{"id":148934,"date":"2024-05-12T11:56:59","date_gmt":"2024-05-12T09:56:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=148934"},"modified":"2024-05-12T22:18:51","modified_gmt":"2024-05-12T20:18:51","slug":"nouvelles01-i-chercher-un-livre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles01-i-chercher-un-livre\/","title":{"rendered":"#nouvelles#boucle1 I Betty Gomez"},"content":{"rendered":"\n<p>table des chapitres<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition1\">1-chercher un livre<\/a><br><a href=\"#2lecheval\" data-type=\"internal\" data-id=\"#2lecheval\">2-une librairie \u00e0 toi<\/a><br><a href=\"#article3\">3-lettres perdues<\/a><br><a href=\"#4nouvelle\">4-lire ou porter<\/a><br><a href=\"#article5\">5-\u00e9l\u00e9phants<\/a><br><br><br><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1006\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_7408-1024x1006.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-148978\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_7408-1024x1006.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_7408-420x413.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_7408-768x755.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_7408-1536x1509.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_7408-2048x2012.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-light-gray-background-color has-background\" id=\"proposition1\"><strong>#01 I Chercher un livre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p id=\"proposition1\">J\u2019ai dix ans et une dizaine de livres. Une infinit\u00e9. Bien rang\u00e9s dans un scriban en acajou, derri\u00e8re une vitre, <em>l\u2019Enfant et la Rivi\u00e8re <\/em>d\u2019Henri Bosco dans la collection 1000 soleils, <em>Terre des Hommes <\/em>de Saint-Exup\u00e9ry, couverture orange cartonn\u00e9e, collection Exploits et le visage inqui\u00e9tant du touareg, <em>la Bible racont\u00e9e aux enfants <\/em>par la comtesse de S\u00e9gur, en deux volumes, (trois ans plus tard j\u2019y cache un paquet de cigarettes menthol\u00e9e, des Fines 120). Ils sont class\u00e9s en ordre d\u00e9croissant, par taille, ces quatre \u00e0 gauche, puis viennent les collections : rouge et or, la biblioth\u00e8ques verte puis rose. Les pages sont corn\u00e9es, annot\u00e9es, t\u00e2ch\u00e9es, mouill\u00e9es.&nbsp;Comment organiser ma biblioth\u00e8que, trouver le livre d\u00e9sir\u00e9? J\u2019imagine un bras m\u00e9canique, un bo\u00eetier, des chiffres. Il suffira de taper son code pour que le livre arrive dans un tiroir. Il y en aura tant. La question esth\u00e9tique je n\u2019y pense pas. L\u2019important : les livres. Des livres comme un tr\u00e9sor, une possession. Une maison \u00e0 soi.&nbsp;Le livre comme une seconde peau. On en plie la couverture, l\u2019enfile au fond du sac, le glisse sous les couvertures, l\u2019am\u00e8ne aux cabinets, heures d\u00e9licieuses \u00e0 lire, comme un temps suspendu, l\u2019emporte en voiture pr\u00eat \u00e0 traverser l\u2019Europe, embouteillages, chaleur, quelle importance avec deux ou trois livres dans le sac, parce qu\u2019une biblioth\u00e8que c\u2019est d\u2019abord les deux ou trois livres que l\u2019on prend avec soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re biblioth\u00e8que d\u2019\u00e9tudiante, une planche au dessus du lit en 90, des livres neufs, sur la page de garde mes nom, pr\u00e9nom, et HK pour signifier l\u2019ann\u00e9e (l\u2019ann\u00e9e est toujours scolaire) : Duras &nbsp; (chez Minuit) y c\u00f4toie Balzac, Stendhal, Proust (en Folio). M\u00eame blancheur de la tranche pas encore cass\u00e9e (\u00e7a ne tardera pas). Puis les lectures personnelles <strong>(<\/strong>sur la droite, parce que le classement se fait toujours de gauche \u00e0 droite, comme on \u00e9crit.), <em>Peter Camenzind <\/em>d\u2019Hermann Hesse (recommand\u00e9 par un ami qui l\u2019a lu en prison), <em>Les Racines du Ciel<\/em> de Romain Gary (tr\u00e8s vite la couverture sera cass\u00e9e, le livre lu, relu). C\u2019est le temps o\u00f9 l\u2019on&nbsp; se constitue une biblioth\u00e8que, r\u00eave devant les librairies, imagine une biblioth\u00e8que, comme une maison, une existence, l\u2019infinit\u00e9 des possibles. A gauche, sur la planche, Platon, Descartes, Nietzsche. D\u2019embl\u00e9e une s\u00e9paration entre philosophie et litt\u00e9rature. Quarante ans plus tard, des dizaines de planches en plus, des centaines d\u2019ouvrages en plus, la philosophie, moins nombreuse, est toujours \u00e0 gauche, \u00e0 la place du roi. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une biblioth\u00e8que que d\u2019autres ont rang\u00e9e : celle dans laquelle on r\u00e9vise, r\u00e9dige des dissertations, emprunte des livres, fait la queue, s\u2019impatiente, vite sortir fumer une cigarette. Lieu familier. Dans n\u2019importe quelle ville, retrouver ces murs qui appellent, ces voix. Suivre l\u2019ordre alphab\u00e9tique. Pour choisir son rayon, sa salle, ou son encoignure. On sait depuis longtemps que le 1 indique la philosophie. Le 1, l\u2019\u00e9quivalent du gauche chez soi. On compte, de gauche \u00e0 droite. Je n\u2019ai aucun sens g\u00e9ographique, me perds facilement dans les villes (par d\u00e9sir sans doute) mais dans une biblioth\u00e8que, une librairie, je connais les chemins, les familles, le sens de circulation, sais m\u2019orienter.<\/p>\n\n\n\n<p>Une biblioth\u00e8que, ce sont des cartons lors des d\u00e9m\u00e9nagements. Cartons de plus en plus nombreux. On a appris \u00e0 utiliser de petits cartons. On d\u00e9balle les cartons. De chambre d\u2019\u00e9tudiant en chambre d\u2019\u00e9tudiant, la biblioth\u00e8que grossit doucement. Apparition des premiers Pl\u00e9iade. Cadeau maternel. Un par an. Constituer une biblioth\u00e8que comme une collection rel\u00e8ve toujours de l\u2019esp\u00e9rance.&nbsp;Le rythme de la constitution d\u2019une biblioth\u00e8que. \u00c7a commence lentement (mais pourquoi supposer qu\u2019il en est de m\u00eame pour tous?), mais chaque nouveau livre l\u2019allonge consid\u00e9rablement. Passer de dix \u00e0 onze ouvrages. Puis de vingt-et-trois \u00e0 vingt-et-quatre. Viendra le temps o\u00f9 la biblioth\u00e8que avalera chaque nouvel ouvrage discr\u00e8tement. Noy\u00e9 dans la masse. Une progression qui n\u2019est pas continue mais qui proc\u00e8de par bond.&nbsp;Les biblioth\u00e8ques fusionnent. La tienne, la mienne. Commencent les doublons : 1984, Cent ans de solitude\u2026 Nous rions du mot de Woody Allen, (dans Manhattan ?) quand le couple se s\u00e9pare et&nbsp;doit partager les livres (une biblioth\u00e8que se d\u00e9fait) : <em>tous ceux avec \u00ab&nbsp;mort&nbsp;\u00bb dans le titre sont \u00e0 toi.<\/em> Arrivent les livres que l\u2019on n\u2019a pas soi-m\u00eame choisis. Comme une r\u00e9serve suppl\u00e9mentaire. Des livres \u00e0 lire. Parce qu\u2019une biblioth\u00e8que se distingue entre livres lus et livre \u00e0 lire. Et ceux \u00e0 lire diminuent alors m\u00eame que les ouvrages s&rsquo;accumulent, couvrent les murs, p\u00e8sent sur le plancher, multiplient le nombre de cartons lors des d\u00e9m\u00e9nagements que l\u2019on commence \u00e0 appr\u00e9hender.&nbsp;Apr\u00e8s avoir grossi doucement, voil\u00e0 que la mienne a des fulgurances. Premiers salaires, et ce sont les Simenon d\u2019occasion en&nbsp; Presse de la cit\u00e9, Antelme, Primo L\u00e9vi, \u2026 et des neufs quand on a longtemps emprunt\u00e9 des livres qui avaient droit de s\u2019empiler au pied du lit mais pas d\u2019entrer dans notre biblioth\u00e8que puisqu\u2019il fallait les rendre sous quinze jours (les biblioth\u00e9caires accommodants acceptaient de prolonger aux habitu\u00e9s).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle bondit parfois par h\u00e9ritage. Tu ne connais pas celui dont tu re\u00e7ois les livres, mais qui d\u2019autre pour recevoir des ouvrages de philosophie, sociologie, psychologie? Ils iront dans les rayons du haut. A gauche donc, et enti\u00e8rement en haut tous les Freud re\u00e7us en h\u00e9ritage du psychanalyste que tu ne connais pas. Les Pl\u00e9iade s\u2019additionnent avec les ann\u00e9es, et puis les collections (tout Plotin, pas lu mais au programme de l\u2019agr\u00e9gation) et puis la litt\u00e9rature. Tu ne connais pas davantage cette dame qui part vivre dans une maison de retraite, professeur de philosophie, \u00e0 qui donner ses livres?, tu avertis que d\u00e9sormais tu tries, limites ce que tu prends, seulement ce que tu liras, il est fini le temps o\u00f9 tu te constituais une biblioth\u00e8que, mais comment refuser ce PUF que tu ne t\u2019aies jamais offert parce que trop cher, et cet autre, alors tu repars bras charg\u00e9s. En attendant d\u2019acheter de nouvelles \u00e9tag\u00e8res, ils resteront en pile \u00e0 m\u00eame le sol.&nbsp;Certains h\u00e9ritages arrivent avec le meuble. On n\u2019y touche pas. Ils restent rang\u00e9s comme ils \u00e9taient, l\u00e0 o\u00f9 un autre les a plac\u00e9s. Commencent les Pl\u00e9iade en doublon.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Vient la seconde r\u00e9serve. Une librairie pour soi. On a appris \u00e0 lire sans corner, sans casser la couverture, sans annoter, sans ouvrir en grand le livre, \u00e0 ne pas l\u2019emporter dans un sac. Choisir entre ceux que l\u2019on remettra en rayon de la librairie et ceux que l\u2019on gardera, ach\u00e8tera.&nbsp;Dans la t\u00eate est rang\u00e9e la biblioth\u00e8que des livres lus, non conserv\u00e9s, ceux qu\u2019on ne peut relire \u00e0 l\u2019envie. La biblioth\u00e8que s\u2019\u00e9tend, p\u00e8se. Le plancher tiendra-t-il? Au pied, en pile, ceux sauv\u00e9s du pilon.&nbsp; D\u00e9sormais les livres qui entreront iront au rez-de-chauss\u00e9e. Le poids des livres devient une obsession. Des esquisses de rangements th\u00e9matiques ici, par auteur l\u00e0, mais aussi par p\u00e9riode d\u2019achat, par collection, par format, par couleur. Dans la chambre, Bergounioux. Mais aussi \u00e0 l\u2019\u00e9tage. Ernaux ici. Mais aussi l\u00e0. Une biblioth\u00e8que consacr\u00e9e \u00e0 la musique (rock, folk, jazz), une au cin\u00e9ma, une \u00e0 la litt\u00e9rature italienne. Mais de la litt\u00e9rature espagnole parmi le cin\u00e9ma, de l\u2019histoire dans la partie musique. Peu m\u2019importe. Je sais o\u00f9 trouver Maupassant, Ernaux, Dickens, Dumas, Lafon, je sais quelle collection, quelle couleur de tranche, quel format pour les avoir si souvent parcourus du regard, du bout des doigts. Chaque livre a une histoire ind\u00e9pendante de son auteur qui tient non pas au contenu mais \u00e0 l\u2019objet, \u00e0 son histoire, quand achet\u00e9, o\u00f9, pourquoi, par qui offert, o\u00f9 lu, quand lu, quoi \u00e9prouv\u00e9, quoi retenu, la couleur d\u2019un ruisseau, la porosit\u00e9 des pronoms, le rythme de la phrase, le choix de la langue, l\u2019audace, la retenue, telle image. <\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019aime pas ranger une biblioth\u00e8que. Tu aimes la ranger. Ton crit\u00e8re? L\u2019esth\u00e9tique. Je te laisse faire. Tu classes, par couleur, collection, th\u00e8me, ajoutes photos, cartes, \u00e9l\u00e9phants, statuettes. Je cours du regard sur la biblioth\u00e8que, lequel pas lu encore, lequel \u00e0 lire ce soir, j\u2019en sors un, deux, trois qui viennent s\u2019empiler au pied du lit. Je suis celle qui fait des trous dans les rayonnages (un rat de biblioth\u00e8que ne serait-ce finalement pas celui qui y fait ses trous?), pas celle qui la range.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-light-gray-background-color has-background\" id=\"2lecheval\">#2 I une librairie \u00e0 toi<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" data-id=\"149664\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_1549-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-149664\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_1549-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_1549-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_1549-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_1549-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/IMG_1549-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le cheval dans l&rsquo;arbre\u00a9MarcGourmelon<\/figcaption><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p><strong><em>Librairie-pap\u00e8terie Bouisson, B\u00e9ziers<\/em><\/strong><br>Le fondateur est un ancien instituteur, tous les enseignants de la ville se servent chez lui. En septembre les familles s\u2019y pressent. J\u2019y ai mon compte, ai droit \u00e0 5 % de r\u00e9duction, ai le sentiment de faire partie de la famille, celle de la MAIF dont on se sait tous actionnaires, de la MGEN tenue par des amis, on est dans la confiance, l\u2019esprit est celui de la coop\u00e9rative. C\u2019est le quartier de mon enfance, celui o\u00f9 habitent mes grands-parents. Quelques ann\u00e9es plus tard j\u2019aurai la libert\u00e9 d\u2019y rester, devenue l\u2019amie de la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration. Il n\u2019est pas libraire, mais sa m\u00e8re l\u2019est. Le p\u00e8re par h\u00e9ritage, la m\u00e8re par go\u00fbt de la lecture. Elle me conseille des lectures, me pr\u00eate des livres avec consigne de ne pas casser la tranche. Frustration que de ne pouvoir mettre \u00e0 plat les deux pages, de devoir se soucier de l\u2019objet, de devoir peiner pour lire les fins de ligne de la page gauche, le d\u00e9but de celle de droite. Regimber d\u2019abord. S\u2019y habituer ensuite. Ne plus savoir faire autrement. Dans la r\u00e9serve, des piles de manuels obsol\u00e8tes, je constitue ma premi\u00e8re biblioth\u00e8que de manuels de philosophie. Quand la mairie choisira de passer un appel d\u2019offre pour les fournitures scolaires, la librairie ind\u00e9pendante ne pourra pas rivaliser. Dans l\u2019avenue aujourd\u2019hui les boutiques ont quasi toutes ferm\u00e9, des fresques en trompe-l\u2019oeil pr\u00e9tendent faire oublier la responsabilit\u00e9 des municipalit\u00e9s qui ont favoris\u00e9 l\u2019ouverture de grandes surfaces au d\u00e9triment des boutiques de proximit\u00e9. Dans la librairie d\u00e9serte je reviens piocher dans les rayons pour garnir ceux de celle \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Le Gai Savoir, B\u00e9ziers<\/em><\/strong><br>Dans une ruelle, entre les halles et la cath\u00e9drale de B\u00e9ziers, pr\u00e8s du <em>Maroc &#8211;<\/em> une boutique de colifichets o\u00f9 l\u2019on par vient, par essaim,&nbsp; \u00e0 la sortie du coll\u00e8ge, acheter, voler parfois, des bagues en argent, du patchouli, des arbres de vie, une librairie. J\u2019y entre une fois ou deux seulement. Les libraires, barbus et chevelus, sont des amis de Mich\u00e8le. Elle leur donne des livres, des tombereaux de livres qu\u2019elle re\u00e7oit en service de presse par les \u00e9diteurs. Le <em>Gai Savoir<\/em>. Ce nom, j\u2019en ignore la r\u00e9f\u00e9rence mais en devine la force, la promesse. Une librairie comme une com\u00e8te, une \u00e9toile filante. Combien de temps est-elle rest\u00e9e ouverte? Deux ans, cinq ans tout au plus?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Ombres Blanches, Toulouse<\/em><\/strong><br>Nous sommes install\u00e9s au caf\u00e9 Breughel, il me raconte cette librairie. Ombres blanches. Il y a un piano. Fureter parmi les livres en \u00e9coutant un piano. Une librairie-monde. Plus tard j\u2019y entrerai, il y travaillera. Mais elle a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 un r\u00e9cit, un r\u00eave \u00e9veill\u00e9. Plus tard nous aussi nous ouvririons une librairie. Mais il fallait retourner en cours.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Sauramps, Montpellier<\/em><\/strong><br>Un nom \u00e9trange. Je sais qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e par le p\u00e8re de Valodia, mon professeur de fran\u00e7ais. Il n\u2019en parle jamais. Des tuyaux color\u00e9s au plafond pour s\u2019orienter dans le labyrinthe. Escaliers, couloirs, demi-\u00e9tages, coins et recoins, couloir encore. Sur le comptoir des revues, <em>Page<\/em>, le <em>Matricule des Anges<\/em>. On commande, verse des arrhes. Il en est de ces grandes librairies comme des mus\u00e9es o\u00f9 l\u2019on aime se regarder. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Librairie Damocle, Venise&nbsp;<\/em><\/strong><br>Partager une adresse, comme on partage un secret. Celle o\u00f9 l\u2019on retourne \u00e0 chaque s\u00e9jour \u00e0 Venise. La premi\u00e8re fois, un hasard. Libraire-\u00e9diteur. Peu d\u2019exemplaires, soin du papier, de la couleur, pages cousues d\u2019un fil rouge, \u00e9dition bilingue. En italien la traduction. Impression artisanale. L\u2019homme est peu loquace. Deux mots pourtant, comme un code, en apercevant le badge \u00e9pingl\u00e9 sur ton sac \u00e0 dos : <em>City Lights<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Le cheval dans l\u2019arbre, C\u00e9ret<\/em><\/strong><br>La premi\u00e8re fois, on est venu pour Derain, pour les ar\u00e8nes &#8211; on a vu les ar\u00e8nes, les coupelles de Picasso, les platanes, d\u2019antiques bus verts gar\u00e9s dans une hangar, une librairie &#8211; ferm\u00e9e &#8211; dans la vitrine, le livre de Mich\u00e8le, <em>En sortant de l\u2019\u00e9cole &#8211; l<\/em>a seconde fois, c\u2019est la librairie qu\u2019on vient voir &#8211; depuis quelques mois on visite des librairies \u00e0 vendre &#8211; rares &#8211; cette annonce dans un gratuit &#8211; t\u00e9l\u00e9phoner, venir, retrouver six ans plus tard la librairie &#8211; se d\u00e9cider &#8211; nettoyer, remplir les rayons, inaugurer &#8211; on ne r\u00e9alise pas ce qui se joue &#8211; inconscience n\u00e9cessaire pour entreprendre &#8211; ville, visages, m\u00e9tier inconnus &#8211; on avait imagin\u00e9 des noms, elle a a d\u00e9j\u00e0 un &#8211; existe depuis dix ans &#8211; d\u00e8s que possible d\u00e9m\u00e9nager &#8211; batailler pour obtenir un poste tout pr\u00e8s &#8211; la librairie comme point de gravit\u00e9 &#8211; de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 &#8211; l\u2019\u00e9vidence &#8211; passer \u00e0 la librairie &#8211; s\u2019asseoir en&nbsp; terrasse de la cr\u00eaperie mitoyenne, avec la poussette &#8211; les enfants grandissent &#8211; parfois seulement ralentir en voiture, klaxonner, eux \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, \u00e0 la main un livre emprunt\u00e9 \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que &#8211; en sortant du coll\u00e8ge &#8211; ils passent chercher de quoi s\u2019acheter un croissant &#8211; viennent t\u2019embrasser , s\u2019assoient par terre devant le rayon de BD, reprennent leur lecture &#8211; la librairie c\u2019est des mots nouveaux &#8211; r<em>etour, diffuseur, distributeur &#8211; <\/em>c\u2019est pour toi des cartons &#8211; des transporteurs &#8211; des trajets \u00e0 Toulouse &#8211; des rencontres surtout &#8211; des choix &#8211; la librairie c\u2019est l\u2019inventaire en famille, entre amis &#8211; une guirlande de No\u00ebl qu\u2019on met le 15 d\u00e9cembre, retire au printemps, finit par laisser toute l\u2019ann\u00e9e &#8211; c\u2019est des petits \u00e9diteurs \u00e0 d\u00e9couvrir &#8211; c\u2019est des conseils &#8211; c\u2019est des rencontres &#8211; c\u2019est des matins avec le glas qui sonne &#8211; c\u2019est ceux du matin avec leur sac de courses &#8211; ceux qui cherchent un livre \u00e0 offrir \u00ab&nbsp;pour quelqu\u2019un qui n\u2019aime pas lire&nbsp;\u00bb &#8211; ceux qui viennent commander le livre dont ils ont entendu parler \u00e0 la radio mais dont ils ont oubli\u00e9 le nom de l\u2019auteur, le titre,&nbsp; <em>mais \u00e7a se passait dans un pays nordique <\/em>&#8211; ou ils l\u2019ont vu \u00e0 une \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9, ou chez un ami,&nbsp; et &nbsp;<em>la couverture est bleue<\/em>&nbsp; &#8211;&nbsp; c\u2019est ceux qui ont not\u00e9 sur un bout de papier toutes les r\u00e9f\u00e9rences et jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ISBN, ont fait la recherche sur Amazon mais viennent commander ici, par conviction &#8211; ceux qui entrent seulement pour dire bonjour, apporter un caf\u00e9, des g\u00e2teaux, reprendre la discussion  sur la musique, le cin\u00e9ma, la litt\u00e9rature, interrompue le jour, la semaine ou le mois pr\u00e9c\u00e9dent quand \u00e9tait entr\u00e9 un client- c\u2019est un adolescent v\u00eatu de noir qui a trouv\u00e9 ici une seconde maison &#8211; c\u2019est un autre qui virevolte, ouvre un livre, un autre, les commente &#8211; c\u2019est une petite femme curieuse, elle souhaitait qu\u2019on dise cela d\u2019elle apr\u00e8s sa mort, curieuse donc,&nbsp; pas bien riche, grande lectrice &#8211; elle est l\u00e0 quand il faut partir parce qu\u2019un coup de fil appelle ailleurs &#8211; pas possible de la r\u00e9mun\u00e9rer &#8211; elle ne le veut pas, ne l\u2019attend pas &#8211; lui suffit de pouvoir se servir sur le tas, prendre, lire, reposer l\u2019exemplaire &#8211; c\u2019est un devant de porte o\u00f9 l\u2019on se retrouve pour fumer &#8211; discuter &#8211; plus tard vapoter &#8211; c\u2019est des signatures, ailleurs &#8211; \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que, au caf\u00e9, aux ar\u00e8nes, devant la librairie &#8211; quand l\u2019\u00e9diteur, l\u2019auteur le r\u00e9clament &#8211; on n\u2019a pas achet\u00e9 une librairie pour&nbsp; faire du commerce, pour d\u00e9marcher &#8211; combien de fois tu conseilles un livre et d\u00e9couvres que tu ne l\u2019as plus devant le client \u00e9tonn\u00e9 &#8211; tu commandes &#8211; derri\u00e8re toi des piles de livres command\u00e9s &#8211; savoir qui lit quoi, qui commande quoi &#8211; ne jamais snober &#8211; accueillir pareillement la personne venue acheter pour son fils <em>madame de Bovary<\/em> que l\u2019intellectuel parisien avec autocollant du mus\u00e9e qui tourne autour de la table, fur\u00e8te dans les rayons et repart avec une dizaines de livres pointus,&nbsp; command\u00e9s l\u2019hiver en sachant qu\u2019il se vendraient l\u2019\u00e9t\u00e9 &#8211; c\u2019est un ami et sp\u00e9cialiste des gitans &#8211; une professeur de cin\u00e9ma espagnol &#8211; un universitaire allemand &#8211; un situationniste &#8211; un journaliste dont les articles dans <em>Lib\u00e9ration <\/em>ont accompagn\u00e9 ta jeunesse &#8211; c\u2019est Paul Ricoeur qui sans un mot signe son dernier livre &#8211; c\u2019est le sp\u00e9cialiste de Godard &#8211; c\u2019est une latiniste qui aime ferrailler &#8211; c\u2019est une pr\u00e9tendue chaman &#8211; c\u2019est une professeure de yoga &#8211; c\u2019est beaucoup de <em>une,<\/em> aux hommes les essais, aux femmes les romans &#8211; tu aimes la litt\u00e9rature &#8211; c\u2019est une librairie qui te ressemble &#8211; un rayon de CD &#8211; de DVD &#8211; sur la table centrale, entre les livres dress\u00e9s de face, d\u2019autres empil\u00e9s &#8211; comme au mikado la gageure est d\u2019en attraper un sans faire d\u00e9gringoler les autres &#8211; chacun s\u2019y emploie &#8211; des jeunes parents, des m\u00e8res avec les enfants en poussette, ou en libert\u00e9, les mains t\u00e2ch\u00e9es de chocolat &#8211; des livres surtout &#8211; et toi enferm\u00e9 &#8211; au fond de ta librairie- les platanes, le march\u00e9, le soleil que l\u2019on vient chercher tu ne les vois pas &#8211; trente m\u00e8tres carr\u00e9s &#8211; des milliers de livres &#8211; quelques n\u00e9ons &#8211; une chaise bancale, inconfortable&nbsp; &#8211; un minitel &#8211; tr\u00e8s tard un MacBook &#8211; un cahier pour noter les&nbsp; commandes &#8211; un cahier&nbsp; pour noter les recettes &#8211; un tiroir en bois pour la caisse &#8211; une petite machine \u00e0 calculer &#8211; et c\u2019est vingt-trois ans de la vie qui se d\u00e9roulent ici &#8211; le covid, la fatigue, l\u2019\u00e2ge de la retraite viennent &#8211; tu te d\u00e9cides \u00e0 vendre &#8211; pas&nbsp; de petite annonce, le bouche-\u00e0-oreille suffit &#8211; les habitants de la ville, de la vall\u00e9e, se cotisent, cr\u00e9ent une coop\u00e9rative &#8211; pour que demeure <em>le cheval dans l\u2019arbre<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-light-gray-background-color has-background\" id=\"article3\">#3 I lettres perdues<\/h2>\n\n\n\n<p>Un portrait crayonn\u00e9<br>Le contenu d\u2019une lettre d\u00e9pos\u00e9e sur la plus haute marche d\u2019un escalier volant<br>La suite du sens des lettres<br>Un carnet au cadenas dor\u00e9<br>Le pr\u00e9cipice<br>Des mains de pianiste<br>Un magn\u00e9tophone \u00e0 cassettes&nbsp;<br>La patience<br>La voix de Barbara lisant les lettres de Rilke<br>Des portraits \u00e9crits<br>La R\u00e9publique annot\u00e9e<br>Le titre du brouillon d\u2019un livre&nbsp;<br>Des centaines de visages et pr\u00e9noms&nbsp;<br>La maison de S.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La suite du sens des lettres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sait-on ce que l\u2019on s\u00e8me? Alors semer. Semer au vent, semer en courant, semer \u00e0 tout va, semer sur tous les chemins, pierres, ronces ou bonne terre. Des mots laiss\u00e9s, des voix, des traits dessin\u00e9s. D\u2019o\u00f9 les tient-il ses connaissances? Un souvenir image. Un souvenir-fiction, qui sait? Appuy\u00e9 sur le buffet, \u00e0 droite la fen\u00eatre &#8211; confusion de temps?- lui debout, une feuille, j\u2019imagine \u00e0 ses pieds la trousse m\u00e9dicale, la silhouette bedonnante, le visage poilu, barbu, je sais la voix chaude, l\u2019accent \u00e9tranger, les r roul\u00e9s, le sens de la gravit\u00e9, trois lettres trac\u00e9es, des lettres devenues dessins, le A se fait buffle, le B maison mais le dessin du C a disparu, et les lettres suivantes les a-t-il trac\u00e9es, l\u2019histoire s\u2019arr\u00eate, ne pas vouloir chercher dans les livres, les m\u00e9moires artificielles, sachant que non pas la r\u00e9ponse compte mais le myst\u00e8re, quel int\u00e9r\u00eat de savoir de quoi parle le livre si pas la voix, pas le rythme, pas les phrases, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019un gar\u00e7on qui veut devenir \u00e9crivain, et c\u2019en serait fini de la recherche?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-light-gray-background-color has-background\" id=\"4nouvelle\">#4 I Lire ou porter<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-medium is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"315\" height=\"420\" data-id=\"152351\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_2752-315x420.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-152351\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_2752-315x420.jpeg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_2752.jpeg 480w\" sizes=\"auto, (max-width: 315px) 100vw, 315px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p><em><strong>Fr\u00e9d\u00e9rique H\u00e9brard et Louis Velle, La demoiselle d\u2019Avignon<\/strong><\/em><br>Premier livre d\u2019adulte, livre de poche, \u00e9pais, sans image, achet\u00e9 dans une maison de la presse, au sous-sol d\u2019une barre d\u2019immeuble venue enlaidir les montagnes, faire se presser les skieurs, sur la couverture les h\u00e9ros de la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, il porte l\u2019habit vert des acad\u00e9miciens, elle une robe de princesse, <em>alors tu es princesse?<\/em>, et la possibilit\u00e9 de me repasser le film ( les magn\u00e9toscopes n\u2019existent pas, ou si peu, si cher) autant de fois que je veux, ce que je fais, je lis, relis, et aux vacances d\u2019\u00e9t\u00e9 c\u2019est en maillot, sur la plage, que je leur raconte l\u2019histoire, elles sont trois, ont \u00e0 peu pr\u00e8s mon \u00e2ge, mais moi j\u2019ai une histoire, et des heures de r\u00e9cit \u00e0 offrir. Le livre \u00e0 la couverture rose, \u00e0 la tranche rose, est rest\u00e9 dans ma chambre d\u2019enfant, n\u2019a pas eu droit de cit\u00e9 parmi les livres d\u2019adultes, les honorables, sa couverture est en partie d\u00e9chir\u00e9e, sur la page de garde la fillette a not\u00e9 ses noms, pr\u00e9nom, \u00e2ge, et tamponn\u00e9 ses initiales, volutes d\u2019encre mauve entour\u00e9es d\u2019un oiseau et d\u2019un bouquet de cerises, sur la page suivante un r\u00e9sum\u00e9 du livre r\u00e9dig\u00e9 au coll\u00e8ge, le professeur avait demand\u00e9 de raconter une&nbsp;de nos lectures, il est \u00e9crit au stylo plume, un Waterman en plastique, et dans les pages suivantes, dans les marges, des commentaires na\u00effs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Romain Gary, les Racines du ciel<\/strong><\/em><br>Le relire \u00e0 la lampe de poche, les gravats autour, le ciel \u00e0 travers l\u2019ouverture des fen\u00eatres sans vitre, sans huisserie, le tapis de sol, le duvet vid\u00e9 de plumes, combien de temps la lampe tiendra-t-elle, la pr\u00e9sence inqui\u00e9tante d\u2019inconnus, des motards, o\u00f9 log\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9tage en-dessous, dans une autre pi\u00e8ce, dehors l\u2019orage, abri de fortune, s\u2019accrocher au livre, garder les yeux ouverts, combien d\u2019autres nuits, le livre rempart contre le sommeil, la nuit, le noir, la mort, l\u2019inqui\u00e9tant, le sombre, l\u2019angoisse qui sourd, alors Morel, les \u00e9l\u00e9phants, une dame imaginaire pour combattre l\u2019\u00e9troitesse du cachot, le stalag, la b\u00eatise, un livre pli\u00e9, enfonc\u00e9 dans le sac \u00e0 dos, \u00e9chang\u00e9 quelques semaines plus tard \u00e0 un gar\u00e7on crois\u00e9 dans un train, il arrive de Turquie moi de Cr\u00e8te, dans mon sac \u00e0 dos&nbsp; d\u00e9sormais, <em>L\u00e9on l\u2019Africain.<\/em> Qu\u2019est-il devenu mon exemplaire, qui l\u2019a lu, dans quelle ville, quelles mains, quel pays?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em><strong>Simone de Beauvoir, Les M\u00e9moires d\u2019une jeune fille rang\u00e9e<\/strong><\/em><\/strong><br>Un bus, un coll\u00e8ge, un village, un tremblement de terre qui menace. Quitter la ville, traverser les vignes, entrer dans le couloir, contrefort des Corbi\u00e8res sur la droite, massif des Pyr\u00e9n\u00e9es sur la gauche, au-dessus de nous comme des vigies,&nbsp;des ch\u00e2teaux en ruine, pierres dans la pierre, rocs qui touchent le ciel, vides, silencieux, hi\u00e9ratiques, spectraux, des ch\u00e2teaux comme des chefs apaches, et moi seule dans ce bus, ce bus qui avance seul entre les falaises de calcaire. Durant une ann\u00e9e, matin et soir, seule dans un bus sur des routes d\u00e9sertes, deux heures de lecture, de solitude, de calme. C\u2019est sans compter sur le chauffeur. Poste radio allum\u00e9 \u00e0 fond, radio locale, jingles, rires, histoires salaces, horoscope, publicit\u00e9s. J\u2019explique, n\u00e9gocie. Le gars ne veut rien entendre. Sauf la radio. Je m\u2019\u00e9loigne, me carapate au fond du bus, cire dans les oreilles, j\u2019ouvre le Folio achet\u00e9 au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 la librairie <em>Harmonia Mundi<\/em> en Arles, et retourne au quartier latin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Gilles Deleuze, Empirisme et subjectivit\u00e9<\/strong><\/em><br>J\u2019ai fini par le lire, plus tard, quand ce ne fut plus obligatoire. Mais avant cela, il a voyag\u00e9, pris l\u2019air, l\u2019humidit\u00e9, transform\u00e9 en herbier. Une couverture grise, papier \u00e9pais, l\u00e9g\u00e8rement pelucheux, les trente premi\u00e8res pages annot\u00e9es au crayon, un rond dessin\u00e9 pour les mots \u00e0 chercher dans le Robert, une \u00e9toile pour ceux \u00e0 chercher dans le Lalande. Entre deux pages, un feuillet avec les d\u00e9finitions recopi\u00e9es. Un livre montagne, plus dur \u00e0 attaquer, \u00e0 terminer que le tour du Mont Blanc que je suis en train de faire. Dans une poche du sac \u00e0 dos, il est l\u00e0, pesant, avec le poids de la culpabilit\u00e9, du reproche de la t\u00e2che non effectu\u00e9e. Livre obstacle, herm\u00e9tique contre lequel je butte sans cesse. Aujourd\u2019hui lu, rang\u00e9 \u00e0 la lettre D, entre ses pages quelques fleurs des Alpes ont eu le temps de s\u00e9cher.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Emmanuel Kant, la Critique de la raison pure<\/strong><\/em><br>La tranche est stri\u00e9e, tranche \u00e9paisse, cass\u00e9e recass\u00e9e, des feuilles d\u00e9passent, des sch\u00e9mas, des r\u00e9sum\u00e9s, des plans, en haut de chaque page un r\u00e9sum\u00e9 de celle-ci, le texte a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9, \u00e0 la r\u00e8gle, avec des stylos de couleurs diff\u00e9rentes, sur une m\u00eame page les traits multiplient les couleurs, rendre le sens par la couleur, plus tard les stabilos sur les photocopies, ici se contenter de souligner, parfois l\u2019encre a bav\u00e9, lecture \u00e9preuve, lecture preuve \u00e0 soi, lecture incontournable, lecture salvatrice, lecture jubilatoire, lecture initiatique. L\u2019exemplaire est l\u00e0, \u00e0 gauche de la biblioth\u00e8que, la seule partie qui soit class\u00e9e par ordre alphab\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-light-gray-background-color has-background\" id=\"article5\">#5 I El\u00e9phants<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"433\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_2786.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-152356\" style=\"width:433px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_2786.jpeg 433w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_2786-284x420.jpeg 284w\" sizes=\"auto, (max-width: 433px) 100vw, 433px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Appel en urgence lors de la pause d\u00e9jeuner. L\u2019infirmi\u00e8re au bout du fil. \u00c9l\u00e8ve en panique \u00e0 cause du contr\u00f4le de l\u2019apr\u00e8s-midi. A lu le livre \u00e9videmment, retenu, compris. Retenu dans tous ses pores, images conserv\u00e9es sous ses paupi\u00e8res, mots qui hurlent dans ses cauchemars, douleur qui r\u00e9sonne avec quelle douleur, celle qu\u2019elle ne peut nommer, celle qui depuis des ann\u00e9es la couche au sol, fait trembler ses membres, s&rsquo;\u00e9crouler son corps,&nbsp; corps malingre qu\u2019on emporte sur un fauteuil roulant. J\u2019avais oubli\u00e9 ce devoir annonc\u00e9, alors appeler l\u2019\u00e9l\u00e8ve, la rassurer \u00e0 ce propos. Exit donc <em>La Nuit<\/em> de Wiesel. Mais vite, trouver autre chose, une antidote. Livre contre livre. Trouver celui qui peut redonner confiance en l\u2019homme, panser les douleurs. Devrait \u00eatre dans la biblioth\u00e8que du bureau, la premi\u00e8re, celle des livres qui ont d\u00e9m\u00e9nag\u00e9, connu les cartons, les diff\u00e9rents appartements, classements, grimper sur une chaise, v\u00e9rifier dans les \u00e9tag\u00e8res les plus hautes, demander de l\u2019aide, vais \u00eatre en retard, v\u00e9rifier dans les chambres des enfants, un l\u2019a peut-\u00eatre pris, eu le projet de le lire, inutile de v\u00e9rifier dans la biblioth\u00e8que du couloir conserv\u00e9e en l\u2019\u00e9tat, \u00e9tat de rangement de son propri\u00e9taire, \u00e9tat dans lequel on en a h\u00e9rit\u00e9, rangement immuable, celui d\u2019une histoire qui a cess\u00e9, quand la n\u00f4tre de biblioth\u00e8que est sans cesse chamboul\u00e9e, livre pris, pas remis, ou ailleurs, et d\u2019ailleurs o\u00f9 ce livre, ce n\u2019est pas possible de pas r\u00e9ussir \u00e0 mettre la main dessus, n\u2019est pas non plus dans la chambre, restent les piles de livres, sur la malle, au pied du lit, sur le bureau, sur le meuble \u00e0 disques, c\u2019est un folio, tranche blanche donc, le regard court sur les murs des biblioth\u00e8ques, je dois filer en cours, que faire si pas possible de travailler le livre pr\u00e9vu et pas trouv\u00e9 le livre de rechange. Il l\u2019a trouv\u00e9. En Blanche. Plus tr\u00e8s blanc l\u2019exemplaire, jaun\u00e2tre plut\u00f4t, fragile, hors de question de l\u2019enfouir dans le cartable, n\u2019y r\u00e9sisterait pas, le garder \u00e0 la main. Traverser la cour, livre \u00e0 la main, s\u2019installer dans la classe, s\u2019asseoir sur le bureau, ouvrir le livre, vais-je trouver les passages auxquels je pense, suis certaine que soulign\u00e9s dans mon exemplaire, en feuilletant j\u2019aper\u00e7ois traits de crayon, ici aussi alors, remercier int\u00e9rieurement celle qui a trac\u00e9 ces traits dans la marge, regarder les \u00e9l\u00e8ves en face, leur sourire, et puis d\u00e9marrer la lecture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Des chiens, des chats se reniflent. Quant aux autres animaux je ne saurais dire. La premi\u00e8re fois nous \u00e9tions quatre ou cinq autour de la table du bar, puis tr\u00e8s vite nous deux seulement. Qu\u2019est-ce qui fait que nous pressentons, sentons, avons la confirmation qu\u2019avec cette personne-l\u00e0 l\u2019amiti\u00e9 est possible? Est d\u00e9j\u00e0 en train de na\u00eetre. Parce que des imaginaires communs? Plut\u00f4t des imaginaires \u00e0 offrir, recevoir. Un ailleurs d\u00e9sirable. Face \u00e0 face dans ce bar bruyant, \u00e0 deux rues du lyc\u00e9e, entre deux cours, nous avons install\u00e9 notre bivouac. Il est fait de musique, de livres, de films, de r\u00eaves, la librairie que nous ouvrirons un jour, la maison avec chiens, chats et amis \u00e9crivains. En guise de feu de camp, deux tasses de caf\u00e9. Pas de guitare, de banjo, mais une voix. Conteurs \u00e0 tour de r\u00f4le. S\u2019offrir nos lectures. Faire connaissance, c\u2019est raconter les livres qui comptent pour nous. Un homme certain d\u2019\u00eatre appel\u00e9 \u00e0 un grand destin, une femme \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, lui dans la qu\u00eate de ce qui va advenir, une \u00e9vidence, et puis cette incompr\u00e9hension devant cet homme \u00e9plor\u00e9 devant une tombe, celle de son \u00e9pouse, et comprendre comment on peut passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son existence, se fourvoyer. J\u2019\u00e9coute bouche b\u00e9e, raconterai \u00e0 mon tour cette histoire. D\u00e9\u00e7ue par la nouvelle quand je la lirai enfin, je continuerai de raconter le r\u00e9cit fait par un adolescent dans un bar enfum\u00e9 plut\u00f4t que la nouvelle de l\u2019auteur am\u00e9ricain. Pour la m\u00eame raison, il ne voudra ni que je lui pr\u00eate ni lire le livre rang\u00e9 sur l\u2019unique planche qui constitue ma biblioth\u00e8que.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans quelle ville, quel appartement ou quelle maison, dans quelle biblioth\u00e8que, entre quel et quel livre, tenu par quelles mains, comment\u00e9 par quelle voix, aim\u00e9 par qui, indiff\u00e9rent \u00e0 qui, conserv\u00e9, jet\u00e9, oubli\u00e9, donn\u00e9? On \u00e9change un livre comme un regard, des paroles. Mais \u00e7a dure un livre, \u00e7a p\u00e8se, \u00e7a encombre, \u00e7a manque aussi. Gliss\u00e9 dans son sac \u00e0 dos, lu sans doute, l\u2019a-t-il \u00e0 nouveau \u00e9chang\u00e9? Qu\u2019est-il devenu mon exemplaire? Un livre globe-trotteur ou a-t-il \u00e9t\u00e9 remis\u00e9 au fond d\u2019une biblioth\u00e8que et oubli\u00e9 depuis?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un box sombre, cagibi qui se loue \u00e0 prix d\u2019or, parmi caisses, cartons, valises, sacs entass\u00e9s, remis\u00e9s, armoire, sommier, matelas, chaises, canap\u00e9, et tous ces objets que chacun accumule pour constituer un chez soi, organise dans l\u2019espace, ici le salon, l\u00e0 la chambre, d\u00e9core, habite, ici entrepos\u00e9s, qui attendent pour redevenir appartement, int\u00e9rieur, quelque part, dans quel sac, quel carton, il est l\u00e0, sans doute pr\u00e8s d\u2019un dictionnaire et des deux ou trois autres livres ici enferm\u00e9s, gu\u00e8re plus que deux ou trois, comme autant de d\u00e9sirs, cette fois-ci oui, je vais m\u2019y mettre, l\u2019attaquer celui-ci, bouquiner, convaincu du plaisir, de la joie m\u00eame que cela doit procurer, y a qu\u2019\u00e0 les voir, y a qu\u2019\u00e0 se souvenir, quand plus jeune, quand enfant, mais depuis, pas su, pas r\u00e9ussi, pas su comment s\u2019y prendre, le conserver pourtant ce livre, parce qu\u2019un jour c\u2019est certain, et d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9, et d\u2019ailleurs quelques pages connues, lues, qu\u2019elle lui a lues, qu\u2019il a lues, mais chaque fois s\u2019arr\u00eater, chaque fois un film, une vid\u00e9o, une sortie, un jeu, mais le conserver pourtant, en s\u2019en voulant un peu, en ignorant combien comptent ces livres que l\u2019on n\u2019a pas lus, comme il est doux d\u2019avoir encore des livres \u00e0 lire, du d\u00e9sir, savoir qu\u2019il est l\u00e0, qui attend, pr\u00eat \u00e0 transporter, le moment venu, celui qui.&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Qui d\u2019autre que toi pour la conna\u00eetre cette exp\u00e9rience, t\u2019en souvenir, le retour dans le sud, la vacance, le saut pour une rencontre, un visage aper\u00e7u, un mot prononc\u00e9, alors oser, n\u00e9cessit\u00e9, quelques mots \u00e9crits, envoy\u00e9s, qui pour les lire, incertitude, et pourtant maintenant ici, seul, dans cette vigne, ce livre entre les mains, ses mots trac\u00e9s sur la page de garde, cette \u00e9criture d\u00e9couverte il y a peu, mots pour toi, et cette histoire, la chercher dans l\u2019histoire, mieux la comprendre, la sentir pr\u00e9sente malgr\u00e9 la courte distance, et puis la rejoindre, d\u00e8s le cours achev\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une centaine de livres pos\u00e9s sur un drap \u00e0 m\u00eame le trottoir, un flux de passants aux jambes nues portant serviettes, bou\u00e9es, parasols, entre stand de vin et marchand de glace. Dans l\u2019appartement exigu, pas de biblioth\u00e8que. Empil\u00e9s sur le buffet, les quelques livres achet\u00e9s sur place, chez le bouquiniste. Et celui-ci, d\u00e9got\u00e9 ce matin. Quand le bonheur est tel, ou la d\u00e9couverte si \u00e9norme, il faut la partager, alors il appelle la fillette. <em>Ecoute<\/em>. \u00ab&nbsp;<em>Ce sont des hommes prisonniers, dans un stalag&nbsp;\u00bb<\/em>. Lit-il, raconte-t-il? Elle ne saurait le dire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-3 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-4 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>table des chapitres 1-chercher un livre2-une librairie \u00e0 toi3-lettres perdues4-lire ou porter5-\u00e9l\u00e9phants #01 I Chercher un livre J\u2019ai dix ans et une dizaine de livres. Une infinit\u00e9. Bien rang\u00e9s dans un scriban en acajou, derri\u00e8re une vitre, l\u2019Enfant et la Rivi\u00e8re d\u2019Henri Bosco dans la collection 1000 soleils, Terre des Hommes de Saint-Exup\u00e9ry, couverture orange cartonn\u00e9e, collection Exploits et le <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles01-i-chercher-un-livre\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#nouvelles#boucle1 I Betty Gomez<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":649,"featured_media":152359,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5736,5737,5795,5837,5862,5902],"tags":[5876,2401,5877,2117,5850,5401,5946,3721,5878,2775],"class_list":["post-148934","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles-1","category-01-ranger-ses-livres","category-02-histoire-de-mes-librairies","category-03-schalansky-inventaire-de-choses-perdues","category-04-le-livre-dans-sa-materialite","category-05-4-stations-pour-un-livre","tag-aleph","tag-bibliotheque","tag-buffle","tag-cheval","tag-elephants","tag-librairie","tag-mont-blanc","tag-recherche","tag-rilke","tag-sac-a-dos"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/148934","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/649"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=148934"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/148934\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/152359"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=148934"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=148934"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=148934"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}