{"id":147587,"date":"2024-04-23T12:16:39","date_gmt":"2024-04-23T10:16:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=147587"},"modified":"2024-05-01T19:12:53","modified_gmt":"2024-05-01T17:12:53","slug":"nouvelles-nouvelles-vagues-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-nouvelles-vagues-1\/","title":{"rendered":"#nouvelles |\u00a0Jean-Luc Chovelon, nouvelles vagues"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Table des chapitres <br><\/strong><a href=\"#proposition1\">1 _ de l&rsquo;art de ranger ses livres<\/a> <br><a href=\"#proposition2\">2 _ histoire de mes librairies<\/a> <br><a href=\"#proposition3\">3 _\u00a0inventaire de choses perdues<\/a> <br><a href=\"#proposition4\">4 _ le livre dans sa<strong> <\/strong>mat\u00e9rialit\u00e9<strong> <\/strong><\/a><br><a href=\"#proposition5\">5 _ le livre souffrance<\/a><\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Nouvelles-vagues-genese.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Nouvelles-vagues-genese.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-79d8190e-830d-4c2d-91d6-7859283790b5\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Nouvelles-vagues-genese.pdf\">Nouvelles-vagues-genese<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Nouvelles-vagues-genese.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-79d8190e-830d-4c2d-91d6-7859283790b5\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\" id=\"proposition5\"><strong>5 _ le livre souffrance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une ombre avance dans l\u2019impasse juch\u00e9e de containers de poubelles regorgeant de tr\u00e9sors putrides. Sacs en plastique noirs empil\u00e9s. Certains sont \u00e9ventr\u00e9s et vomissent leurs entrailles, des chats errants se d\u00e9lectent du festin. L\u2019homme (en est-ce un\u2009?) avance lentement dans la p\u00e9nombre. Il trie de l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de son b\u00e2ton les immondices d\u00e9livr\u00e9es et chasse les f\u00e9lins en bombance. Sous le manteau graisseux qu\u2019il porte sur les \u00e9paules se cache un corps malingre et anguleux. Il a une peau diaphane tendue sur les os, ses c\u00f4tes saillantes distendent la fragile enveloppe pr\u00eate \u00e0 se d\u00e9chirer \u00e0 la premi\u00e8re entaille. Quelques veines z\u00e8brent la surface macul\u00e9e de crasse. Son \u0153il est sombre, profond\u00e9ment noir, d\u00e9nu\u00e9 de lueur. Sans \u00e9tincelle. Son c\u0153ur bat discr\u00e8tement sans faire de bruit. Comme sa respiration, imperceptible, qui capte dans le silence quelques bouff\u00e9es d\u2019air que sa bouche puante et ses dents noires rendent aussit\u00f4t avari\u00e9es et rances. L\u2019homme (en est-ce un\u2009?) s\u2019approche d\u2019un carton pos\u00e9 sur le sol. Sur sa partie sup\u00e9rieure, des livres font surface. Biblioth\u00e8que \u00e9ph\u00e9m\u00e8re livr\u00e9e \u00e0 l\u2019abandon offerte aux mains chercheuses, aux \u00e2mes perdues, aux d\u00e9nicheurs de tr\u00e9sors de d\u00e9chets et, en dernier lieu, aux ramasseurs de poubelles.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme (en est-ce un\u2009?) se penche et regarde les couvertures en surface. Il se saisit d\u2019un livre, l\u2019examine de plus pr\u00e8s, le repose par terre. Il en prend un autre, puis encore un autre. Sous la pile des ouvrages d\u00e9sormais gisants au sol appara\u00eet un livre nu. Sans couverture. Il s\u2019en saisit des deux mains, se redresse et examine avec attention la premi\u00e8re page qui se pr\u00e9sente \u00e0 lui. Ce n\u2019est m\u00eame plus un livre, ce sont quelques feuilles noircies de fum\u00e9e, br\u00fbl\u00e9es dans les coins, dont le titre en police de lettres Fraktur, de ces caract\u00e8res gothiques germanisants, laisse planer l\u2019ombre du Troisi\u00e8me Reich de ses douceurs id\u00e9ales. Le livre est le vestige d\u2019un pass\u00e9 br\u00fbl\u00e9. Les flammes l\u2019ont \u00e9pargn\u00e9. D\u00e9pouill\u00e9 par le feu, sans plus de couverture, \u00e9corch\u00e9 laissant son squelette \u00e0 vif. Son dos, sans plus de peau, laisse voir les fils de la reliure comme des os blancs soigneusement rang\u00e9s derri\u00e8re lesquels reste tapie la sale histoire. Ses pages ont \u00e9t\u00e9 brunies par les flammes et par la pens\u00e9e naus\u00e9abonde qu\u2019elles contiennent.&nbsp;<br>Dans une impasse mal \u00e9clair\u00e9e au milieu des d\u00e9tritus, un homme (en est-ce un\u2009?) tient les vestiges d\u2019un livre (peut-on parler de livre\u2009?).<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait jeune. Il maniait les bottes de paille dans les champs avec sa fourche et avec toute la puissance de ses muscles. Son corps luisait de vigueur, son esprit respirait la domination, il \u00e9tait invincible.&nbsp;<br>Il \u00e9tait au centre de la lumi\u00e8re. Dans la vitrine d\u2019une librairie de Dresde, il jouait la vedette avec sa couverture en cuir vert et les liser\u00e9s dor\u00e9s d\u2019une croix gamm\u00e9e qui \u00e9tincelait. Dans ses pages, il annon\u00e7ait un nouveau monde.<br>Et puis il y eut la guerre.<br>L\u2019homme s\u2019est perdu dans les tranch\u00e9es, le livre a \u00e9t\u00e9 enfoui sous les bombardements. L\u2019homme a surv\u00e9cu aux horreurs mais \u00e9tait-il encore un homme\u2009? Le livre a surv\u00e9cu aux explosions et aux incendies mais \u00e9tait-ce encore un livre\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la plus haute \u00e9tag\u00e8re d\u2019une biblioth\u00e8que en bois de merisier, le livre a pris place pour exposer ses os blancs et ses cicatrices. Tel un crucifix exaltant la souffrance, il \u00e9tait une pr\u00e9sence. Une fa\u00e7on douloureuse de rappeler que la beaut\u00e9 joue de l\u2019\u00e9quilibre avec le pire. Sur la plus basse branche de l\u2019arbre de l\u2019humanit\u00e9, l\u2019homme a fini par glisser et s\u2019est \u00e9chou\u00e9. L\u2019esprit d\u00e9vast\u00e9, le corps en charpie, aucune main suffisamment forte pour l\u2019aider \u00e0 se relever.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une impasse mal \u00e9clair\u00e9e au milieu des d\u00e9tritus, un homme est debout et tient les vestiges d\u2019un livre entre les mains. Il s\u2019assoit sur un carton \u00e0 moiti\u00e9 vide et sort une boite d\u2019allumettes de la poche de son manteau. Il arrache la premi\u00e8re page, la froisse, gratte une allumette et l\u2019enflamme. Il arrache une autre page et nourrit le feu vacillant. Puis une autre et encore une autre.&nbsp;<br>Dans une impasse mal \u00e9clair\u00e9e au milieu des d\u00e9tritus, un homme (c\u2019en est bien un) est assis et se r\u00e9chauffe \u00e0 la chaleur des flammes d\u2019un livre en train de br\u00fbler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\" id=\"proposition4\"><strong>4 _ le livre dans sa mat\u00e9rialit\u00e9 <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>je crois qu\u2019il n\u2019a jamais chang\u00e9 de place | je crois qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9 en m\u00eame temps que l\u2019\u00e9tag\u00e8re | couverture en cuir vert et liser\u00e9s dor\u00e9s | je crois que l\u2019objet de sa longue existence a \u00e9t\u00e9 de servir de cale pour les autres livres afin d\u2019\u00e9viter que la rang\u00e9e ne s\u2019\u00e9croule |&nbsp;livre poussi\u00e8re |&nbsp;livre au titre inconnu mais au format parfait sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re grand-paternelle |&nbsp;trop haute pour que l\u2019enfant puisse s\u2019y int\u00e9resser |&nbsp;trop anonyme |&nbsp;l\u2019histoire qu\u2019il raconte aurait pu changer ma vie<\/p>\n\n\n\n<p>de sa forme rectangulaire les bords ont \u00e9t\u00e9 rong\u00e9s et noircis |&nbsp;les coins de la couverture se sont arrondis et laissent encore des traces noires quand on y pose dessus le doigt |&nbsp;survivant de la catastrophe portant les stigmates du drame |&nbsp;livre br\u00fbl\u00e9 |&nbsp;un Shakespeare je me souviens en anglais |&nbsp;l\u2019incendie avait ravag\u00e9 la biblioth\u00e8que familiale |&nbsp;les flammes mais aussi l\u2019eau des pompiers |&nbsp;l\u2019eau des larmes |&nbsp;a midsummer night&rsquo;s dream r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tat de vestige<\/p>\n\n\n\n<p>imprim\u00e9 sur du papier parfum\u00e9 |&nbsp;couverture en tissu rose rang\u00e9 sur une \u00e9tag\u00e8re dans la chambre parentale |&nbsp;parmi d\u2019autres livres que ma m\u00e8re voulait garder pr\u00e8s d\u2019elle |&nbsp;il y en avait dix ou douze pas plus |&nbsp;petits objets d\u00e9licats |&nbsp;couvertures aux couleurs claires |&nbsp;livre odeur | un recueil de po\u00e8mes pour les femmes |&nbsp;\u00e9mancipation timide pour romantisme balbutiant |&nbsp;je ne me souviens plus les auteurs |&nbsp;quelques autrices peut-\u00eatre |&nbsp;au-dessus du lit<\/p>\n\n\n\n<p>ouvrir une porte sur l\u2019imaginaire et d\u00e9couvrir ce qui se trouve derri\u00e8re l\u2019horizon |&nbsp;remplir ses yeux d\u2019aventures |&nbsp;chauffer son sang dans l\u2019exploration |&nbsp;apprendre qu\u2019il existe des mondes merveilleux sous les mots |&nbsp;affronter les dangers vaincre la peur surmonter les p\u00e9rils |&nbsp;livre lumi\u00e8re | un Jules Verne | Michel Strogoff ou Capitaine Nemo |&nbsp;se coucher avec l\u2019esprit \u00e9veill\u00e9 |&nbsp;r\u00eaver d\u2019un autre je | pour jouer au h\u00e9ros |&nbsp;bateaux de pirates cr\u00e9atures magiques envie de ne plus dormir<\/p>\n\n\n\n<p>obligation scolaire |&nbsp;sur la liste des fournitures du d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e entre les grands cahiers petits carreaux et le bic quatre couleurs |&nbsp;une femme en robe d\u2019\u00e9poque sur la couverture | visage triste qui annonce des heures de lecture dans l\u2019ennui |&nbsp;livre impos\u00e9 |&nbsp;Madame Bovary j\u2019\u00e9tais en quatri\u00e8me |&nbsp;je crois | briser lentement la carapace |&nbsp;mettre des touches de couleurs sur l\u2019histoire le pass\u00e9 le prof de fran\u00e7ais pas dr\u00f4le |&nbsp;mettre un pied dans le monde de ces autres livres<\/p>\n\n\n\n<p>sur la table de chevet |&nbsp;plus ancien souvenir gratt\u00e9 dans les tr\u00e9fonds de ma m\u00e9moire |&nbsp;tranche verte biblioth\u00e8que verte |&nbsp;un cheval se cabre sur la couverture sous les yeux r\u00e9jouis d\u2019un enfant |&nbsp;je ne lisais que quelques pages tous les soirs |&nbsp;parfois une seule |&nbsp;livre go\u00fbt de l\u2019enfance |&nbsp;l\u2019\u00e9talon noir se racontait en plusieurs volumes |&nbsp;je ne me souviens que de celui-l\u00e0 |&nbsp;pas de l\u2019histoire |&nbsp;je me souviens de la sensation \u00e9prouv\u00e9e quand je reposais le livre avant d\u2019\u00e9teindre la lumi\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>rang\u00e9es de livres impeccablement align\u00e9s sur les rayonnages de la biblioth\u00e8que en merisier construite sur mesure |&nbsp;pas un qui ne d\u00e9passe |&nbsp;d\u00e9fil\u00e9 militaire des dos de cuir jaunes verts marron |&nbsp;les titres et les noms des auteurs en lettres dor\u00e9es |&nbsp;livres d\u00e9cor |&nbsp;signes ext\u00e9rieurs de culture |&nbsp;afficher les grands \u00e9crivains |&nbsp;galerie d\u2019objets morts |&nbsp;les histoires que ces livres renfermaient \u00e9taient condamn\u00e9es \u00e0 l\u2019oubli |&nbsp;un jour j\u2019en ai ouvert un |&nbsp;les pages \u00e9taient sans vie<\/p>\n\n\n\n<p>j\u2019avais l\u2019\u00e2ge pour m\u2019\u00e9vader \u00e0 port\u00e9e de mobylette |&nbsp;c\u2019\u00e9tait les vacances |&nbsp;la ville la for\u00eat de pins la retenue d\u2019eau du barrage |&nbsp;fumer des clopes en \u00e9coutant Genesis |&nbsp;refaire le monde |&nbsp;je retrouvais chaque soir l\u2019ordre familial |&nbsp;mets ta serviette pas les coudes sur la table |&nbsp;livre peur du vide |&nbsp;c\u2019\u00e9tait un Frison-Roche |&nbsp;je m\u2019enfermais dans ma chambre apr\u00e8s le repas et je vivais la peur du vide |&nbsp;j\u2019adorais |&nbsp;j\u2019\u00e9tais sur une falaise et ma vie ressemblait aux livres de Frison-Roche<\/p>\n\n\n\n<p>j\u2019en avais lu un |&nbsp;puis deux puis cinq puis dix |&nbsp;la lecture m\u2019avait attrap\u00e9 comme une proie |&nbsp;les mots les phrases m\u2019avaient happ\u00e9 ils m\u2019avaient pi\u00e9g\u00e9 |&nbsp;je lisais \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9 presque enfi\u00e9vr\u00e9 |&nbsp;j\u2019enchainais les livres de cet auteur les uns apr\u00e8s les autres |&nbsp;comme si ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un seul ouvrage |&nbsp;livres ogres |&nbsp;je ne me souviens plus comment j\u2019avais d\u00e9couvert Paul Auster |&nbsp;son \u00e9criture \u00e9tait directement branch\u00e9e sur mon cerveau de lecteur |&nbsp;j\u2019avais arr\u00eat\u00e9 par \u00e9puisement<\/p>\n\n\n\n<p>je le manipule avec pr\u00e9caution |&nbsp;il est dispos\u00e9 avec d\u2019autres imposants volumes tout en bas de la petite biblioth\u00e8que dans le salon |&nbsp;d\u2019autres objets volumineux livres d\u2019art beaux livres | plus \u00e0 port\u00e9e d\u2019yeux qu\u2019\u00e0 port\u00e9e de mains |&nbsp;le savoir l\u00e0 |&nbsp;le savoir pr\u00e8s de moi |&nbsp;livre pr\u00e9cieux |&nbsp;le catalogue de l\u2019exposition Tolkien \u00e0 la BNF fin 2019 |&nbsp;je le sors une ou deux fois par an |&nbsp;je regarde les dessins les cartes je lis quelques pages |&nbsp;je le laisse sur la table un ou deux jours |&nbsp;je le range<\/p>\n\n\n\n<p>le garant du savoir |&nbsp;\u00e0 l\u2019heure d\u2019internet plus un symbole qu\u2019autre chose |&nbsp;je ne le consulte plus |&nbsp;ou alors pour m\u2019amuser |&nbsp;ou par nostalgie |&nbsp;mais il doit \u00eatre l\u00e0 |&nbsp;il doit |&nbsp;pas possible d\u2019imaginer ma maison sans lui |&nbsp;je ne m\u2019en sers plus mais il doit \u00eatre l\u00e0 |&nbsp;livre r\u00e9f\u00e9rence |&nbsp;le dictionnaire |&nbsp;le Robert le Littr\u00e9 le Larousse |&nbsp;le dictionnaire illustr\u00e9 de la langue fran\u00e7aise d\u2019Alain Rey aussi |&nbsp;il doit |&nbsp;si internet tombait en panne |&nbsp;si mon ordi explosait |&nbsp;si je mourrais sans le livre |&nbsp;si<\/p>\n\n\n\n<p>livre mot | livre sommeil | livre go\u00fbt dans la bouche | livre douleur | livre excuse | livre r\u00eave |&nbsp;livre musique dans la t\u00eate |&nbsp;livre monde |&nbsp;livre ciel |&nbsp;livre fant\u00f4me |&nbsp;livre arbre |&nbsp;livre mort |&nbsp;livre des si |&nbsp;livre de qui j\u2019aurais pu \u00eatre |&nbsp;livre \u00e9trange |&nbsp;livre de l\u2019\u00e9tranger |&nbsp;livre danse |&nbsp;livre sucre |&nbsp;livre larmes |&nbsp;livre bleu |&nbsp;livre de tout ce qui a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9 |&nbsp;livre de tout ce qu\u2019on saura un jour |&nbsp;livre des \u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb |&nbsp;livre des \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb |&nbsp;livre animal |&nbsp;livre des non dits |&nbsp;livre des trop dits |&nbsp;livre silence |&nbsp;livre catastrophe |&nbsp;livre histoire |&nbsp;livre chaleur |&nbsp;livre gla\u00e7on |&nbsp;livre mammouth |&nbsp;livre rire |&nbsp;livre sourire |&nbsp;livre toujours |&nbsp;toujours<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\" id=\"proposition3\"><strong>3 _&nbsp;inventaire de choses perdues<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>les mains de Manuel<\/li>\n\n\n\n<li>le bal \u00e0 l\u2019accord\u00e9on<\/li>\n\n\n\n<li>l\u2019album d\u2019images<\/li>\n\n\n\n<li>la maison des pins<\/li>\n\n\n\n<li>la fus\u00e9e sur la plage<\/li>\n\n\n\n<li>le chapeau en feutre<\/li>\n\n\n\n<li>la p\u00e2te de coings<\/li>\n\n\n\n<li>le plongeon au barrage<\/li>\n\n\n\n<li>le livre d\u2019Azimov<\/li>\n\n\n\n<li>le cimeti\u00e8re des faux \u00e9l\u00e9phants<\/li>\n\n\n\n<li>l\u2019air d\u2019op\u00e9ra<\/li>\n\n\n\n<li><strong>la grotte de la mer de glace<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Il descend du train de fer avec la lenteur que son corps vieillissant lui autorise. Les lourdes chaussures de cuir cir\u00e9 enlac\u00e9es de cordons rouges traversent la surface b\u00e9tonn\u00e9e trop rectiligne pour \u00eatre honn\u00eate. La montagne n\u2019aime pas l\u2019horizontal et de plat, elle pr\u00e9f\u00e8re les parois verticales de l\u2019Aiguille du Midi, des Drus et des Grandes Jorasses ou, quand l\u2019hiver le permet, les cascades de glace des Houches. Pas de place pour la dalle en b\u00e9ton du quai de la gare du Montenvers. Derri\u00e8re ses lunettes de glacier aux verres ronds et aux attributs de cuir noir, bec de nez et oeill\u00e8res lat\u00e9rales, ses yeux sont tapis derri\u00e8re d\u2019\u00e9paisses rides sculpt\u00e9es par les ans, le vent des vall\u00e9es et le soleil des sommets. La peau brune et s\u00e8che de son visage dessine le paysage qui s\u2019\u00e9tale devant lui. Au bout du b\u00e2ton en bois de ch\u00e2taignier, la pointe m\u00e9tallique cliqu\u00e8te sur le ciment puis sur les pierres \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du sentier. Fix\u00e9s sur son sac \u00e0 dos en toile de coton beige, le soleil refl\u00e8te les \u00e9clats du m\u00e9tal des crampons qu\u2019il ne mettra pas aux pieds.<br>D\u2019un pas m\u00e9canique et s\u00fbr, il longe le sentier qui descend dans la vall\u00e9e. Sur sa gauche, il laisse la terrasse aux pantalons de flanelles et aux robes \u00e0 fleurs, aux baskets blanches et aux sandales tress\u00e9es, aux peaux claires et parfum\u00e9es qui profitent des chaises en plastique, des tables rondes et des cocktails enivrants. Son ivresse, il va la chercher au fond de la vall\u00e9e dans ce qu\u2019il reste de glace et de glacier, au chevet des d\u00e9pouilles humides du Tacul et du Leschaux. Dans ses souvenirs de jeunesse.&nbsp;<br>Les asters mauves et les bleuets ont la vie belle le long du sentier qui descend dans le lit du glacier d\u00e9sert\u00e9. Des enfants en shorts courent devant leurs parents insouciants. Au premier virage en lacet, les derniers m\u00e9l\u00e8zes marquent une fronti\u00e8re. Il y a un demi-si\u00e8cle, la glace lui l\u00e9chait les pieds. Il s\u2019arr\u00eatait l\u00e0, s\u2019asseyait sur le rocher plat au bord du chemin et enfilait ses crampons. Au deuxi\u00e8me lacet, il prenait tout droit sur la glace en prenant soin de bien planter les pointes. Il longeait un mur de glace jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la crevasse qui ressemblait \u00e0 une grotte. Il passait sous la voute et d\u00e9couvrait les sculptures de tables, de fauteuils, dans la glace bleue et translucide. Il entrait dans un monde qui demandait \u00e0 s\u2019\u00e9panouir. Il avait vingt ans.&nbsp;<br>Le rocher plat au bord du sentier est toujours l\u00e0. Il s\u2019assoit. Sur l\u2019\u00e9cran du vide s\u2019offrant \u00e0 lui, un vieux film en super 8 d\u00e9file devant ses yeux.&nbsp;<br>Il sourit devant l\u2019inventaire de choses perdues. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\" id=\"proposition2\"><strong>2 _ histoire de mes librairies<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La librairie de <em>La Bulle Noire<\/em> se situe en plein centre d\u2019Aix-en-Provence, dans une rue sans grand int\u00e9r\u00eat si ce n\u2019est plusieurs comptoirs de kebab. Rue de la Couronne, juste derri\u00e8re la Rotonde. J\u2019ai quinze ans, la bande dessin\u00e9e est ma grande d\u00e9couverte, avec quelques groupes de musique, Genesis, Sex Pistols, CSN&amp;Y dont je me fais pr\u00eater les 33&nbsp;tours par des amis. Pour la BD, c\u2019est une passion plus solitaire. J\u2019y consacre l\u2019essentiel de mon argent de poche. Je fr\u00e9quente La Bulle Noire d\u00e8s son ouverture, je deviens un habitu\u00e9, un incontournable. Je deviens un pilier. Petit magasin au d\u00e9but, quelques bacs o\u00f9 sont rang\u00e9s les albums debout de fa\u00e7on \u00e0 faire d\u00e9filer les couvertures, comme pour les disques vinyle. Tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement, des rencontres d\u00e9dicaces avec les auteurs, je suis un fan. J\u2019ai dix-huit ans, la librairie s\u2019agrandit. Deux \u00e9choppes qui se font face dans la rue de la Couronne. Je ne me souviens plus comment sont r\u00e9partis les BD, je rentre toujours dans le m\u00eame magasin. J\u2019ai vingt-cinq ans, le magasin a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 un peu plus loin, place des Tanneurs. C\u2019est plus grand c\u2019est espac\u00e9, c\u2019est a\u00e9r\u00e9, c\u2019est lumineux. Le propri\u00e9taire me reconna\u00eet, il vient me parler comme on retrouve un ancien camarade.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le cahier \u00e0 spirales<\/em> se trouve \u00e0 Charlieu, au fond d\u2019une large place, non loin du cours \u00e0 double sens o\u00f9 se tient le march\u00e9 le weekend. C\u2019est un endroit spacieux, les livres mis en \u00e9vidence sont judicieusement choisis. Si j\u2019\u00e9tais libraire, je ferais des choix similaires. Un de mes fr\u00e8res vit dans un petit village des environs, c\u2019est la librairie la plus proche de chez lui. Je passe voir mon fr\u00e8re une fois par an, en g\u00e9n\u00e9ral. Ou tous les deux ans. Je mets les pieds dans cette librairie une fois par an aussi. Ou tous les deux ans. La derni\u00e8re fois que je m\u2019y suis rendu, au moment de passer en caisse, le propri\u00e9taire a tenu \u00e0 engager la conversation avec moi. Il \u00e9tait tr\u00e8s aimable. Il me parlait des derniers ouvrages re\u00e7us, des \u00e9v\u00e9nements organis\u00e9s par la librairie, de sa vie de libraire. Je l\u2019avais rencontr\u00e9 trois ou quatre fois, mais il semble bien me conna\u00eetre. Je crois qu\u2019il me confond avec quelqu\u2019un d\u2019autre. Quelqu\u2019un d\u2019important pour lui apparemment. Je me demande \u00e0 qui je ressemble tant. Si c\u2019est un \u00e9crivain, j\u2019esp\u00e8re qu\u2019il \u00e9crit des livres int\u00e9ressants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis trois ans, une librairie a ouvert \u00e0 Aubagne, sur la rue de la R\u00e9publique. <em>Les Furtifs<\/em>, sans doute en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Alain Damasio. Belle vitrine, personnel comp\u00e9tent mais petite. Trop petite. Rares sont les fois o\u00f9 je trouve l\u2019ouvrage que je recherche, sauf si c\u2019est une nouveaut\u00e9. J\u2019ach\u00e8te peu de nouveaut\u00e9s. Alors je commande. Je pr\u00e9f\u00e8re leur commander et \u00eatre livr\u00e9 ici, plut\u00f4t que de passer par Amazon ou un site du genre. J\u2019ai un Mac, un compte Facebook mais je ne veux rien avoir \u00e0 faire avec Amazon. Je cultive mes contradictions avec rigueur. J\u2019ai quand m\u00eame fait quelques d\u00e9couvertes dans cette librairie. <em>De notre monde emport\u00e9<\/em>, de Christian Astolfi, les derni\u00e8res heures du chantier naval de La Seyne. Cette librairie est l\u2019endroit des bonnes surprises locales.<\/p>\n\n\n\n<p>Je cherchais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment le <em>Livre du chevalier Zifar<\/em>. J\u2019avais \u00e9cum\u00e9 les points de vente d\u2019occasion pr\u00e8s de chez moi, j\u2019avais insist\u00e9 aupr\u00e8s de mon libraire, j\u2019avais \u00e9pluch\u00e9 les sites de vente d\u2019occasion sur le net, j\u2019avais m\u00eame contact\u00e9 l\u2019\u00e9diteur. Plus disponible. Et puis le miracle. Sur placedeslibraires.fr, un exemplaire appara\u00eet du jour au lendemain. Un fond de carton mis \u00e0 jour. La librairie<em> Lavocat<\/em> dans le XVIe \u00e0 Paris a exhum\u00e9 un exemplaire. Comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, je dois monter \u00e0 Paris quelques jours plus tard. Avenue Mozart, jamais mis les pieds dans ce coin. \u00c7a m\u2019\u00e9voque juste quelques parties enfantines de Monopoly. Librairie classique, rien de plus rien de moins. J\u2019entre, je fais le tour des tables quand m\u00eame. Je lis le quatri\u00e8me de couverture de <em>Les naufrag\u00e9s du Wager<\/em>, \u00e7a fit un moment qu\u2019il me fait de l\u2019\u0153il celui-l\u00e0. Mais je ne suis pas l\u00e0 pour \u00e7a. La libraire accueille ma demande d\u2019un \u00ab&nbsp;Ah, c\u2019est vous !&nbsp;\u00bb. Ah, c\u2019est moi. Je suis Ah. Ah l\u2019a trouv\u00e9. Ah raconte l\u2019histoire de sa qu\u00eate, elle lui raconte celle de sa d\u00e9couverte inopin\u00e9e. Ils rient. Ah s\u2019en va avec son livre sous le bras.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai rencontr\u00e9 Stephen King devant le <em>Strand Bookstore<\/em> \u00e0 New York. Je descendais Broadway, il sortait de la librairie, on s\u2019est retrouv\u00e9 nez \u00e0 nez. Je ne lui ai rien dit. Lui non plus. On s\u2019est juste regard\u00e9 dans les yeux. Si on se connaissait, on se serait salu\u00e9s mais on ne se conna\u00eet pas. Moi, je le connais mais ce n\u2019est pas une raison pour le saluer. Si j\u2019avais pu anticiper la rencontre, je lui aurais peut-\u00eatre gliss\u00e9 un truc mais je n\u2019ai pas eu la pr\u00e9sence d\u2019esprit. Nous nous sommes \u00e9vit\u00e9s, j\u2019ai fait quelques pas et je me suis retourn\u00e9. Il avait continu\u00e9 son chemin et s\u2019appr\u00eatait \u00e0 traverser la rue. J\u2019aillais repartir quand j\u2019ai vu d\u2019autres visages familiers sur le seuil de la libraire. Il y avait l\u00e0 Toni Morrison, Jack Kerouac et John Dos&nbsp;Passos. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 douter de mon \u00e9tat quand j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que les auteurs \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s sur des affiches \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la librairie. Stephen King finissait de traverser la rue, il avait d\u00fb s\u2019\u00e9chapper de l\u2019affiche.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\" id=\"proposition1\"><strong>1 _ de l&rsquo;art de ranger ses livres<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p><strong>auteurs class\u00e9s dans romans du monde <br><\/strong>Andre\u00ef Kourkov, Mathias Zschokke, Herman Hesse, Stefan Zweig, W.G. Sebald, David Safier, Berhnard Schlink, Heinrich B\u00f6ll, Ferenc Karinthy, Franz Kakfka (x3), Branimir S\u0107epanovi\u0107, Dusan Kova\u010devi\u0107, Friedrich D\u00fcrrenmatt, Milan Kundera, Osman Necmi G\u00fcrmen.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>titres au rayon des livres d\u2019histoires<br><\/strong>Une histoire populaire des \u00c9tats-Unis, Histoire du monde grec antique, La M\u00e9ditterran\u00e9e (x3), L\u2019anarchie une histoire de r\u00e9voltes, Histoire mondiale de la France, Arm\u00e9nie : 3000 ans d\u2019histoire, Une histoire populaire de la France, La charrette de la Madeleine toute une histoire, Pour une histoire am\u00e9rindienne de l\u2019Am\u00e9rique, Une histoire de la musique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>couleurs des tranches des livres de cuisine<br><\/strong>jaune, banc, beige, bordeaux, rose, bleu, vert, jaune, multicolore, blanc, blanc, beige, multicolore, noir et blanc, bleu et blanc, blanc, blanc, bleu, blanc, vert, gris, blanc, jaune, rouge, blanc, bleu, beige, marron.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00e0 port\u00e9e de main dans les toilettes<br><\/strong>10 000 br\u00e8ves de comptoir de Jean-Marie Gourio (trois volumes), cinq volumes de la collection \u00ab&nbsp;pour les nuls&nbsp;\u00bb : la culture g\u00e9n\u00e9rale, la philosophie, la mythologie, l\u2019histoire de l\u2019art, l\u2019histoire de France, Mamika de Sacha Goldberger, Citations pour m\u00e9diter aux toilettes, Je d\u00e9couvre la philosophie aux toilettes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00e0 port\u00e9e de main lorsque j\u2019\u00e9cris<br><\/strong>Le livre des questions d\u2019Edmond Jab\u00e8s, \u00c9crits po\u00e9tiques de Christophe Tarkos, F\u00e9\u00e9rie g\u00e9n\u00e9rale d\u2019Emmanuelle Pireyre, La tr\u00e8s bouleversante confession de l\u2019homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la terre ait port\u00e9 d\u2019Emmanuel Adely, L\u2019abominable tisonnier de John McTaggart Ellis McTaggart de Jacques Roubaud, Le parti pris des choses de Francis Ponge, Le savon de Francis Ponge, La rage de l\u2019expression de Francis Ponge, Passage d\u2019Henri Michaux, Plume d\u2019Henri Michaux, B-17G de Pierre Bergounioux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>villes, r\u00e9gions et pays des guides de voyages<br><\/strong>Qu\u00e9bec, Qu\u00e9bec, Montr\u00e9al, Qu\u00e9bec, Qu\u00e9bec, Montr\u00e9al, Vancouver, Toronto, Montr\u00e9al et Qu\u00e9bec, Parcs de l\u2019ouest am\u00e9ricain, Boston, \u00c9tats-Unis et Canada, New York, New York, Br\u00e9sil, Cuba, Cuba, Cuba, Madagascar, Maurice, \u00c9gypte, Chine, Chine, Hong Kong, Hong Kong, Tha\u00eflande, Asie du sud-est, Syrie et Liban, Australie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00e9diteurs de po\u00e9sies<br><\/strong>Le club fran\u00e7ais du livre, Gallimard, Un bureau sur l\u2019Atlantique, Fata Morgana, Librio, \u00c9ditions du sous-sol, P.O.L., \u00c9ditions Corti, J\u2019ai Lu, La Grande Bateli\u00e8re, Picquier poche, Ph\u00e9bus libretto, Libros del Cuidadano, Folio, Po\u00e9sie\/Gallilard (x13), Mille et une nuits, Po\u00e9sie Points, Nota Bene, Le livre de poche, Le petite vermillon, Points, P.O.L., Garnier-Flammarion (x2), Nelson.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>m\u00e9trages<br><\/strong>8 m\u00e8tres lin\u00e9aires de bandes-dessin\u00e9es<br>89 centim\u00e8tres de livres de cuisine<br>15 m\u00e8tres de romans<br>60 centim\u00e8tres de livres de m\u00e9decine<br>38 centim\u00e8tres de livres sur les abeilles<br>10 centim\u00e8tres de livres de Claude Ponti<br>19 centim\u00e8tres de livres \u00e9dit\u00e9s par La Pl\u00e9iade<\/p>\n\n\n\n<p><strong>endroits dans ma maison<br><\/strong>dans une petite pi\u00e8ce qui sert aussi de dressing &#8211; dans le bureau&nbsp; &#8211; dans la chambre d\u2019ami &#8211; sous l\u2019escalier, des caisses en bois pos\u00e9es sur la tranche et empil\u00e9es &#8211; dans la cuisine, une \u00e9tag\u00e8re en osier &#8211; dans les toilettes, \u00e0 port\u00e9e de mains dans un renfoncement &#8211; dans le couloir &#8211; dans la chambre de mon fils &#8211; dans la chambre de ma fille &#8211; dans le garage, dans des caisses en m\u00e9tal et des cartons.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>histoire<br><\/strong>Je suis arriv\u00e9 lorsque les pompiers attaquaient le volet de la fen\u00eatre \u00e0 coups de hache. Une lourde fum\u00e9e grise sortait des jointures de la fen\u00eatre et par-dessous la porte. Elle envahissait les rues du village comme si un esprit malfaisant se r\u00e9pandait en rampant. Devant la maison, un imposant camion rouge clignotait de son puissant gyrophare. Plusieurs pompiers maniaient le tuyau d\u00e9vid\u00e9 soigneusement rang\u00e9 sur le bitume en lignes allers-retours d\u2019une dizaine de m\u00e8tres. Derri\u00e8re un cordon de s\u00e9curit\u00e9, les badauds assistaient au spectacle. Au premier rang, le vieil homme se tenait la t\u00eate et regardait le pompier d\u00e9molir la fen\u00eatre du rez-de-chauss\u00e9e. Il regardait \u00e0 travers ses doigts comme s\u2019il h\u00e9sitait. Comme s\u2019il ne voulait pas voir mais qu\u2019une force l\u2019obligeait. Je connaissais Paulo, sa passion pour les livres, sa biblioth\u00e8que. Lorsque la fen\u00eatre a c\u00e9d\u00e9 et que les vitres ont vol\u00e9 en \u00e9clat, une immense flamme s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e de l\u2019ouverture aliment\u00e9e par l\u2019appel d\u2019air. Le puissant jet d\u2019eau propuls\u00e9 par la lance a engag\u00e9 la lutte avec le feu. Puis les flammes ont lentement faibli, puis les flammes ont disparu. Et la fum\u00e9e blanche et la boue de cendres. Paulo pleurait tous ses livres perdus. Je le tenais par l\u2019\u00e9paule et je pleurais avec lui.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>construire<br><\/strong>Les tasseaux de bois blanc de 50x30mm sont fix\u00e9s entre eux par des tiges filet\u00e9es de 8x110mm. Celles-ci sont maintenues de chaque c\u00f4t\u00e9 par des boulons \u00e0 t\u00eate diamant pour le devant et ordinaires c\u00f4t\u00e9 mur. Ne pas oublier les rondelles contre le bois. Chaque montant vertical est maintenu par deux \u00e9querres coud\u00e9es sur tranche de 40x40mm (et leurs vis), une pour le sol et une pour le mur. Pour fixer les morceaux de tasseau de 13cm aux montant verticaux, il faut des pointes de 2,7x60mm, deux par montant. Pour poncer, du papier abrasif 0,00. De la peinture ou du vernis selon vos go\u00fbts.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"473\" height=\"272\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/biblio-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-147588\" style=\"width:276px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/biblio-1.jpg 473w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/biblio-1-420x242.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 473px) 100vw, 473px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>J\u2019ai trouv\u00e9 les indications pour construire cette biblioth\u00e8que dans un petit livre intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;150 trucs pour bricoleurs nuls&nbsp;\u00bb offert gracieusement par une marque d\u2019essence parce que j\u2019avais d\u00fb faire un plein dans une station de la marque pour ma 2CV il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es. Son syt\u00e8me d\u2019assemblage est d\u2019une grande simplicit\u00e9, les livres ne sont pas dispos\u00e9s sur des planches mais ils reposent \u00e0 cheval sur des tasseaux. Pour les mesures c\u2019est simple, largeur et hauteur \u00e0 votre convenance (pas facile de trouver des tasseaux de plus de 2 m\u00e8tres mais pas impossible), hauteur des rayonnages en fonction de la taille de vos livres (b\u00e9d\u00e9s en bas et livres de poche en haut, par exemple). Une fois qu\u2019on a saisi le principe, c\u2019est vraiment simple.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"329\" height=\"268\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Biblio-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-147589\" style=\"width:220px;height:auto\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>l\u2019application ClassBook sur mon portable<br><\/strong>3076 ouvrages enregistr\u00e9s<br>668205 pages<br>40 livres de Julio Ribera (dessinateur de la s\u00e9rie de bande-dessin\u00e9e Le vagabond des limbes)<br>952 bandes-dessin\u00e9es (31%)<br>422 class\u00e9s en litt\u00e9rature du monde (hors France)<br>400 class\u00e9s en litt\u00e9rature fran\u00e7aise<br>175 livres de rugby (tous dans une grande malle m\u00e9tallique dans le garage)<br>4 livres pr\u00eat\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p><strong>endroits improbables<br><\/strong>dans une boite \u00e0 sardines &#8211; dans une chambre froide &#8211; suspendue au bout d\u2019une canne \u00e0 p\u00eache &#8211; sur une corde \u00e0 linge &#8211; sous une douche\/cascade &#8211; sur une \u00e9chelle de corde &#8211; dans une fosse septique &#8211; dans un four &#8211; sur Jupiter &#8211; dans la nacelle\/pos\u00e9e au sommet d\u2019une montgolfi\u00e8re &#8211; dans un nid d\u2019hirondelles &#8211; sur un nuage &#8211; au milieu d\u2019un p\u00e9age d\u2019autoroute &#8211; sur un petit pont de bois vermoulu &#8211; au fond d\u2019une piscine\/d\u2019un port\/d\u2019un lavabo\/d\u2019une rivi\u00e8re &#8211; sur un pont en lianes dans la jungle &#8211; en \u00e9quilibre sur une rampe d\u2019escalier &#8211; au coeur d\u2019un r\u00e9acteur de fus\u00e9e &#8211; dans un sauna &#8211; sur une table d\u2019op\u00e9ration &#8211; sous un tapis &#8211; au milieu d\u2019un toboggan &#8211; suspendue \u00e0 un trap\u00e8ze<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table des chapitres 1 _ de l&rsquo;art de ranger ses livres 2 _ histoire de mes librairies 3 _\u00a0inventaire de choses perdues 4 _ le livre dans sa mat\u00e9rialit\u00e9 5 _ le livre souffrance 5 _ le livre souffrance Une ombre avance dans l\u2019impasse juch\u00e9e de containers de poubelles regorgeant de tr\u00e9sors putrides. Sacs en plastique noirs empil\u00e9s. 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