{"id":149980,"date":"2024-05-01T15:38:06","date_gmt":"2024-05-01T13:38:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=149980"},"modified":"2024-05-01T15:38:07","modified_gmt":"2024-05-01T13:38:07","slug":"nouvelles-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-2\/","title":{"rendered":"#nouvelles | Raymonde Interlegator"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Index<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"#proposition1\">La rambarde<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#proposition2\">Des mots et des notes<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#proposition3\">Le Saint de sein<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#proposition4\">L&rsquo;autre pays<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#proposition5\">Le luth bris\u00e9<\/a><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm;font-size: medium;, serif;font-style: normal\"><span>&nbsp;<\/span><\/p><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\" id=\"proposition1\"><strong># nouvelles # 01 | de l\u2019art de ranger ses livres | la rambarde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De la complexit\u00e9 des relations l\u2019ordre et le d\u00e9sordre chaos et structure se fondent en&nbsp;une exploration constante. De la biblioth\u00e8que des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour partager des exp\u00e9riences et raconter des histoires, des histoires qui r\u00e9sonnent entre elles contrast\u00e9es ou r\u00e9currentes, parfois connect\u00e9es dans l\u2019invisible. A chaque livre une \u00e9nergie unique et choisir un ordre devient une d\u00e9cision charg\u00e9e de sens, de significations cach\u00e9es du moins une tentative \u00e0 cr\u00e9er une alliance \u00e0 partir de ces voix multiples harmonieuses ou discordantes, de celles qui seraient capables de cr\u00e9er des r\u00e9actions \u00e9motionnelles ou intellectuelles voire contemplatives chez le lecteur, on peut imaginer susciter des liens complexes et inattendus. Placer des ouvrages en apparence disparates et encourager les dialogues stimulants, permettre au livre de trouver sa voix au sein d\u2019un ensemble, une occasion o\u00f9 les mots peuvent devenir des armes voire les silences de champs de bataille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contempler un instant des \u00e9tag\u00e8res vides, des espaces vierges c\u2019est se tenir au seuil de l\u2019infini, une promesse de d\u00e9couverte, est-ce la magie du rangement, une possibilit\u00e9 de donner forme \u00e0 l\u2019informe, en une tension palpable une lutte entre coh\u00e9sion et tentation du d\u00e9sordre, subversion des normes \u00e9tablies, acte de r\u00e9bellion, m\u00e9langer les genres, m\u00ealer les \u00e9poques, tentatives de r\u00e9organiser le monde, r\u00e9v\u00e9lation de nos pr\u00e9f\u00e9rences, d\u00e9sirs, obsessions intimes, trahison de nos peurs, espoirs, joies ou chagrins. Bien plus qu\u2019une simple t\u00e2che domestique c\u2019est une exploration de soi-m\u00eame \u00e0 travers les objets qui nous entourent si par nos actions nous sommes \u00e0 la fois d\u00e9finis et lib\u00e9r\u00e9s. Chaque livre que nous choisissons de garder, de donner, de remettre en carton, chaque \u00e9tag\u00e8re que nous d\u00e9pla\u00e7ons ou ajustons seraient une des pi\u00e8ces du puzzle de notre identit\u00e9 en constante \u00e9volution. Entrelacs infinis des contenants et contenus, ne sommes-nous pas des histoires en mouvement cherchant inlassablement un sens \u00e0 notre monde dans celui des mots, \u00e9crits parl\u00e9s ou tus qui sait.&nbsp;&nbsp;Ma biblioth\u00e8que rambarde sur un vide de l\u2019escalier de secours, n\u2019a pas de fond les livres peuvent ainsi appara\u00eetre et dispara\u00eetre pr\u00eater main forte \u00e0 une main courante en quelque sorte passer de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre se d\u00e9tacher, ne pas se laisser poss\u00e9der, un art de la transmission il nous restera l\u2019essentiel. Ce que le Sumo de Newton saura dire au peuple migrateur un grand h\u00e9ritage de la terre vue du ciel, un plaidoyer pour l\u2019altruisme une rumeur \u00e0 notre surdit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\" id=\"proposition2\"><strong># nouvelles # 02 | histoire de librairie | des mots et des notes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la rue de la cit\u00e9 pav\u00e9e de toutes les irr\u00e9gularit\u00e9s, mes pas m\u2019ont guid\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 cette devanture singuli\u00e8re ou le verre biseaut\u00e9 cern\u00e9 de bois clair semblait promettre un monde palpitant o\u00f9 se m\u00ealaient des mots aux notes. Avec l\u2019humilit\u00e9 de l\u2019apprenante j\u2019ai franchi le seuil de cette librairie entendant le parquet \u00e0 grosses lattes r\u00e9pondre \u00e0 mes pas discrets. Les silences d\u2019une densit\u00e9 particuli\u00e8re avaient une voix privil\u00e9gi\u00e9e une signification cach\u00e9e attendant d\u2019\u00eatre d\u00e9voil\u00e9e par ceux qui savaient les \u00e9couter. Je croisais le regard de la gardienne des m\u00e9lodies et instinctivement&nbsp;&nbsp;m\u2019invitant \u00e0 parler elle me proposa avec une aisance d\u00e9concertante proche de la pr\u00e9cision chirurgicale des partitions attrap\u00e9es de ses doigts agiles dans les rayons suspendus aux murs, kal\u00e9idoscope de symboles, d\u2019univers insoup\u00e7onn\u00e9s, de pages jaunies. Dans cette enclave magique o\u00f9 les mots et les notes se r\u00e9pondaient je me suis souvent retrouv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les bluets &#8211; rares fleurs \u00e0 pousser dans la boue des champs de bataille -, librairie du m\u00eame nom qu\u2019une rue de mon quartier d\u2019enfance&nbsp;; j\u2019aimais en pousser la porte \u00e0 carillon pour l\u2019odeur ind\u00e9finissable, papier d\u2019\u00e9colier, encre s\u00e9ch\u00e9e, bois cir\u00e9 me retrouver le nez coll\u00e9 \u00e0 la vitrine reluisante sur laquelle je posais les yeux l\u00e0 o\u00f9 les stylos \u00e0 plume pr\u00e9cieux semblaient r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 une princesse que je ne serai jamais. J\u2019\u00e9crirai en volutes qui sortiraient directement de mon cerveau, enfant on est&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">un salon des inventions, le temps se dilue d\u00e9pourvu d\u2019inqui\u00e9tude. Quand \u00e9crire revient \u00e0 se raconter une histoire, un r\u00eave oubli\u00e9 et maintes fois ressuscit\u00e9 il apaise celui \u00e0 qui jamais personne n\u2019a lu de livre. Les d\u00e9tours de l\u2019\u00e2ge adulte m\u2019ont conduite au Bluet de Banon, pr\u00e8s de Scaramouche un nom qui par sa seule sonorit\u00e9 \u00e9voque la com\u00e9die dell\u2019arte, ici artisan glacier une extension du plaisir \u00e0 d\u00e9guster les mots les escaliers en demi-niveaux o\u00f9 souvent nous nous installons perch\u00e9s sur les marches partageant des propos de voyageurs de passage, nourrissant le feu sacr\u00e9 de nos r\u00e9cits prolongeant l\u2019\u00e9cho infini de nos histoires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 du rideau de fer baiss\u00e9 parvenaient \u00e0 s\u2019\u00e9chapper les relents de tabac froid d\u2019une vieille pipe en bois, de sa porte ouverte une brume semblait sortir d\u2019une salle de jeux \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la prohibition vue dans des films. Jamais oh jamais je ne serais entr\u00e9e seule dans cette librairie-grotte aux murs si \u00e9pais qu\u2019ils en avaient aval\u00e9&nbsp;&nbsp;la lumi\u00e8re o\u00f9 des \u00e9tag\u00e8res se partageaient quelques livres orphelins attendant patiemment d\u2019\u00eatre red\u00e9couverts par leur prochain lecteur&nbsp;; lui le gardien taciturne de ce royaume imaginaire les cheveux gras longs plaqu\u00e9s habill\u00e9 de velours et laine feutr\u00e9e me rappelait les \u00e9pouvantails destin\u00e9s \u00e0 effrayer les oiseaux, spectre imaginaire, il semblait se fondre dans l\u2019ombre. Pourtant impossible de r\u00e9sister \u00e0 la visite de son grand bureau nich\u00e9 tout au fond du magasin sur lequel s\u2019alignaient une multitude de bocaux de verre renfermant les secrets de l\u2019\u00e9criture emplis de crayons noirs, de couleurs, de gommes rouges et bleues taille-crayons, piles de cahiers \u00e0 rayures seyes, mais\u2026 la fascination irr\u00e9sistible revenait au bocal ferm\u00e9 de son couvercle m\u00e9tallique viss\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel s\u2019entassaient des battons de racines de r\u00e9glisse, le souvenir de la douceur une envie d\u00e9vorante, je salivais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\" id=\"proposition3\"><strong>#nouvelles #03 |\u00a0Judith Schalansky, inventaire de choses perdues\u00a0|\u00a0Le Saint des seins<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un jour au Pays des F\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une boite de mascara noir et sa brosse<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une m\u00e9daille en or avec un ange&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un fant\u00f4me&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une aiguille<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une chaussette dans la machine \u00e0 laver<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un tr\u00e8fle \u00e0 quatre feuille<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une cl\u00e9 de voiture<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Saint des seins<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une chevelure<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un bouton de corsage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une lettre d\u2019amour<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cet oc\u00e9an de silence o\u00f9 les mots d\u00e9rivent comme des m\u00e9duses, leur lumi\u00e8re vacillante \u00e9claire une question plus essentielle qui n\u2019est pas tant de trouver pourquoi mais de savoir comment raviver la sensation de&nbsp;&nbsp;la chair l\u00e0 o\u00f9 ne demeure plus que l\u2018\u00e9cho des os d\u00e9pouill\u00e9s de leur douce \u00e9treinte charnelle&nbsp;; il y a dans cette question une invitation \u00e0 plonger l\u00e0 o\u00f9 les sentiments se nichent, dans les replis les plus secrets o\u00f9 les \u00e9motions s\u2019entrelacent, car c\u2019est de cet espace intime que jaillit la clart\u00e9, o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le dans l\u2019obscurit\u00e9 la plus dense.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suffirait-il qu\u2019une main tendre comme l\u2019\u00e9treinte d\u2019un souffle effleure cette zone d\u00e9laiss\u00e9e, ce d\u00e9sert, ce creux abandonn\u00e9 pour que le miracle s\u2019op\u00e8re, une r\u00e9surgence de la magie de la chair dans toute sa pl\u00e9nitude, caresser dans cette perspective deviendrait un acte de r\u00e9demption, une mani\u00e8re de transcender la duret\u00e9 des os pour retrouver la chaleur de la vie&nbsp;; cette tendresse infinie agirait comme un baume sur une blessure longtemps ignor\u00e9e r\u00e9veillant des sensations engourdies laissant fleurir une fois encore la beaut\u00e9 du corps. Car la chair m\u00eame en son absence regorge de m\u00e9moire, de souvenirs grav\u00e9s dans ses lignes invisibles, c\u2019est l\u00e0 dans le toucher comme un r\u00eave \u00e9veill\u00e9 qu\u2019advient la po\u00e9sie tout en puissance et en \u00e9motion. Il ne s\u2019agit plus simplement de ressentir mais de vivre intens\u00e9ment chaque sensation une premi\u00e8re fois. Un ballet entre le palpable et l\u2019impalpable de ce qui nous relie au monde et nous en d\u00e9tache, une communion fugace entre le creux et la main, entre l\u2019\u00e2me et la chair, le vide et la pl\u00e9nitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une r\u00e9alit\u00e9 sublim\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\" id=\"proposition4\"><strong>#nouvelles #04 |\u00a0le livre moins ce qu\u2019il dit |\u00a0l\u2019autre pays<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce grand livre mince et d\u00e9licat, son fin carton contreplaqu\u00e9 de la tranche, fine et scotch\u00e9 de tissu rouge \u00e9clatant, \u00e0 la couverture \u00e9paisse \u00e9voquant le bleu azur de siam, champs o\u00f9 dansent les feuilles de pissenlits et les ak\u00e8nes \u00e0 demi souffl\u00e9s par le vent de ma respiration. Je connais ce pays-oasis on dirait un jardin je peux y vivre v\u00eatue d\u2019une feuille sans avoir jamais froid c\u2019est le pays des f\u00e9es et des elfes un pays de pages en papier beige et lisse, grand comme le monde qui doit se confiner dans l\u2019\u00e9troitesse d\u2019un appartement entre une porte et une armoire ou sous un lit ; pourtant je m\u2019y glisse, entre les pages \u00e7a sent si bon le champignon \u00e7a sent le rouge du bonbon au coquelicot et aussi le bleu des points de dessus go\u00fbt de violette. Le livre ne parle pas, juste un miroir dans lequel je me r\u00e9fugie y retrouver des rires le mien celui d\u2019autres enfants, quand autour de moi les adultes ces g\u00e9ants fatigu\u00e9s sombrent dans des souvenirs douloureux je m\u2019\u00e9vade,&nbsp;tel un papillon \u00e9mergeant de sa chrysalide, mes ailes se d\u00e9ploient sur mon dos pour me poser&nbsp;sur une toile d\u2019araign\u00e9e balanc\u00e9e par la brise l\u00e9g\u00e8re qui murmure le chant du rouge-gorge et de l\u2019alouette \u00e0 plusieurs voix. Je me construis des souvenir magiques, ce livre un tr\u00e9sor, un prix inestimable \u2013 un cadeau de camaraderie &#8211; de mon \u00e9cole enfantine, le sentir c\u2019est se transporter dans ces lieux o\u00f9 rien ne peut m\u2019atteindre, je me nourris de mille sensations que je rapporte en traversant la porte imaginaire de sa couverture. Aujourd\u2019hui encore il \u00e9treint l\u2019attention, il a trouv\u00e9 une place singuli\u00e8re dans la biblioth\u00e8que comme un clin d\u2019\u0153il malicieux \u00e0 ceux qui le croisent murmurant les secrets des \u00e2ges dans le langage des pages qui l\u2019entourent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\" id=\"proposition5\"><strong>#nouvelles #05 | quatre stations d\u2019un livre, Nerval et Cortazar | Le luth bris\u00e9<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/PHOTO-2024-04-26-12-17-2Luth4-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-151272\" style=\"width:233px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/PHOTO-2024-04-26-12-17-2Luth4-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/PHOTO-2024-04-26-12-17-2Luth4-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/PHOTO-2024-04-26-12-17-2Luth4-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/PHOTO-2024-04-26-12-17-2Luth4.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Louis, il n\u2019aurait fallu qu\u2019un moment de plus pour que ce carton d\u00e9sabus\u00e9 ondul\u00e9 de ses creux et ses bosses ne se m\u00e9tamorphose en volutes de fum\u00e9e lors de notre migration du Perreux sur Marne, l\u00e0 dans son galetas haut comme une cath\u00e9drale d\u00e9pourvu de vitraux il reposait sur de grossi\u00e8res lattes de bois pr\u00eat \u00e0 s\u2019\u00e9vanouir et se fondre dans le souvenir d\u2019une biblioth\u00e8que ancestrale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Venue, ma main nue en avait perdu la connaissance, engloutie par tant de poussi\u00e8re il \u00e9tait l\u00e0 recouvert par une multitude de r\u00e9cits il se cachait \u00ab&nbsp;Le Luth bris\u00e9&nbsp;\u00bb en ses pages \u00e9paisses et jaunies survivant \u00e0 ceux qui l\u2019avait forg\u00e9 de leur prose parfois agonisante souvent tiss\u00e9es des fils du d\u00e9sespoir et comme une ironie les&nbsp;&nbsp;\u00ab&nbsp; \u00c9ditions du Temps Pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb les avaient immortalis\u00e9es les impr\u00e9gnant dans leur papier comme les partitions de tes compositions pour guitare. Dans cette atmosph\u00e8re d\u2019attente et de nostalgie, le carton semblait retenir en lui non seulement des mots mais aussi des vies des \u00e9motions des r\u00eaves \u00e9gar\u00e9s pli\u00e9s par le temps. Chaque pli portait en lui&nbsp;&nbsp;une histoire un fragment du pass\u00e9 une m\u00e9moire grav\u00e9e dans la mati\u00e8re elle-m\u00eame, et moi t\u00e9moin \u00e9ph\u00e9m\u00e8re je me retrouvais \u00e0 contempler ce morceau de pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pr\u00e9sentement infini et pass\u00e9 se m\u00ealent aux \u00e9clats du quotidien, modestement il a trouv\u00e9 une place nich\u00e9 sur un rayonnage de vaisselier \u00e0 l\u2019or\u00e9e d\u2019un univers \u00e9clectique o\u00f9 la science-fiction c\u00f4toie les secrets ancestraux de la fabrication des fromages de ch\u00e8vre une alchimie presque sacr\u00e9e&nbsp;; baign\u00e9 par le fumet \u00e9vocateur de la cuisini\u00e8re \u00e0 bois chaque page jaunie se charge d\u2019une nouvelle patine passage in\u00e9luctable qui \u00e9rode les fronti\u00e8res du temps. La poussi\u00e8re volatile est changeante et danse au gr\u00e9 des courants d\u2019air en \u00e9volution perp\u00e9tuelle o\u00f9 tout se m\u00eale, l\u2019odeur de l\u2019\u00e9table voisine infuse ses feuillets et les mondes fusionnent. Le \u00ab&nbsp;Luth bris\u00e9&nbsp;\u00bb tel un voyageur fait aussi son retour \u00e0 la terre, ses mots r\u00e9sonnent comme une musique inscrite dans ses lignes d\u00e9sormais en harmonie avec le murmure de la nature comme le battement r\u00e9gulier du temps. Un va et vient perp\u00e9tuel entre tangible et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re \u00e0 chaque page tourn\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Est-ce mon va ou mon vient qui guide mes pas vers le luthier de Gen\u00e8ve, ma\u00eetre des sons et des silences o\u00f9 repose d\u00e9sormais de \u00ab&nbsp;Luth bris\u00e9&nbsp;\u00bb. Prot\u00e9g\u00e9 sous un voile de papier cristal, exemplaire unique. Il trouve refuge dans cet atelier empreint de senteurs, propolis, r\u00e9sine \u00e0 base de cypr\u00e8s de gen\u00e9vrier, alcool et t\u00e9r\u00e9benthine, fr\u00e9quente dor\u00e9navant des bocaux de poudres \u00e9nigmatiques et pr\u00e9parations insolites d\u2019ouvrages anciens d\u00e9voilant les arcanes, les secrets sur la fabrication des vernis. Je me suis d\u00e9sormais appropri\u00e9 un luth renaissance \u00e0 onze c\u0153urs, 20 cordes plus une ( Sol la chanterelle, R\u00e9, La, Fa, Do, sol, Fa, Mi-b\u00e9mol, R\u00e9, Do ) magnifique instrument&nbsp;&nbsp;fa\u00e7onn\u00e9 de bois nobles, en tilleul pour le manche bois de palissandre pour la douceur de la touche les c\u00f4tes en bois d\u2019\u00e9rable chevilles en \u00e9rable, table en \u00e9pic\u00e9a&nbsp;; musique douce de John Dowland, Josquin Des Pr\u00e9s, Luys de Milan, Robert Ballard,&nbsp;seize et dix-septi\u00e8me si\u00e8cles notes impr\u00e9gn\u00e9es de l\u2019essences des si\u00e8cles pass\u00e9s.&nbsp;Mon ventre arrondi de quelques mois s\u2019unit \u00e0 l\u2019instrument d\u2019une tendre intimit\u00e9 les fils invisibles d\u2019une transmission se tissent, une continuit\u00e9 se perp\u00e9tue, naissance et renaissance liens sacr\u00e9s entre les g\u00e9n\u00e9rations.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il aimait la vie et m\u2019a r\u00e9cit\u00e9 ce po\u00e8me,&nbsp;&nbsp;quand le livre a gliss\u00e9 de ses mains<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Dans les plis l\u00e2ches d\u2019une blouse linceul<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Se cache ce qui fut jadis mon ventre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Cro\u00fbte dess\u00e9ch\u00e9e du pain noir et rassis<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Dans une poche vide et trou\u00e9e<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Dans mon estomac \u2013 cheval de Troie &#8211;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Dans mes intestins engourdis<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;G\u00eet la faim<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Et guette mon c\u0153ur tout entier&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Pas une faim mais des centaines de faims<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Br\u00fblent comme mille feux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Si je pouvais<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Je viderais l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Les garde-manger de toutes les nations<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;D\u00e9jeuners, soupers, collations<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;R\u00e9unirais en une grande ripaille&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Et mangerais, et d\u00e9vorerais<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;De mes doigts &#8211; fourchettes avides \u2013<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Des viandes rouges, galettes pur beurre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Et encore de la viande, des conserves, des noix<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;(\u2026)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Mais pour le moment&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Je ne vis que de souvenirs<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Des plats fins jadis dig\u00e9r\u00e9s&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Et je l\u00e8ve mes bras vers les cieux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Je mendie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Dans les langues des mendiants<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;De tous les pays<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;(\u2026)&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;DU PAIN&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Qui serait mien, quotidien<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Accordes-en moi&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Ne serait-ce qu\u2019en pr\u00eat<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Seigneur, Dieu des Arm\u00e9es<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Avais-tu faim&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;Une fois&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Josef&nbsp;&nbsp;camp de Plaszow 1943<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Luth bris\u00e9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Index # nouvelles # 01 | de l\u2019art de ranger ses livres | la rambarde De la complexit\u00e9 des relations l\u2019ordre et le d\u00e9sordre chaos et structure se fondent en&nbsp;une exploration constante. De la biblioth\u00e8que des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour partager des exp\u00e9riences et raconter des histoires, des histoires qui r\u00e9sonnent entre elles contrast\u00e9es ou r\u00e9currentes, parfois connect\u00e9es dans l\u2019invisible. A <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#nouvelles | Raymonde Interlegator<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":604,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5736,5737,5795,5837,5862,5902],"tags":[5917],"class_list":["post-149980","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nouvelles-1","category-01-ranger-ses-livres","category-02-histoire-de-mes-librairies","category-03-schalansky-inventaire-de-choses-perdues","category-04-le-livre-dans-sa-materialite","category-05-4-stations-pour-un-livre","tag-ouvrage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/149980","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/604"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=149980"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/149980\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=149980"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=149980"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=149980"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}