{"id":1496,"date":"2019-06-21T21:48:09","date_gmt":"2019-06-21T19:48:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=1496"},"modified":"2019-07-24T21:09:37","modified_gmt":"2019-07-24T19:09:37","slug":"ete-19-proposition-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-19-proposition-1\/","title":{"rendered":"Marcher, danser, r\u00eaver"},"content":{"rendered":"<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>Ouvrir la porte, passer le seuil, enlever les chaussures et les poser soigneusement par terre sur un petit tapis, avancer pieds nus dans cette vaste entr\u00e9e sur le bois patin\u00e9, cir\u00e9, us\u00e9 depuis des ann\u00e9es par d\u2019autres pieds, un parquet en ch\u00eane tiss\u00e9 latte par latte dans un motif \u00e0 chevrons \u00e0 la hongroise, ressemblant \u00e0 ceux qu\u2019on peut encore trouver dans les palais de la ville, luxe des appartements anciens, couleur ambre dor\u00e9 sentant le miel et la for\u00eat, souple sous les pas impatients, glissant, invitant aux \u00e9bauches d\u2019une valse \u00e0 deux, tourner, tourner encore, de plus en plus vite sans perdre le sol, sans perdre haleine, sans perdre l\u2019\u00e9quilibre jusqu\u2019\u00e0 s\u2019\u00e9crouler sur le plancher en riant aux \u00e9clats. Se lover dans la patine, se vautrer, se reposer \u00e0 m\u00eame le sol en chuchotant des confidences dans le creux de nos oreilles d\u2019ados.<br \/>\nPuis sortir en claquant la porte et d\u00e9valer l\u2019escalier en colima\u00e7on, un deux trois \u00e9tages, descendre deux par deux les marches en pierres us\u00e9es, r\u00e2p\u00e9es, lustr\u00e9es, marches grises, poussi\u00e9reuses malgr\u00e9 des lessivages incessants, odeur de chaux ou de pl\u00e2tre, de murs moisis par le temps, se tenir \u00e0 la rampe en bois fonc\u00e9 cir\u00e9 en regardant par-dessus bord le fond de ce puits d\u2019\u00e9tages, le fond jusqu\u2019\u00e0 la cave, le vide qui attire, puis remonter quatre par quatre les m\u00eames marches sans perdre haleine puisque tu es jeune et que tout cela n\u2019est qu\u2019un jeu, que tu joueras longtemps m\u00eame si depuis l\u2019installation d\u2019un ascenseur g\u00e9missant cahotant facilite l\u2019ascension pour les vieux os et les bagages encombrants.<br \/>\nEt puis tu sors dans la rue, rue de ville, ciment, bitume, mat\u00e9riau brut soumis au temps, le goudron fond dans la chaleur de l\u2019\u00e9t\u00e9 collant les semelles dans le sol, br\u00fblant les pieds d\u00e9nud\u00e9s pour le plaisir, l\u2019orage qui gronde, \u00e9clate, l\u2019eau tombe \u00e0 gros seaux, lave la poussi\u00e8re, redonne \u00e0 l\u2019air sa fra\u00eecheur, tu cours dans les flaques, non, tu sautes, tu danses, tu \u00e9clabousses, tu aimes la rue, tu attends l\u2019automne qui l\u2019habille de feuilles dor\u00e9es, cramoisies, \u00e7a glisse, et \u00e7a glisse vers l\u2019hiver, vers la neige, les flocons purifient l\u2019air, le tapis de neige amortit les bruits de la ville, tu tires la luge, tu glisses aussi, tu patines de plaisir, tu ne sais plus quel temps tu pr\u00e9f\u00e8res, mais tu sais que tu l\u2019aimes, ta rue de ville.<br \/>\nEt puis le temps a pass\u00e9, la famille a achet\u00e9 une coccinelle, tu te dis qu\u2019on est riche maintenant, mais non, on n\u2019est pas riche, mais une voiture, cela promet des voyages, apr\u00e8s la campagne toute proche, on peut partir loin, voir la mer, la mer bleue aux vagues douces, \u00e0 l\u2019odeur de iode et de sel, bord\u00e9e de sable fin, de sable blond encore bien propre, la tente plant\u00e9e \u00e0 quelques m\u00e8tres, ensabl\u00e9e matin et soir, mais tu aimes le sable, se coucher sur le sable, dans le sable, marcher sur la plage \u00e0 perte de vue, libert\u00e9, courir pieds nus toujours, sentir chaque grain de sable sous tes pieds, laisser filer les grains \u00e0 travers tes doigts, comme le temps passe, le sablier se vide, se remplit, se vide, mouvement perp\u00e9tuel, \u00e9ternel.<br \/>\nEt tu es parti ailleurs, plus de ville, plus de sable, un paysage sauvage aux panoramas vastes comme le monde, \u00e9tendue de lande et de rochers, des chemins caillouteux, regarder par terre pour ne pas buter, tomber, arpenter des pelouses br\u00fbl\u00e9es par le soleil, dans les odeurs ent\u00eatantes de lavande de serpolet et de thym, le vent qui d\u00e9coiffe, mais remet les id\u00e9es en place, un paysage de lune et de d\u00e9sert, de roches ensorcel\u00e9es, tortur\u00e9es et la lumi\u00e8re des \u00e9toiles comme \u00e9clairage magique dans la nuit noire. Un paysage qu\u2019il faut apprivoiser pour aimer, un sol dur et tendre \u00e0 la fois, \u00e2pre et suave, qu\u2019il faut aimer pour l\u2019apprivoiser, pour l\u2019\u00e9crire, pour le peindre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Ouvrir la porte, passer le seuil, enlever les chaussures et les poser soigneusement par terre sur un petit tapis, avancer pieds nus dans cette vaste entr\u00e9e sur le bois patin\u00e9, cir\u00e9, us\u00e9 depuis des ann\u00e9es par d\u2019autres pieds, un parquet en ch\u00eane tiss\u00e9 latte par latte dans un motif \u00e0 chevrons \u00e0 la hongroise, ressemblant \u00e0 ceux qu\u2019on peut <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-19-proposition-1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Marcher, danser, r\u00eaver<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":122,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[38],"tags":[284,601],"class_list":["post-1496","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-01-une-phrase-des-sols","tag-bois","tag-marche-rue-sable-cailloux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1496","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/122"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1496"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1496\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1496"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1496"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1496"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}