{"id":147707,"date":"2024-03-29T13:26:42","date_gmt":"2024-03-29T12:26:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=147707"},"modified":"2024-04-01T12:09:02","modified_gmt":"2024-04-01T10:09:02","slug":"nouvelles01-marie-michel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles01-marie-michel\/","title":{"rendered":"#nouvelles | Marie Michel, [sans titre]"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition-1\">1 &#8211; de l&rsquo;art de ranger ses livres<\/h2>\n\n\n\n<p>Je me rem\u00e9more toutes les fois o\u00f9, apr\u00e8s l\u2019avoir acquis, neuf ou d\u2019occasion, je ramenais un nouvel exemplaire de ma collection de livres chez moi, pour l\u2019int\u00e9grer \u00e0 ma biblioth\u00e8que. Tout possesseur de biblioth\u00e8que est un collectionneur. Depuis toute petite donc, je suis collectionneuse de livres, et, de ce qui me reste de mes nombreuses collections d\u2019enfants, finalement, n&rsquo;ai-je gard\u00e9e que celle-ci, que l\u2019on peut aussi appeler du nom du meuble, variable au fil des ann\u00e9es, et de la pi\u00e8ce, elle aussi changeante, parfois multiple et l\u2019on parle davantage de \u00ab\u00a0coin biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb, o\u00f9 les livres ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s. Ma biblioth\u00e8que consiste en plusieurs meubles dispers\u00e9s dans ma maison, et souvent m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 des collections d\u2019autres membres de ma famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette collection livresque\u00a0: \u00e0 quel moment d\u00e9bute-t-elle\u00a0? Peut-\u00eatre le jour o\u00f9 je vais ranger les livres pour la premi\u00e8re fois, comme \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, je rangeais les menus objets de mes autres collections enfantines, avec la conscience que les livres constituaient une cat\u00e9gorie \u00e0 part, ce sentiment de la noblesse d\u2019une telle collection \u00e9tant directement li\u00e9e au regard particulier que les adultes autour de moi accordaient \u00e0 l\u2019objet livre, qui distinguait sa nature exceptionnelle parmi tous les autres objets de d\u00e9coration ou de jeu. je crois que ma premi\u00e8re biblioth\u00e8que a d\u00fb \u00eatre un bac en plastique sur roulettes contenant des albums de <em>L\u2019\u00c9cole des Loisirs<\/em>. Je me souviens de nombreux de ces albums jeunesse, mille fois lus, d&rsquo;abord par mes parents, puis par moi, puis lu \u00e0 ma petite s\u0153ur, et ensuite, \u00e0 mes propres enfants. Si je dois choisir un album, ce serait <em>Sept histoires de souris<\/em>, d&rsquo;Arnold Lobel. mais il y a eu aussi <em>La grosse  b\u00eate <\/em>de Monsieur Racine, de Tomi \u00dcngerer, les collections de <em>Contes<\/em> des \u00e9ditions Gr\u00fcnd, avec leurs fabuleuses illustrations, dont je peux me rappeler encore aujourd&rsquo;hui certains d\u00e9tails. Et aussi <em>Histoires merveilleuses des cinq continents<\/em>, r\u00e9unies par R\u00e9 et Philippe Soulpaut, premier livre au format poche, peut-\u00eatre, que j&rsquo;ai re\u00e7u. Je l&rsquo;ai encore dasn ma biblioth\u00e8que, ainsi que les nouvelles po\u00e9tiques de Jacques Pr\u00e9vert, <em>Lettres des \u00eeles Balladar<\/em> et <em>Contes pour enfants pas sages<\/em>. Bien s\u00fbr aussi <em>Les Contes du chat perch\u00e9<\/em> de Marcel Aym\u00e9, lus et relus. <\/p>\n\n\n\n<p>Ma biblioth\u00e8que est un ensemble fig\u00e9 de gestes, le lien vivant entre toutes les p\u00e9riodes de ma vie, et aussi, ce qui me reste de l\u2019esprit collectionneur de l\u2019enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ma biblioth\u00e8que, \u00e0 la lumi\u00e8re de ces illustres auteurs, eux-m\u00eames collectionneurs, questionne ma capacit\u00e9 \u00e0 me souvenir. Quand je pense \u00e0 ma biblioth\u00e8que, je peux la visualiser, je peux tenter de me rappeler les livres dont elle se compose, et tout de suite, je me rends compte que la t\u00e2che est ardue. Je me souviens avoir r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 son organisation, au gr\u00e9 de l\u2019accroissement du nombre des exemplaires. Il y a eu dans ma vie des p\u00e9riodes d\u2019achat intense de livres o\u00f9 je devais, dans l\u2019attente d\u2019une nouvelle \u00e9tag\u00e8re (le plus souvent pr\u00e9nomm\u00e9e \u00ab&nbsp;Billy&nbsp;\u00bb dans un grand magasin de meubles pr\u00eat-\u00e0-monter), o\u00f9 donc, avant l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un \u00e9ni\u00e8me \u00ab&nbsp;Bill&nbsp;\u00bb (qui est le diminutif de \u00ab&nbsp;William&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;celui qui d\u00e9sire une protection&nbsp;\u00bb, et en effet, n\u2019est-ce pas ce que je d\u00e9sirais pour mes livres, qu\u2019ils soient \u00e0 l\u2019abri&nbsp;?), je devais faute de place am\u00e9nager deux rang\u00e9es de livres par rayon, si bien que certains \u00e9taient rel\u00e9gu\u00e9s dans l\u2019ombre des autres, une sorte de purgatoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma biblioth\u00e8que n\u2019est pas dans la pi\u00e8ce o\u00f9 j\u2019\u00e9cris. Contrairement \u00e0 Montaigne, et \u00e0 plein d\u2019autres \u00e9crivains, non que je veuille me comparer \u00e0 eux, mais sur le plan de la collection, nous appartenons \u00e0 la m\u00eame famille de co-lecteurs, j\u2019ai laiss\u00e9 mes livres dans mon ancien bureau, \u00e0 pr\u00e9sent celui de mon compagnon. Je me suis mise \u00e0 l\u2019\u00e9tage, dans une pi\u00e8ce ouverte sur ma chambre. J\u2019\u00e9cris au plus pr\u00e8s de mon lit, et m\u00eame, souvent, dedans. Il y a pourtant des livres dans ces deux pi\u00e8ces communicantes, une ancienne biblioth\u00e8que de ma fille adolescente, qui l\u2019a d\u00e9localis\u00e9e, afin d\u2019avoir plus de place dans sa chambre, et une autre, dans l\u2019embrasure d\u2019une ancienne porte, qui pourrait s\u2019appeler \u00ab&nbsp;biblioth\u00e8que des enfants&nbsp;\u00bb. R\u00e9guli\u00e8rement, des livres circulent entre l\u2019une et l\u2019autre de ces biblioth\u00e8ques, par le fait de mon fils, et aussi parce que, au fur et \u00e0 mesure que mes enfants grandissent, je pratique un d\u00e9sherbage, mot que je trouve tout \u00e0 fait charmant, puisqu\u2019il rappelle qu\u2019une biblioth\u00e8que est aussi un jardin d\u2019int\u00e9rieur. Est-ce que ma biblioth\u00e8que me manque&nbsp;? Je n\u2019en avais pas conscience, mais \u00e0 pr\u00e9sent que j\u2019y pense, la r\u00e9ponse est \u00ab&nbsp;oui&nbsp;\u00bb. Elle est rest\u00e9e en bas, alors que je suis en haut. D\u00e9laiss\u00e9e. Je ne la fr\u00e9quente, pour dire vrai, que rarement. J\u2019oubliais que j\u2019ai aussi, dans un coin de ma chambre, un petit meuble r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 qui fait aussi office de biblioth\u00e8que annexe, o\u00f9 je stocke les livres en cours de lecture. <\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas lu, loin de l\u00e0, tous les livres de ma biblioth\u00e8que. Je pourrais descendre l\u2019escalier, me poster devant ma biblioth\u00e8que et comptabiliser le nombre de ceux que j\u2019ai lu in extenso. Je me rends compte que devant les \u00e9tag\u00e8res, et g\u00eanant le passage du corps qui voudrait se saisir d\u2019un exemplaire, est stationn\u00e9 un \u00e9norme v\u00e9lo elliptique, dont je me servais autrefois, mais qui est depuis longtemps \u00e0 l\u2019arr\u00eat. Je me souviens que je lisais en faisant du v\u00e9lo. J\u2019ai d\u00fb aim\u00e9 cette id\u00e9e de p\u00e9daler sur place en avan\u00e7ant dans le livre. La lecture est aussi une gymnastique. Elle n\u2019a jamais remplac\u00e9 chez moi l\u2019exercice physique et je n\u2019\u00e9cris ni ne lis jamais mieux que lorsque mes muscles ont eu leur quota d\u2019efforts. D\u2019ailleurs, ce matin, je me suis lev\u00e9e en sachant que ma journ\u00e9e se composerait id\u00e9alement de ces deux activit\u00e9s, ou trois&nbsp;: \u00e9crire, lire, et marcher. Il fait un vent de tous les diables dehors. Je commence donc par \u00e9crire. Je laisse la m\u00e9t\u00e9orologie ma\u00eetresse de l\u2019ordre de mes activit\u00e9s journali\u00e8res. Comme je suis en arr\u00eat de travail, je peux m\u2019offrir ce luxe. J\u2019ai tout le temps de repenser \u00e0 ma biblioth\u00e8que.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai l\u2019impression que d\u2019\u00e9voquer cette pauvre biblioth\u00e8que un peu laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019abandon me fait du bien, et qu\u2019en y songeant, je reconstitue sous un angle nouveau, forc\u00e9ment, les diff\u00e9rentes strates de moi-m\u00eame. Cela me donne de la profondeur. Plus j\u2019y pense, et plus je m\u2019\u00e9paissis. Je me demande comment mon \u00e9criture journali\u00e8re serait transform\u00e9e par la pr\u00e9sence de ma biblioth\u00e8que \u00e0 l\u2019\u00e9tage, en face de mon bureau, sur le mur que je lui destinerais. Je sais que le cadre de l\u2019\u00e9criture conditionne fortement ce qu&rsquo;on \u00e9crit, m\u00eame de fa\u00e7on imperceptible, en sous-main. La perspective de mes livres, visibles depuis ma table d\u2019\u00e9criture, ces \u00e9ditions amass\u00e9es au fil de mon existence, rappel de moments d\u2019acquisition, de cadeaux, de lectures ferventes ou superficielles, me feraient du moins une compagnie bien diff\u00e9rente que les bassines de linge \u00e0 ranger qui jonchent le sol de la pi\u00e8ce o\u00f9 j\u2019\u00e9cris en ce moment et que je n&rsquo;ai jamais eu le front d&rsquo;appeler \u00ab\u00a0mon bureau\u00a0\u00bb. Mon bureau ne ressemble pas \u00e0 un bureau tel que je pourrais le fantasmer. Je me demande alors&nbsp;: qu\u2019est-ce qui m\u2019emp\u00eache de me faire un bureau digne de mon id\u00e9al&nbsp;? D&rsquo;en faire une biblioth\u00e8que ? <\/p>\n\n\n\n<p>Je me rends bien compte que j\u2019ai besoin de mes livres, ceux que je poss\u00e8de dans ma biblioth\u00e8que intime, pour \u00e9crire. Lorsque je lis l\u2019essai de Mangel, je mesure combien son \u00e9criture est redevable de tous ceux qu\u2019il a lus. Comme celle de Montaigne que j\u2019ai toujours aim\u00e9, premier classique qui m\u2019ait parl\u00e9 comme \u00e0 une amie. Peut-\u00eatre que ce sentiment de vacuit\u00e9 que je peux ressentir lorsque je viens me mettre \u00e0 table pour \u00e9crire, et que je n\u2019ai d\u2019autre perspective que la fen\u00eatre avec le m\u00eame point de vue, et les soucis du quotidien qui viennent si rapidement s\u2019interposer entre l\u2019\u00e9cran et moi, ou physiquement lorsque je dois enjamber les piles de linge pour venir m\u2019asseoir \u00e0 mon bureau, peut-\u00eatre que cela vient que je n\u2019ai pas ma biblioth\u00e8que comme rempart r\u00e9confortant, un <em>locus amoenus<\/em> de l\u2019\u00e9criture. Mont\u00e9e dans cette pi\u00e8ce, elle en imposerait aux sans-g\u00eane qui laissent tra\u00eener leurs chaussettes et se permettent de me d\u00e9ranger sans cesse. Quand m\u00eame, \u00e0 partir d\u2019un certain nombre, align\u00e9s en rangs serr\u00e9s, les livres ont une certaine tenue qui forcerait le respect des envahisseurs.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9zanne me m\u00e8ne \u00e0 un petit livre bleu que j\u2019ai de Rilke o\u00f9 le po\u00e8te \u00e9crit \u00e0 propos du ma\u00eetre. Le choix des exemplaires de ma biblioth\u00e8que a souvent \u00e9t\u00e9 guid\u00e9 par des mises en relation. En fait, pratiquement tous les livres, j\u2019en fais le pari, ont un lien les uns avec les autres. Au moment o\u00f9 je relis cette phrase, je me rends compte de sa na\u00efvet\u00e9. Bien entendu, le fait de les rassembler fait liaison, c\u2019est moi qui suis, en tant que ma\u00eetresse de cette biblioth\u00e8que, une entremetteuse. Souvent, je n\u2019ai pas grand effort \u00e0 faire, et les livres eux-m\u00eames me sugg\u00e8rent, plus ou moins explicitement, quel nouvel exemplaire se procurer pour compl\u00e9ter la collection. L\u2019acquisition de <em>La femme chang\u00e9e en renard<\/em> de David Garnett m\u2019a conduit \u00e0 celle de <em>Sylva<\/em> de Vercors. J\u2019ai lu et relu le premier, jamais le second. Il va de soi pour tout lecteur, que la litt\u00e9rature est r\u00e9\u00e9criture. Ainsi, les livres de ma biblioth\u00e8que se sont plus ou moins coopt\u00e9s, comme dans toute biblioth\u00e8que depuis les premiers livres. J\u2019aime l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils soient une grande famille avec des individus en marge qui a priori n\u2019ont rien \u00e0 voir avec ceux du milieu, mais qui pourtant leur doivent tout. Le dictionnaire, en d\u00e9finitive, met tout le monde d\u2019accord.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aime les livres qui parlent des livres. Si je fais le tour de ma biblioth\u00e8que, prochainement, je dresserai la liste de tous ceux-l\u00e0. Je pense qu\u2019ils sont en grand nombre. Me vient \u00e0 l\u2019esprit le petit livre de Joseph Czapski, <em>Proust contre la d\u00e9ch\u00e9ance<\/em>, chez Libretto. Il est plac\u00e9 sur le rayon \u00ab&nbsp;essais&nbsp;\u00bb et c\u2019est bien malheureux, parce que les quelques exemplaires de poche que j\u2019ai de <em>La Recherche<\/em> (j\u2019ai aussi deux tomes en Pl\u00e9iade) sont plus bas, au rayon fiction. Je me promets d\u2019enfreindre la r\u00e8gle et, dans une prochaine organisation, de r\u00e9unir Czapski et Proust. La derni\u00e8re r\u00e9organisation adopt\u00e9e pour ma biblioth\u00e8que et qui doit dater de moins d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es est celle des distinctions de genres. Et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pr\u00e9pond\u00e9rant rayon \u00ab&nbsp;roman&nbsp;\u00bb, la distinction chronologique. J\u2019ai aussi re\u00e7u, de mon pass\u00e9 d\u2019enseignante, une profusion d\u2019\u00e9ditions scolaires, qui ont pour moi peu de valeur (mises \u00e0 part certaines \u00e9ditions anciennes, legs de mon p\u00e8re ou encore souvenirs de mes propres ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes). Elles sont plac\u00e9es au rayon le plus bas, et sont un m\u00e9lange de genres. J\u2019\u00e9tais tent\u00e9e de s\u00e9parer les poches des broch\u00e9s et d\u2019ailleurs, il doit y avoir une trace de cela dans certains rayons. <\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque j\u2019enseignais, je ponctionnais chaque ann\u00e9e les livres que je souhaitais faire lire ou \u00e9tudier afin de les placer en \u00e9vidence, et encore maintenant, quelques livres \u00e0 usage scolaire s\u2019entassent sur certains rayons, en piles informes, pr\u00eates \u00e0 tomber pour certaines. J\u2019ai l\u2019impression en regardant ces livres qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 quelque peu maltrait\u00e9s par leur asservissement scolaire, et qu\u2019ils gisent, dans l\u2019attente d\u2019une renaissance, couch\u00e9s sur le flanc, conscients de leur d\u00e9ch\u00e9ance provisoire. Si j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de quitter le m\u00e9tier d\u2019enseignant, c\u2019est que je ne pouvais plus faire subir aux textes un tel travail ass\u00e9chant d\u2019analyse. J\u2019aurais pu, pour me pr\u00e9munir, surtout ne pas prendre de livres ch\u00e9ris \u00e0 des fins p\u00e9dagogiques. J\u2019aurais d\u00fb exercer l\u2019analyse sur des textes qui m\u2019indiff\u00e9raient, que je trouvais mal \u00e9crits, que j\u2019aurais pu sans cons\u00e9quence d\u00e9cortiquer. Mais je ne l\u2019ai jamais fait. J\u2019avais besoin d\u2019aimer les textes que j\u2019apportais en cours. Je donnais \u00e0 ces livres bien-aim\u00e9s le r\u00f4le d\u2019une armure de protection contre l\u2019insignifiance, j\u2019attendais d\u2019eux qu\u2019ils attestent de ma passion. Ils \u00e9taient une sorte de viatique, un credo renouvel\u00e9 \u00e0 chaque lecture. <em>Je crois dans le pouvoir de la litt\u00e9rature<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Mon rapport avec ma biblioth\u00e8que a donc un peu p\u00e2ti de cette carri\u00e8re de professeur, heureusement termin\u00e9e. Bient\u00f4t, je travaillerais dans une biblioth\u00e8que.<\/p>\n\n\n\n<p>Je peux faire la liste de tous les livres contenus dans ma biblioth\u00e8que et inventer pour chacun une histoire courte, comme autant de chapitres d\u2019une \u0153uvre plus importante.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des auteurs dont on pressent qu\u2019ils ont quelque chose \u00e0 nous dire, mais ce n\u2019est tout simplement pas le moment. Parfois, le rendez-vous qu\u2019on pensait avoir un jour ne se produit jamais. Comme dans ces rues, o\u00f9 l\u2019on passe chaque jour en regardant les noms au-dessus de la sonnette et sur lesquels on r\u00eave, en les associant \u00e0 ce lieu dont on ausculte la fa\u00e7ade \u00e0 chaque passage. Et puis, un jour, soit on y pense plus, soit on se rend compte que les noms ont chang\u00e9. Ma biblioth\u00e8que ressemble aussi \u00e0 cet immeuble avec le nom des auteurs \u00e0 l\u2019image de ceux des locataires. J\u2019en connais certains assez bien, d\u2019autres presque pas. Et chez eux, ils invitent un monde fou. Je soup\u00e7onne aussi des passages entre les appartements, escaliers d\u00e9rob\u00e9s qui permettent \u00e0 certains personnages ou auteurs de filer \u00e0 l\u2019anglaise pour aller se divertir dans une autre f\u00eate, une autre ambiance. Chaque biblioth\u00e8que est \u00e0 double ou triple fond. Certains pensent que chaque biblioth\u00e8que est infinie. Le contraire d\u2019une totalit\u00e9. Un lieu o\u00f9 tout dit&nbsp;: ouvre-moi. Ouvre-toi. L\u2019\u0153uvre est \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>Inventaire de biblioth\u00e8que<\/p>\n\n\n\n<p>Juste une \u00e9tag\u00e8re et je suis d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9e. Je me rends \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence :  il faut d\u00e9sherber. Ne garder que les livres avec lesquels j\u2019ai des affinit\u00e9s. Ceux qui ne sont pas encore lus&nbsp;: les feuilleter, comme s\u2019ils \u00e9taient en rayon \u00e0 la librairie, et s\u2019en s\u00e9parer s\u2019ils ne me disent plus rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Faire le tri. <\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9faire la biblioth\u00e8que. <\/p>\n\n\n\n<p>Monter la biblioth\u00e8que d&rsquo;un \u00e9tage. <\/p>\n\n\n\n<p>Elle se l\u00e8ve, va vers la biblioth\u00e8que et prend un livre. Elle s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019\u00e9crit, toutes les pages sont vierges.<\/p>\n\n\n\n<p>Vengeance d&rsquo;une biblioth\u00e8que oubli\u00e9e. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 &#8211; de l&rsquo;art de ranger ses livres Je me rem\u00e9more toutes les fois o\u00f9, apr\u00e8s l\u2019avoir acquis, neuf ou d\u2019occasion, je ramenais un nouvel exemplaire de ma collection de livres chez moi, pour l\u2019int\u00e9grer \u00e0 ma biblioth\u00e8que. Tout possesseur de biblioth\u00e8que est un collectionneur. Depuis toute petite donc, je suis collectionneuse de livres, et, de ce qui me reste <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles01-marie-michel\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#nouvelles | Marie Michel, [sans titre]<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":60,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5736,5737],"tags":[2401,5786],"class_list":["post-147707","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nouvelles-1","category-01-ranger-ses-livres","tag-bibliotheque","tag-walter-benjamin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147707","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/60"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=147707"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147707\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=147707"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=147707"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=147707"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}