{"id":148443,"date":"2024-04-26T11:51:00","date_gmt":"2024-04-26T09:51:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=148443"},"modified":"2024-05-29T10:33:09","modified_gmt":"2024-05-29T08:33:09","slug":"nouvelles-brigetoun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-brigetoun\/","title":{"rendered":"#nouvelles #boucle 1 | Brigetoun"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/pour-atelier-nouvelles-1-1024x768.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-150962\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/pour-atelier-nouvelles-1-1024x768.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/pour-atelier-nouvelles-1-420x315.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/pour-atelier-nouvelles-1-768x576.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/pour-atelier-nouvelles-1-1536x1152.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/pour-atelier-nouvelles-1-2048x1536.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Table des chapitres<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#proposition1\">1 &#8211; mes non-biblioth\u00e8ques<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#proposition2\">2 &#8211; caresser et acheter des livres<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#proposition3\">3 &#8211; choses perdues &#8211; le Cours Saint-Dominique \u00e0 Toulon<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#proposition4\">4 &#8211; souvenirs de lectures<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#proposition5\">5 &#8211; la qu\u00eate<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition5\"><a href=\"http:\/\/proposion 5\">#05 &#8211; la qu\u00eate<\/a><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle avait le go\u00fbt des lectures \u00e0 elle non destin\u00e9es, si possible autoris\u00e9es, sinon vol\u00e9es ou lues en cachette par morceaux d\u00e9sordonn\u00e9s, et il y avait dans la cave du nouvel appartement&nbsp; au dessus de la d\u00e9gringolade vers la rade cette caisse d\u00e9clou\u00e9e mais non enti\u00e8rement vid\u00e9e qu\u2019elle avait d\u00e9couverte en descendant chercher, en tribu excit\u00e9e m\u00e8re et filles, dans la malle en bois de camphre, une ancienne tunique blanche brod\u00e9e de perles, vestige de c\u00e9r\u00e9monies anciennes pour en tirer un \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9guisement | en fait le charme de ces retrouvailles avait fait que la tunique, intacte, avait \u00e9t\u00e9 rang\u00e9e soigneusement dans la penderie maternelle | caisse de livres qui n\u2019avaient pas trouv\u00e9 place dans le secr\u00e9taire, la petite vitrine du salon, ni dans le rayonnage plus intime de la chambre des parents, livres qui donc \u00e9taient sans doute confidents anciens du p\u00e8re et qui faisaient de cette caisse un aimant auquel elle c\u00e9dait en lui rendant visites exploratoires d\u00e8s que l\u2019appartement \u00e9tait pour une dur\u00e9e pr\u00e9visible en vacance d\u2019autorit\u00e9s autres que celle de G3 (la troisi\u00e8me \u00e0 porter ce nom partag\u00e9 entre m\u00e8re et \u00ab&nbsp;servantes&nbsp;\u00bb mais plus que \u00e7a, la moins importante ou la plus) l\u2019indulgente ch\u00e9rie qui se gardait bien de ne pas accepter tout pr\u00e9texte de sortie\u2026 visites qui s\u2019\u00e9taient sold\u00e9es par d\u2019ennuyeuses d\u00e9ceptions jusqu\u2019au moment o\u00f9 elle \u00e9tait tomb\u00e9e sur ce gros livre broch\u00e9 que les fouilles avaient d\u00e9plac\u00e9 et qui s\u2019\u00e9talait, ouvert et aplati sur le fond, couverture absente et fils du dos en partie visibles, livre que, finalement, elle avait remont\u00e9 dans sa chambre, install\u00e9 derri\u00e8re les chaussures en bas de l\u2019armoire en pitchpin, qu\u2019elle sortait de temps \u00e0 autre pour assise sur son lit et un cahier pr\u00eat \u00e0 le recouvrir, y picorer, fascin\u00e9e par les premi\u00e8res pages incompl\u00e8tes qui pr\u00e9tendaient chercher l\u2019\u00e9tymologie du mot d\u00e9signant l\u2019animal monstrueux, pr\u00e9texte et h\u00e9ros de l\u2019histoire tragique, ou par les pages qui se voulaient scientifiques, par certains chants de gaillard d\u2019avant ou de chasse, par des envol\u00e9es po\u00e9tiques plus que par l\u2019histoire et m\u00eame la philosophie qui pr\u00e9tendait s\u2019y deviner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019autres centres d\u2019int\u00e9r\u00eat sont venus, elle s\u2019est \u00e9cart\u00e9e du noyau, la famille a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 et il semble qu\u2019\u00e0 une date oubli\u00e9e ou inconnue faute de l\u2019attention dont il \u00e9tait priv\u00e9 depuis tant d\u2019ann\u00e9es, le livre ait disparu du bagage familial et m\u00eame des esprits, si bien que lorsque, une allusion \u00e0 l\u2019histoire qu\u2019il contait ou \u00e0 cet animal quasi mythique qui \u00e9tait un de ses h\u00e9ros \u00e9tant venue au d\u00e9tour d\u2019une phrase dans une conversation bien des ann\u00e9es plus tard, elle a \u00e9voqu\u00e9 le bouquin d\u00e9penaill\u00e9 personne ne semblait m\u00eame se souvenir de l\u2019avoir vu un jour. Est-ce cet abandon ou le fait de passer visiblement une fois encore pour une fabulatrice ? le d\u00e9sir de retrouver ce livre, de le relire, lui est venu\u2026 livre trop ancien pensait-elle pour qu\u2019une \u00e9dition r\u00e9cente soit disponible et le fait est que si, dans la premi\u00e8re librairie dans laquelle elle est entr\u00e9e \u00e0 Bougival en sortant de l\u2019appartement paternel, la vendeuse consult\u00e9e lui en a propos\u00e9 deux \u00e9ditions diff\u00e9rentes elles venaient toutes deux, fort expurg\u00e9es et d\u00e9barrass\u00e9es de ces pages inutiles \u00e0 l\u2019action qui \u00e9taient justement ce qu\u2019elle d\u00e9sirait, du rayon de \u00ab&nbsp;litt\u00e9rature jeunesse&nbsp;\u00bb\u2026 et puis elle a oubli\u00e9 ou ce d\u00e9sir s\u2019est fait de moins en moins pr\u00e9sent, rang\u00e9 dans une petite case recul\u00e9e de son cerveau, revenant simplement de temps \u00e0 autre lors de promenades-fouilles le long des quais et des rang\u00e9es de bouquinistes, dans les solderies de livres ou au rayon occasions des poches chez Gibert Jeune.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019autres ann\u00e9es sont pass\u00e9es dans l\u2019oubli de ce presque besoin de relecture. Quand elle cherchait des livres pour des adolescents amis, il ne figurait plus dans les rayons jeunes (ni adultes) de la Fnac\u2026 et elle n\u2019avait pas \u00e9tabli avec les librairies les relations de familiarit\u00e9 n\u00e9cessaires \u00e0 des promenades-fouilles \u00e9pisodiques. En passant devant l\u2019antre d\u2019un bouquiniste chez qui elle n\u2019\u00e9tait jamais entr\u00e9e, le fin couloir circulant entre des murailles de livres qu\u2019elle devinait derri\u00e8re ce qui \u00e9tait plus cloison vitr\u00e9e sur la rue que vitrine \u00e9tant dissuasif, elle est rest\u00e9e immobile un instant, discutant avec son jeune ami et ses yeux sont tomb\u00e9s sur les deux cartons d\u00e9pos\u00e9s sur les dalles de la rue, l\u2019un pour quelques livres offerts \u00e0 qui en voudrait, l\u2019autre pour ceux qui \u00e9taient sold\u00e9s \u00e0 un euro symbolique indiquant un semblant de consid\u00e9ration, elle a rep\u00e9r\u00e9 dans les sold\u00e9s le titre sur la couverture tr\u00e8s color\u00e9e qui \u00e9voquait un livre \u00ab&nbsp;jeunesse&nbsp;\u00bb ce qu\u2019infirmait l\u2019\u00e9paisseur du bouquin ; elle l\u2019a pris en main, l\u2019a ouvert, a constat\u00e9 que manquaient les pages d\u2019\u00e9tymologie, s\u2019est pench\u00e9e pour le reposer en disant \u00ab&nbsp;dommage il n\u2019es pas complet&nbsp;\u00bb, le vieil homme, assis sur un pliant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa porte, a relev\u00e9 la t\u00eate\u2026 \u00ab&nbsp;j\u2019ai un exemplaire en tr\u00e8s mauvais \u00e9tat de la premi\u00e8re \u00e9dition fran\u00e7aise, peu pr\u00e9sentable mais complet, il devait venir dans les gratuits mais puisqu\u2019il vous int\u00e9resse ce sera un euro\u2026seulement il faut que je le cherche\u2026 cinq minutes au plus&nbsp;\u00bb, mais ils \u00e9taient trop press\u00e9s. Par contre, comme les yeux de son ami brillaient, apr\u00e8s lui avoir pr\u00e9cis\u00e9 que c\u2019\u00e9tait un tr\u00e8s bon livre mais plein de flots d\u00e9cha\u00een\u00e9s elle a voulu le lui offrir ce qu\u2019il a refus\u00e9, tenant \u00e0 le payer et ils ont repris leur chemin, le grand adolescent portant son butin frip\u00e9 comme un tr\u00e9sor.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"proposition-5\">Elle a v\u00e9rifi\u00e9 et d\u00e9couvert qu\u2019il y avait maintenant plusieurs \u00e9ditions de traductions compl\u00e8tes du livre, que si les petits libraires ou la Fnac n\u2019en disposaient pas il suffisait de le commander (ou de passer par Amazon en cas de flemme) mais pour que ce d\u00e9sir de remettre nez dans ces pages ne s\u2019\u00e9vanouisse pas \u00e0 nouveau, parce que son budget livres \u00e9tait encore plus riquiqui que cela, surtout par un semblant de f\u00e9tichisme, un d\u00e9sir de retrouver cette \u00e9dition ancienne en un exemplaire aussi d\u00e9glingu\u00e9 que celui de sa premi\u00e8re d\u00e9couverte, elle est retourn\u00e9e chez le bouquiniste, l\u2019a accompagn\u00e9 dans son d\u00e9dale, a tenu ravie le presque cadavre, le papier devenu un peu buvard mais sans odeur de chou-fleur (souvenir d\u2019un Gaffiot rachet\u00e9 \u00e0 une ancienne au temps du couvent) et comme son d\u00e9sir avait fait augmenter le prix et que l\u2019id\u00e9e l\u2019a amus\u00e9e elle l\u2019a emport\u00e9 pour le prix d\u2019un Folio neuf, l\u2019a recouvert d\u2019un bout de carton pli\u00e9 sous un affreux papier de No\u00ebl envoy\u00e9 par une bonne-oeuvre, l\u2019a feuillet\u00e9, l\u2019a remis\u00e9 dans un rayonnage, le prend de temps \u00e0 autre pour un coup d\u2019oeil de quelques minutes, juste pour localiser l\u2019histoire du spermaceti, minutes qui se transforment en une demi-heure ou davantage, sans spermaceti, juste avec les admonestations presque chant\u00e9es d\u2019un chef de canot.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"propsition4\">#04 &#8211; souvenirs de lectures<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souviens, dans le bureau de mon grand-p\u00e8re, rue du Printemps \u00e0 Paris, de sa main extrayant d\u2019un rayon, \u00e0 mi-hauteur des deux hauts rayonnages tapissant le coin entre la chemin\u00e9e de banal marbre gris, vaguement directoire | \u00e0 mes yeux tout au moins | et de la fen\u00eatre sur cour, un livre broch\u00e9 \u00e0 la couverture blanche cern\u00e9e d\u2019une bande rouge et me le tendant en me disant, \u00ab&nbsp;tu peux piocher dans ces livres, mais je te conseille celui-ci, \u00e7a devrait te plaire&nbsp;\u00bb et ce fut un \u00e9blouissement, la d\u00e9couverte de la gourmandise des mots \u00e0 travers Edouard Glissant au sortir des Mazo de la Roche, Elizabeth Goudge ou des Maurois, des livres autoris\u00e9s par ma m\u00e8re ou m\u00eame des extraits de classiques qui avaient le charme de ce qu\u2019ils ne contenaient pas.. gourmandise qui m\u2019est rest\u00e9e\u2026 quant \u00e0 ce livre \u00ab&nbsp;La L\u00e9zarde&nbsp;\u00bb ne l\u2019ai jamais relu, Glissant si.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souviens des tomettes de la grande pi\u00e8ce boulevard Michelet \u00e0 Toulon sur lesquelles je m\u2019\u00e9tais assise pour ouvrir \u00ab&nbsp;la Modification&nbsp;\u00bb que venait de terminer, perplexe et pas franchement conquise, ma m\u00e8re et qu\u2019elle m\u2019avait pr\u00eat\u00e9 \u00e0 ma demande | je viens de m\u00e9dire d\u2019elle, en fait j\u2019aurais sans doute d\u00fb plus souvent la solliciter | intrigu\u00e9e par une de ces conversations d\u2019adultes aux lisi\u00e8res desquelles je m\u2019incrustais, je me souviens du chemin de fer, je me souviens surtout de l\u2019\u00e9criture qui me hissait, comme l\u2019apparence s\u00e9rieuse de ce livre, hors de la masse adolescente. Je me souviens du d\u00e9sir qui me venait quand j\u2019entendais les noms de Butor ou Robbe-Grillet (pas encore de Sarraute ou Simon) que je n\u2019ai pu assouvir que plus tard pour ceux qui paraissaient en poche\u2026 et justement je me souviens d\u2019un des premiers de ma petite biblioth\u00e8que avec Butor encore et \u00ab&nbsp;le Passage de Milan&nbsp;\u00bb. Je n\u2019ai maintenant aucun des deux et ne les ai pas relus depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souviens que la vieille \u00e9dition broch\u00e9e de mon p\u00e8re qui avait beaucoup v\u00e9cu, au point de perdre quelques pages, de \u00ab&nbsp;Moby Dick&nbsp;\u00bb que m\u2019\u00e9tais accapar\u00e9e, que j\u2019ai lue et relue, un peu partout jusqu\u2019au moment o\u00f9 l\u2019ai perdue malgr\u00e9&nbsp;sa taille je ne sais plus quand ; je me souviens de la d\u00e9couverte et de m\u2019\u00eatre passionn\u00e9e pour les pages \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb en grattant mes jambes poisseuses d\u2019un m\u00e9lange de sable et de s\u00e8ve de pin, assise sur le toit d\u2019un des blockhaus lou\u00e9s \u00e0 la Base A\u00e9ronavale au Palyvestre l\u00e0 o\u00f9 il y a des immeubles vieillissants \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la rang\u00e9e d\u2019immeubles bordant le port,&nbsp; implant\u00e9s l\u00e0 o\u00f9 il y avait la mer et un vague projet de port, et j\u2019\u00e9tais ravie il y a un an de trouver et acheter un exemplaire \u00ab&nbsp;en tr\u00e8s mauvais \u00e9tat&nbsp;\u00bb presque comme le fugitif.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souviens des couvertures illustr\u00e9es des minces livres de poche par lesquels j\u2019ai d\u00e9couvert Sarraute et que je n\u2019ai plus, les ayant remplac\u00e9s, un peu avant de d\u00e9m\u00e9nager, par le Pl\u00e9iade, un de mes rares\u2026 acquis parce que c\u2019\u00e9tait elle\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souviens que j\u2019ai lu tr\u00e8s tard Proust parce que faisais un blocage et que j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9, isol\u00e9e qu\u2019\u00e9tais dans mon univers de dactylos | \u00e7a je m\u2019en \u00e9tais extirp\u00e9e | d\u2019agents immobiliers, de g\u00e9rants et entrepreneurs, que c\u2019\u00e9tait un auteur qu\u2019on ne lisait pas mais dont on parlait v\u00eatu de flanelle grise en buvant du th\u00e9 et \u00e9coutant des pi\u00e8ces pour piano de Chopin\u2026 Je me souviens que j\u2019en avais petite curiosit\u00e9 mais que j\u2019ai attendu qu\u2019un peu apr\u00e8s mes quarante ans un m\u00e9decin ami de mes parents d\u00e9cide que je faisais une d\u00e9pression | maigre \u00e0 l\u2019extr\u00eame \u00e9tais, avec des crises de t\u00e9tanie | et qu\u2019on m\u2019embarque pour une&nbsp;\u00ab&nbsp;maison de repos&nbsp;\u00bb \u00e0 P\u00e9gomas pour mettre dans ma valise \u00ab&nbsp;Le c\u00f4t\u00e9 de Guermantes&nbsp;\u00bb avec je ne sais plus quel dialogue de Platon en livres de poche, pensant que ce seraient l\u00e0 lectures solides qui me tiendrait occup\u00e9e et hors de mon entourage un certain temps. Je me souviens que les d\u00e9couvrant dans ma chambre le jeune psychiatre a consid\u00e9r\u00e9 que j\u2019\u00e9tais arriv\u00e9e l\u00e0, derri\u00e8re cette fen\u00eatre qui ne s\u2019ouvrait pas, \u00e0 la suite d\u2019une erreur d\u2019aiguillage et m\u2019a dress\u00e9 ordonnance verbale de me tenir \u00e0 distance de mes co-malades navrants, et entre des s\u00e9ances d\u2019intraveineuses pour me rendre forces de faire ami\/amie avec les soignants et de me promener, par autorisation sp\u00e9ciale, dans les environs. La lecture m\u2019a pris un certain temps parce que les bords de route n\u2019y \u00e9taient gu\u00e8re propices mais a suffi \u00e0 me faire entrer, en les prenant un peu en d\u00e9sordre, dans le monde des lecteurs de Proust.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Devant les deux premiers de mes rares Pl\u00e9iade, le tome 1 des m\u00e9moires de Saint-Simon et le Montaigne, offerts par mes grands parents, sur ma demande, comme cadeaux de No\u00ebl les ann\u00e9es de mes 16 et 17 ans, je n\u2019ai pas besoin de me souvenir, ils le font. Surtout le Montaigne que j\u2019ai pendant des ann\u00e9es mis dans ma valise de vacanci\u00e8re et qui porte, taches, pliures, brins d\u2019herbe et autres, traces de mes moments d\u2019absence en sa compagnie et je souris en pensant aux d\u00e9buts de matin\u00e9es o\u00f9, \u00e0 plat ventre sur l\u2019herbe rare d\u2019une Cit\u00e9 Scolaire, route de Montfavet me semble-t-il, o\u00f9 nous \u00e9tions h\u00e9berg\u00e9s avec les Cemea (ne sais plus comment j\u2019en \u00e9tais arriv\u00e9e \u00e0 d\u00e9couvrir la possibilit\u00e9 de les rejoindre) lors d\u2019un festival d\u2019Avignon, je piochais dans sa pens\u00e9e, ses lectures etc\u2026&nbsp; en attendant que nous partions avec quelques amis professeurs et un grand hindou ne parlant \u00e0 peu pr\u00e8s pas le fran\u00e7ais, arriv\u00e9 l\u00e0 par myst\u00e8re, charg\u00e9 d\u2019un oreiller pour amortir le contact de mes fesses pointues et des bancs qui meublaient alors les premi\u00e8res salles du off naissant, circuler entre rencontres, lectures et spectacles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition3\">#03 &#8211; choses perdues &#8211; le Cours Saint-Dominique \u00e0 Toulon<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Inventaire des choses perdues<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 le marabout de l&rsquo;Amiraut\u00e9&nbsp; \u00e0 Alger<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 la villa de La P\u00e9rouse\/Tamenfoust<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 le Cours Saint-Dominique \u00e0 Toulon<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 le terrain de Lamalgue \u00e0 Toulon<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 le boulevard du Littoral \u00e0 Toulon<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 la ferme et le ch\u00e2teau de Br\u00e9gan\u00e7on<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 la ferme de F\u00e9terne<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 les blockauss d\u2019Hy\u00e8res-plage ou Le Palyvestre<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 les H\u00e9liades&nbsp; \u00e0 Toulon<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 la maison de Publier<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 le deux pi\u00e8ces de la rue des Saints P\u00e8res<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 la fen\u00eatre sur le quai de la place Dauphine<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le Cours Saint Dominique \u00e0 Toulon<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"proposition-3\">C\u2019\u00e9tait pr\u00e8s de l\u2019\u00e9glise Saint Georges, en sortant de la ville dans la direction du Cap Brun. C\u2019\u00e9tait un grand terrain avec des b\u00e2tisses anciennes et l\u2019ajout de&nbsp; b\u00e2timents neufs qui avaient transform\u00e9 cette petite propri\u00e9t\u00e9 en une \u00e9cole pour jeunes-filles tenue par des dominicaines. Et tant d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s ce sont elles et les silhouettes des \u00e9l\u00e8ves, celles que je n\u2019ai perdu de vue que bien plus tard et les autres, qui priment entour\u00e9es par la pr\u00e9sence flottante des arbres, des murs comme une image qui n\u2019\u00e9chappe \u00e0 l\u2019usure des tons, au s\u00e9pia que par le souvenir de la lumi\u00e8re violente qui y est associ\u00e9e. D\u2019ailleurs elles et nous avons chang\u00e9, comme a chang\u00e9 le monde depuis presque soixante six ou soixante sept ans\u2026 | ne sais plus tr\u00e8s bien | quand les ai quitt\u00e9es, elles et la ville, pour aller faire ma philo \u00e0 Paris dans l\u2019horrible Lyc\u00e9e Moli\u00e8re, lest\u00e9e de la curiosit\u00e9 qu\u2019elles, m\u00e8re Marie-Andr\u00e9 et surtout Fran\u00e7ou la radieuse, du moins la voyais telle, avec sa coquetterie qui la faisait se cambrer pouces pass\u00e9es dans sa ceinture de cuir pour mettre en \u00e9vidence sa sveltesse au milieu des lourdes silhouettes de ses compagnes, m\u2019avaient inculqu\u00e9e et qui avait achev\u00e9 de m\u2019\u00e9loigner du c\u00f4t\u00e9 religieux de leur enseignement, ne gardant que la gourmandise de l\u2019ouverture aux livres. Elles (qu\u2019importe si elles sont maintenant vraisemblablement mortes) qui tol\u00e9raient ou faisaient semblant de ne pas deviner mon \u00e9loignement croissant de l\u2019appartenance \u00e0 leur foi et dont j\u2019ai appris un jour, au d\u00e9tour d\u2019une conversation \u2014 je n\u2019ai jamais fait partie du groupe des \u00ab&nbsp;anciennes de Saint Do&nbsp;\u00bb qui se r\u00e9unissent ou se r\u00e9unissaient r\u00e9guli\u00e8rement, n\u2019\u00e9tant plus Toulonnaise et ce genre de choses m\u2019\u00e9tant parfaitement antinomique \u2014 qu\u2019elles avaient fait all\u00e9geance \u00e0 la d\u00e9rive int\u00e9griste de je ne sais plus quel \u00e9v\u00eaque et que le couvent avait d\u00e9m\u00e9nag\u00e9, ce qui m\u2019a paru une invraisemblable trahison. J\u2019ai essay\u00e9 de localiser la longue all\u00e9e qui nous servait de terrain de course entre des haies, les deux espaces de terre battue superpos\u00e9s qui \u00e9taient cours de r\u00e9cr\u00e9ation avec la restanque et son figuier dont nous nous r\u00e9servions, nous les \u00e9l\u00e8ves des classes terminales, les branches pr\u00e8s du sol sur lesquelles nous nous asseyions pour manger les figues confites sur leur reste de sucre \u00e0 la rentr\u00e9e de septembre, au dessus des all\u00e9es du potager, les grands et&nbsp; ingrats b\u00e2timents construits pour \u00eatre salles de classe | je contemplais en troisi\u00e8me le Faron derri\u00e8re les vitres hautes pour m\u2019abstraire des cours ennuyeux | sauf les terminales nich\u00e9es dans ce que l\u2019on disait une ancienne \u00e2nerie, sur une cour en contrebas limit\u00e9e par un banc de pierre sous les arbres et la terrasse ombrag\u00e9e, dall\u00e9e de rouge, devant l\u2019ancienne maison de ma\u00eetre qui abritait les chambres de la plupart des nonnes, l\u2019administration, leurs lieux de vie, avec dans l\u2019annexe la cuisine et notre cantine, le toit baign\u00e9 d\u2019une belle brume d\u2019incertitudes\u2026 n\u2019ai pas retrouv\u00e9 mon chemin dans&nbsp; les rues qui se sont civilis\u00e9es. J\u2019ai cherch\u00e9 sur Google \u00ab&nbsp;Cours Saint Dominique &#8211; Toulon&nbsp;\u00bb et je les ai retrouv\u00e9es, elles ou tout du moins une \u00e9cole libre nomm\u00e9e Cours Saint Dominique, plus proche que le pensais, 3100 route de la Roquebrussanne | un de ces noms qu\u2019on ne peut prononcer sans prendre l\u2019accent ou un accent qui s\u2019en rapproche | \u00e0 La Celle. Alors lentement ai entrepris le chemin sur Street View vers Carc\u00e8s et le Thoronet\u2026 avant d\u2019abandonner, la route est longue, de tricher, de pointer sur l\u2019adresse, de trouver une all\u00e9e qui part \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de vignes et qui m\u00eane \u00e0 un quai de transfert des ordures m\u00e9nag\u00e8res et une unit\u00e9 de production de b\u00e9ton pr\u00eat \u00e0 l\u2019emploi\u2026 ai poursuivi un peu jusqu\u2019\u00e0 l\u2019embranchement&nbsp; vers l\u2019Abbaye de La Celle, le long d\u2019une petite route bord\u00e9e d\u2019arbres tordus et de broussailles, le Cours Saint Dominique figure sur la carte un peu au sud avec la mention \u00ab&nbsp;ferm\u00e9 temporairement&nbsp;\u00bb, mais la Google-car n\u2019a pas suivi le chemin qui y conduit et je l\u2019ai laiss\u00e9 \u00e0 sa vie ou non vie, il ne saurait me concerner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-large-font-size\" id=\"proposition2\"><strong>#02 &#8211; caresser et acheter des livres<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pourquoi pas vraiment librairies famili\u00e8res<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pousse tr\u00e8s tr\u00e8s rarement la porte d\u2019une librairie. Timidit\u00e9 ou refus instinctif de laisser quelqu\u2019un se glisser dans l\u2019intimit\u00e9 de ma rencontre avec un livre. Grand respect \u00e0 priori pour les libraires les sachants les gardiens mais certitude | me connais ou du moins me connaissais puisque je me corrige | que tout conseil me dissuade. Mais suis attir\u00e9e par les tables pos\u00e9es devant leurs portes, surtout si elles sont couvertes de livres de poche\u2026. N\u2019\u00e9tais pas concern\u00e9e ou ne me sentais pas concern\u00e9e par la nouveaut\u00e9; En v\u00e9rit\u00e9 ne le suis toujours as r\u00e9ellement, me borne \u00e0 la sympathie pour ceux qui le sont, et parfois \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 curieuse. M\u2019attiraient aussi les tables et rayonnages des librairies de mus\u00e9e (mes livres Beaubourg surtout et des catalogues de la Collection Lambert), du th\u00e9\u00e2tre de la Colline et de la Maison de la Po\u00e9sie ou les boites des bouquinistes, ces endroits o\u00f9 j\u2019\u00e9tais certaine d\u2019avoir la paix. Depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, depuis Avignon ma principale librairie est internet, Amazon le plus souvent pour les occasions, ou pour les livres que la conversation sur le web me donne (me donnait.. veux relire) le d\u00e9sir soudain d\u2019aller voir ce que recouvre tel titre, l\u2019\u00e9diteur le plus souvent s\u00fbre que je suis que les libraires locaux ne les auront pas..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un beau cadre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des tables et vitrines pourtant o\u00f9 trouvais mon miel, occasion ou neuf, et livres de poche bien entendu, mais pas tout \u00e0 fait ceux qu\u2019on trouvait un peu partout, et sous la garde chaleureuse de belles reliures. Quand n\u2019allais pas visiter les salles de Drouot \u00e0 l\u2019heure du d\u00e9jeuner, ni ne m\u2019amusais \u00e0 dessiner sur l\u2019\u00e9cran de mon ordinateur, faisais un d\u00e9tour, sur mon chemin vers les galeries du Palais Royal o\u00f9 m\u2019asseoir \u00e0 la limite de la galerie, sur le sol, les jambes \u00e9tendues devant moi au soleil du jardin, par la Galerie Vivienne et l\u2019angle entre la branche venant de la rue du m\u00eame nom et la longue galerie \u00e0 tr\u00e9sors vers la rue du Faubourg Saint Honor\u00e9, fouiller dans les tables au fond, sous la verri\u00e8re rectangulaire o\u00f9 ils \u00e9taient pos\u00e9s verticalement par ordre alphab\u00e9tique avec juste assez de jeu pour qu\u2019on \u00ab&nbsp;feuillette&nbsp;\u00bb les volumes en les ramenant vers soi \u00e0 la d\u00e9couverte des Dickens ou des colloques litt\u00e9raires chez 10\/18 et dans une autre collection dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom \u00ab&nbsp;Pauvre Belgique&nbsp;\u00bb de Baudelaire, Marivaux en romans, Restif de la Bretonne, d\u2019autres\u2026 et la collection de l\u2019Evolution de l\u2019humanit\u00e9 |tous livres qui ont tranquillement pourri dans ma cave et que je regrette | avant de traverser la galerie et d\u2019aller payer le butin du jour au libraire, pench\u00e9 sur des livres de comptes ou autres, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de son antre peupl\u00e9 de livres que je regardais respectueusement derri\u00e8re les vitres de son local (internet me donne son nom : Jousseaume).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Bouquinistes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y avait | je vois sur Google-maps qu\u2019il n\u2019existe plus |pr\u00e8s du th\u00e9\u00e2tre de la Bastille l\u2019antre si bourr\u00e9 que j\u2019y entrais rarement me contentant de fouiller dans ce qui d\u00e9bordait sur le trottoir de la rue de la Roquette un merveilleux bouquiniste o\u00f9 j\u2019ai trouv\u00e9 du mauvais, de l\u2019indiff\u00e9rent et deux recueils de dessins qui \u00e0 tort ou raison me sont chers | il a son jumeau \u00e0 Avignon au d\u00e9but de la rue Carnot mais qui sur le trottoir ne d\u00e9pose que les livres qu\u2019il offre ou solde \u00e0 un euro | et bien entendu les boites des bouquinistes au d\u00e9but de ma promenade dominicale le long de la Seine, mais quand je voulais chercher des livres je traversais apr\u00e8s m\u2019\u00eatre \u00e9nerv\u00e9e pr\u00e8s du Ch\u00e2telet devant l\u2019invasion des Poulbot, b\u00e9rets, mugs tatou\u00e9s Paris et tours Eiffel, et un grand hangar \u00e0 livres pr\u00e8s de Beaubourg au sous-sol duquel je marchais entre des piles de livres invendus d\u2019o\u00f9 j\u2019ai ramen\u00e9 quelques p\u00e9pites qui n\u2019existent plus qu\u2019en vague souvenir dans un coin de ma m\u00e9moire assortis de souvenirs d\u2019une ambiance souriante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une vraie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour le plaisir de c\u00f4toyer des livres, de fouiner un peu parmi les poches avant que je me laisse avec plaisir, au rebours de mes anciennes m\u00e9fiances, guider dans mes d\u00e9sirs par les rencontres sur internet vers le besoin urgent de tel ou tel livre plus assur\u00e9e d\u2019avoir proximit\u00e9 de go\u00fbt avec ceux qui le conseille que l\u2019\u00e9tais dans ma vie int\u00e9rieure et parce que dans mon quartier avignonnais n\u2019y avait que deux librairies d\u2019anciens qui relevaient du r\u00eave et qui ont disparues en m\u00eame temps que les antiquaires pour faire place aux boutiques de mode d\u00e9structur\u00e9e et on\u00e9reuse, ai d\u00e9couvert ici la Fnac | n\u2019\u00e9tais jamais entr\u00e9e dans une de ses boutiques parisiennes | pour acheter ordinateurs successifs et appareils photo, ai d\u00e9riv\u00e9 vers leur rayon librairie consensuelle et m\u2019en suis, avec petite honte, tenue \u00e0 elle jusqu\u2019\u00e0 ce soir o\u00f9&nbsp; pour la pr\u00e9sentation de deux livres \u00e9dit\u00e9s par un couple devenu amical me suis retrouv\u00e9e dans le groupe souriant assis au fond d\u2019un librairie\/couloir bellement nomm\u00e9e \u00ab&nbsp;la m\u00e9moire du Monde&nbsp;\u00bb, soir qui fut suivi d\u2019autres, o\u00f9 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 conquise par la chaleur des \u00e9changes et la gentillesse du couple qui la tenait. Habitude prise de commencer par \u00ab&nbsp;y aller voir&nbsp;\u00bb avant de chercher o\u00f9 commander le livre pas trop banal que d\u00e9sirais ou pour fl\u00e2ner un peu, titiller ma r\u00e9sistance aux pulsions, \u00e9changer quelques mots avec cela ou celle install\u00e9.e devant son ordinateur dans l\u2019entr\u00e9e, et quand j\u2019avais un livre trouv\u00e9 ou venais chercher celui que j\u2019avais command\u00e9 par leur entremise, en attendant qu\u2019elle ou il puisse s\u2019occuper de moi, fouiller dans le casier qui faisait face \u00e0 leur recoin caisse\/ordinateur de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la&nbsp; porte d\u2019entr\u00e9e parmi les petits livres de po\u00e9sie de toutes tailles et apparences\u2026 Sottement ai perdu l\u2019habitude depuis qu\u2019ils ont quitt\u00e9 Avignon il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es d\u2019y passer, craignant de ne pas trouver la m\u00eame sympathie pour les deux femmes qui ont pris leur suite et lorsque veux chercher ou commander un livre en \u00ab&nbsp;faisant travailler&nbsp;\u00bb un libraire j\u2019ai pris un temps l\u2019habitude de \u00ab&nbsp;la Com\u00e9die humaine&nbsp;\u00bb autre adresse avignonnaise qui a souvent une table dans les rencontres militantes auxquelles j\u2019assiste mais ils n\u2019ont quasiment jamais Le livre dont suis en qu\u00eate, n\u2019ai pas eu m\u00eame attirance pour eux m\u00eame s\u2019ils sont charmants et leur belle et grande boutique claire anonymise pour moi les livres et ne leur permet pas d\u2019envoyer les petits messages que m\u2019adressaient ceux qui se pressaient de chaque c\u00f4t\u00e9 du couloir central de la M\u00e9moire du monde dans les rayonnages et sur les rang\u00e9es de tables\u2026 Il me faut une librairie sombre o\u00f9 les livres prennent presque tout l\u2019espace sous la garde de gentilles personnes pour lesquelles ai un semblant d\u2019amiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition1\">#01 | mes non-biblioth\u00e8ques<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Et j\u2019ai sem\u00e9 je ne sais combien de biblioth\u00e8ques au cours de ma vie&nbsp;\u00bb disant cela en passant le long des piles de livres encadrant les petits casiers de provenances diverses entass\u00e9s et pleins de livres me suis dit que c\u2019\u00e9tait idiot puisque livres j\u2019ai et j\u2019ai eu oui mais de biblioth\u00e8que point. De l\u2019enfance, de l\u2019adolescence ne sais plus rien si ce n\u2019est les livres omnipr\u00e9sents pourtant aim\u00e9s pour l\u2019isolement les r\u00eaves qu\u2019ils m\u2019apportaient livres qui me semblent flotter de passage qui pourtant au moins pour certains ont d\u00fb \u00eatre pensionnaires proches un temps dans mon coin qui pour certains les m\u00eames ou autres sont rest\u00e9s en moi les meilleurs ou non de ces livres offerts et partag\u00e9s mes tr\u00e9sors ces livres accompagnant la d\u00e9couverte de l\u2019\u00e9criture qui souvent se limitaient aux classiques Garnier et aux livres partag\u00e9s avec ou sans autorisation avec ma m\u00e8re oui ne sais plus sauf pour ces derniers visualiser leurs emplacements. Me souviens davantage de ceux de Paris\u2026 de ceux que j\u2019achetais lorsque pour la classe de philo suis sortie des mains des religieuses et de la fratrie et que j\u2019ai eu quelques sous \u00e0 moi ne sais ce que j\u2019en faisais o\u00f9 les gardais n\u2019ai souvenir que des rayons tapissant deux murs avec des romans ou livres d\u2019histoire et puis des deux rayons du bas avec les cahiers des m\u00e9moires de mon grand p\u00e8re dans le bureau sien o\u00f9 j\u2019avais mon lit d\u2019h\u00e9berg\u00e9e ainsi que de la petite biblioth\u00e8que basse sous les fusils \u00e0 pierre et les sagaies avec les num\u00e9ros de la Revue des deux mondes et les livres de Sade que j\u2019empruntais et qui m\u2019ennuyaient. Me souviens des livres de poche que me permettaient mon argent du m\u00eame nom trouv\u00e9s au rayon librairie des grands magasins parce que les libraires m\u2019intimidaient et que leurs possibles conseils m\u2019\u00e9taient recul comme tout ce qui \u00e9tait plus ou prou prescription sans pour autant savoir ce qu\u2019en faisais. Rue de S\u00e9vign\u00e9 dans mon premier antre personnel l\u2019invasion des livres et revues s\u2019entassaient au sol et pour ceux que voulais garder m\u2019accompagnaient vers Cholet ma petite chambre sous le toit familial et les deux rayonnages que j\u2019ai toujours fabriqu\u00e9s en belles planches \u00e9paisses par mon p\u00e8re qui renouait avec ses anc\u00eatres grand-maternels menuisiers et calfats rayonnages qui m\u2019ont suivi vers l\u2019antre\/pagaille de la rue de la Roquette et mes achats compulsifs dans les solderies, les bouquinistes quelques incursions dans des librairies ou plut\u00f4t leurs tables ext\u00e9rieures timide j\u2019\u00e9tais toujours et plus int\u00e9ress\u00e9e par les livres de poche pour leur moindre encombrement et mon d\u00e9dain de l\u2019actualit\u00e9 du livre qu\u2019il Faut avoir lu\u2026 le surplus qui ne trouvait place ni sous la planche table basse sous la fen\u00eatre de ma chambre ni dans les rayonnages paternels ni dans les deux achet\u00e9es en kit et mal mont\u00e9es descendant dans des petits sacs plastiques pour s\u2019entasser dans la cave o\u00f9 ils ont pourri tranquillement. De mon antre me souviens qu\u2019apr\u00e8s le moment de plaisir quand retrouvant un peu de force et de tonus au bout de quelques jours d\u00e9couvrant les piles telles que ma soeur venue m\u2019aider les avait dispos\u00e9es en vidant les cartons pass\u00e9 le moment d\u2019effarement ai entrepris puis abandonn\u00e9 de les trier par ordre alphab\u00e9tique renon\u00e7ant assez rapidement les alignant sur les rayonnages qui avaient trouv\u00e9 leur place d\u2019embl\u00e9e en saluant quelques uns comme des amis oubli\u00e9s m\u2019aga\u00e7ant de ne pas en retrouver d\u2019autres qui n\u2019ont pas tous refait surface commandant une haute colonne et au fil des mois suivants quelques casiers au gr\u00e9 de rencontres dans des catalogues sans tenir compte de la teinte des bois guid\u00e9e uniquement par les dimensions des impulsions plus ou moins explicables l\u2019inutilit\u00e9 de toute intervention mienne pour les monter\u2026 et au fil des ann\u00e9es qui ont suivi dirai que suis d\u00e9pass\u00e9e par la mar\u00e9e d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 ne plus y faire entrer quelque livre que ce soit\u2026&nbsp; que les deux ou trois tentatives de classement ont tout de suite \u00e9t\u00e9 perturb\u00e9es et d\u00e9truites par les arriv\u00e9s prenant place o\u00f9 elles pouvaient ou ne pouvaient pas\u2026 que ceux qui sont rang\u00e9s c\u2019est \u00e0 dire pos\u00e9s dans un cadre de bois officiel ou m\u00eame dans un des nombreux casiers d\u2019osier de carton gain\u00e9 de tissu ou de bois qui sont venus les rejoindre parce que pouvais les porter y sont tant serr\u00e9s qu\u2019il est pratiquement presque impossible de les en sortir\u2026 que lorsque d\u00e9sirant relire enfin je d\u00e9couvre derri\u00e8re le premier rang ou perdus dans une pile des livres ceux que je ne me souviens plus d\u2019avoir lus ni poss\u00e9d\u00e9s\u2026 qu\u2019il y a tous ceux dont je ne suis pas certaine qu\u2019ils soient arriv\u00e9s dans l\u2019antre et plac\u00e9s quelque part ou que je crois avoir mais qui trainent dans un coin de mon cerveau semblables et diff\u00e9rents de ce que je red\u00e9couvre en les relisant quand tombe sur eux. Finalement les livres avec lesquels je cohabite se doublent d\u2019une biblioth\u00e8que aussi riche et belle qu\u2019imaginaire recr\u00e9e de mauvaise et bonne m\u00e9moire ou se limitant \u00e0 des titres et des \u00e9chos.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table des chapitres 1 &#8211; mes non-biblioth\u00e8ques 2 &#8211; caresser et acheter des livres 3 &#8211; choses perdues &#8211; le Cours Saint-Dominique \u00e0 Toulon 4 &#8211; souvenirs de lectures 5 &#8211; la qu\u00eate #05 &#8211; la qu\u00eate Elle avait le go\u00fbt des lectures \u00e0 elle non destin\u00e9es, si possible autoris\u00e9es, sinon vol\u00e9es ou lues en cachette par morceaux d\u00e9sordonn\u00e9s, et <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-brigetoun\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#nouvelles #boucle 1 | Brigetoun<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":95,"featured_media":150962,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5736,5737,5795,5837,5862,5902],"tags":[5903,5887,5849,1014,5847,2433,5886,3806,5888,5904,5905,3721,3849],"class_list":["post-148443","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles-1","category-01-ranger-ses-livres","category-02-histoire-de-mes-librairies","category-03-schalansky-inventaire-de-choses-perdues","category-04-le-livre-dans-sa-materialite","category-05-4-stations-pour-un-livre","tag-bouqio","tag-cadeaux","tag-dominicaines","tag-ecole","tag-la-celle","tag-livres","tag-livres-broches","tag-nouvelles","tag-occasions","tag-oste","tag-pere-2","tag-recherche","tag-toulon"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/148443","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/95"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=148443"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/148443\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/150962"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=148443"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=148443"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=148443"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}