{"id":147661,"date":"2024-04-22T19:20:46","date_gmt":"2024-04-22T17:20:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=147661"},"modified":"2024-04-23T11:34:02","modified_gmt":"2024-04-23T09:34:02","slug":"nouvelles-01","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-01\/","title":{"rendered":"#nouvelles | Christine Eschenbrenner"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/une-etagere-bibliotheque.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-150311\" style=\"width:473px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/une-etagere-bibliotheque.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/une-etagere-bibliotheque-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Table des chapitres<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition1\"><a href=\"#proposition1\">1_ Classer les livres ?<\/a><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition2\"><a href=\"#proposition2\">2_ Librairives<\/a><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#proposition3\">3_ Douze objets perdus dont une oasis<\/a><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#proposition4\">4_ Donner le d\u00e9part<\/a><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#proposition5\">5_ Voyage d&rsquo;un livre<\/a><\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition1\">1_ Classer les livres ?<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/encre-biblio-1-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-149640\" style=\"width:443px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/encre-biblio-1-rotated.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/encre-biblio-1-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p> Classer chez moi ne colle pas vraiment, le verbe renvoyant \u00e0 une esp\u00e8ce d\u2019obligation alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019autre chose. En r\u00e9alit\u00e9, je laisse faire les livres. Ils dictent notre conduite. Logique puisqu\u2019ils vivent ensemble dans l\u2019appartement. Plusieurs points de rassemblement. &nbsp;Ils habitent l\u00e0 o\u00f9 j\u2019habite. Ils m\u2019habitent. Je suis leur locataire. Bien s\u00fbr on ne m\u00e9lange pas tout, ils ont besoin d\u2019\u00eatre chez eux, dans des lieux compartiment\u00e9s, des logements qu\u2019on nomme \u00e9tag\u00e8res, \u00e0 des hauteurs variables. On peut les voir au repos, comme des familles nombreuses, debout ou couch\u00e9s les uns sur les autres. Leur habitat ressemble \u00e0 ces h\u00f4tels pour insectes qui permettent de voir en coupe comment les occupants s\u2019organisent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-dehors (et on ne parlera pas ici des biblioth\u00e8ques municipales) ils ont des demeures \u00e9ph\u00e9m\u00e8res \u2014 halls de gares, rues, bo\u00eetes dont ils sont d\u00e9log\u00e9s pour \u00eatre remplac\u00e9s par d\u2019autres. Celle que j\u2019ai vue dans le parc du Val Ombreux est creus\u00e9e dans le tronc d\u2019un arbre mort&nbsp;: plut\u00f4t que de le raser, les concepteurs municipaux ont am\u00e9nag\u00e9 au c\u0153ur du bois une sorte de petite loge vitr\u00e9e, comme ces habitacles contenant dans les vieux ch\u00eanes des statues de la Vierge. C\u2019est une riche id\u00e9e, une id\u00e9e d\u2019enlumineur. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence des livres qu\u2019on garde pr\u00e9cieusement, ceux qui sont engrang\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur sont plut\u00f4t des livres d\u00e9suets ou insipides, des polars mous, des romans \u00e0 l\u2019eau de rose ou de persil, des rescap\u00e9s de la d\u00e9chetterie. Ceux qui restent avec nous, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, sont accroch\u00e9s \u00e0 notre vie&nbsp;: &nbsp;en lieu s\u00fbr, faisant corps avec l\u2019histoire qu\u2019ils ont travers\u00e9e et qui les a d\u00e9pos\u00e9s l\u00e0, selon strates d\u2019\u00e9motions, r\u00e9flexion, coups de foudre, questions. Ceux qu\u2019on peut donner mais qu\u2019on ne veut pas perdre, justement parce qu\u2019on sait ce que perdre un \u00eatre cher veut dire.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne fera pas dans le d\u00e9tail la visite guid\u00e9e des espaces dans lesquels ils vivent regroup\u00e9s, ce serait indiscret, presque inopportun. Et si long. De quoi \u00e9crire un ouvrage immense \u00e0 partir de la raison pour laquelle chaque livre se trouve l\u00e0, en lieu s\u00fbr, m\u00eame s\u2019il est tomb\u00e9 dans les oubliettes apparentes, car cach\u00e9 par la rang\u00e9e de ceux qui font barrage devant ou par le souvenir qu\u2019on en a. En germe l\u2019id\u00e9e&nbsp;: retrouver pour chaque livre le halo pr\u00e9gnant de ce qui l\u2019a amen\u00e9 l\u00e0. &nbsp;Chaque habitant des \u00e9tag\u00e8res porte le secret de sa pr\u00e9sence \u00e0 cet endroit. Emplacement pr\u00e9cis, choisi, ou d\u00e9p\u00f4t h\u00e2tif, provisoire, mais qui dure parfois parce que le paysage s\u2019est form\u00e9 et qu\u2019en d\u00e9placer un \u00e9l\u00e9ment reviendrait \u00e0 se s\u00e9parer d\u2019un morceau de m\u00e9moire. G\u00e9ographie de l\u2019int\u00e9rieur. Avec, devant, interpos\u00e9s, des objets-cl\u00e9s&nbsp;: pour trouver les textes qui logent derri\u00e8re, tu devras d\u00e9placer l\u2019aquarelle aux signes rouges offerte par le peintre. Ou l\u2019objet de verre. Ou le caillou de mer. Ou la violette brod\u00e9e. Ou le cadre aux cinq photos d\u00e9coup\u00e9es. Ou ces choses insolites qui retardent l\u2019acc\u00e8s aux livres tout en tenant lieu de balises. Besoin de cet \u00e9cart. Y compris pour d\u00e9placer ceux qui sont au premier plan et retrouver les autres, ceux qui vivent dans l\u2019ombre, derri\u00e8re, et qui sont dans l\u2019attente des retrouvailles..<\/p>\n\n\n\n<p>La biblioth\u00e8que la plus grande dans mon int\u00e9rieur pr\u00e9sente des alv\u00e9oles diff\u00e9rentes en \u00e9pousant tout un mur porteur dans la grande pi\u00e8ce \u00e0 vivre. S\u2019y trouve r\u00e9parti un peuple dont les corps de papier ont s\u00e9diment\u00e9. Ils sont l\u00e0, comme une fresque, un vaste tableau en 3D&nbsp;; portant leurs titres sur le dos, leurs d\u00e9chirures, ou la blancheur insolente et fugace de leur nouveaut\u00e9. Ils sont regroup\u00e9s face aux fen\u00eatres. Quand le soleil d\u00e9cline, par beau temps, le spectacle secret commence, g\u00e9n\u00e9rant le rituel. Des lueurs ros\u00e9es ou rougeoyantes errent un peu avant d\u2019atteindre les rayonnages. Tr\u00e8s rarement ceux du haut mais les autres oui. Je prends alors les livres qui sont touch\u00e9, d\u00e9sign\u00e9s. (Souvenir du rayon vert tellement d\u00e9sir\u00e9 par ceux qui le cherchaient mais leur \u00e9chappant \u00e0 l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 la  fulgurance mutuelle du regard en tenait lieu). Rayonnages comme rayonnements.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019impossibilit\u00e9 de parler de classement, laisser faire le regard. La tribu des ann\u00e9es d\u2019avant est hors de port\u00e9e, elle habite les hauteurs. Pour extraire un \u00e9chantillon, il faut prendre l\u2019escabeau et prendre aussi le risque de tomber. Je le fais quand m\u00eame, par curiosit\u00e9, cherchant \u00e0 retrouver le trac\u00e9 des chemins inscrits. Un dos noir, <em>Le meurtre du Christ<\/em>, Wilhelm Reich ou bien un peu au-dessus, <em>le conte populaire fran\u00e7ais <\/em>et ses d\u00e9clinaisons. Pas tr\u00e8s loin, le <em>Baudolino <\/em>d\u2019Umberto Eco, dos noir lui aussi. Tout en haut \u00e0 gauche, en accord\u00e9on, les touches d\u2019une collection \u00e9clectique alors qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tage du dessous le <em>De l\u2019Allemagne<\/em> de madame de Sta\u00ebl voisine avec l&rsquo; <em>\u00catre un \u00e9crivain <\/em>\u00e0 <em>notre \u00e9poque <\/em>de Thomas Mann. Au fond, couvertures vieillies du <em>De rerum natura , <\/em>Lucr\u00e8ce. Un cran au-dessous, <em>Le monde ext\u00e9rieur <\/em>de Marguerite Duras n\u2019est pas loin du<em> Prince foudroy\u00e9<\/em> de Laurent Greilsamer \u2014 ces deux-l\u00e0 communiquant \u00e9trangement via la figure de Nicolas de Sta\u00ebl. Se laisse deviner le tome 1 du Journal d\u2019Ana\u00efs Nin, Stock, couverture rose p\u00e2le, choc de l\u2019\u00e9poque, non loin de Clarice Lispector, une r\u00e9v\u00e9lation. &nbsp;Montaigne est tout pr\u00e8s. Ne me demande pas pourquoi. Il est l\u00e0, c\u2019est tout. Encore en-dessous, un p\u00eale-m\u00eale d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 \u2014 celui du th\u00e9\u00e2tre, de <em>Tartuffe <\/em>aux recueils de la Cri\u00e9e, trop \u00e0 dire, les textes se bousculent. Encore en-dessous, des intrus&nbsp;: quelques manuscrits n\u2019ayant rien \u00e0 faire l\u00e0, des albums-photos, et encore en-dessous, les trente-trois tours. Puis les livres d\u2019art, debout, denses, une ville \u00e0 eux tout seuls. Au sol, sur un lutrin en forme de lyre, le beau livre d\u2019artistes entoil\u00e9, rouge sombre, alliant textes de Cheng et lithographies de l\u2019homme aim\u00e9. Pr\u00e8s de lui, le <em>Gwerz Denez<\/em>, en deux langues, arriv\u00e9 r\u00e9cemment dans l\u2019intime.&nbsp;&nbsp;Des livres anciens, \u00e0 port\u00e9e de main, dont une version du<em> Notre-Dame-Paris <\/em>accompagn\u00e9 de gravures, offert par le peintre qui connaissait la passion Victor et le c\u00f4t\u00e9 jeune fille-\u00e0-la-ch\u00e8vre de son amoureuse. D\u2019ailleurs le <em>Victor Hugo<\/em> d\u2019Hubert Juin n\u2019est pas tr\u00e8s loin au-dessus. Une halte&nbsp;: vue d\u2019ensemble, tous ces livres-mondes, autant d\u2019appels renouvel\u00e9s. Au milieu, le c\u00f4t\u00e9 s\u00e9riel&nbsp;: les Colette, le rouge des <em>Objectif,<\/em> encyclop\u00e9die d\u00e9pass\u00e9e mais \u00e9tonnante. Les Lagarde-et- Michard, eux aussi d\u00e9pass\u00e9s mais au rendez-vous des ann\u00e9es lyc\u00e9e, apr\u00e8s les d\u00e9m\u00e9nagements. Derri\u00e8re une rose des sables, les deux volumes du <em>Science de la musique <\/em>d\u2019Honegger.  Et ressurgit dans les parages&nbsp; <em>Dans l\u2019\u0153il du miroir, <\/em>de Jean-Pierre Vernant et Fran\u00e7oise Frontisti-Ducroux&nbsp;: il me fait signe, je vais le relire.. Les deux avant-derni\u00e8res \u00e9tag\u00e8res, quand le soleil se couche, ont un air rang\u00e9. Les contemporains: tant de noms en prise directe \u2014 on ne nommera personne pour ne pas faire de jaloux \u2014 et dans le prolongement, la tribu attachante, tellement sillonn\u00e9e avec les \u00e9l\u00e8ves, des Librio bon march\u00e9, souvent les premiers livres achet\u00e9s par les \u00e9l\u00e8ves du LP. Un dernier espace pour les un peu \u00e9tranges, les mystiques, des \u00e9crits de Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila, P\u00e9guy, Lanza del Vasto, Annick de Souzenelle \u00e0 la Cabbale.<\/p>\n\n\n\n<p>En passant par la cuisine, on peut d\u00e9couvrir, pos\u00e9e sur une chaise, une grande corbeille avec des livres en transit, une sorte de biblioth\u00e8que nomade et provisoire. On ne sait pas encore o\u00f9 iront les livres, passagers de la chaise mais en attendant, quand le soleil se l\u00e8ve, on peut s\u2019asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019eux, dialoguer, prendre notes et d\u00e9cisions, caf\u00e9 aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le couloir, d\u2019autres livres dialoguent avec des tapuscrits in\u00e9dits, comme une haie d\u2019honneur pour les humains qui passent par l\u00e0, et, au passage, peuvent saluer et embarquer les livres attirants avant de les raccompagner chez eux. A hauteur de petit enfant, se laissent attraper contes de bric et de broc, <em>Les malices de Plick et Plock,<\/em> venus du boulevard Jamin \u00e0 Reims, et les pop-up, d\u00e9licieux livres \u00e0 d\u00e9plier.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;La nuit avance, le soleil lui a laiss\u00e9 toute la place, les portes apparentes se ferment, la cit\u00e9 sombre dans l\u2019anonymat: &nbsp;c\u2019est le temps de la chambre, avec son secr\u00e9taire h\u00e9rit\u00e9 d\u2019une grand-tante, comme un tout-petit h\u00f4tel particulier peupl\u00e9 principalement par la galaxie Rilke. &nbsp;Au-dessus du bureau&nbsp;: encore le m\u00e9lange, en trois espace (s)-temps \u2014\u00e9tag\u00e8res solidement riv\u00e9es par le peintre, bien en face, pour porter le poids de la solitude indispensable qui se nourrit de &nbsp;po\u00e9sie japonaise ou chinoise, des <em>Lettres \u00e0 Th\u00e9o, <\/em>de <em>Commune pr\u00e9sence <\/em>ou de <em>Narcisse et Goldmund<\/em>, d\u2019un tome de l\u2019<em>Anthologie des chants populaires fran\u00e7ais <\/em>r\u00e9unis par Joseph Canteloube. Et Primo Levi. La douleur. A l\u2019\u00e9tage au-dessus&nbsp;: mes dessins, aquarelles, carnets. Il disait \u00e0 leur propos&nbsp;: r\u00e9siste \u00e0 l\u2019envie de jeter, il faudra un jour que tu t\u2019occupes de toi. Pr\u00e8s du lit, un petit b\u00e2timent de bois r\u00e9unit pour le voyage, po\u00e8tes connus et inconnus, ceux que la nuit \u00e9claire, ceux qui br\u00fblent et rappellent, ceux qui entourent, accompagn\u00e9s au plus pr\u00e8s d\u2019une photo du peintre, avec une de ses encres \u2014 ch\u00eane\u2014 , une pierre de r\u00eave, une devise qui vient de loin, un flacon incluant gr\u00e2ce au souffle du verrier une spirale bleu-vert. Pr\u00e9sence. &nbsp;Pr\u00e9sent. Ultime refuge.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition2\">2_ Librairives<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/encre-livres-in-room-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-149643\" style=\"width:386px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/encre-livres-in-room-rotated.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/encre-livres-in-room-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019enfance, les librairies sont absentes. Le domaine initial, Armainvilliers, un peu \u00e9trange, loin des villes, hors du monde, suffit largement. Je ne sais m\u00eame pas que les librairies existent. For\u00eat oui. Lac oui. Champs oui. Animaux sauvages oui. Ecole&nbsp;: \u00e7a d\u00e9pend. Seul, attirant dans le salon, se dresse le meuble sombre, avec grands livres, genre distribution des prix, ceux que personne ne lit. Sauf moi. Au d\u00e9but des transgressions. Chateaubriand. Les autres. Des r\u00e9v\u00e9lations, sorties de la poussi\u00e8re. Puis les apprentissages&nbsp;: \u00e9cumer progressivement les armoires d\u2019une grand-tante, d\u2019un grand-p\u00e8re, d\u2019une grand-m\u00e8re \u2014 premiers libraires sans le savoir. Rage de lire. Clandestinement. Arr\u00eate de lire, ce n\u2019est pas normal. Tu lis trop.<\/p>\n\n\n\n<p>Au lyc\u00e9e&nbsp;: non plus. J\u2019essaie de retrouver. Peut-\u00eatre en passant devant une devanture. Orsay. Mais les lieux de vente ont des parois de verre, infranchissables. Et tant \u00e0 vivre avec ce dans quoi on a d\u00e9j\u00e0 plong\u00e9 parce qu\u2019on est faits comme \u00e7a&nbsp;: \u00eatre au contact de ce qui se pr\u00e9sente. &nbsp;Aucune librairie en t\u00eate pour ce moment-l\u00e0 mais tous les livres circulent sous le manteau. On grandit, on r\u00e9colte dans les marges des cours des livres inconnus. On se les pr\u00eate beaucoup. Octavio Paz, c\u2019\u00e9tait toi, Oph\u00e9lie. Rilke, pr\u00eat\u00e9 par monsieur Straub, professeur d\u2019allemand, en seconde. R\u00e9v\u00e9lation. Pas de libraires en t\u00eate. Mais plein de passeurs qui ne se savent pas passeurs. Avec toujours une sorte d\u2019aura secr\u00e8te. J\u2019ai sans doute achet\u00e9 un premier livre avec l\u2019argent des pommes de terre. Mais lequel, et o\u00f9&nbsp;? Je ne sais plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Etudiante, \u00e7a a chang\u00e9. Avant tout&nbsp;: les biblioth\u00e8ques. Silence \u00e9blouissant. On peut lire tout son saoul en se fondant dans la masse. Personne pour t\u2019espionner. Incognito. On n\u2019ach\u00e8te rien et on repart \u00e9bloui. Pas de comptes \u00e0 rendre. Laissez-l\u00e0 tranquille, elle \u00e9tudie. Echappatoire. Et comme elle poursuit ses escapades \u00e0 Paris (les premi\u00e8res, c\u2019\u00e9tait pour la musique dite ancienne) elle d\u00e9couvre le boulevard Saint-Michel. Gibert, le fameux. Animal farouche, elle s\u2019approche des \u00e9talages \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Titres, noms, d\u00e9sirs, on est libres. Les premiers sous gagn\u00e9s (pommes de terre ramass\u00e9es, baby sitting, quelques heures de surveillance au coll\u00e8ge C\u00e9sar Franck \u2014 elle en a profit\u00e9 pour cr\u00e9er l\u2019atelier po\u00e9sie du foyer. Suivi du premier spectacle avec les coll\u00e9giens \u00e0 Palaiseau, dans le sillage d\u2019Antoine Vitez. Parfum des chrysanth\u00e8mes \u00e9cras\u00e9s) et s\u2019autorise \u00e0 entrer chez Gibert. On entre, tu te rends compte&nbsp;? Oser entrer. Oser acheter un livre. C\u2019est comme entrer dans une banque la premi\u00e8re fois que tu as un salaire. On rompt la mal\u00e9diction&nbsp;: &nbsp;tu peux y aller, tu as le droit de d\u00e9cider, d\u2019aller dans le sens du vent qui te pousse. Tu n\u2019as pas de comptes \u00e0 rendre, m\u00eame si alors tu es encore mineure (incroyable aujourd\u2019hui&nbsp;: oui, on \u00e9tait majeurs seulement \u00e0 vingt-et-un an&#8230;) Vivre. T\u2019autoriser \u00e0 entrer dans une librairie, tu te rends compte&nbsp;? &nbsp;Ensuite les PUF, un enchantement. Livres h\u00e9rit\u00e9s de ce temps-l\u00e0. Fronti\u00e8res ouvertes&nbsp;: ils ne me quittent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis, je pioche partout o\u00f9 je peux. Dans l\u2019intervalle, bien s\u00fbr, les bouquinistes, ceux d\u2019avant. Ceux de l\u2019occasion. Occasions d\u00e9sormais revenues sur le devant de la sc\u00e8ne, chacun s\u2019y retrouve, on y va. Seconde main (main gauche, \u00e7a s\u2019impose). Pendant que sur la belle plan\u00e8te malmen\u00e9e on multiplie les sujets, l\u2019urgence inonde les tables des librairies, les temps changent (Bob le chantait d\u00e9j\u00e0, tellement fort), rien de nouveau finalement. Juste un triple hommage&nbsp;: deux braves librairies, \u00e0 Eaubonne et \u00e0 Montmorency, elles tiennent la route, avec lucidit\u00e9. Et tendrement, <em>Livres in room<\/em>, \u00e0 Saint-Pol-de-L\u00e9on. On a de quoi s\u2019y retrouver. Et de se retrouver, \u00e9ventuellement. Merci.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition3\">3_ Douze objets perdus dont une oasis<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/encre-oasis-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-149647\" style=\"width:372px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/encre-oasis-rotated.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/encre-oasis-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Petite boite ronde contenant confettis ramass\u00e9s dans le nord pendant une f\u00eate sur plancher de bois<\/li>\n\n\n\n<li>M\u00e9daille trouv\u00e9e par terre&nbsp;: repr\u00e9sente une femme assise, de profil, tenant une plume<\/li>\n\n\n\n<li>Cl\u00e9 noircie, t\u00eate en forme de c\u0153ur \u00e0 l\u2019envers,<\/li>\n\n\n\n<li>Plaque appos\u00e9e dans une cray\u00e8re de la Veuve, pour hommage grand-p\u00e8re assassin\u00e9 \u00e0 bout portant<\/li>\n\n\n\n<li>Le parfum de sa peau<\/li>\n\n\n\n<li>Oasis dans un froid glacial&nbsp;:&nbsp; film de Franck Capra <em>Horizons perdus&nbsp;<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>&nbsp;Les pagodes d\u2019Armainvilliers<\/li>\n\n\n\n<li>Lettres de quatorze-dix-huit dans un grenier des Granges<\/li>\n\n\n\n<li>Le Marais de Millonfosse<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019espace L\u00e9ger&nbsp;avant travaux<\/li>\n\n\n\n<li>Zone franche avec installations artistes cit\u00e9(s) quand Fay\u2026 (Travaux publics) n\u2019avait pas mis le grappin sur les marges.<\/li>\n\n\n\n<li>Vall\u00e9e du Guillec, sans la trahison de la th\u00e9\u00ef\u00e8re<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p><strong>Oasis dans un froid glacial<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tout est dans la mani\u00e8re dont ils parviendront \u00e0 se frayer un chemin dans les neiges dites \u00e9ternelles. Celles qui ont commenc\u00e9 \u00e0 fondre. M\u00e9moire, l\u2019autre nom de la neige. Je &nbsp;suis les sinistr\u00e9s \u00e0 la trace. Ce n\u2019est ni un projet ni une d\u00e9cision. Une folie peut-\u00eatre. Quelque chose qui s\u2019impose. Ils sont cinq. Je leur emboite le pas, il n\u2019y a plus d\u2019\u00e9cran. File indienne dans la tourmente apr\u00e8s l\u2019accident, on ne peut qu\u2019avancer. Je suis l\u00e0, comme quelqu\u2019un qui prend le risque de revenir pour voir, comme une journaliste ind\u00e9pendante qui n\u2019a de journaliste que le nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils n\u2019explorent rien. Ils cherchent juste \u00e0 survivre apr\u00e8s le crash. On est pris dans la tourmente, le blizzard coupe le souffle, seules les hallucinations tiennent lieu de refuge&nbsp;: une grande ombre dessine un campement, un endroit qui demande \u00e0 \u00eatre stabilis\u00e9. On dirait un chantier en expansion mais tout est gris, sans camions ni b\u00e2timents. C\u2019est comme l\u2019apparition d\u2019un lieu qui s\u2019est empar\u00e9 de la marge : je revois les totems de bric et de broc, faits avec les d\u00e9chets des cit\u00e9s d\u2019en bas, je pense au vieux morceau de bois d\u00e9coup\u00e9 &nbsp;&nbsp;avec, \u00e9crit dessus, Joachim. Le nom de celui qui n\u2019est plus l\u00e0 et qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 gardien de la zone franche avant de disparaitre. Juste apr\u00e8s, il me semble reconnaitre un b\u00e2timent \u00e9lev\u00e9 sur d\u2019anciennes carri\u00e8res, puis fragilis\u00e9 par de hasardeux travaux de r\u00e9habilitation, il risque de s\u2019effondrer. En fait, il n\u2019y a que l\u2019illusion n\u00e9e de la temp\u00eate de neige.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut aller ni plus loin, ni plus haut. &nbsp;Les \u00e9l\u00e9ments se d\u00e9cha\u00eenent, quittent la cha\u00eene du sens. Des assauts furieux d\u00e9chirent les rep\u00e8res. La femme serre au fond de sa poche un talisman, une m\u00e9daille qui repr\u00e9sente une femme de profil tenant une plume. Un homme crie&nbsp;: Par ici&nbsp;! Une passerelle fant\u00f4me se laisse deviner. C\u2019est l\u2019emprunter ou tomber. &nbsp;Fermer les yeux. L\u2019ext\u00e9rieur a fait de nous des proies faciles, le seul endroit qui reste se trouve derri\u00e8re les paupi\u00e8res et dans les derniers pas avant la chute.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout est soudain devenu calme&nbsp;: c\u2019est trop d\u2019un coup. On voudrait presque revenir en arri\u00e8re. On ouvre les yeux&nbsp;: Il fait doux, les arbres d\u00e9froissent les premi\u00e8res feuilles. On se croirait dans la vall\u00e9e aux cam\u00e9lias, juste avant la trahison. Ou sur une all\u00e9e du marais, en terre de Briolle, au bord de la peupleraie, quand on se disait que le c\u0153ur en forme de cl\u00e9 noircie \u00e9tait enfoui non loin de la hutte. O\u00f9 est-on&nbsp;? Qui sont ces quelques humains aux sourires suspendus qui circulent, lents et libres, aux antipodes de la foule v\u00eatue de noir, celle qui court dans les gares pour sauter dans un train ou tenter de rattraper un retard&nbsp;? Aucune r\u00e9ponse. Ici, c\u2019est comme marcher en r\u00eave. Je ramasse, pour avoir des preuves, quelques p\u00e9tales que je place dans une petite boite ronde&nbsp;: ici, les cerisiers sont en fleur. Le temps de reprendre confiance, de m\u2019\u00e9loigner du groupe en distinguant dans une brume de beau temps les toits gracieux des pagodes, semblables \u00e0 celles du domaine mais sans l\u2019effondrement. L\u2019herbe est tendre, le parfum du muguet flotte comme celui d\u2019une peau vivante, je m\u2019allonge. Pr\u00e8s de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Il pleut dans la cit\u00e9. Je vais laisser \u00e0 l\u2019\u00e9cran, presque \u00e0 regret, un texte qui a s\u00e9diment\u00e9. Les six voyageurs malgr\u00e9 eux ont fui l\u2019oasis, sauv\u00e9s in extremis dans la montagne&nbsp;: le paradis leur faisait peur, ils pr\u00e9f\u00e9raient retrouver leurs grandes villes, le vacarme. Et cette femme d\u2019en haut, quittant jeune et belle son pays \u00e9d\u00e9nique, entrain\u00e9e par un homme du groupe. Retrouv\u00e9e peu apr\u00e8s morte et brutalement vieillie, rattrap\u00e9e par le temps, dans la neige. Seul Conway a voulu remonter, rejoindre ce qu\u2019il avait laiss\u00e9 derri\u00e8re lui. Personne n\u2019a su par o\u00f9 il \u00e9tait pass\u00e9 ni ce qu\u2019il est devenu. A pr\u00e9sent, le vent s\u2019est lev\u00e9 et les cerisiers du Japon, tout roses dans la cit\u00e9, d\u00e9fleurissent d\u00e9j\u00e0. Une jeune femme s\u2019\u00e9loigne en marchant sur des p\u00e9tales, comme apr\u00e8s un mariage. Cette fois, je quitte le texte.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition4\">4_ Donner le d\u00e9part<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"640\" data-id=\"150309\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/carnets-recopiage.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-150309\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/carnets-recopiage.jpg 480w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/carnets-recopiage-315x420.jpg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"640\" data-id=\"150310\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/donner-le-depart.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-150310\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/donner-le-depart.jpg 480w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/donner-le-depart-315x420.jpg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p>Je regarde la proposition comme on prendrait un objet insolite, presque incongru. Je la tourne, la retourne dans tous les sens, c\u2019est une demande qui fragilise et je me demande pourquoi. Pourtant les livres m\u2019entourent comme autant d\u2019\u00e9vidences plant\u00e9es dans le d\u00e9cor quotidien. Ils refl\u00e8tent les strates des d\u00e9couvertes int\u00e9rieures et parfois se d\u00e9tache d\u2019eux un \u00e9clat, celui des lieux qu\u2019ils ont quitt\u00e9s, des concours de circonstance qui les ont port\u00e9s jusqu\u2019ici. Ils forment tout autour, debout sur leurs tranches, une digue silencieuse, color\u00e9e, \u00e9clectique. Poids de l\u2019embarras du choix. Pourquoi choisir, et que choisir&nbsp;? Dans cette impossibilit\u00e9, se forme une esp\u00e8ce d\u2019essaim, quelque chose qui bourdonne. Des milliers de mots ont quitt\u00e9 leurs enveloppes cartonn\u00e9es, livresques, et ne trouvent pas de port d\u2019attache. Rien pour qu\u2019ils se posent, pour que je dise leur irruption dans ma vie. Et je ne vais pas traiter les livres comme supports d\u2019une d\u00e9monstration qui passerait par l\u2019\u00e9nonc\u00e9 d\u00e9multipli\u00e9 de ce qui nous relie. Avec des calculs, des mesures, des pr\u00e9cisions arrach\u00e9es \u00e0 l\u2019intime. Je n\u2019y arrive pas. Recensement impossible. A part le premier dictionnaire, d\u00e9mantibul\u00e9, que j\u2019avais embarqu\u00e9 dans mes premi\u00e8res cachettes. La n\u00e9buleuse s\u2019intensifie, c\u2019est comme une panique. J\u2019essaie de me concentrer. Stop, je reprendrai plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p> Je les regarde et je pense \u00e0 eux, \u00e0 ce qu\u2019ils repr\u00e9sentent. Tous comptent, puisqu\u2019ils sont l\u00e0, sauv\u00e9s des d\u00e9m\u00e9nagements. R\u00e9fugi\u00e9s sur les barques des \u00e9tag\u00e8res. Portant une partie de l\u2019histoire commune. Laisser tomber la demande&nbsp;? Non.&nbsp; En aveugle, je tends les mains dans le noir. Il y a quelque chose derri\u00e8re, mais je n\u2019arrive pas \u00e0 savoir quoi. La question est l\u00e0, bien vivante et je tourne autour d\u2019elle, avec l\u2019essaim&nbsp;: elle cherche \u00e0 me montrer quelque chose. Ou \u00e0 faire en sorte que je retrouve ce quelque chose. Je reprends la demande, attentivement, sans savoir par o\u00f9 passer pour r\u00e9pondre. Forc\u00e9ment, je vais du c\u00f4t\u00e9 de la garde rapproch\u00e9e&nbsp;: dans le vieux secr\u00e9taire, peut-\u00eatre, l\u2019un des \u00e9quivalents de la m\u00e9moire. J\u2019y suis presque, \u00e7a br\u00fble. Mais ce que je sors de l\u00e0 ne correspond pas \u00e0 la demande&nbsp;: &nbsp;je pose \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ordinateur six carnets dont un avec couverture noire en longueur. Tous avec des spirales m\u00e9talliques. Des restes de silhouettes maladroitement dessin\u00e9es \u00e0 l\u2019encre sur le dos. Ma baguette de sourci\u00e8re tremble quand je les feuillette.&nbsp; Reste \u00e0 les ouvrir, je sais ce qu\u2019ils contiennent. De douze \u00e0 dix-sept ans j\u2019ai recopi\u00e9. Extraits, passages \u2014 points de passage. Passag\u00e8re clandestine de la lecture. Incapable aujourd\u2019hui de dire comment ont eu lieu les pr\u00e9l\u00e8vements, d\u2019o\u00f9 venaient les livres dans lesquels j\u2019allais cueillir fi\u00e9vreusement ce qui me concernait. Anthologies, romans interdits ou \u00e0 peine autoris\u00e9s. Par qui l\u2019acc\u00e8s \u00e0 Maxence Van der Meersch, l\u2019oubli\u00e9 du Nord&nbsp;; Nazim Hikmet, Michaux, Baudelaire \u2014les notes nouvelles sur Edgar Poe&nbsp;? &nbsp;Comment ces livres avaient-ils atterri dans ma vie, avant de se retrouver, par bribes, dans les carnets que j\u2019ai gard\u00e9s jusqu\u2019ici et maintenant ? Pourquoi, je crois savoir&nbsp;: \u00e0 travers les extraits, on pouvait garder concentr\u00e9e la trace des \u00e9blouissements, reconnaitre des chemins, les emprunter et les transporter. Un \u00e9quivalent du domaine perdu. Je me faisais d\u00e9tective, pr\u00e9levant les indices d\u2019une enqu\u00eate sur la <em>Sehnsucht <\/em>&nbsp;(un nom d\u00e9couvert par la suite chez RMR )<em>.<\/em> Les carnets de citations \u00e9taient des refuges portatifs, des talismans. Je suis donc aux antipodes de la demande&nbsp;: en l\u2019occurrence, ce sont les enveloppes des textes qui ont disparu avec leurs couvertures, leur appareil critique, et les extraits retenus sont les parfums d\u2019une \u00e9poque, avec quelques restes de p\u00e9tales s\u00e9ch\u00e9s ou de photos dont la teneur m\u2019\u00e9chappe en partie. C\u2019est comme si j\u2019avais voulu rassembler les chocs dans un livre fait d\u2019extraits. Un livre-quintessence, pour m\u2019aider \u00e0 franchir les seuils, les dangers.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux carnets se sont ajout\u00e9s ensuite les premiers achats de livres. Et aussi les d\u00e9couvertes secr\u00e8tes : &nbsp;<em>Exodus<\/em>, j\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 dans les ateliers. &nbsp;Et puis, \u00e0 quinze ans, la Turballe, maison lou\u00e9e plusieurs \u00e9t\u00e9s de suite par les parents pour les vacances avec leurs quatre enfants. Pr\u00e8s du jardin attenant \u00e0 une autre maison, celle de la famille Digue, quatre enfants aussi. Nos homologues, compagnons de jeux et de mer. Quand je ne pouvais ni nager loin ni naviguer sur le vaurien (ni circuler \u00e0 v\u00e9lo dans les marais salants), j\u2019allais dans le grenier des Digue. M\u00eame armoire que dans la salle \u00e0 manger de chez nous, sur le plateau loin de la mer. Livres solennels, ceux que personne ne lit, mais qui d\u00e9corent&nbsp;: r\u00e9compenses scolaires, distribution des prix avec lettres dor\u00e9es sur le dos. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai rencontr\u00e9 Balzac, un jour de pluie. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 lire <em>La Com\u00e9die humaine <\/em>dans le grenier des Digue. Tellement prise par la <em>s\u00e9rie<\/em> \u2014 dirait-on aujourd\u2019hui \u2014 que j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 la famille voisine l\u2019autorisation de garder provisoirement chaque tome, le temps d\u2019en achever la lecture. Soit dans la maison lou\u00e9e, le soir, soit sur la plage, avant ou apr\u00e8s la mer, en faisant bien attention de ne rien ab\u00eemer. Impossible de quitter Balzac. Deux images&nbsp;: chaque volume imposant, sorti de son enveloppe de tissu bien sec dans le sac (surtout pas la serviette de la baignade) et le regard surpris des vacanciers qui passent pr\u00e8s de cette fille, allong\u00e9e sur le sable devant un grand livre \u00e0 tranche dor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, deux revenants. <em>Narcisse et Goldmund<\/em>, de Hesse&nbsp;: pareil, je ne sais plus comment je l\u2019avais acquis \u00e0 dix-neuf ans mais il \u00e9tait l\u00e0. Tout le temps. Un d\u00e9clic pour aller vers, sans savoir o\u00f9 ni comment. Collection Poche. Il \u00e9tait dans le sac quand j\u2019ai travaill\u00e9 dans une usine allemande, cherchant \u00e0 retrouver dans les villes et villages proches de Dortmund les \u00e9chos des sculptures de Goldmund. Dans le sac. Le livre a disparu (peut-\u00eatre simplement cach\u00e9 derri\u00e8re la premi\u00e8re ligne du peuple des \u00e9tag\u00e8res) et, il y a quelques ann\u00e9es, j\u2019ai voulu le relire. Je l\u2019ai rachet\u00e9. Une occasion. De nouveau transport\u00e9e par le texte mais je me souviens d\u2019un \u00e9trange manque. Ce n\u2019\u00e9tait pas le bon exemplaire. Pas l\u2019initial&nbsp;: le portrait du jeune homme sur la couverture ne correspondait pas \u00e0 la totalit\u00e9 de ce que je gardais en m\u00e9moire. Via Internet, j\u2019ai trouv\u00e9&nbsp;: l\u2019\u00e9dition Poche rachet\u00e9e avec portrait \u00e9tait celle de 1992 alors que la mienne, celle qui ne m\u2019avait jamais quitt\u00e9e, \u00e9tait celle de 1965, acquise en 1969. En couverture&nbsp;: comme sur un vitrail, un moine sans visage, serrant contre lui un livre, pose l\u2019autre main sur l\u2019\u00e9paule d\u2019un personnage en partance, b\u00e2ton de p\u00e8lerin \u00e0 l\u2019appui. Fond bleu et, en haut \u00e0 droite, une figure mi-ange mi femme, visage sans traits pr\u00e9cis. Un point de d\u00e9part pour tout ce qui aura lieu ensuite. La route encore avec dans le sac-\u00e0-dos les<em> Matinaux. <\/em>&nbsp;Sur la couverture, cinq visages du po\u00e8te r\u00e9pliqu\u00e9s dans des carr\u00e9s \u2014 quatre en orang\u00e9 et celui du milieu en noir et blanc. &nbsp;Aujourd\u2019hui Le livre s\u2019ouvre presque tout seul, sur la cassure de la page relue une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9 dans le champ de luzerne au bord de la route de Saumane&nbsp;: <em>les Compagnons dans le jardin<\/em>. C\u2019est par la&nbsp; &nbsp;br\u00e8che d\u00e9sign\u00e9e dans le livre qu\u2019on passera pour aller plus loin.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition5\">5_ Voyage d&rsquo;un livre<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/proposition-5-voyage-dun-livre-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-150600\" style=\"width:293px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/proposition-5-voyage-dun-livre-rotated.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/proposition-5-voyage-dun-livre-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Jour de march\u00e9, fin de semaine. Sur la place de la petite ville d\u2019en bas, un peuple lent circule entre la biblioth\u00e8que municipale avec au bord les marronniers qui ouvrent leurs mains neuves, et le march\u00e9 couvert bord\u00e9 de petits \u00e9tals, plus sauvages, moins officiels que ceux du dedans. Couleurs des produits frais, rencontres du dimanche, m\u00e9lange des propositions&nbsp;: un autre temps arrach\u00e9 \u00e0 ce qui d\u00e9vore. Je d\u00e9ambule du c\u00f4t\u00e9 des v\u00eatements de seconde main, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la halle&nbsp;: les affaires marchent bien pour les Pakistanais qui d\u00e9sormais accrochent aux portants circulaires des v\u00eatements vintage en bon \u00e9tat, apr\u00e8s avoir l\u00e9g\u00e8rement augment\u00e9 les prix, laissant sur les tables des fringues un peu plus abordables. Des chercheuses de bonnes affaires retournent les piles pos\u00e9es l\u00e0, une sorte de brassage l\u00e9g\u00e8rement fi\u00e9vreux, plaisant \u00e0 voir. &nbsp;Une femme entre deux eaux, entre deux \u00e2ges, v\u00eatue de noir, vient de s\u2019introduire sous l\u2019auvent, se fond dans le groupe de celles qui brassent les tissus. Comme les autres, elle semble chercher et soudain, \u00e0 la faveur d\u2019un vide devant l\u2019un des \u00e9tals, sort rapidement de son sac un livre qu\u2019elle enfouit dans le tas comme on planterait une graine dans un champ retourn\u00e9. Puis elle se met un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart et observe ce qui se passe. Pas grand-chose, jusqu\u2019au moment o\u00f9 une cliente potentielle trouve dans le tas le livre enfoui. Surprise, la cliente le retourne bri\u00e8vement et du bout des doigts, avec m\u00e9fiance ou d\u00e9go\u00fbt, le pose au bord de la table puis change d\u2019endroit, comme pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre prise sur le fait dans une situation insolite ou d\u2019\u00eatre accus\u00e9e d\u2019on ne sait quoi.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;La femme en noir, imitant la nonchalance de mise en ce beau jour de printemps, revient pr\u00e8s du tas dans lequel elle pr\u00e9l\u00e8ve un foulard noir brod\u00e9 de petites lunes dor\u00e9es, reprend discr\u00e8tement le livre au passage, paye les deux euros requis pour le foulard, et s\u2019\u00e9loigne. Intrigu\u00e9e, je d\u00e9cide de la suivre. Elle se dirige vers une petite roseraie situ\u00e9e \u00e0 l\u2019autre bout de la place, \u00e0 deux pas du terrain de p\u00e9tanque o\u00f9 s\u2019affrontent tranquillement les retrait\u00e9s locaux et quelques jeunes. Les roses sont en bouton sauf une, bien expos\u00e9e, que la femme respire avant de s\u2019asseoir pr\u00e8s d\u2019un bassin dot\u00e9 d\u2019un jet d\u2019eau miniature, pas loin du muret sur lequel les joueurs se posent provisoirement en attendant leur tour. La partie atteint un pic, les commentaires fusent, tout le monde est debout. La femme en profite pour placer rapidement sur le muret le foulard noir aux lunes comme un \u00e9crin pour le livre qu\u2019elle ouvre et laisse avant de retourner s\u2019asseoir pr\u00e8s de du rosier ensoleill\u00e9. La partie est finie, deux joueurs s\u2019approchent pour reprendre leurs vestes pos\u00e9es sur le muret. L\u2019un d\u2019eux voit le livre, le manipule, regarde autour de lui, cherchant visiblement le propri\u00e9taire de l\u2019objet. La femme ne bronche pas, comme absorb\u00e9e par la contemplation d\u2019un enfant qui joue avec l\u2019eau du bassin. Le joueur montre le livre \u00e0 son autre. L\u2019autre hausse les \u00e9paules. Le premier joueur, perplexe, semble lire une phrase, puisque le livre est ouvert. Mais une rumeur se forme. &nbsp;C\u2019est la revanche, d\u00e9p\u00eachez-vous. On passe \u00e0 autre chose. Les deux joueurs se l\u00e8vent rapidement et retrouvent le groupe. Le premier a remis soigneusement le livre au m\u00eame endroit, mais pages contre ciment : la couverture forme un petit toit. Pris par la partie commen\u00e7ante, les joueurs ne voient pas que la femme en noir s\u2019est lev\u00e9e, reprenant habilement, comme une voleuse, le livre et le foulard.<\/p>\n\n\n\n<p>Je r\u00e9alise soudain que je vais \u00eatre en retard. J\u2019avais pris le temps de la fl\u00e2nerie, devenue par un effet de bascule dans l&rsquo;intervalle, poursuite d&rsquo;une question, mais je suis attendue dans la ville d\u2019en haut. Ils vont s\u2019inqui\u00e9ter. Vite, t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 l\u2019oreille pour pr\u00e9venir. Messagerie vocale\u00a0: j\u2019ai un probl\u00e8me de voiture, je ne serai pas \u00e0 l\u2019heure. Pieux mensonge. Tout en parlant \u00e0 l\u2019engin portatif, je ne perds pas de vue la femme. Cette fois, elle se dirige vers la biblioth\u00e8que municipale, pimpante au-dessus de l\u2019esplanade qui y m\u00e8ne et la d\u00e9signe. Une biblioth\u00e8que pour un livre, c\u2019est logique mais le dimanche, la biblioth\u00e8que est ferm\u00e9e. \u00c7a n\u2019a pas l\u2019air de d\u00e9ranger la femme qui passe devant les adolescents occup\u00e9s \u00e0 cr\u00e9er sur l\u2019esplanade des figures en faisant claquer leurs skate-boards. Tranquillement, elle fixe le foulard aux lunes contre la grille marquant la fermeture de la biblioth\u00e8que et, comme devant un petit rideau de th\u00e9\u00e2tre, pose debout le livre qui ressemble \u00e0 un personnage rectangulaire. Elle observe un instant son installation et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment marche au milieu des skateurs comme pour attirer leur attention. Ils suspendent leurs acrobaties, jettent vaguement un \u0153il sur ce qu\u2019elle vient de laisser et retournent \u00e0 leurs sauts. A grands pas, elle quitte les lieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois, c\u2019est la catastrophe. Le temps a fil\u00e9. Je n\u2019ai pas entendu le t\u00e9l\u00e9phone sonner, un message&nbsp;est enregistr\u00e9&nbsp;:&nbsp; dans la ville d\u2019en-haut, ils disent qu\u2019ils m\u2019attendront encore une demi-heure mais qu\u2019apr\u00e8s, ce sera trop tard, ils doivent y aller. L\u2019horloge de la biblioth\u00e8que indique que deux heures viennent de s\u2019\u00e9couler. Je n\u2019ai rien vu. Alors, c\u2019est comme si je n\u2019avais pas le choix. Sur l\u2019esplanade, il n\u2019y a plus personne et c\u00f4t\u00e9 march\u00e9, les vendeurs remballent pr\u00e9sentoirs et invendus. Je monte les marches vers la biblioth\u00e8que, me penche et d\u00e9robe le livre plant\u00e9 l\u00e0. Il s\u2019ouvre presque tout seul. Dans la marge de la page 240, un petit croissant de lune indique le d\u00e9but d\u2019un paragraphe, je lis \u00e0 la sauvette&nbsp;: <em>Il y avait longtemps que l\u2019\u00e2me de Goldmund \u00e9tait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e et comme marqu\u00e9e d\u2019une empreinte par cette pu\u00e9rilit\u00e9 de la vie des vagants, par le caract\u00e8re f\u00e9minin de son origine maternelle, sa r\u00e9volte contre la loi et la raison, son abandon au gr\u00e9 des chose, sa secr\u00e8te et constante familiarit\u00e9 avec la mort.<\/em> Quelqu\u2019un frappe sur mon \u00e9paule. Retournement. Je n\u2019ai entendu aucun pas apr\u00e8s le d\u00e9part des skateurs&nbsp;: la femme en noir est l\u00e0, qui me tend le foulard aux lunes.&nbsp; Sans un mot. S\u2019\u00e9loigne \u00e0 toute allure. Me plante l\u00e0. Je suis perdue&nbsp;: la ville du haut, c\u2019est trop tard pour retrouver les autres. &nbsp;Je renonce. Mais le march\u00e9 de la ville d\u2019en bas, j\u2019y reviendrai forc\u00e9ment. Portant foulard avec lunes, livre dans le sac, c\u2019est mon tour.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table des chapitres 1_ Classer les livres ? 2_ Librairives 3_ Douze objets perdus dont une oasis 4_ Donner le d\u00e9part 5_ Voyage d&rsquo;un livre 1_ Classer les livres ? Classer chez moi ne colle pas vraiment, le verbe renvoyant \u00e0 une esp\u00e8ce d\u2019obligation alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019autre chose. En r\u00e9alit\u00e9, je laisse faire les livres. Ils dictent notre conduite. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-01\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#nouvelles | Christine Eschenbrenner<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5736,5737,5795,5837,5862,1],"tags":[],"class_list":["post-147661","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nouvelles-1","category-01-ranger-ses-livres","category-02-histoire-de-mes-librairies","category-03-schalansky-inventaire-de-choses-perdues","category-04-le-livre-dans-sa-materialite","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147661","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=147661"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147661\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=147661"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=147661"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=147661"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}