{"id":147722,"date":"2024-04-28T19:01:36","date_gmt":"2024-04-28T17:01:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=147722"},"modified":"2024-04-28T19:29:54","modified_gmt":"2024-04-28T17:29:54","slug":"nouvelles-01-catherine-k-de-la-bibliotheque-comme-archipel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-01-catherine-k-de-la-bibliotheque-comme-archipel\/","title":{"rendered":"#nouvelles | Catherine K."},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Table des chapitres<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"#proposition1\"> De la biblioth\u00e8que comme archipel<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#proposition2\"> G\u00e9ographie de mes librairies (tentative)<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#proposition3\">Inventaire de quelques-unes de mes choses perdues<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#proposition4\">Marabout<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#proposition5\">Je veux vivre ! <\/a><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition5\">#05 Je veux vivre ! <\/h2>\n\n\n\n<p>La photo de couverture ne repr\u00e9sente pas une femme fig\u00e9e dans un cri de d\u00e9tresse comme le sugg\u00e8re le titre du livre, et du film, \u00ab\u00a0<em>Je veux vivre\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb. Il faut avoir vu le film pour le savoir. L\u2019action se passe en Californie au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante. Les premi\u00e8res minutes du film relatent le pass\u00e9 de d\u00e9linquance de Barbara Graham, une jeune femme qui a \u00e9t\u00e9 serveuse, prostitu\u00e9e, trafiquante, racoleuse, danseuse dans des bars pour soldats en permission. La photo la montre presque en transe, dansant \u2013 ce qu\u2019on ne voit pas \u2013 au son endiabl\u00e9 d\u2019une paire de bongos devant des soldats et marins imbib\u00e9s et pantelants. Elle passe un an en prison pour parjure. Jamais cependant, elle n\u2019a commis de violences. Mari\u00e9e trois fois, m\u00e8re de deux enfants, elle retente le coup une quatri\u00e8me fois, essaie de se construire une vie rang\u00e9e en \u00e9pousant un barman dont elle a un troisi\u00e8me enfant. De toute \u00e9vidence, elle n\u2019a de nouveau pas tir\u00e9 le bon num\u00e9ro, car elle va se lier \u00e0 des amis criminels de son mari, petite frappe et drogu\u00e9, et cette rencontre va sceller son destin.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019auteur du livre, Tabor Rawson, on ne sait rien, pas m\u00eame si c\u2019est un homme ou une femme. Le net renseigne que le pr\u00e9nom Tabor est de genre neutre port\u00e9 en majorit\u00e9 par des hommes. On ne trouve rien \u00e0 propos de cet auteur qui semble n\u2019avoir \u00e9crit qu\u2019un seul livre, <em>I want to live&nbsp;! The analysis of a murder<\/em>, publi\u00e9 par The New American Library en 1958, avant de dispara\u00eetre sans laisser de traces. La 4<sup>e<\/sup> de couverture mentionne qu\u2019un film avec Susan Hayward a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 du livre alors que le g\u00e9n\u00e9rique indique qu\u2019il est bas\u00e9 sur les articles de Ed Montgomery et les lettres de Barbara Graham. L\u2019\u00e9dition originale ne pr\u00e9cise pas s\u2019il s\u2019agit d\u2019un roman. La traduction fran\u00e7aise parue le 1<sup>er<\/sup> janvier 1959 chez Julliard est pr\u00e9sent\u00e9e comme le roman dont a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 le film. L\u2019\u00e9dition Marabout Collection, quant \u00e0 elle, pr\u00e9sente le livre comme un r\u00e9cit. Barbara Graham se retrouve m\u00eal\u00e9e au meurtre d\u2019une femme lors d\u2019un cambriolage au domicile de celle-ci auquel elle participe avec deux amis de son mari. Ils l\u2019accusent du meurtre et bien qu\u2019il n\u2019y ait pas de v\u00e9ritable preuve que c\u2019est bien elle qui a tu\u00e9, ses ant\u00e9c\u00e9dents judiciaires, notamment de parjure, sa tentative de se fabriquer un faux alibi et les articles \u00e0 sensation de Ed Montgomery ont convaincu le jury de sa culpabilit\u00e9 et men\u00e9 \u00e0 sa condamnation \u00e0 mort, suivie de son ex\u00e9cution par la chambre \u00e0 gaz le 3 juin 1955 (le livre dit le 3 d\u00e9cembre).<\/p>\n\n\n\n<p>Se revoir lisant <em>Je veux vivre&nbsp;!<\/em>, dans la chambre occup\u00e9e lors de s\u00e9jours dans la famille qui habitait les Ardennes. Quand tu as lu ce livre, &nbsp;tu y passais quelques semaines seule pendant les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9. Tu devais avoir quatorze ans. Le film venait de passer \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 et tu l\u2019avais regard\u00e9 avec ta m\u00e8re. Tu ne te souviens pas si elle avait d\u00e9j\u00e0 vu le film auparavant puisque il datait de 1958. Il vous a beaucoup impressionn\u00e9es et ce d\u2019autant plus qu\u2019il relatait une histoire vraie, l\u2019histoire d\u2019une femme condamn\u00e9e \u00e0 mort pour un meurtre qu\u2019elle n\u2019a pas commis avec ce drame absolu que la preuve de son innocence a \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e sur les lieux par d\u00e9p\u00eache juste apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution. Ce film avait valu \u00e0 son actrice, Susan Hayward, l\u2019Oscar de la meilleure actrice pour son interpr\u00e9tation magistrale. Surprise et bonheur d\u2019avoir trouv\u00e9 le livre dont avait \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 le film dans la biblioth\u00e8que paternelle. Se revoir assise l\u00e0 dans cette chambre, pr\u00e8s de la fen\u00eatre aux vitres teint\u00e9es et croisillons de plomb qui la divisaient en une douzaine de rectangles identiques, fen\u00eatre qui donnait sur le bois voisin. Ce n\u2019est pas que tu adorais cette chambre, mais c\u2019\u00e9tait le seul endroit o\u00f9 tu pouvais te retirer et lire, d\u00e9j\u00e0 ce besoin de retrait des ambiances alentour, qu\u2019elles fussent agit\u00e9es ou calmes. Enfant, tu vais eu peur dans cette chambre. Mais quand un rayon de soleil la traversait au beau milieu d\u2019un apr\u00e8s-midi, cette peur s\u2019\u00e9vanouissait. Et puis, tu \u00e9coutais <em>L\u2019imb\u00e9cile heureux<\/em> de Nicolas Peyrac.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e9trange comme un livre, ou un film, ce livre et ce film pr\u00e9cis\u00e9ment, peuvent \u00eatre \u00e0 l\u2019origine d\u2019un mythe de jeunesse. Apr\u00e8s ces vacances d\u2019il y a longtemps, <em>Je veux vivre&nbsp;!<\/em>&nbsp; s\u2019en est retourn\u00e9 dormir dans sa biblioth\u00e8que. Ne plus te souvenir o\u00f9 il \u00e9tait rang\u00e9. Se dire qu\u2019il n\u2019a sans doute \u00e9t\u00e9 lu qu\u2019une ou deux fois tout au plus, qu\u2019il a plusieurs fois \u00e9t\u00e9 mis dans des cartons et ballot\u00e9 au gr\u00e9 des d\u00e9m\u00e9nagements, avant sa lecture et apr\u00e8s, le ressortir aujourd\u2019hui, comme par un inexplicable appel, ou rappel, le livre comme mu par le besoin de sortir, de rappeler son existence, l\u2019attrait pour le myst\u00e8re, le noir et blanc d\u2019un monde oubli\u00e9. Il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es environ tu as achet\u00e9 le dvd et tu ne l\u2019as jamais regard\u00e9, tu ne comprenais pas pourquoi tu ne le regardais pas. Savoir qu\u2019\u00e0 coup s\u00fbr on ne peut vivre deux fois la m\u00eame exp\u00e9rience, qu\u2019il s\u2019agisse de la deuxi\u00e8me lecture d\u2019un livre ou du deuxi\u00e8me visionnage d\u2019un film, l\u2019exp\u00e9rience serait forc\u00e9ment diff\u00e9rente. Le dvd est rest\u00e9 scell\u00e9 dans son cellophane jusqu\u2019\u00e0 un soir de cette semaine. Tu ne te souviens de rien sauf des sc\u00e8nes du couloir de la mort et des reports d\u2019ex\u00e9cution de deux fois quarante-cinq minutes, dans ton souvenir c\u2019\u00e9tait des reports de plusieurs jours. Puis arrive la sc\u00e8ne finale, apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution, la sc\u00e8ne que tu attends,&nbsp;la sc\u00e8ne pour toi mythique, o\u00f9 l\u2019on apporte la preuve de l\u2019innocence de Barbara Graham. La voiture arrive, son avocat qui s\u2019est battu jusqu\u2019\u00e0 la fin pour la faire gracier en descend, il tend une enveloppe au journaliste Ed Montgomery. Tu trouves \u00e9trange que l\u2019avocat remette cette missive importante au journaliste. Il lit la lettre, Barbara Graham le remercie de tout ce qu\u2019il a fait pour elle. L\u00e0 tu te dis que quelque chose a d\u00fb t\u2019\u00e9chapper, tu saisis le livre, tu feuillettes, tu cherches, ce d\u00e9nouement se trouve au d\u00e9but du livre et la m\u00eame sc\u00e8ne y est d\u00e9crite. Nulle part il n\u2019est question de preuve de l\u2019innocence de Barbara Graham apport\u00e9e juste apr\u00e8s sa mort. Tu te rends compte que tu avais mal compris ou pas voulu comprendre, que tu t\u2019es invent\u00e9 une fin plus acceptable, plus romanesque, que la culpabilit\u00e9 pure et simple, mais non av\u00e9r\u00e9e, de cette femme. Une femme qui crie \u00ab&nbsp;Je veux vivre&nbsp;!&nbsp;\u00bb ne pouvait qu\u2019\u00eatre innocente. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition4\">#04 Marabout<\/h2>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: 16px; color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify; white-space-collapse: collapse;\">C\u2019est un livre des \u00e9ditions Marabout du temps o\u00f9 elles \u00e9taient encore belges. C\u2019est donc un livre ancien, qui relate une histoire ancienne. Le livre Marabout, pr\u00e9curseur du Livre de Poche,<\/span><span style=\"font-size: 16px; color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify; white-space-collapse: collapse;\">&nbsp; <\/span><span style=\"font-size: 16px; color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify; white-space-collapse: collapse;\">est inspir\u00e9 des <\/span><i style=\"font-family: inherit; font-size: 16px; font-weight: inherit; color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify; white-space-collapse: collapse;\">Penguins<\/i><span style=\"font-size: 16px; color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify; white-space-collapse: collapse;\"> britanniques. Celui-ci est issu d\u2019une de leurs nombreuses collections, la Marabout Collection qui publie essentiellement des romans \u00e0 suspense. Format 11 x 18 cm, \u00e9paisseur de 1 \u00e0 1,5 cm maximum, un peu moins de 200 pages, comme la plupart des livres de la collection. La couverture est de carton souple, le logo de la collection est la silhouette de profil d\u2019un marabout tenant un grand livre sous son aile. Le titre tient en une phrase de trois mots, imprim\u00e9s en capitales blanches sur trois niveaux, un mot par niveau, dans une police de plus en plus grande. Le fond, dans son tiers sup\u00e9rieur est noir et rouge dans ses deux tiers inf\u00e9rieurs. La photo d\u2019une femme en noir et blanc, v\u00eatue d\u2019une robe \u00e0 fleurs coloris\u00e9e rouge sang, manches courtes,<\/span><span style=\"font-size: 16px; color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify; white-space-collapse: collapse;\">&nbsp; <\/span><span style=\"font-size: 16px; color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify; white-space-collapse: collapse;\">double rang de perles pour tout bijou, le noir du bas de la robe fondu dans l\u2019ombre qui fait \u00e9cho au tiers sup\u00e9rieur, traverse la couverture en diagonale, elle est fig\u00e9e dans une attitude et un cri de d\u00e9tresse. Sur la quatri\u00e8me de couverture, une photo en noir et blanc, coloris\u00e9e en rouge. On y voit la femme de face, derri\u00e8re les barreaux d\u2019une prison et, de trois-quarts arri\u00e8re un homme, vraisemblablement v\u00eatu d\u2019un costume sombre, probablement un avocat, ou peut-\u00eatre un journaliste.<\/span><span style=\"font-size: 16px; color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify; white-space-collapse: collapse;\">&nbsp; <\/span><span style=\"font-size: 16px; color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify; white-space-collapse: collapse;\">L\u2019int\u00e9rieur du livre est cr\u00e8me, de la m\u00eame couleur que le papier qui est du papier de \u00ab&nbsp;pulps&nbsp;\u00bb, les bords sont jaunis, c\u2019est-\u00e0-dire que les pages sont comme encadr\u00e9es d\u2019un halo plus intense, l\u2019odeur est celle des vieux livres imprim\u00e9s sur ce type de papier, celle qui m\u2019est indispensable \u00e0 toute lecture d\u2019un livre ancien.<\/span><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition3\">#03 Inventaire de quelques-unes de mes choses perdues<\/h2>\n\n\n\n<p>(Je dois encore regarder le tuto sur la confection d&rsquo;une table des chapitres, \u00e7a va venir, \u00e7a va venir&#8230;)<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Le petit train \u00e0 vapeur qui passait en bas de mon immeuble<\/li>\n\n\n\n<li>La mercerie du quartier qui s\u2019appelait \u00ab&nbsp;A la Petite Fontaine&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>La maison abandonn\u00e9e dans le petit chemin<\/li>\n\n\n\n<li>Le petit chose d\u2019Alphonse Daudet<\/li>\n\n\n\n<li>La kermesse place Saint-Lambert<\/li>\n\n\n\n<li>Le restaurant Les Jardins de l&rsquo;Europe<\/li>\n\n\n\n<li>La clinique du Square Marie-Louise<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019h\u00f4tel M\u00e9tropole, Place De Brouck\u00e8re<\/li>\n\n\n\n<li>Le cin\u00e9ma Marivaux, et d\u2019autres<\/li>\n\n\n\n<li>Le Mus\u00e9e royal de l\u2019Afrique centrale<\/li>\n\n\n\n<li>Le buffet de la gare du Luxembourg<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Le Mus\u00e9e royal de l&rsquo;Afrique centrale<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord am\u00e9nag\u00e9 dans un ancien Palais de l\u2019Exposition universelle de Bruxelles de 1897, le mus\u00e9e, cr\u00e9\u00e9 par L\u00e9opold II comme \u00ab&nbsp;outil de propagande &nbsp;pour son projet colonial&nbsp;\u00bb s\u2019est d\u2019abord appel\u00e9 Mus\u00e9e du Congo, puis Mus\u00e9e du Congo belge. En 1910, le mus\u00e9e s\u2019est install\u00e9 dans un nouveau b\u00e2timent construit par Charles Girault, l\u2019architecte du Petit Palais de Paris. En 1952, le Mus\u00e9e a \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9 Mus\u00e9e royal du Congo belge. Puis, Mus\u00e9e royal de l\u2019Afrique centrale \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance du Congo. Aujourd\u2019hui, m\u00eame si la d\u00e9nomination n\u2019est pas officielle, on l\u2019appelle AfricaMuseum et sa mission est d\u00e9sormais \u00ab&nbsp;d\u2019exposer une vision contemporaine et d\u00e9colonis\u00e9e de l\u2019Afrique&nbsp;\u00bb. (source&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.africamuseum.be\/fr\/about_us\/history_renovation\">https:\/\/www.africamuseum.be\/fr\/about_us\/history_renovation<\/a>)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas si j\u2019irai un jour au Congo. Avec mon amie Christine, quand nous avions neuf-dix ans, nous r\u00eavions d\u2019aller en Afrique. Son p\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 cartographe au Congo et il aimait \u00e0 nous raconter des histoires de l\u00e0-bas. Elle avait un demi-fr\u00e8re, Fran\u00e7ois, d\u2019origine congolaise qui avait environ vingt ans et j\u2019\u00e9tais toute fi\u00e8re qu\u2019il ait accept\u00e9 de faire un dessin dans mon carnet de po\u00e9sie. Il dessinait superbement bien. Un jour son p\u00e8re nous a fait visiter, Christine et moi, ce mus\u00e9e que nous appelions \u00e0 l\u2019\u00e9poque mus\u00e9e du Congo et qui \u00e9tait pour moi la repr\u00e9sentation concr\u00e8te de r\u00e9cits d\u2019aventures. D\u00e9j\u00e0 rien que ce grand b\u00e2timent aust\u00e8re et myst\u00e9rieux (\u00e9difi\u00e9 par Charles Girault, l\u2019architecte du Petit Palais de Paris, mais cela nous ne le savions pas), au milieu d\u2019un parc immense avait de quoi nous impressionner. Y p\u00e9n\u00e9trer \u00e9quivalait \u00e0 mettre les pieds dans un autre monde.&nbsp; J\u2019\u00e9tais fascin\u00e9e par les vues panoramiques derri\u00e8re des vitrines de sc\u00e8nes animali\u00e8res compos\u00e9es d\u2019animaux empaill\u00e9s, de fausse v\u00e9g\u00e9tation et de fonds peints. &nbsp;Les objets usuels des villages africains, les masques, les costumes, la grande pirogue, tout cela nous transportait vers ces contr\u00e9es qui nourrissaient nos r\u00eaves. Oui, un jour, nous irions en Afrique et nous voyagerions dans la brousse sur les traces de son p\u00e8re qui, lui, \u00e0 des ann\u00e9es de distance, avait march\u00e9 dans les pas de Stanley et de Livingstone. Comment aurions-nous pu imaginer un instant qu\u2019il y avait une face cach\u00e9e \u00e0 tout cela, derri\u00e8re toute cette imagerie d\u2019Epinal que v\u00e9hiculait le mus\u00e9e. Bien s\u00fbr, ce r\u00eave s\u2019est \u00e9vanoui avec l\u2019adolescence, bien s\u00fbr ce r\u00eave s\u2019est perdu dans la vie qui se construit, bien s\u00fbr nous ne sommes pas all\u00e9e en Afrique, mais bien s\u00fbr aussi a subsist\u00e9 le souvenir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition2\">#02 G\u00e9ographie de mes librairies (tentative)<\/h2>\n\n\n\n<p>L&rsquo;achat d&rsquo;un livre a longtemps \u00e9t\u00e9 un acte relativement pragmatique. Quand l&rsquo;envie d&rsquo;un livre se faisait sentir,&nbsp; je me le procurais au d\u00e9partement livres de la galerie commerciale o\u00f9 je faisais r\u00e9guli\u00e8rement les courses avec ma m\u00e8re. Ensuite deux grandes librairies ont tenu lieu de phares dans mon paysage livresque.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re, Libris Agora, a d\u00e9finitivement ferm\u00e9 ses portes il y a dix ans mais, j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 cess\u00e9 de la fr\u00e9quenter bien avant au profit de le deuxi\u00e8me, plus proche de mon bureau. D&rsquo;abord situ\u00e9e sur large avenue, elle avait \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9e dans une galerie commerciale, ce qui a certainement pr\u00e9cipit\u00e9 sa chute. Je n&rsquo;ai qu&rsquo;un tr\u00e8s vague souvenir de ses vitrines, voire plus de souvenir du tout de ses int\u00e9rieurs. Je ne me souviens pas non plus des livres que j&rsquo;y ai achet\u00e9s, tout au plus pourrais-je retrouver cinq livres policiers que j&rsquo;avais re\u00e7us \u00e0 l&rsquo;occasion de ce qu&rsquo;on n&rsquo;appelait pas encore un giveaway ou en resituer certains en fonction de leur date de parution.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis il y a eu Filigranes, plus grande librairie de Belgique, situ\u00e9e dans mon p\u00e9rim\u00e8tre des pauses de midi et plus proche que la pr\u00e9c\u00e9dente. J\u2019y \u00e9tais fourr\u00e9e tout le temps, on y trouvait tout et sinon les commandes \u00e9taient faciles et rapides. Mais je n\u2019ai pas trop aim\u00e9 leur diversification en mode papeterie, marchands de vin, cadeaux et jouets pour enfants. Les commandes en ligne sur les grands sites comme aupr\u00e8s des petites maisons d\u2019\u00e9dition m\u2019en ont d\u00e9tourn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant m\u00eame que je ne commence \u00e0 fr\u00e9quenter les librairies de seconde main de fa\u00e7on plus r\u00e9guli\u00e8re, cette petite librairie, rencontr\u00e9e pas loin de la rue aux Laines, au d\u00e9tour d\u2019une petite rue pav\u00e9e en pente qui descendait vers ce qu\u2019on appelle le bas de la ville. C\u2019\u00e9tait il y a longtemps, je n\u2019ai plus aucun souvenir de l\u2019endroit pr\u00e9cis o\u00f9 elle se trouvait, ni de son nom. Je ne sais m\u00eame pas si elle existe encore. L\u2019homme qui tenait cette librairie me paraissait tr\u00e8s \u00e2g\u00e9, cr\u00e2ne d\u00e9garni, petite lunettes cercl\u00e9es de m\u00e9tal, moustache blanche, vieux pantalon gris informe qui montait presque jusqu\u2019aux aisselles et maintenu par des bretelles, chemise d\u00e9fra\u00eechie. Il m\u2019a demand\u00e9 si je cherchais un titre en particulier. J\u2019ai r\u00e9pondu non. Il m\u2019a dit j\u2019ai quelque chose qui pourrait vous int\u00e9resser. Il y avait des livres du sol au plafond, des piles par terre en \u00e9quilibre instable, je n\u2019osais presque pas bouger de peur de faire s\u2019\u00e9crouler l\u2019\u00e9difice. Je me suis demand\u00e9 comment il pouvait s\u2019y retrouver, car je ne voyais aucun classement. Il s\u2019est dirig\u00e9 sans h\u00e9siter vers une \u00e9tag\u00e8re et en a retir\u00e9 cet opuscule: <em>La mystique de Swedenborg chez Fernand Khnopff.<\/em> Aujourd\u2019hui, je me demande encore comment il avait pu deviner ma fascination pour l\u2019univers de Khnopff.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus r\u00e9cemment, Book Culture dans le quartier de Morningside Heights \u00e0 NYC, \u00e0 deux pas de la Columbia University. Se perdre entre ces interminables \u00e9tag\u00e8res pleines \u00e0 craquer de livres usag\u00e9s class\u00e9s par genres et par th\u00e8mes, fl\u00e2ner sans but pr\u00e9cis, simplement se laisser porter par ce qui se pr\u00e9sente, par l\u2019impr\u00e9vu, le plaisir de la trouvaille, comme ce volume des <em>Ghost Stories<\/em> d\u2019Edith Wharton illustr\u00e9s par Laszlo Kubinyi et se laisser emporter par la subtilit\u00e9 et la finesse de ses atmosph\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a deux semaines, chez un des bouquinistes de la Galerie Bortier, je trouve ce livre. <em>J\u2019ai \u00e9pous\u00e9 une ombre<\/em> de William Irish, paru en 1949 dans la s\u00e9rie Bl\u00eame chez Gallimard. Je ne connaissais ni le livre, ni l\u2019auteur. Pour moi, c\u2019\u00e9tait un film avec Nathalie Baye et Francis Huster. Je ne me souvenais pas de l\u2019histoire<em>. <\/em>Mais ce titre myst\u00e9rieux, intrigant, voire po\u00e9tique m\u2019attirait avec bien plus de conviction que son original froid, pragmatique, sans \u00e9quivoque, <em>I married a dead man. <\/em>Cette collection aussi m\u2019a toujours fascin\u00e9e, couverture cartonn\u00e9e vert fonc\u00e9, encadr\u00e9e de blanc cr\u00e8me, caract\u00e8res du titre en rouge. &nbsp;Dans les livres r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s de mon p\u00e8re, il y avait le num\u00e9ro deux, <em>Le puits de velours<\/em> de John Gearon, qui a donn\u00e9 lieu au film <em>Un papillon sur l\u2019\u00e9paule<\/em> avec Lino Ventura.<em> J\u2019ai \u00e9pous\u00e9 une ombre<\/em> est le num\u00e9ro un.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition1\">#01 De la biblioth\u00e8que comme archipel<\/h2>\n\n\n\n<p>Ou de l\u2019art de (ne pas ou ne plus) ranger ses livres. Les avoir rang\u00e9s, avant. La volont\u00e9 y \u00e9tait. Tout bien ordonn\u00e9, plut\u00f4t par format, grandes \u00e9ditions, livres de poche mais aussi par genre, policiers, classiques, voyages et puis les livres en anglais et en n\u00e9erlandais. A l\u2019installation dans la maison, le grenier am\u00e9nag\u00e9 serait une pi\u00e8ce d\u00e9di\u00e9e aux centres d\u2019int\u00e9r\u00eat, les livres occupent une grande place. Des planches fix\u00e9es \u00e0 un grand mur pour y ranger tous les livres, une partie des livres de mon p\u00e8re notamment qui \u00e9taient rest\u00e9s longtemps dans des cartons, l\u2019autre \u00e9tant all\u00e9e \u00e0 mon fr\u00e8re. Et peu \u00e0 peu, se laisser d\u00e9border. Des \u00eelots se sont form\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0. La biblioth\u00e8que comme un archipel, dix \u00eeles aux moins. Le Cap Vert est un archipel de dix \u00eeles, y aller voir un jour&nbsp;? Ce qui les relie, ce qui les diff\u00e9rencie, voire ce qui les oppose. Au salon, dans le rayonnage d\u2019un vaisselier, quelques livres, le sommet de la pointe de l\u2019iceberg (on fait comme s\u2019il y en avait au Cap Vert, des icebergs). Dans la chambre, un groupement de quatre \u00eeles plus rapproch\u00e9es. Des restes d\u2019enfance sans doute o\u00f9 forc\u00e9ment les livres on ne les rangeait que dans sa chambre. Mais aussi avoir pr\u00e8s de soi les livres du moment, sentir leur compagnonnage (dans l\u2019enfance d\u00e9j\u00e0, une \u00e9tag\u00e8re de livres faisait office de t\u00eate de lit). Un rayonnage, avec les livres d\u2019int\u00e9r\u00eat du moment, moment qui date d\u2019il y a une bonne dizaine d\u2019ann\u00e9es, et les collections, quelque peu d\u00e9laiss\u00e9es, la collection Giono, la collection litt\u00e9rature islandaise, sauf la collection Bront\u00eb. Un table de nuit \u00e0 l\u2019ancienne, comme une petite armoire avec la pile de livres \u00e0 lire d\u2019il y a plusieurs ann\u00e9es et qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 lus. Laiss\u00e9 tomber depuis la pile des livres \u00e0 lire, elle est dans la t\u00eate. Dans le bas de la garde-robes, des livres de grandes dimensions et d\u2019un poids assez cons\u00e9quent et d\u2019autres livres pos\u00e9s \u00e0 la va vite. &nbsp;Et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du lit, \u00e0 m\u00eame le sol, la pile des livres en cours, comme une fractale de l\u2019\u00e9clectique ensemble. Dans la chambre de ma fille qui, comme beaucoup d\u2019enfants, est loin d\u2019avoir emport\u00e9 toutes ses affaires&nbsp;: une planche \u00e0 double rang\u00e9e squatt\u00e9e dans son \u00e9tag\u00e8re avec la collection litt\u00e9rature fran\u00e7aise contemporaine.&nbsp; Une commode dont le dessus est recouvert de livres qui se r\u00e9pandent \u00e0 nouveau sur le bureau d\u00e9gag\u00e9 (desdits livres qui \u00e9taient pr\u00e9c\u00e9demment sur commode) lorsqu\u2019une amie \u00e9tait venue loger quelque temps \u00e0 la maison. Trois \u00eeles. Et puis, sur les marches de l\u2019escalier qui m\u00e8ne au grenier, dans l\u2019attente d\u2019un retour sans cesse diff\u00e9r\u00e9 vers leur lieu d\u2019origine, une ultime s\u00e9rie de livres. &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table des chapitres #05 Je veux vivre ! La photo de couverture ne repr\u00e9sente pas une femme fig\u00e9e dans un cri de d\u00e9tresse comme le sugg\u00e8re le titre du livre, et du film, \u00ab\u00a0Je veux vivre\u00a0!\u00a0\u00bb. Il faut avoir vu le film pour le savoir. L\u2019action se passe en Californie au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante. Les premi\u00e8res minutes du film <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-01-catherine-k-de-la-bibliotheque-comme-archipel\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#nouvelles | Catherine K.<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":167,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5736,5737,5795,5837,5862,5902],"tags":[],"class_list":["post-147722","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nouvelles-1","category-01-ranger-ses-livres","category-02-histoire-de-mes-librairies","category-03-schalansky-inventaire-de-choses-perdues","category-04-le-livre-dans-sa-materialite","category-05-4-stations-pour-un-livre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147722","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/167"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=147722"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147722\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=147722"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=147722"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=147722"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}