de l\u2019\u00eele aux livres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Angelo Rinaldi y passait r\u00e9guli\u00e8rement avant son exil \u00e0 Paris. La vitrine \u00e9tait immense et offrait une vue plongeante sur la librairie. Un appel \u00e0 descendre, \u00e0 se plonger dans des livres choisis par Ernest et son \u00e9pouse. Pas d\u2019office ici. Financi\u00e8rement, leur ind\u00e9pendance reposait sur trois piliers : les ventes propres au magasin par une client\u00e8le fid\u00e9lis\u00e9e, les ventes dans les villages les week-ends et jours de f\u00eates assur\u00e9es par un salari\u00e9&nbsp;<em>dragulinu<\/em>&nbsp;avec sa camionnette et, essentiel, une fois par an, 30% du chiffre d\u2019affaires, la tenue au Salon du Livre \u00e0 Paris de la librairie d\u2019un tr\u00e8s grand \u00e9diteur. Ernest est un homme qui sait faire. Il vient de la banque. Quand il voulut voir plus grand il dut n\u00e9anmoins s\u2019exiler. Leur chatte, une tabby grise, n\u00e9e dans l\u2019\u00eele, passa le reste de sa vie dans la vitrine d\u2019une librairie quartier Aligre.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"Rupture\"><strong>Rupture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9paration(s). Le mot est toujours pluriel. Six valises, en trois voyages, port\u00e9es chez le bouquiniste le plus proche. Toute ma biblioth\u00e8que de philo, d\u00e9barrass\u00e9e. Le seul bouquin conserv\u00e9 : Georges Vlachos, La pens\u00e9e politique de Kant (PUF- 1962). Pour les nuits pass\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un mur dans le dos<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un vieux r\u00eave : une table de travail avec dans le dos un mur de livres. Des U de t\u00f4le supportent les planches de ch\u00eane. Aucune place perdue. Chaque U est une niche, un sanctuaire. Le mur de cinq m\u00e8tres de long offre pr\u00e8s de quarante m\u00e8tres de rayonnage. Rangements, classements, m\u00e9langes, tout devient possible et le chaos sera total.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019usufruit des livres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis que j\u2019ai vendu en viager ma maison et tout ce qu\u2019elle pouvait contenir, je n\u2019ai plus d\u2019inqui\u00e9tudes pour les livres accumul\u00e9s. Ils ne m\u2019appartiennent plus. Je peux les lire, les relire, les abandonner, les corner, les oublier, les annoter. J\u2019en ai l\u2019usufruit rassurant. Leur destin ne d\u00e9pend plus de moi. Apaisante distance. Ils restent livres. Je me crois libre et de passage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-81ef7cb707234fbd8198ef3f84401d83\">Le malaise en chantier n\u2019a strictement rien \u00e0 voir  avec les  merveilleuses aventures de Pollux, Azal\u00e9e, Ambroise, Margote et Z\u00e9bulon de la remarquable s\u00e9rie cr\u00e9\u00e9e en 1964 par Serge Danot  pour l\u2019ORTF. <em>\u00ab&nbsp;Tournicoti Tournicoton&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur la table des encres par ordre anchronologique ayant un caract\u00e8re ant\u00e9chronologique totalement assum\u00e9 : Ancrenous Ancrise Ancriergarde Ancreprise Ancrage Quatre petits paragraphes Ce qui m\u2019intrigue chez cet homme, c\u2019est que tous les jours il prend l\u2019autobus de la ligne 99 avec toujours le m\u00eame livre sous son bras. 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