{"id":149955,"date":"2024-04-15T11:27:45","date_gmt":"2024-04-15T09:27:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=149955"},"modified":"2024-04-29T19:26:32","modified_gmt":"2024-04-29T17:26:32","slug":"nouvelles039-choses-perdues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles039-choses-perdues\/","title":{"rendered":"#nouvelles#05#Blanc et Or"},"content":{"rendered":"\n<p>La coutume familiale pour le r\u00e9veillon de No\u00ebl est inchang\u00e9e depuis qu\u2019il n\u2019est plus n\u00e9cessaire de simuler le passage du vieil homme \u00e0 barbe blanche et manteau rouge. Au lieu de s\u2019ing\u00e9nier \u00e0 attirer les enfants cr\u00e9dules, loin du lieu o\u00f9 sont cach\u00e9s les paquets cadeaux, maintenant au fur et \u00e0 mesure de leurs arriv\u00e9es,\u00a0 les participants \u00e0 la soir\u00e9e d\u00e9versent\u00a0 leurs pr\u00e9sents en tas devant le sapin. D\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, le tas diminue en hauteur mais s\u2019\u00e9tale en largeur. L\u2019explication est simple, pass\u00e9 l\u2019\u00e2ge de la petite cuisine en plastique  et de l\u2019\u00e9tal de marchand en bois, les jouets sont moins volumineux. Et arrive un moment o\u00f9 les plus jeunes aussi offrent des cadeaux. D\u2019o\u00f9 l\u2019inversion entre la hauteur et la largeur qui permet d\u2019am\u00e9liorer la stabilit\u00e9 de ces dizaines de petits paquets.\u00a0Une fois la hauteur du tas d\u00fbment constat\u00e9e, plus tard dans la soir\u00e9e, \u00e0 peu pr\u00e8s entre le fromage et le dessert, les plus jeunes se chargent de faire un petit tas pour chaque convive.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019elle re\u00e7ut un petit paquet : son premier livre. Une reliure cartonn\u00e9e blanche brillante grace \u00e0 son film pellicul\u00e9e, un titre dor\u00e9 \u00e9crit \u00e0 la fois sur la couverture et sur la tranche. Celle-ci bomb\u00e9e et agr\u00e9ment\u00e9e de liser\u00e9s dor\u00e9s s\u2019espa\u00e7ant tout du long de la hauteur. Rang\u00e9 sur son \u00e9tag\u00e8re, elle ne voyait que lui. Un livre de grande contenant essentiellement du texte et deux ou trois images en quadrichromie r\u00e9parties sur tout le volume. C\u2019\u00e9tait le premier tome de sa collection blanc et or des contes et l\u00e9gendes, celui de la Bretagne. Une dizaine de r\u00e9cits, quelques pages par r\u00e9cit.\u00a0 Elle pu le lire enti\u00e8rement, toute seule sans trop de difficult\u00e9s, le vocabulaire \u00e9tait accessible. Des contes peu connus, celui de la ville d\u2019Ys n\u2019y \u00e9tait pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*****<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre est rest\u00e9 sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re. Quand elle repassait chez ses parents, parfois elle le feuilletait par nostalgie, mais il ne l\u2019int\u00e9ressait plus. Les quelques contes \u00e9taient trop doux, \u00e9dulcor\u00e9s, \u00e0 peine moralisateurs. Ils n\u2019avaient rien \u00e0 voir avec les contes de veill\u00e9es au coin du feu, ces histoires d\u2019Ankou, pour les soir\u00e9es d\u2019argoat ou ces marins perdus, ces lavandi\u00e8res de la nuit pour les soir\u00e9es d\u2019armor. Ceux qui avaient pour objectif de former l\u2019auditoire \u00e0 se m\u00e9fier de l\u2019ext\u00e9rieur lorsque le soleil se couche. Ceux qui s\u2019accordaient avec les chemins creux et les nuits de temp\u00eates. Ceux-l\u00e0 \u00e9taient terrifiants, ils envahissaient le sommeil pendant plusieurs nuits. Ceux-l\u00e0 m\u00e9ritaient d\u2019\u00eatre conserv\u00e9s. Son premier livre la d\u00e9cevait. Elle le d\u00e9posa, avec le reste de la collection blanc et or chez un bouquiniste, en \u00e9change de quelques Rahan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*****<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 La collection blanche et or. Les contes et l\u00e9gendes \u00e9dit\u00e9s par Nathan \u00e0 partir de dix neuf cent soixante trois.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Du calme, ne crie pas si fort. Il va comprendre que \u00e7a t\u2019int\u00e9resse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Mais \u00e7a m\u2019int\u00e9resse, je les lisais quand j\u2019\u00e9tais enfant, j\u2019adorais. Surtout celui-l\u00e0, celui de la Bretagne. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Fais-voir. Magnifique le joueur de biniou de la couverture, on dirait un fond de bol breton !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Moques-toi. Je l\u2019adore, je vais le n\u00e9gocier.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*****<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019ennuie. Les premi\u00e8res semaines, elle a fait comme tout le monde, terr\u00e9e dans son deux pi\u00e8ces avec vue sur le mur de l\u2019usine d\u2019en face \u00e0 pr\u00e9sent silencieuse. Tremblante lorsqu\u2019elle allait \u00e0 la sup\u00e9rette du coin de la rue, masqu\u00e9e, gant\u00e9e de plastic. Ses seuls \u00e9changes ont lieu \u00e0 travers son \u00e9cran. Elle a profit\u00e9 des week-end pour laver, ranger. Elle n\u2019a plus rien \u00e0 faire, plus rien \u00e0 lire. Elle s\u2019ennuie. Elle voyage en ligne et tombe sur un visage sculpt\u00e9 sur la tranche des pages d\u2019un livre. D\u2019une image \u00e0 l\u2019autre, elle se prom\u00e8ne sur cette derni\u00e8re destination des livres oubli\u00e9s. Un d\u00e9tournement ultime de l\u2019objet pour en faire un \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9coration. Sa d\u00e9cision est prise, elle va sacrifier un de ceux pr\u00e9sents sur son \u00e9tag\u00e8re. Tien, celui-l\u00e0 que son ex a oubli\u00e9 chez elle. Sur la couverture, un joueur de biniou entra\u00eene des lutins qui dansent sous un dolmen. Plut\u00f4t qu\u2019un visage, elle fera un dolmen. C\u2019est plus simple. &nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-small-font-size\">#04#Le livre barri\u00e8re <\/h2>\n\n\n\n<p>Rang\u00e9 au bord de l\u2019\u00e9tag\u00e8re du milieu de la biblioth\u00e8que chez mes grands-parents, je ne voyais que lui. En hauteur, il d\u00e9passait les autres ouvrages sagement rang\u00e9s \u00e0 son c\u00f4t\u00e9. Sur sa gauche, son corps&nbsp; massif d\u00e9bordait de l\u2019\u00e9tag\u00e8re cr\u00e9ant un rempart pour ses voisins de droite, emp\u00eachant leur chute \u00e0 travers le vide du bord. Il \u00e9tait aussi plus large que les autres, sur la pointe des pieds je pouvais voir les lettres de son titre. Un jour, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 capable de le d\u00e9chiffrer. Sa mati\u00e8re \u00e9tait \u00e9galement diff\u00e9rente, la tranche \u00e9tait brillante, \u00e9tincelante. Le livre \u00e9tait lourd, j\u2019\u00e9tais incapable de le transporter seule, mon grand-p\u00e8re devait s\u2019en charger. Il le manipulait avec pr\u00e9caution. La premi\u00e8re fois que mon grand-p\u00e8re l\u2019a d\u00e9pos\u00e9 devant moi sur la grande table de la salle \u00e0 manger, j\u2019ai d\u00e9couvert qu\u2019il avait une couverture suppl\u00e9mentaire, elle l\u2019entourait et reproduisait exactement la photographie de la premi\u00e8re de couverture ainsi que le titre. Ma grand-m\u00e8re m\u2019a expliqu\u00e9 que c\u2019\u00e9tait un beau livre, il devait \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 par cette double peau et lu uniquement pos\u00e9 sur une table. J\u2019\u00e9tais impatiente de le feuilleter. Il fallait l\u2019ouvrir avec les deux mains de la droite vers la gauche, les premi\u00e8res pages suivaient le mouvement, j\u2019acc\u00e9dais g\u00e9n\u00e9ralement au contenu \u00e0 partir de la dixi\u00e8me. Dans la tranche la reliure \u00e9tait termin\u00e9e par un ruban bicolore blanc et bleu finement entortill\u00e9. Chacune des pages \u00e9tait \u00e9paisse, il ne fallait pas les tordre pour passer d\u2019une page \u00e0 l\u2019autre. Les premi\u00e8res fois, l\u2019un de mes grands-parents les tournait pour moi et nous regardions les animaux dessin\u00e9s de mani\u00e8re r\u00e9alistes. Je les reconnaissais pour la plupart, ils me lisaient les noms des autres. Les animaux \u00e9taient rang\u00e9s par cat\u00e9gories puis par continents. Chaque cat\u00e9gorie \u00e9tait introduite sur une double-page regroupant ses repr\u00e9sentants les plus marquants. Ils se c\u00f4toyaient en d\u00e9pit de l\u2019\u00e9loignement de leurs continents respectifs. Pour les f\u00e9lins, le lion, le tigre, le puma, l\u2019ocelot et le chat avaient sensiblement la m\u00eame taille; en posture de sphinx ils&nbsp;regardaient le lecteur. J\u2019aimais aussi beaucoup les animaux des p\u00f4les, presque tous blancs, ils \u00e9taient cependant bien visibles sur le papier glac\u00e9. Je ne m\u2019en apercevais pas mais mes grands-parents sautaient toujours un petit groupe de page car elles n\u2019\u00e9taient pas int\u00e9ressantes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re fois o\u00f9 j\u2019ai pu feuilleter seule le beau livre, j\u2019ai rejoins rapidement ce petit groupe. Sur la double page, le grouillement indistinct du boa, de l\u2019anaconda, des vip\u00e8res et des couleuvres m\u2019a terrifi\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les fois suivantes, j\u2019\u00e9vitais soigneusement ce petit groupe. &nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-small-font-size\">#03#choses perdues<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est une perle, une v\u00e9ritable perle iris\u00e9e, issue de la souffrance d\u2019une huitre lointaine cultiv\u00e9e dans un pays dont j\u2019ignore le nom. Petite, pas tout \u00e0 fait la taille d\u2019un p\u00e9pin d\u2019orange mais plus grande que celui d\u2019un citron. Rien \u00e0 voir avec la perle immense en forme de goutte de la jeune fille, celle qui gr\u00e2ce \u00e0 un seul infime trait de peinture blanche, continue de briller apr\u00e8s trois cents soixante dix ans dans un mus\u00e9e de Rotterdam, celle qui n\u2019a jamais exist\u00e9 car son poids aurait d\u00e9form\u00e9 l\u2019admirable lobe de l\u2019oreille de la demoiselle du tableau. Non, c\u2019est une perle raisonnable. Une perle pour fillette sage. Elle est sertie sur une fine bague : trois griffes entourent la bille plant\u00e9e sur une cheville minuscule, le tout en or. Elle m\u2019accompagne depuis qu\u2019elle m\u2019a \u00e9t\u00e9 offerte. Elle ne me quitte jamais. Elle n\u2019est pas r\u00e9cente, cela se remarque sur la base du trou, car elle est perc\u00e9e pour la faire tenir sur le clou du sertissage. A travers une loupe, je distingue les diff\u00e9rentes couches de protection que le mollusque a produit pendant sa vie pour s\u2019isoler de cette mati\u00e8re \u00e9trang\u00e8re \u00e0 sa chair implant\u00e9e de force sous sa coquille. Le trou s\u2019use, parfois la perle remue dans les griffes. Un instant d\u2019inattention la perle est tomb\u00e9e. la bille nacr\u00e9e a roul\u00e9 hors de vue. Reste l\u2019anneau d\u2019or et 3 griffes us\u00e9es entourant un clou.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">autres objets perdus<\/p>\n\n\n\n<p>ma premi\u00e8re dent de lait tomb\u00e9e et la boite qui la renfermait<\/p>\n\n\n\n<p>ma premi\u00e8re fl\u00fbte \u00e0 bec en bois, elle connaissait seulement les premi\u00e8res notes du clair de la lune<\/p>\n\n\n\n<p>la carte inter-rail de l\u2019\u00e9t\u00e9 1983 qui m\u2019a amen\u00e9e jusqu\u2019au cercle polaire, <\/p>\n\n\n\n<p>le puzzle d\u2019un galet fendu par le gel trouv\u00e9 au pied du Vatnajokul , <\/p>\n\n\n\n<p>Mon teeshirt f\u00e9tiche, celui qui me tombait sous les genoux , <\/p>\n\n\n\n<p>le dernier des g\u00e9ants, d\u00e9dicac\u00e9 par F. Page, <\/p>\n\n\n\n<p>le disque de sauvegarde du livret de la com\u00e9die musicale &nbsp;<em>les voyages extraordinaires<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-small-font-size\">#02#Vent de Noroit<\/h2>\n\n\n\n<p><p style=\", Helvetica, Arial, sans-serif;font-size: 16px;font-style: normal;margin-bottom: 30px\">Lorsqu\u2019elle a ouvert, c\u2019\u00e9tait un \u00e9v\u00e9nement : le libraire \u00e9tait un transfuge d\u2019une entreprise technologique. Au milieu de sa carri\u00e8re, il quittait le confort d\u2019un emploi salari\u00e9 pour r\u00e9aliser son r\u00eave. Ouvrir une librairie. Il \u00e9tait, para\u00eet-il, le plus \u00e2g\u00e9 de sa promotion lors de sa formation aux m\u00e9tiers du livre.\u00a0Ancr\u00e9e en Bretagne nord, son nom claque comme le vent de Noroit.\u00a0Au d\u00e9but, elle \u00e9tait de dimensions raisonnables. Elle occupait une ancienne mercerie, au rez de chauss\u00e9e d\u2019une maison en granit, en haut de la rue des chapeliers. Cette voie est raide, la maison s\u2019aligne sur la pente mais pas la vitrine bleue qui elle reste de niveau. En cons\u00e9quence la partie droite de la vitrine est \u00e0 hauteur des enfants et leur est d\u00e9di\u00e9e, tandis que la partie gauche surplombe la rue jusqu\u2019\u00e0 un m\u00e8tre au dessus, elle est d\u00e9di\u00e9e aux adultes.\u00a0Au d\u00e9but, les visiteurs venaient en curieux. Cette librairie pouvait-elle s\u2019aligner sur la plus grande de la r\u00e9gion, \u00e0 Rennes, celle \u00e0 qui se commandait les titres rares, sp\u00e9cifiques que l\u2019officine de la\u00a0 Presse n\u2019avait pas. Tr\u00e8s vite, tous r\u00e9alis\u00e8rent que oui, le libraire \u00e9tait peut-\u00eatre tout neuf, mais il connaissait son m\u00e9tier. Il avait, pas tout et dans ce cas il commandait, mais d\u00e9j\u00e0 un choix tr\u00e8s large. Sa devise \u00e9tant d\u2019avoir peu d\u2019exemplaires mais beaucoup de titres. Et surtout, il savait vous retrouver sur ses \u00e9tag\u00e8res, le livre dont vous ne saviez plus le titre et n\u2019aviez jamais retenu le nom de l\u2019auteur. Il suffisait de se souvenir de l\u2019histoire, m\u00eame vaguement. Internet n\u2019existait pas. C\u2019\u00e9tait le super pouvoir du libraire, quelque soit le sujet, le genre, la tranche d\u2019\u00e2ge concern\u00e9e, il savait tout et connaissait la r\u00e9ponse. Progressivement, la librairie est devenue une attraction de la ville parfois m\u00eame elle suscitait \u00e0 elle seule le voyage.<\/p><span style=\", Helvetica, Arial, sans-serif;font-size: 16px;font-style: normal\">Trente ann\u00e9es ont pass\u00e9, la libraire s\u2019est \u00e9tendue en profondeur et en hauteur dans la maison d\u2019origine. Le cr\u00e9ateur a laiss\u00e9 la place \u00e0 une \u00e9quipe. Parfois, la r\u00e9ponse aux questions s\u2019aide des ordinateurs, mais le bonheur de circuler dans les rayons est toujours l\u00e0.\u00a0<\/span><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-small-font-size\">#01#Pourquoi ranger sa biblioth\u00e8que ?&nbsp;<p style=\", Helvetica, Arial, sans-serif;font-size: 16px;font-style: normal;margin-bottom: 30px\"><\/p><\/h2>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but, ma biblioth\u00e8que s\u2019est organis\u00e9e toute seule sur cinquante centim\u00e8tres d\u2019\u00e9tag\u00e8re fix\u00e9e au dessus de mon bureau d\u2019\u00e9coli\u00e8re dans ma chambre. Lorsque j\u2019\u00e9tais enfant, j\u2019avais quelques livres \u00e0 moi. Je ne parle pas des livres scolaires, ils appartenaient \u00e0 la coop\u00e9rative des parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves. Il ne m\u2019est jamais venu \u00e0 l\u2019esprit de les consid\u00e9rer comme des livres inclus dans ma biblioth\u00e8que. Ensuite il y avait les livres appartenant temporairement \u00e0 ma biblioth\u00e8que, ceux-l\u00e0 venaient de la biblioth\u00e8que municipale et logeaient quelques semaines sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re, puis repartaient. Et il y avait mes propres livres, le plus souvent re\u00e7us&nbsp; comme cadeaux, ils \u00e9taient de trois sortes : la biblioth\u00e8que rose, puis verte en grandissant, les contes et l\u00e9gendes du monde et quelques autres sans points communs. Cette premi\u00e8re biblioth\u00e8que s\u2019est d\u00e9lit\u00e9e avec le temps. Il ne m\u2019en reste rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant longtemps, il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire de ranger ma biblioth\u00e8que, les livres s\u2019alignaient les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, dans l\u2019ordre d\u2019arriv\u00e9e, dans l\u2019ordre de lecture. La grande s\u00e9paration concernait les tailles, format broch\u00e9 ou format poche, et sur des \u00e9tag\u00e8res plus hautes les BD. Quelques beaux livres allaient s\u2019aventurer du c\u00f4t\u00e9 des BD pour des raisons morphologiques. La recherche d\u2019un volume \u00e9tait r\u00e9alis\u00e9e par m\u00e9moire visuelle, elle \u00e9tait assez rapide. Jusqu\u2019au jour o\u00f9&nbsp; nous avons \u00e9t\u00e9 plusieurs \u00e0 partager cette biblioth\u00e8que, les livres ont commenc\u00e9 \u00e0 passer d\u2019une \u00e9tag\u00e8re \u00e0 l\u2019autre. Les retrouver demandait la lecture fastidieuse des tranches, en tournant la t\u00eate pour les tranches invers\u00e9es. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mes biblioth\u00e8ques survivaient difficilement aux d\u00e9m\u00e9nagements, aux espaces partag\u00e9s avec ma fratrie puis mes colocataires, aux emprunts, aux \u00e9volutions de mes go\u00fbts litt\u00e9raires. La long\u00e9vit\u00e9 de l\u2019actuelle d\u00e9passe le quart de si\u00e8cle, je suis peut-\u00eatre parvenue \u00e0 une \u00e9tape fondamentale o\u00f9 la question de&nbsp;<em>pourquoi<\/em>&nbsp;ranger sa biblioth\u00e8que est devenue&nbsp;<em>comment<\/em>&nbsp;ranger sa biblioth\u00e8que.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le classement par ordre alphab\u00e9tique tel que pratiqu\u00e9 dans les m\u00e9diath\u00e8ques municipales et les librairies est facile \u00e0 mettre en place. Encore faut-il choisir l\u2019item du classement : le titre ou l\u2019auteur ? Et pour l\u2019auteur, le nom puis le pr\u00e9nom ou l\u2019inverse ?&nbsp; S\u2019il y a plusieurs auteurs pour un m\u00eame ouvrage, lequel choisir. Ou pire, pour l\u2019auteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 dont on a la collection compl\u00e8te, quel est le sous-crit\u00e8re ? Le premier d\u00e9faut de ce classement c\u2019est l\u2019aspect d\u00e9sordonn\u00e9 du r\u00e9sultat sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re, aucun livre n\u2019est align\u00e9, les tr\u00e8s gros coincent les petits formats. Parfois les petits formats glissent le long des tr\u00e8s gros et se perdent au fond de l\u2019\u00e9tag\u00e8re, ils finissent oubli\u00e9s et r\u00e9apparaissent des ann\u00e9es apr\u00e8s fan\u00e9s, oubli\u00e9s. Pour \u00e9viter de remanier le rangement \u00e0 chaque nouveau titre il faut attribuer des lettres \u00e0 chaque \u00e9tag\u00e8re et pr\u00e9voir des espaces vides qui peuvent le rester longtemps. Le pire inconv\u00e9nient de ce classement, c\u2019est la m\u00e9moire : c\u2019\u00e9tait quoi le titre ? c\u2019\u00e9tait qui l\u2019auteur de \u2026 ?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019h\u00e9site entre les crit\u00e8res, j\u2019essaye pendant quelques mois le classement par genre, l\u2019imaginaire c\u00f4t\u00e9 fen\u00eatre, la litt\u00e9rature classique et les essais au milieu, les policiers c\u00f4t\u00e9 porte d\u2019entr\u00e9e, avec comme sous-crit\u00e8res les auteurs et une distinction suppl\u00e9mentaire sur le format : poches\/broch\u00e9s, beaux livres, pl\u00e9iade. Ce classement est \u00e9vident, je ne prend pas la peine de l\u2019expliquer \u00e0 mes proches. Il le faudrait pourtant car les livres recommencent \u00e0 circuler entre les \u00e9tag\u00e8res. Lorsque l\u2019entropie sera trop grande, j\u2019essayerai autre chose.&nbsp; &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La coutume familiale pour le r\u00e9veillon de No\u00ebl est inchang\u00e9e depuis qu\u2019il n\u2019est plus n\u00e9cessaire de simuler le passage du vieil homme \u00e0 barbe blanche et manteau rouge. Au lieu de s\u2019ing\u00e9nier \u00e0 attirer les enfants cr\u00e9dules, loin du lieu o\u00f9 sont cach\u00e9s les paquets cadeaux, maintenant au fur et \u00e0 mesure de leurs arriv\u00e9es,\u00a0 les participants \u00e0 la soir\u00e9e <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles039-choses-perdues\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#nouvelles#05#Blanc et Or<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":626,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5736,5737,5795,5837,5862,5902],"tags":[],"class_list":["post-149955","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nouvelles-1","category-01-ranger-ses-livres","category-02-histoire-de-mes-librairies","category-03-schalansky-inventaire-de-choses-perdues","category-04-le-livre-dans-sa-materialite","category-05-4-stations-pour-un-livre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/149955","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/626"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=149955"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/149955\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=149955"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=149955"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=149955"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}