{"id":147712,"date":"2024-04-27T14:59:19","date_gmt":"2024-04-27T12:59:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=147712"},"modified":"2024-04-27T14:59:20","modified_gmt":"2024-04-27T12:59:20","slug":"nouvelle-01-vagabondage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelle-01-vagabondage\/","title":{"rendered":"#nouvelles | Solange Vissac"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"tdm\"><strong>Table des mati\u00e8res<\/strong><br><a href=\"#proposition1\">1 de l&rsquo;art de ranger ses livres<\/a><br><a href=\"#proposition2\">2 histoire de mes librairie<\/a>s<br><\/p>\n\n\n\n<p id=\"tdm\"><a href=\"#proposition3\">3 inventaire de choses perdues<\/a><br><a href=\"#proposition4\">4 le livre dans sa mat\u00e9rialit<\/a>\u00e9<br><a href=\"#proposition5\">5 Cort\u00e1zar, quatre stations pour un livre<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Absence-1.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Absence-1.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-c5481df9-1923-4218-8ac3-b892efc1f6d1\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Absence-1.pdf\">Absence-1<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Absence-1.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-c5481df9-1923-4218-8ac3-b892efc1f6d1\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text is-stacked-on-mobile\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-normal-font-size\" id=\"proposition1\"><a href=\"#proposition1\">1 de l&rsquo;art de ranger ses livres<\/a><\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"400\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/P1170469.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-147713\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Dormir toutes les nuits de son enfance, la t\u00eate cal\u00e9e contre un montant de la biblioth\u00e8que paternelle laisse des traces. L&rsquo;espace enclos de la nuit nou\u00e9 \u00e0 celui de la pi\u00e8ce o\u00f9 se trouvait mon lit, marque \u00e0 tout jamais l&rsquo;espace mental o\u00f9 se mouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, la pi\u00e8ce personnelle, r\u00e9serv\u00e9e, nomm\u00e9e bureau est d\u00e9terminante. C&rsquo;est le lieu o\u00f9 se tenir de longues heures, cern\u00e9e par les \u00e9tag\u00e8res blanches afin que les couleurs des livres se m\u00ealent et que leurs ombres se r\u00e9pandent. Des espaces, selon leur contenu, leur \u00e2me ou plus simplement ce qu&rsquo;ils ont \u00e0 nous r\u00e9v\u00e9ler, leur sont d\u00e9volus. Au plus proche, dans trois petites niches pos\u00e9es sur le bureau, se tiennent pr\u00eats de la main les livres dont il est n\u00e9cessaire de pouvoir s&#8217;emparer \u00e0 la seconde. Peut-\u00eatre bien une quarantaine qui oscille de Dante \u00e0 Jaccottet, en passant par Emaz ou Virginia Woolf. Ils sont l\u00e0 sous le regard, comme un tableau rassurant. L&rsquo;avant-soi est tiss\u00e9 de voix. Quelque chose attend. Tout pr\u00e8s, sur la droite, se repose, sur trois rayonnages, la collection d&rsquo;ouvrages sur Venise: romans, essais, livres d&rsquo;art ou de tourisme, ils sont rassembl\u00e9s, comme dans un album photos o\u00f9 sont recueillis les souvenirs. On se souvient du bonheur de lecture de certains, o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;immerge parfois pour quelques pages, et la main dans l&rsquo;instant prend le C<em>arnet v\u00e9nitien<\/em> de Liliana Magrini., en d\u00e9calant l\u00e9g\u00e8rement le cadre de la photo de la m\u00e8re. Plus d&rsquo;une centaine o\u00f9 savoir que l&rsquo;on peut errer, les jours plus difficiles que d&rsquo;autres. On les oublie, on y revient, on n&rsquo;a pas tout lu, on a juste besoin de leur pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;espace \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de soi, lorsqu&rsquo;on se tient au bureau, est la forteresse. Ma petite-fille de trois ans m&rsquo;a dit r\u00e9cemment que tous ces livres faisaient comme une barri\u00e8re. Elle aime bien venir dans cette pi\u00e8ce; peut-\u00eatre est-elle rassur\u00e9e lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;assoit dans mon fauteuil, encapsul\u00e9e de ces centaines de livres. Huit \u00e9tag\u00e8res pleines \u00e0 d\u00e9border. R\u00e9cemment 150 d&rsquo;entre eux ont \u00e9t\u00e9 extraits, apr\u00e8s de longues tergiversations, pour rejoindre le sous-sol o\u00f9 ils feront une longue halte sur d&rsquo;autres \u00e9tag\u00e8res, avant d&rsquo;\u00eatre confi\u00e9s, un jour ou l&rsquo;autre, \u00e0 une bo\u00eete \u00e0 livres. Donc sur deux murs de la pi\u00e8ce, trois zones resserrent les livres: la partie roman, o\u00f9 se concentrent les livres d&rsquo;avant, c&rsquo;est \u00e0 dire une litt\u00e9rature de ma jeunesse que viennent rejoindre les rares romans que j&rsquo;ach\u00e8te aujourd&rsquo;hui. Une deuxi\u00e8me zone, un peu informe, contient les livres de contes, de th\u00e9\u00e2tre, de nature, de religion, de philosophie, coupl\u00e9e aux divers dictionnaires ou ouvrages d&rsquo;\u00e9tudes litt\u00e9raires ( eh oui je conserve encore les Lagarde et Michard). La troisi\u00e8me zone gagne en importance et en attrait: on pourrait la nommer l&rsquo;espace po\u00e9tique, mais ce serait r\u00e9ducteur. Je pourrais simplement dire litt\u00e9rature, celle qui me requiert depuis plus de vingt-cinq ans, celle qui instaure la langue au premier plan. Certains livres sont rang\u00e9s par \u00e9diteur: Cheyne, Publie.net, Le R\u00e9algar, Tiers-Livre. Il me semble bien qu&rsquo;une nouvelle brochette va se mettre en place, celle de <em>l&rsquo;\u0153il \u00e9bloui <\/em>et sa collection Perec. D&rsquo;autres suivent par ordre alphab\u00e9tique, tout en veillant \u00e0 ce que certains auteurs ne se c\u00f4toient pas, ou au contraire \u00e0 en rapprocher certains apparent\u00e9s d&rsquo;un lien litt\u00e9raire. Savoir tricher pour le bien de tous. Ce qu&rsquo;on appelle les beaux livres, consacr\u00e9s \u00e0 des peintres, sculpteurs, se retrouvent dans le salon. Les Pl\u00e9iades ont, depuis peu, rejoint une petite armoire vitr\u00e9e dans le hall qui pr\u00e9c\u00e8de mon bureau. Je sais bien qu&rsquo;elles manquent vraiment au paysage de cette biblioth\u00e8que, mais il faut parfois savoir prendre des d\u00e9cisions, et surtout faire de la place. J&rsquo;allais oublier la petite \u00e9tag\u00e8re basse, pr\u00e8s de la fen\u00eatre, o\u00f9 se rassemblent les livres indispensables pour l&rsquo;animation des ateliers d&rsquo;\u00e9criture. Sur le dessus, des branches de lichen et des pierres.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne dirai rien du sous-sol o\u00f9 reposent les livres dont j&rsquo;ai pu me d\u00e9tacher; parfois je leur rends une petite visite, j&rsquo;en ressors un de l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re, l&rsquo;\u00e9pouss\u00e8te un peu et le repose en soupirant. Je ne dirai rien non plus des livres stock\u00e9s dans la maison de campagne, ce sont ceux du p\u00e8re: je les retrouve pour le compagnonnage de l&rsquo;\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la premi\u00e8re fois de ma vie, sans doute est-ce ainsi qu&rsquo;il faut dire, lors du grand rangement en fin d&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de ranger \u00e0 la place cens\u00e9e les accueillir dans un futur les livres que je n&rsquo;avais pas encore lus. Les retirer de la pile des livres \u00e0 lire et les installer sur les bons rayonnages. \u00c9trange d\u00e9cision que je ne m&rsquo;explique pas. D\u00e9sormais il me faut partir \u00e0 leur recherche; c&rsquo;est une mani\u00e8re peut-\u00eatre d&rsquo;avoir \u00e0 fouiller, \u00e0 parcourir ainsi plus souvent les diff\u00e9rentes zones. Le plaisir ressenti aussi d&rsquo;avoir fait ce rangement avec d\u00e9poussi\u00e9rage intensif, et bien s\u00fbr depuis, le d\u00e9rangement a de nouveau repris, selon le besoin de lecture ou de simple consultation, et des livres s&rsquo;accumulent sur le fauteuil ou bureau ou par terre: en ce moment on retrouve Alejandra Pizarnik, Georges Perec Edmond Jab\u00e8s, des revues (<em> La forge<\/em> est une mine), Jacques Ancet et <em>F\u00e9roce<\/em> de Beno\u00eet Vincent o\u00f9 je suis plong\u00e9e. La biblioth\u00e8que est en vie et c&rsquo;est cela qui compte. Je ne parle pas des livres de la m\u00e9diath\u00e8que qui viennent dialoguer pendant quelques semaines, pos\u00e9s sur une petite table, pr\u00e8s du bureau. Ils bruissent d&rsquo;un ailleurs, ont parfois quelques marques qui interrogent, un marque-page, une phrase soulign\u00e9e&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 certaines heures de la journ\u00e9e, selon les saisons, les livres se retrouvent projet\u00e9s dans le jardin, par les bienfaits des rayons du soleil. Dans le buisson gorg\u00e9 de fleurs blanches, des titres flous fr\u00e9missent alors et s&rsquo;immergent. Dedans et dehors se fondent. Le reflet offert laisse planer l&rsquo;\u00e9nigme de qui ils sont, et de qui je suis \u00e0 les couver ainsi du regard.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma biblioth\u00e8que est comme un paysage. Vallonn\u00e9e, lumineuse, rassurante, pleine de douceur, de d\u00e9sirs, et d&rsquo;imaginaire. Des choses infimes refont surface: des traces du pass\u00e9, des lieux o\u00f9 tel livre a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9, tel autre lu, les empreintes qu&rsquo;ils ont laiss\u00e9es en moi, ou la personne qui me les a offerts, conseill\u00e9s. Et il y a aussi tout ce que je ne vois pas, qui reste un myst\u00e8re, soit que j&rsquo;ai oubli\u00e9, soit que je n&rsquo;ai pas su voir et qui un jour peut-\u00eatre se d\u00e9voilera. Ils sont des points de suspension tels les cailloux du Petit Poucet sem\u00e9s dans la for\u00eat pour retrouver son chemin. Ils structurent le monde o\u00f9 je vis. Dans ce va-et-vient incessant entre eux et moi, un invisible se fait jour. Ils r\u00e9pondent de moi.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-normal-font-size\" id=\"proposition2\"><a href=\"#proposition2\">2 Histoire de mes librairies<\/a><\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"320\" height=\"320\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/1084.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-148816\" style=\"width:252px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/1084.jpg 320w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/1084-200x200.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 320px) 100vw, 320px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>1\/ Vers et Prose: Du plus loin de ma m\u00e9moire, c&rsquo;est la vitrine du libraire qui me servait de halte \u00e0 l&rsquo;aller ou au retour d&rsquo;une sortie. La toute petite vitrine o\u00f9 s&rsquo;affichaient des livres d&rsquo;enfants: Sylvain et Sylvette, les livres en rose, en vert, en rouge et or. Je ne demandais rien, mais mon regard gourmand suffisait \u00e0 exprimer mon envie. Je crois bien n&rsquo;\u00eatre jamais entr\u00e9e dans cette boutique qui me semble minuscule aujourd&rsquo;hui, situ\u00e9e \u00e0 cinquante m\u00e8tres de l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;immeuble o\u00f9 j&rsquo;habitais alors. Juste une vitrine o\u00f9 accrocher des espoirs. De temps \u00e0 autre, un des livres rep\u00e9r\u00e9s se retrouvait entre mes mains par je ne sais quel miracle. Un enclos de joies \u00e9ventuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>2\/ Chez Plaine: On le sait bien qu&rsquo;elle s&rsquo;appelait Librairie de l&rsquo;Universit\u00e9, mais tout le monde disait chez Plaine, du nom de son propri\u00e9taire, bien reconnaissable avec son n\u0153ud papillon, lorsqu&rsquo;il arpentait les rues de la ville. Ce fut mon premier jardin. L\u00e0 o\u00f9, d\u00e9sargent\u00e9e comme tout jeune de quinze ans, j&rsquo;aimais aller r\u00eaver au milieu de livres dont les titres se prenaient pour des syllabes de r\u00eaves murmur\u00e9s. Grimper sur la mezzanine, l\u00e0 o\u00f9 dormait un peu de po\u00e9sie et d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on pouvait guetter les gens qui entraient dans la boutique, et voir sans \u00eatre vu. L\u00e0, qu&rsquo;un samedi comme un autre, la vision de mon fr\u00e8re entrant dans la librairie \u2015 mais c&rsquo;\u00e9tait impossible puisqu&rsquo;il vivait \u00e0 Paris et ne devait revenir qu&rsquo;aux prochaines vacances \u2015, et le m\u00eame soir il sonnait \u00e0 la porte familiale, tout heureux de nous faire la surprise de sa venue. Alors, penser que dans un univers d\u00e9vou\u00e9 aux histoires, tout \u00e9tait vraiment possible. Chez Plaine, un creuset d&rsquo;\u00e9laboration de mes d\u00e9sirs, m&rsquo;inventant des paraboles autour de titres de romans qui prendraient le temps de germer en moi.<\/p>\n\n\n\n<p>3\/ Acqua alta: Situ\u00e9e dans le quartier du Castello \u00e0 Venise, baign\u00e9e par un <em>rio<\/em>, c&rsquo;est un endroit incontournable o\u00f9 aller fouiner: un jardin sauv\u00e9 des eaux o\u00f9 tr\u00f4ne en son centre une gondole emplie de livres. Toutes les langues se c\u00f4toient, et toutes les odeurs aussi, pas vraiment de roses mais plut\u00f4t de cette humidit\u00e9 tenace, bien impr\u00e9gn\u00e9e entre les pages du livre, et qui restera fid\u00e8le pendant des ann\u00e9es&#8230; Odeur de chats aussi, eux qui r\u00e8gnent en occupants permanents et s&rsquo;allongent, sphinx de ce jardin, o\u00f9 v\u00e9g\u00e8tent des livres d&rsquo;occasion. Rien donc pour me convenir et pourtant: le plaisir de gratter un peu cette terre livresque est plus fort que ce qui d\u00e9range, et \u00e0 chaque visite un ouvrage que l&rsquo;on sauve du naufrage, en fran\u00e7ais ou en italien qu&rsquo;importe, il faut bien revenir avec quelque chose qui a surv\u00e9cu l\u00e0, qui saura drainer quelques ombres de Venise, et l&rsquo;on se prendrait presque pour Liliana Magrini, qui v\u00e9cut \u00e0 quelques <em>calli<\/em> de l\u00e0, et qui a su si bien d\u00e9crire les errances dans sa cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>4\/ Quartier Latin: C&rsquo;est la librairie de mes d\u00e9ambulations citadines, r\u00e9currentes. Une sorte de jardin tel celui d&rsquo;un clo\u00eetre, o\u00f9 r\u00e8gne ce silence touffu de la langue qui sommeille, avec les bruissements des pages que l&rsquo;on tourne, et le souffle qui s&rsquo;\u00e9chappe comme le feuillage d&rsquo;arbres fr\u00e9missant. \u00c0 un moment ou \u00e0 un autre de ma sortie en centre-ville, je finis par pousser la porte de la boutique, n&rsquo;esp\u00e9rant rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une errance de songes, une halte dans le jour, un \u00e9change joyeux avec le propri\u00e9taire du lieu, quelques nouvelles \u00e9chang\u00e9es&#8230; Je lance un <em>aujourd&rsquo;hui je n&rsquo;ach\u00e8te rien, je passe juste dire bonjour et je regarde un peu. <\/em>Et je fouine, feuillette les nouveaut\u00e9s, lit quelques lignes ici ou l\u00e0, s\u00e9lectionne mentalement deux ou trois livres qu&rsquo;il me faut absolument, mais aujourd&rsquo;hui non je n&rsquo;ach\u00e8te rien ( il me reste tant de livres \u00e0 lire et puis j&rsquo;arrive de la biblioth\u00e8que avec un sac plein&#8230;). D.D. vient me parler de ses lectures: parfois je tiens compte de ce qu&rsquo;il me dit et c&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai d\u00e9couvert l&rsquo;an dernier Anton Beraber. La librairie qu&rsquo;il a rachet\u00e9e il y a 3 ans, et que je fr\u00e9quentais depuis plus de vingt ans, est devenue plus grande, et comble du bonheur a install\u00e9 une mezzanine qui m&rsquo;a projet\u00e9e cinquante ans en arri\u00e8re dans celle de Mr Plaine. Ici, il y a m\u00eame quelques fauteuils pour prendre le temps d&rsquo;une pause, le temps de juste prendre son temps, ce qui est un luxe tr\u00e8s agr\u00e9able. Le rayon po\u00e9sie est riche de ces petites maisons d&rsquo;\u00e9dition qui fabriquent de beaux livres. Et comment expliquer que je me retrouve devant la caisse \u00e0 r\u00e9gler un ou deux ouvrages qu&rsquo;il \u00e9tait, bien \u00e9videmment, impossible d&rsquo;abandonner sur les rayonnages&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>5\/ La tourn\u00e9e des librairies: Une fois par an, lors de la venue de G. pour No\u00ebl, on fait la tourn\u00e9e de toutes les librairies de la ville. De la Banque du livre dans la rue du Onze novembre, en passant par le bouquiniste de la rue Michelet, puis la librairie L&rsquo;une et l&rsquo;autre, bifurquant vers la toute r\u00e9cente librairie de mangas et litt\u00e9rature d&rsquo;un public jeune Heroes, puis le Quartier latin, Forum et la librairie de Paris, toutes trois dans un p\u00e9rim\u00e8tre rapproch\u00e9, pour s&rsquo;achever \u00e0 la librairie d&rsquo;occasion Dalby rue Clovis Hugues. Un apr\u00e8s-midi o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;offre des cadeaux mutuellement, on fur\u00e8te, on \u00e9coute les conversations, on rit, on s&rsquo;abreuve d&rsquo;ouvrages dont on n&rsquo;avait nulle id\u00e9e, on partage notre passion. Chaque fois je pense \u00e0 Pierre Bergounioux qui faisait ( qui fait ?) des tourn\u00e9es du m\u00eame titre aupr\u00e8s des bouquinistes de sa r\u00e9gion en compagnie de son fr\u00e8re et les valises pesantes avec lesquelles ils reviennent. On n&rsquo;invente rien. On passe juste un apr\u00e8s-midi de plaisir partag\u00e9 \u00e0 lire des quatri\u00e8me de couverture, \u00e0 regarder le prix, \u00e0 h\u00e9siter un peu, \u00e0 craquer, et \u00e0 se dire que c&rsquo;est un moment qui n&rsquo;a pas de prix. Dans cette ville, dont le centre s&rsquo;\u00e9puise, avec nombre de commerces qui baissent le rideau, il nous semble avoir bien profit\u00e9 de ces \u00e9crins de lumi\u00e8re. Notre r\u00e9colte de fleurs bigarr\u00e9es, aux teintes insolentes, aux langues qui se m\u00ealent, donnent cet \u00e9lan n\u00e9cessaire pour traverser les jours d&rsquo;inqui\u00e9tude qui nous cernent. Sentir r\u00e9sonner dans le sac en toile de jute arrim\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9paule des ouvrages d&rsquo;auteurs, autrices toujours plus nombreuses, d\u00e9j\u00e0 bien connus ou encore \u00e0 d\u00e9couvrir \u2014 Marielle Mac\u00e9, Marie Cosnay, Pascal Quignard, Esther Tellermann, Jon Fosse. On a r\u00e9pondu \u00e0 l&rsquo;appel du courant d&rsquo;air du verbe, on laisse s&rsquo;aventurer des voix sur son chemin ce qui nous fera dire: <em>tant que j&rsquo;ai des livres \u00e0 lire, des pelotes de mots \u00e0 d\u00e9tricoter, je ne peux pas mourir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-normal-font-size\" id=\"proposition3\"><a href=\"#proposition3\">3 Inventaire de choses perdues<\/a><\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Inventaire <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2012 le livre anim\u00e9 de Poucette<\/p>\n\n\n\n<p>\u2012 ma collection de pierres patiemment constitu\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>\u2012 les lettres envoy\u00e9es \u00e0 l&rsquo;une ou l&rsquo;autre<\/p>\n\n\n\n<p>\u2012 comment j&rsquo;ai appris \u00e0 lire<\/p>\n\n\n\n<p>\u2012 le cin\u00e9ma Eden rue Blanqui<\/p>\n\n\n\n<p>\u2012 la vue d&rsquo;un de mes paysages pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>\u2012 un arbre dans le petit jardin<\/p>\n\n\n\n<p>\u2012 un village incendi\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>\u2012 une tombe disparue<\/p>\n\n\n\n<p>\u2012 la fin des livres lus<\/p>\n\n\n\n<p>\u2012 un r\u00eave au r\u00e9veil<\/p>\n\n\n\n<p>\u2012 la voix de la m\u00e8re<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"275\" height=\"183\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/images.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-149817\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>* Le village de Paulhac-en-Margeride, commune le plus au nord du d\u00e9partement de la Loz\u00e8re, surmont\u00e9e par le mont Mouchet et travers\u00e9e par la D 989 qui rejoint le Malzieu, en passant par le col de la Croix du Fau \u00e0 1268 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, est un petit village limitrophe des d\u00e9partements du Cantal et de la Haute-Loire. L&rsquo;\u00e9volution de la population est pass\u00e9e de 350 habitants en 1881, puis 241 en 1936, \u00e0 97 en 2021.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2020 <em>Les 10 et 11 juin 1944, l&rsquo;arm\u00e9e allemande attaque les maquisards r\u00e9fugi\u00e9s au Mont Mouchet, un lieu de rassemblement de r\u00e9sistants et de r\u00e9fractaires au S.T.O. De nombreux parachutages ont approvisionn\u00e9 les maquisards en armes. Apr\u00e8s une premi\u00e8re victoire des r\u00e9sistants, les troupes allemandes, parties de Saint-Flour, contre-attaquent et vont agir extr\u00eamement violemment sur cet axe. Vingt-six personnes sont fusill\u00e9es dans une village proche, Ruynes-en-Margeride. Les maquisards fuient vers le sud. En repr\u00e9sailles, les troupes d\u2019occupation incendient le village de Paulhac-en-Margeride le 12 juin 1944: 30 habitations sur 32 dans le bourg sont d\u00e9truites, l&rsquo;\u00e9glise.est \u00e9pargn\u00e9e. Selon la l\u00e9gende familiale, aucun habitant du village n&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9, prot\u00e9g\u00e9s qu&rsquo;ils \u00e9taient par la pr\u00e9sence de la statue de Notre Dame de Beaulieu, cach\u00e9e dans un champ. Dans les villages proches, des ex\u00e9cutions sommaires eurent lieu. Les habitants de Paulhac ont d\u00fb, dans l&rsquo;urgence sortir le b\u00e9tail des fermes et le \u00ab\u00a0pousser\u00a0\u00bb vers des communes voisines o\u00f9 trouver un h\u00e9bergement, pour b\u00eates et hommes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Margeride, G\u00e9vaudan, Loz\u00e8re: cela fait des ann\u00e9es que cette r\u00e9gion m&rsquo;obs\u00e8de, que l&rsquo;articulation m\u00eame de ces noms entre mes l\u00e8vres suffirait presque \u00e0 me faire tomber en extase. Comme si prononcer ces noms de lieux avaient un pouvoir. <em>Un lieu, c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 se passe ou s\u2019est pass\u00e9 quelque chose. Plus grave l\u2019\u00e9v\u00e9nement, plus il en est marqu\u00e9.<\/em> Un paysage de p\u00e2turages, de for\u00eats, de landes \u00e0 bruy\u00e8re, de rochers de granit poussant comme des statues \u00e0 chaque croisement de chemins, des bosquets de gen\u00eats, des pins sylvestres, des fayards, des secrets \u00e0 champignons, des \u00e9tendues sauvages, des sources, des ruisseaux, de la mousse, des lichens&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant longtemps, la n\u00e9cessit\u00e9 de venir et revenir dans ce d\u00e9partement m&rsquo;a tourment\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait comme une obsession, \u00e0 la recherche de je ne sais quel secret \u00e0 d\u00e9nicher, quel palimpseste \u00e0 d\u00e9chiffrer, quelle pierre encore inconnue \u00e0 d\u00e9busquer, quel point de vue \u00e0 contempler, quelle balade \u00e0 d\u00e9couvrir, quelle maison \u00e0 louer pour un s\u00e9jour.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai souvent \u00e9voqu\u00e9 l&rsquo;arriv\u00e9e dans ce village d&rsquo;o\u00f9 est originaire une branche familiale, celle dont je porte le nom. Enfant, je ressentais l&rsquo;entr\u00e9e dans ce lieu comme un rituel sacr\u00e9. On passait la borne signalant la limite \u00e0 franchir pour p\u00e9n\u00e9trer dans le d\u00e9partement de la Loz\u00e8re, les voix se taisaient dans l&rsquo;habitacle de la voiture, et je crois m\u00eame pouvoir dire que les gorges se serraient. Quelques centaines de m\u00e8tres apr\u00e8s, \u00e0 la sortie de la for\u00eat, la vue sur le village de Paulhac-en-Margeride se lib\u00e9rait. Chacun cherchait le clocher pour rep\u00e9rer la maison o\u00f9 nous attendait un presque grand-p\u00e8re. On n&rsquo;arrivait pas \u00e0 la distinguer, dissimul\u00e9e par des recoins d&rsquo;arbres et d&rsquo;obscurit\u00e9, on ne pouvait que s&rsquo;en dessiner une image mentale. Durant une d\u00e9cennie environ, deux fois par an, le p\u00e8lerinage s&rsquo;ex\u00e9cutait, et \u00e0 chaque fois, sans se l&rsquo;expliquer, ce m\u00eame sentiment, jamais ressenti ailleurs, m&rsquo;envahissait: les battements du c\u0153ur s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9raient, dilatant ce grand silence nou\u00e9 au fond de la gorge parce que nous \u00e9tions sur le point d&rsquo;arriver dans ce lieu. Je n&rsquo;avais pas la conscience de toute l&rsquo;histoire, qui s&rsquo;\u00e9tait tram\u00e9e l\u00e0, connaissant davantage les \u00e9vocations de la b\u00eate du G\u00e9vaudan, qui avait d\u00e9vor\u00e9 enfants et jeunes gens dans quelques recoins forestiers. Dans ce creux presque au pied du Mont Mouchet, le village arborait un sentiment d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation, comme \u00e0 contempler une statue dans la niche d&rsquo;une \u00e9glise. Les toits de lauze et leur tristesse latente fig\u00e9e \u00e0 tout jamais, testament d&rsquo;un pass\u00e9 de regrets. Je sus tr\u00e8s vite que c&rsquo;est de l\u00e0 que je venais. De ce territoire de malheur et de taiseux o\u00f9 l&rsquo;on se <em>languissait<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois, il me suffisait de traverser la commune, sans m\u00eame p\u00e9n\u00e9trer dans le village par une courbe sur la d\u00e9partementale, de jeter un regard sur le cimeti\u00e8re, en contrebas de la route, sans faire d&rsquo;arr\u00eat et me dire que tout allait bien: Paulhac-en-Margeride \u00e9tait toujours l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re fois o\u00f9 je suis retourn\u00e9e dans le village, cela doit remonter \u00e0 cinq ou six ans. Le brouillard \u00e9tait d&rsquo;une telle intensit\u00e9, que nous ne pouvions rouler qu&rsquo;\u00e0 une allure de v\u00e9lo, la vitre du passager ouverte afin que celui-ci puisse d\u00e9chiffrer les bordures de routes afin de ne pas verser dans le foss\u00e9. On ne voyait rien, ni \u00e0 gauche, ni \u00e0 droite; l&rsquo;avant-soi \u00e9tait dans une telle grisaille que l&rsquo;on se serait cru dans un film d&rsquo;\u00e9pouvante. On se prenait \u00e0 r\u00eaver aux anciens clochers de tourmente dont les cloches sonnaient lors de ces \u00e9pisodes de burle ou de brouillard afin de permettre aux voyageurs \u00e9gar\u00e9s de se laisser guider par le son et retrouver ainsi leur chemin. Le souvenir d&rsquo;une ann\u00e9e o\u00f9 nous n&rsquo;avions pu arriver, \u00e0 cause d&rsquo;une temp\u00eate de neige aux alentours des f\u00eates de la Toussaint, remontait en m\u00e9moire. Cette fois-ci on \u00e9tait \u00e0 la mi-ao\u00fbt, mais j&rsquo;eus le sentiment d&rsquo;\u00eatre recouverte d&rsquo;un jadis, et qu&rsquo;il fallait \u00e0 nouveau traverser ce brouillard des ans, cette fum\u00e9e sans fin o\u00f9 tout un pass\u00e9 s&rsquo;agitait dans les cendres. Avec lenteur, nous rejoign\u00eemes l&rsquo;auberge o\u00f9 nous avions rendez-vous avec la dizaine de membres de la famille encore vive. Apr\u00e8s le caf\u00e9, le passage traditionnel au cimeti\u00e8re pour saluer les tombes o\u00f9 mon nom grav\u00e9 \u00e0 maintes reprises semble une chambre d&rsquo;\u00e9cho, s&rsquo;ensuivit et la lente mont\u00e9e du chemin conduisant \u00e0 la ferme familiale, sachant tr\u00e8s bien qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas celle-l\u00e0, mais une maison construite dans les ann\u00e9es cinquante et pas m\u00eame \u00e0 l&#8217;emplacement initial, puisque plus rien ne subsiste de ces ann\u00e9es d&rsquo;avant.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelque chose est toujours en train de se chercher, entre les tombes, entre les pierres, entre ciel et terre, entre soi et tous ceux qui ne sont plus, entre les histoires racont\u00e9es, d\u00e9form\u00e9es, enjoliv\u00e9es, et subsiste sans fin ce brouillard, ce silence d&rsquo;un r\u00e9el trop lourd \u00e0 porter o\u00f9 se cartographient, par-del\u00e0 les tranch\u00e9es d&rsquo;ombres, des apparitions par la magie de la langue. De l&rsquo;oubli, ne pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\" id=\"proposition4\">4 le livre dans sa mat\u00e9rialit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"800\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/P1130917.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-150170\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/P1130917.jpg 800w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/P1130917-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/P1130917-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/P1130917-768x768.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Bien cach\u00e9s dans la for\u00eat de feuilles, ils sont comme des phares au milieu du pass\u00e9. Ils veillent \u00e0 r\u00e9veiller en nous les traces qu&rsquo;ils ont laiss\u00e9es, un jour de maladie ou de grande d\u00e9tresse, une nuit d&rsquo;insomnie ou de maladie. Des livres, pas tout \u00e0 fait comme les autres, des livres \u00e0 diffracter les ombres, et \u00e0 leur vue s&rsquo;entrouvrent les portes. Ainsi ce recueil de <em>Morceaux choisis<\/em> de Victor Hugo : Le livre a bien v\u00e9cu, entre les mains du p\u00e8re. Avec ses cinq cents pages et d&rsquo;un format de poche, il a travers\u00e9, en police minuscule, les ans et les maisons. Sur un papier jauni, un floril\u00e8ge \u00e9crit. Et les marques en marge, d&rsquo;un fin trait de crayon, comme un message laiss\u00e9 pour qui l&rsquo;ouvre aujourd&rsquo;hui. Quelques marques en papier d\u00e9chir\u00e9 pour dire o\u00f9 s\u2019arr\u00eater. Le dos du livre est recoll\u00e9 d&rsquo;un papier collant gris, mais cela ne suffit plus, la tranche se d\u00e9colle. Imprim\u00e9 en 1943 par la librairie Delagrave. En haut, \u00e0 droite une inscription d&rsquo;une \u00e9criture pench\u00e9e, au crayon de papier : <em>1er ou 2\u00e8me livre en vers.<\/em> ( le mot de la fin est illisible). On ne peut oublier, sous une bourrasque neigeuse, c&rsquo;est bien ce livre que l&rsquo;on a tenu entre ses mains pour lire le po\u00e8me demand\u00e9 : <em>Demain, d\u00e8s l&rsquo;aube <\/em>alors que son cercueil se glissait sous la terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand, je repense \u00e0 mon adolescence, c&rsquo;est un petit classique des \u00c9ditions Bordas, avec des traces de rouge et de jaune sur la couverture, qui remonte en m\u00e9moire. Lu tant de fois, avec des passages appris par c\u0153ur, juste comme \u00e7a. On se serait bien vu jouer dans cette pi\u00e8ce, et dans le premier r\u00f4le. En classe de quatri\u00e8me ou troisi\u00e8me, on l&rsquo;avait \u00e9tudi\u00e9 l&rsquo;Antigone d&rsquo;Anouilh, et l&rsquo;on s&rsquo;en souvient encore. Feuilletant le recueil, on retrouve les petits traits de crayon discr\u00e8tement parsem\u00e9s, juste sous le mot bonheur. Cela revient sans cesse. Et la phrase qui remonte en m\u00e9moire : <em>j&rsquo;ai cru au jour la premi\u00e8re aujourd&rsquo;hui. <\/em>Livre li\u00e9 aux discussions sans fin qui animaient nos jeunes esprits, \u00e0 la sortie de la classe.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien plus tard, lors d&rsquo;un arr\u00eat maladie en avril 2006 pour une angine carabin\u00e9e, je me revois assise dans le fauteuil pr\u00e8s de la fen\u00eatre, fi\u00e9vreuse, \u00e0 lire sans pouvoir m&rsquo;arr\u00eater le <em>Carnet de notes<\/em> de Pierre Bergounioux, le premier qu&rsquo;il avait fait para\u00eetre, qui couvrait la d\u00e9cennie des ann\u00e9es quatre-vingt. Je l&rsquo;avais achet\u00e9 quelques semaines auparavant, apr\u00e8s beaucoup d&rsquo;h\u00e9sitations dues \u00e0 la d\u00e9pense cons\u00e9quente, mais d\u00e9j\u00e0 conquise par l&rsquo;\u00e9criture de l&rsquo;auteur. Ce livre de Verdier, au papier bible, de 950 pages, m&rsquo;a soign\u00e9e, mieux que des m\u00e9dicaments. Je d\u00e9couvrais une \u00e9criture de journal particuli\u00e8re et la personnalit\u00e9 d&rsquo;un auteur. Il \u00e9tait en phase avec moi puisque lui aussi souffrait d&rsquo;angines gigantesques. Tellement subjugu\u00e9e que j&rsquo;\u00e9crivis, ce que je n&rsquo;avais jamais fait et n&rsquo;ai pas reproduit depuis, une lettre \u00e0 cet \u00e9crivain sans demande de r\u00e9ponses. Deux jours apr\u00e8s une carte dans une enveloppe m&rsquo;\u00e9tait adress\u00e9e. D&rsquo;une \u00e9criture fine et l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9e, il \u00e9crivait quelques mots en \u00e9cho aux miens, partageant ma fatigue d&rsquo;enseignante, avec beaucoup de compr\u00e9hension : <em>Je vous remercie de votre bonne lettre. On n&rsquo;a qu&rsquo;une vie. Autant la faire n\u00f4tre, le temps petit qu&rsquo;elle dure.<\/em> La carte sur laquelle il avait \u00e9crit repr\u00e9sentait le buste de La Bernardine expos\u00e9 au Mus\u00e9e Labenche \u00e0 Brive. Par le fait du hasard, j\u2019effectuais des recherches \u00e0 cette \u00e9poque sur une petite s\u0153ur de ma m\u00e8re, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e enfant, et qui se nommait Bernardine, pr\u00e9nom peu courant. Quelques ann\u00e9es plus tard, je suis all\u00e9e saluer la statuette dans ce mus\u00e9e, en songeant au curieux trajet que prennent les pens\u00e9es pour arriver jusqu&rsquo;\u00e0 nous. La carte de Bernardine me scrute au-dessus du bureau, le Carnet de notes est dans mon dos sur l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re avec un nombre de livres important de cet auteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Lignes de fracture ou apparences de riens, poussi\u00e8res de lecture \u00e0 jamais dans une inflexion de lumi\u00e8re qui sauvent quelques pans de nos vies.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-normal-font-size\" id=\"proposition5\">5 Cort\u00e1zar, quatre stations pour un livre<\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"800\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/P1210578.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-150950\" style=\"width:289px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/P1210578.jpg 800w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/P1210578-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/P1210578-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/P1210578-768x768.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;oubli de tous les livres qui dorment sur les \u00e9tag\u00e8res, \u00e0 la recherche de celui qui importe, lui seul, et qui manque \u00e0 la main avide de tourner ses pages. Tous les rayonnages ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9rifi\u00e9s, volume par volume, et on sait que la tranche est facile \u00e0 rep\u00e9rer: scotch\u00e9e de gris pour contenir l&rsquo;\u00e9paisseur du recueil de ces <em>Morceaux choisis<\/em> de Victor Hugo. Mais impossible de remettre la main dessus. Les niches sur le bureau ont \u00e9t\u00e9 encore une fois revisit\u00e9es, car c&rsquo;est l\u00e0 normalement qu&rsquo;il se tient, pr\u00eat \u00e0 \u00eatre saisi, \u00e0 tout moment, mais il faut l&rsquo;admettre: il a disparu. Certes il a bien v\u00e9cu, d&rsquo;abord entre les mains du p\u00e8re, puis dans les miennes depuis plus de dix ans. Avec ses cinq cents pages et d&rsquo;un format de poche, ce floril\u00e8ge a travers\u00e9, en police minuscule sur un papier jauni, les ans et les maisons. Imprim\u00e9 en 1943 par la librairie Delagrave, il est certain que je ne le retrouverai plus. Sans doute achet\u00e9 dans la minuscule librairie Vers et Prose qui jouxtait presque l&rsquo;all\u00e9e o\u00f9 vivait le p\u00e8re dans ces ann\u00e9es-l\u00e0. Et puis il n&rsquo;y a que celui-ci qui m&rsquo;importe avec les vers soulign\u00e9s au crayon par la main paternelle, et les marques en papier pour rejoindre rapidement les po\u00e8mes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Je reste sur le bord de la plaie fra\u00eechement creus\u00e9e par l&rsquo;absence, le mot disparition serait trop fort.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai beau revenir sur mes pas, arpenter le chemin \u00e0 nouveau, racler les pieds sur le ce sol calcaire, lever la t\u00eate vers les branches basses des arbres rabougris \u2014 et franchement qui poserait un livre dans un arbre \u2014 je n&rsquo;arrive \u00e0 rien. Je marche sur le sentier d&rsquo;un pas d&rsquo;une telle lenteur qu&rsquo;il serait bien possible que je n&rsquo;avance pas. Le sentier semble s&rsquo;enfoncer sous la charge de mon corps, puis par oscillations remonter. Aux bordures du sentier, ch\u00eanes verts et buissons ricanent, c&rsquo;est certain, devant cette obstination \u00e0 scruter un sol qui n&rsquo;est fait que de pierres et de terre craquel\u00e9e. Les touffes de thym sauvage s&rsquo;agitent comme des doigts sous la force du mistral entaillant le silence tout autour. J&rsquo;esp\u00e8re que du pierrier o\u00f9 je progresse jaillissent les signaux de mots s&rsquo;\u00e9levant du livre renaissant de la nuit o\u00f9 il g\u00eet. La b\u00e9ance, o\u00f9 son absence m&rsquo;a abandonn\u00e9e, n&rsquo;a pas de nom. En noir et blanc, je scrute le sentier, non \u00e0 la recherche de pierres qui me feraient de l&rsquo;\u0153il,r\u00e9v\u00e9lant quelque fossile, comme lors de ma premi\u00e8re venue, mais pour retrouver le livre \u00e9gar\u00e9, sans doute tomb\u00e9 du sac \u00e0 dos. Arriv\u00e9e pr\u00e8s de l&rsquo;ermitage Saint-Eug\u00e8ne, je reste l\u00e0 o\u00f9 j&rsquo;ai lu quelques vers, enivr\u00e9e du silence et de la pl\u00e9nitude de ce lieu. Mais rien. J&rsquo;ai fait le tour de chaque buisson, de chaque rocher, de chaque pens\u00e9e. La solution est sans doute que l&rsquo;ermite, qui loge encore dans cet enclos, se soit empar\u00e9 du livre et qu&rsquo;en ce moment m\u00eame il lise des po\u00e8mes de Victor Hugo. Cela ne pourrait que lui apporter du bien-\u00eatre. Le livre se ferait chemin pour autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>Ouvrir les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Comme si les r\u00eaves cherchaient \u00e0 \u00e9dicter une v\u00e9rit\u00e9. Face au corps du paysage, le corps est sur un belv\u00e9d\u00e8re, le belv\u00e9d\u00e8re des lichens. De petites inscriptions de chaque nom des esp\u00e8ces de lichens pr\u00e9sents r\u00e9sidant l\u00e0 depuis la nuit des temps, des noms latins dont on ne retiendra que quelques uns, que l&rsquo;on se plait \u00e0 prononcer \u00e0 voix haute, comme une litanie de saints qui pourraient prot\u00e9ger face au vide qui requiert. La chapelle Saint-R\u00e9gis est en contrebas, et derri\u00e8re le corps c&rsquo;est la yeuseraie nourrie de boqueteaux de ch\u00eanes \u00e9mond\u00e9s ou tortueux qui engrave l&rsquo;espace. Au-dessus un ciel d&rsquo;un gris n&rsquo;annon\u00e7ant rien de bon, et de fines gouttes commencent \u00e0 mouiller le sol. Il va falloir se lever et repartir. Refermer le livre qui a tenu compagnie, le marque-page s&rsquo;envole, on cherche \u00e0 le rattraper, les pieds glissent sur la dalle de schiste, et c&rsquo;est le livre qui prend son envol, d\u00e9ployant ses ailes de papier, les mots se t\u00e9lescopent, s&rsquo;envolent \u00e0 droite, puis \u00e0 gauche, remontent dans un courant ascendant, puis se d\u00e9portent plus loin, si loin que l&rsquo;on ne peut plus rien voir, plus rien savoir de Booz endormi ou de la bruy\u00e8re en fleurs qu&rsquo;il faudra bien rapporter \u00e0 nouveau dans le petit cimeti\u00e8re sur la tombe du p\u00e8re. <em>De vaste<\/em><em>s <\/em><em>mille-pieds <\/em><em>se <\/em><em>tra\u00eenent,<\/em><em>le <\/em><em>kraken<\/em><em> Semble un rocher vivant sous l\u2019algue et le lichen<\/em><em>. <\/em>Les vers se sont enfuis..<em>.<\/em>La nuit est pendue aux grilles du regard, nul ange pour voler de ses ailes blanches et rattraper les pages \u00e0 jamais envol\u00e9es pour un monde d\u00e9sormais sans po\u00e9sie. Quelque chose est toujours en train de se chercher, entre les tombes, entre les pierres, entre ciel et terre, entre soi et tous ceux qui ne sont plus, entre les histoires racont\u00e9es, d\u00e9form\u00e9es, enjoliv\u00e9es, et subsiste ce silence d&rsquo;un r\u00e9el trop lourd \u00e0 porter o\u00f9 se cartographient, par-del\u00e0 les tranch\u00e9es d&rsquo;ombres, des apparitions par la magie de la langue et du songe.<\/p>\n\n\n\n<p>Ouvrir les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a rien d&rsquo;autre \u00e0 faire que fuir. On a le temps de rien. On se trouve l\u00e0 au milieu d&rsquo;une grande confusion. Des tirs de fusils r\u00e9sonnent, des cris pour chasser la population du village, les maisons sont en feu. Chacun sauve sa peau. Il n&rsquo;est plus temps de rien. Des femmes, des enfants au bout de leurs mains, des hommes lib\u00e9rant les b\u00eates qui s&rsquo;affolent. Mais qu&rsquo;est-ce que je fais l\u00e0 dans cette errance qui ne m&rsquo;appartient pas. Personne ne me voit, ne me conna\u00eet. Mon corps n&rsquo;existe pas. De grandes flammes surgissent de chaque maison qu&rsquo;il faut longer pour \u00e9chapper. De la fum\u00e9e noircit le regard. Je marche sans savoir que je marche, sans savoir ce que je fuis puisque je ne suis pas d&rsquo;ici. Et pourtant je sais une maison o\u00f9 le jadis est n\u00e9. Mais elle est dans mon dos d\u00e9sormais, noy\u00e9e dans l&rsquo;incendie. Je marche, je fuis avec les autres. Tous ceux qui, v\u00eatus comme autrefois, parlant le patois de l\u00e0-haut, que je ne comprends pas \u2014 et ne suis pas vraiment s\u00fbre qu&rsquo;ils parlent \u2014 avancent le regard fix\u00e9 sur un horizon qui n&rsquo;existe plus. Je tente de comprendre ma pr\u00e9sence pleine d&rsquo;anachronisme, pleine d&rsquo;un savoir qu&rsquo;ils ne poss\u00e8dent pas encore. Et soudain, mon corps se trouve \u00e0 progresser entre les rayonnages d&rsquo;une biblioth\u00e8que en feu, tous les gens du village de jadis se sont effac\u00e9s, et ce sont des livres qui br\u00fblent par dizaines, par centaines, par milliers. <em>C\u2019est le livre ? Le livre est l\u00e0 sur la hauteur;<\/em><em>Il luit; parce qu\u2019il brille&#8230; <\/em>Les lourdes \u00e9tag\u00e8res, lourdes d&rsquo;eux tous, s&rsquo;effondrent sur mes c\u00f4t\u00e9s. Je poursuis ma travers\u00e9e, sans h\u00e2te, tout s&rsquo;\u00e9croule \u00e0 mesure de mon pas, il faut continuer \u00e0 avancer. Il n&rsquo;y a rien d&rsquo;autre \u00e0 faire. Tous les livres ont br\u00fbl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ouvrir les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Cela fait des jours d\u00e9sormais que le livre s&rsquo;est absent\u00e9. Des vers sont en m\u00e9moire, mais ils sont isol\u00e9s, ils jaillissent par hasard, par d\u00e9fi ou par m\u00e9lancolie. L&rsquo;enfant joue pr\u00e8s de moi, dans le bureau. Mon carnet d&rsquo;\u00e9criture est tout pr\u00e8s sur mon bureau. Elle fur\u00e8te comme toujours, cherche un crayon, des ciseaux, un papier color\u00e9, quelque merveille \u00e0 ses yeux, un livre dont elle peut s&#8217;emparer et me demander de sa voix d&rsquo;enfant de trois ans, le regard atteignant le plus profond de moi: <em>Mamie tu me le pr\u00eates?<\/em>J&rsquo;ai beau lui dire qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;images \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, elle insiste et je c\u00e8de avec le sourire. Elle tourne les pages avec un grand s\u00e9rieux, semble chercher quelque chose puis s&rsquo;approche de moi et me dit: r<em>egarde, l\u00e0 c&rsquo;est \u00e9crit \u00ab\u00a0Mamie\u00a0\u00bb! <\/em>Et elle me rend le livre, puis se tourne vers autre chose \u00e0 inventer. Je repose l&rsquo;ouvrage sur l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re o\u00f9 il a ses habitudes, et me retournant, je vois l&rsquo;enfant qui a gribouill\u00e9 quelques traits sur mon carnet d&rsquo;\u00e9criture. Je fronce le sourcil, elle me sourit. <em>Mamie, tu me redis l&rsquo;histoire que tu m&rsquo;as racont\u00e9e l&rsquo;autre fois<\/em><em>..<\/em><em>.<\/em>Et le po\u00e8me se d\u00e9roule, il coule de la m\u00e9moire : <em>Elle avait pris ce pli dans son \u00e2ge enfantin de venir dans ma chambre un peu chaque matin&#8230; <\/em>Les arabesques arrivent tr\u00e8s vite, c&rsquo;est ce mot qu&rsquo;elle voulait r\u00e9entendre, elle me le fait r\u00e9p\u00e9ter, essaie \u00e0 son tour, joue avec les syllabes, nous rions. Je lui dis que oui ce sont bien des arabesques qu&rsquo;elle a dessin\u00e9 sur mon carnet comme la petite fille du po\u00e8me de Victor Hugo que je lui avais lu \u2014 sans aller jusqu&rsquo;au bout \u2014 et c&rsquo;est vrai que je lui avais montr\u00e9 ce livre&#8230; <em>Mamie, j&rsquo;aime bien cette histoire&#8230;<\/em> et d&rsquo;une toute petite voix&#8230;<em> j&rsquo;aime bien tes livres&#8230;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mon regard se d\u00e9porte sur la caisse \u00e0 tr\u00e9sors de l&rsquo;enfant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><a href=\"#tdm\">Retour \u00e0 la table des mati\u00e8res<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table des mati\u00e8res1 de l&rsquo;art de ranger ses livres2 histoire de mes librairies 3 inventaire de choses perdues4 le livre dans sa mat\u00e9rialit\u00e95 Cort\u00e1zar, quatre stations pour un livre 1 de l&rsquo;art de ranger ses livres Dormir toutes les nuits de son enfance, la t\u00eate cal\u00e9e contre un montant de la biblioth\u00e8que paternelle laisse des traces. L&rsquo;espace enclos de la <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelle-01-vagabondage\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#nouvelles | Solange Vissac<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":75,"featured_media":147713,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5736,5737,5795,5837,5862,5902],"tags":[2401,3531,5879,2892,1069],"class_list":["post-147712","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles-1","category-01-ranger-ses-livres","category-02-histoire-de-mes-librairies","category-03-schalansky-inventaire-de-choses-perdues","category-04-le-livre-dans-sa-materialite","category-05-4-stations-pour-un-livre","tag-bibliotheque","tag-lozere","tag-pierre-bergounioux","tag-saint-etienne","tag-victor-hugo"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147712","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/75"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=147712"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147712\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/147713"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=147712"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=147712"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=147712"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}