{"id":151041,"date":"2024-05-23T21:50:45","date_gmt":"2024-05-23T19:50:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=151041"},"modified":"2024-05-24T07:25:02","modified_gmt":"2024-05-24T05:25:02","slug":"nouvelles-2-boucle-2-1-cest-le-matin-que-les-choses-arrivent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-2-boucle-2-1-cest-le-matin-que-les-choses-arrivent\/","title":{"rendered":"#nouvelles-2 boucle 2 #1 | C&rsquo;est le matin que les choses arrivent"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Table des mati\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition1\">1_C&rsquo;est le matin que les choses arriven<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition2\">2_Ruth Henry<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition3\">3_La fratrie B., une photographie<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition4\">4_Quatre lettres retrouv\u00e9es de Ruth Henry \u00e0 Unica Z\u00fcrn<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\" id=\"proposition1\"><strong>1_C&rsquo;est le matin que les choses arrivent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le matin que les choses arrivent. Depuis la gare de Bordeaux, je descends \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat de bus Biblioth\u00e8que. Je vais rendre visite \u00e0 G\u00e9rard Sendrey, cr\u00e9ateur. J&rsquo;arrive. Sans trop presser le pas, je traverse la pelouse qui me s\u00e9pare du Mus\u00e9e qu&rsquo;il a cr\u00e9\u00e9 en d&rsquo;autres temps, puis le parking aux platanes, pour me retrouver devant sa maison rue Sainte Marie. Visite ou visitation ? G\u00e9rard croit au myst\u00e8re, au miracle, au hasard et \u00e0 leur sollicitations. Il aime entretenir la fable qui m\u00e8ne \u00e0 la cr\u00e9ation. Son habitation est un modeste pavillon comme il en existe partout, entour\u00e9 d&rsquo;un jardin de mauvaises herbes, il y tient. Devant le portillon, sa derni\u00e8re chienne, Apple, voudra bien me c\u00e9der le passage afin d&rsquo;atteindre la sonnette. Je sonne.<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9rard est de quarante ans mon a\u00cen\u00e9. Je l&rsquo;ai rencontr\u00e9 alors que j&rsquo;\u00e9tais \u00e9tudiante et lui conservateur b\u00e9n\u00e9vole du Mus\u00e9e de la Cr\u00e9ation Franche \u00e0 B\u00e8gles. A cette \u00e9poque, c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;institution mus\u00e9ale que je m&rsquo;adressais par voie postale. Au fil des lettres, je d\u00e9couvrirai le cr\u00e9ateur et ses doutes. Je lui r\u00e9v\u00e8lerai un jour mes vell\u00e9it\u00e9s. Il ouvre la porte, un peu courb\u00e9. Nous nous embrassons. Je laisse mon bagage dans l&rsquo;entr\u00e9e. Nous entrons dans la salle de s\u00e9jour, l&rsquo;espace a chavir\u00e9. La pi\u00e8ce \u00e0 vivre est devenue chambre. Il a souffert de complications pulmonaires durant l&rsquo;hiver, et les infirmi\u00e8res se succ\u00e8dent au long de la journ\u00e9e. Il est entr\u00e9 dans le grand \u00e2ge. Malgr\u00e9 quoi, G\u00e9rard est un homme coquet. Il surveille de pr\u00e8s sa chevelure et m&rsquo;accueille dans une chemise de lin clair. Il a eu soin d&rsquo;en laisser le col entrouvert. Nous nous attablons.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous attablons et entrons en conversation. Nous nous attablons dans l&rsquo;oeil du cyclone. Autour de nous, les murs, les meubles s&rsquo;ornent des oeuvres de ses prot\u00e9g\u00e9s. Nous sommes dans un mus\u00e9e de poche, la r\u00e9plique miniature de l&rsquo;autre Mus\u00e9e. Pr\u00e8s de la porte de la cuisine, un de mes dessins sur page de livre, avec au pied du personnage, une fourmi. Je me souviens tr\u00e8s bien que c&rsquo;est pour cette pr\u00e9sence que le lui ai donn\u00e9. G\u00e9rard est sensible \u00e0 la pr\u00e9sence animale, et a toujours v\u00e9cu entour\u00e9. Pass\u00e9 les banalit\u00e9s d&rsquo;usage, nous entrons dans le vif du sujet. Ses dessins \u00e0 lui sont \u00e9pingl\u00e9s sur les murs du bureau pr\u00e8s de l&rsquo;entr\u00e9e. Je les verrai plus tard, et comme toujours avec avidit\u00e9. Je m&rsquo;en enquiers. Noir et blanc, couleurs, G\u00e9rard alterne les phases et travaille par s\u00e9rie. Je retrouve son regard, ses yeux aux pupilles de jais \u00e9tr\u00e9cies, ses yeux de pastilles Pullmol, des yeux qui p\u00e9tillent. Autour de son visage, ses mains volettent. Elles tracent des trajets d&rsquo;oiseaux autour de ses paroles. Elles sont une autre forme de langage, trait qui marque l&rsquo;ensemble de son travail. Humaines trop humaines. Pendant que nous parlons, le soleil entre de partout mais ne l&rsquo;atteint pas. Il est au centre du terrier et s&rsquo;y terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes attabl\u00e9s et poursuivons notre \u00e9change. Nous causerons ainsi tout au long du s\u00e9jour, hors des \u00e9chapp\u00e9es du matin, dessin et \u00e9criture pour lui, et pour moi balade dans les environs. Il n&rsquo;est pas de jour sans se coltiner avec la mati\u00e8re, avec la cr\u00e9ation, pas de matin sans se relever les manches. La vie est un cadeau et c&rsquo;est le matin que les choses arrivent. Jusque dans la voix du t\u00e9l\u00e9phone, si on est attentif, on entend le frottement du crayon. Tout moment est propice. Le samedi matin arrive et je repartirai. Je reprendrai dans le sens inverse le chemin vers l&rsquo;arr\u00eat de bus. Avant le portillon, je me retournerai. Il est derri\u00e8re la fen\u00eatre de la cuisine. Nous \u00e9changeons un regard. Tout deux nous comprenons que c&rsquo;est le dernier que nous scellons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\" id=\"proposition2\"><strong>2_Ruth Henry<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9e K\u00e4the Ruth K\u00fchne le 2 mars 1925 \u00e0 Frankenthalen en Allemagne, Ruth Henry est journaliste et traductrice. Elle d\u00e9c\u00e8de le 19 octobre 2007 \u00e0 Auxerre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Biographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ruth Henry a \u00e9tudi\u00e9 l&rsquo;histoire de l&rsquo;art et la philosophie, avec Karl Jaspers \u00e0 Heidelberg. Journaliste, notamment pour la radio, elle est l\u2019auteure de cinq documentaires dont un consacr\u00e9 \u00e0 la destruction des Halles de Paris. Mais c\u2019est par son travail de traduction que Ruth Henry acc\u00e8de \u00e0 une certaine forme de reconnaissance dans le milieu litt\u00e9raire parisien. Proche du cercle surr\u00e9aliste, elle est l\u2019amie des artistes Meret Oppenheim, Max Ernst, Man Ray et Hans Bellmer. Elle traduira <em>Le Manifeste du surr\u00e9alisme<\/em>, du fran\u00e7ais vers l\u2019allemand en 1968. Sa rencontre avec Unica Z\u00fcrn&nbsp; \u00e0 la galerie Daniel Cordier en 1959 lors de l\u2019Exposition surr\u00e9aliste internationale, l\u2019engagera durablement aupr\u00e8s de l\u2019artiste dont elle traduira les \u00e9crits en fran\u00e7ais. Elle en restera proche jusque son suicide en 1970. Para\u00eetra&nbsp; tout d\u2019abord <em>l\u2019Homme-Jasmin<\/em> dont l\u2019auteure lui remet l\u2019\u00e9pais manuscrit en 1966. Elle le soumet alors \u00e0 Katharina von B\u00fclow lectrice chez Gallimard qui l\u2019\u00e9ditera cinq ans plus tard. Puis ce sera <em>Sombre printemps<\/em> aux \u00e9ditions Belfond dans les m\u00eames ann\u00e9es. Le manuscrit de <em>Vacances \u00e0 maison blanche<\/em> ne sera \u00e9dit\u00e9 lui, qu\u2019\u00e0 titre posthume. En 1977 dans la postface \u00e0 l\u2019\u00e9dition allemande de <em>L\u2019Homme-jasmin<\/em>, <em>der Mann im Jasmin<\/em>, Ruth Henry \u00e9crit :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, pendant toutes nos conversations, ma conviction s\u2019est renforc\u00e9e : chaque mot \u00e9crit par Unica est autobiographique.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vie priv\u00e9e<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle rencontre le peintre, po\u00e8te et dessinateur Maurice Henry en 1952 lors d\u2019un s\u00e9jour dans l\u2019Yonne. Elle le suivra l\u2019ann\u00e9e suivante \u00e0 Paris, quittant son premier mari Ulrich Conrads. En cela, elle trace une trajectoire parall\u00e8le \u00e0 celle de son amie et compatriote Unica Z\u00fcrn avec Hans Bellmer. Leur mariage sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9 en 1955. 1966 scelle leur s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Traductions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>-Unica Z\u00fcrn, <em>L\u2019Homme-Jasmin<\/em>, traduction Ruth Henry et Robert Valen\u00e7ay, avec une pr\u00e9face d&rsquo;Andr\u00e9 Pieyre de Mandiargues, Paris, Gallimard,&nbsp; Paris, 1971&nbsp;; r\u00e9\u00e9dition Paris, Gallimard, coll. \u00ab&nbsp;L&rsquo;Imaginaire&nbsp;\u00bb, 1999.<\/p>\n\n\n\n<p>-Herman Broch, <em>Les affaires du Baron Laborde ou Comment vendre du vent<\/em>, traduction Catherine Brousse et Ruth Henry, coll. \u00ab&nbsp;Le Manteau d\u2019Arlequin&nbsp;\u00bb,Gallimard, Paris, 1988.<\/p>\n\n\n\n<p>-Unica Z\u00fcrn,<em> Sombre printemps<\/em>, traduction Ruth Henry et Robert Valen\u00e7ay, Paris, Belfond, Paris, 1971. R\u00e9\u00e9dition Paris et Montr\u00e9al, \u00e9ditions \u00c9criture, 1997. Ce roman de 80 pages raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;une enfant en besoin d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>-Unica Z\u00fcrn,&nbsp;<em> Vacances \u00e0 Maison blanche<\/em>, Derniers \u00e9crits et autres in\u00e9dits, traduction et pr\u00e9sentation de Ruth Henry, Jo\u00eblle Losfeld, Paris, 2003.<\/p>\n\n\n\n<p>-Unica Z\u00fcrn, <em>La Maison des maladies<\/em>, traduction Ruth Henry et Robert Valen\u00e7ay \u00e9ditions Hourra, 2023.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\" id=\"proposition3\"><strong>3_La fratrie B., une photographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une table, une table en bois dans la cour d&rsquo;une ferme. De part et d&rsquo;autre, un couple, les parents encore dans leur jeunesse, tout autour se r\u00e9partissent les enfants, des adolescents qui se tiennent debout. Ils sont au nombre de six. Certains sont de dos, et on ne distingue par leurs traits, juste une m\u00eame chevelure brune. Ils semblent d&rsquo;\u00e2ge rapproch\u00e9, comme n\u00e9s en cascade, l&rsquo;un \u00e0 la suite de l&rsquo;autre. Certains se ressemblent \u00e9trangement, caract\u00e9ristique qui les suivra dans l&rsquo;\u00e2ge adulte o\u00f9 on pourra les confondre, les prendre pour des jumeaux ce qu&rsquo;ils ne sont pas. Ils sont six, mais plus pr\u00e9cis\u00e9ment la fratrie se compose de cinq gar\u00e7ons et un fille, et se d\u00e9cline en a\u00een\u00e9, cadet, pu\u00een\u00e9, et benjamin. A moins que ce ne ce soit elle la benjamine ? Prise avant les ann\u00e9es 1930, la photographie est en noir et blanc, dans le r\u00e9el un cama\u00efeu de gris. Les parents s&rsquo;affichent en habit traditionnel, sabot au pied. Reviennent-ils d&rsquo;une c\u00e9r\u00e9monie, s&rsquo;agit-il de la fin du repas dominical, apr\u00e8s que l&rsquo;on soit all\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, occasion pour laquelle, on s&rsquo;est plus particuli\u00e8rement habill\u00e9 ? Les enfants portent des habits d&rsquo;\u00e9toffe sombre qui tombent droit, leur conf\u00e9rant un air de s\u00e9rieux. Les visages sont emprunts de gravit\u00e9, voire de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 pour ceux des adultes tourn\u00e9s vers le photographe. La prise d&rsquo;une photographie est en soi un acte solennel. De quoi est-elle la trace, si ce n&rsquo;est de la repr\u00e9sentation de la famille au complet ? De R. l&rsquo;a\u00een\u00e9, qui d\u00e9c\u00e8dera le premier, \u00e0 F.,M. J. et A pour ce qu&rsquo;il en est des fr\u00e8res jusque la petite Rose &#8211; ce n&rsquo;est pas son nom mais tout le monde l&rsquo;appelle Rosine, et quand elle tiendra bistrot, ce sera son nom de patronne-, toute la fratrie est l\u00e0. Toute la fratrie est l\u00e0, jusque l\u00e0, jusque cet instant photographique. Bient\u00f4t ils partiront, laissant l\u00e0 les parents, dans ce coin de montagne qui portent leur nom, <em>Chez B<\/em>, pr\u00e8s duquel ceux-ci seront enterr\u00e9s. Les enfants partiront ensemble ou en d\u00e9cal\u00e9, l&rsquo;un r\u00e9pondant \u00e0 l&rsquo;appel de l&rsquo;autre. Ils quitteront le lieu-dit pour la plaine, le lac, la ville et ses opportunit\u00e9s. Ils descendront de la montagne avec ou sans cheval : <em>Elle descend de la montagne \u00e0 cheval, elle descend de la montagne \u00e0 cheval<\/em>, <em>elle descend de la montagne, elle descend de la montagne<\/em>&#8230; une chanson que la famille aime entonner aux fins de repas les jours de f\u00eate. Une chanson qui donne de l&rsquo;allant, celui qui leur a fallu peut-\u00eatre, pour se d\u00e9partir d&rsquo;un avenir paysan. A moins que ce ne soit l&rsquo;ambition, le d\u00e9sir de r\u00e9ussir qui les a pouss\u00e9 \u00e0 se mettre en marche ? Dans les ann\u00e9es 1930, quatre des fr\u00e8res B. s&rsquo;uniront et cr\u00e9eront une entreprise \u00e0 leur nom <em>B. Fr\u00e8res<\/em>, entreprise florissante qui perdurera. Le cinqui\u00e8me fr\u00e8re lui deviendra chauffeur de bus. Tous, sauf un, fonderont famille, de m\u00eame pour Rosine. Un des fr\u00e8res se suicidera sans que l&rsquo;on sache pourquoi. Tous reposent dans le m\u00eame caveau du cimeti\u00e8re de la ville en compagnie de son conjoint. Une fratrie. Un nom seul suffit-il \u00e0 faire famille ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\" id=\"proposition4\" style=\"font-style:normal;font-weight:400\"><strong>4_Quatre lettres retrouv\u00e9es de Ruth Henry \u00e0 Unica Z\u00fcrn<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Paris XIVe, 20 juin 1960<\/p>\n\n\n\n<p>Ch\u00e8re Unica,<\/p>\n\n\n\n<p>Je viens de trouver ta lettre que Maurice a eu soin de laisser sur mon bureau. Je suis abasourdie. Sans nouvelles de toi depuis quelques temps, je pensais bien ta vie avec quelques tourments, mais de l\u00e0 \u00e0 imaginer cette \u00e9chapp\u00e9e vers le pays natal. <em>Was hast du verloren im Berlin? Was hast du vergessen ?<\/em> Qu&rsquo;as-tu perdu \u00e0 Berlin, qu&rsquo;as-tu oubli\u00e9 ? Ton nom ? Qu&rsquo;es-tu all\u00e9e chercher l\u00e0-bas ? Etait-ce une fuite ? Tu \u00e9cris que tu as jet\u00e9 ton passeport dans une bo\u00eete aux lettres, puis que tu as distribu\u00e9 ton argent aux passants. De quoi tenais-tu donc tant \u00e0 te d\u00e9barrasser ? Je ne veux pas para\u00eetre importune, mais inqui\u00e8te, inqui\u00e8te de toi.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis contente de te te savoir maintenant \u00e0 Paris, en compagnie. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;avoir retrouver tes marques, tes amis, ton domicile t&rsquo;apaise. Fais-moi savoir quel jour conviendrait pour que je te rende visite.<\/p>\n\n\n\n<p>Affectueusement.<br>Ruth<\/p>\n\n\n\n<p>Paris XIVe, 13 novembre 1961<\/p>\n\n\n\n<p>Ch\u00e8re Unica,<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai crois\u00e9 Hans l&rsquo;autre jour, il te l&rsquo;aura peut-\u00eatre rapport\u00e9. Il me dit que tu dessines avec fougue et que tu n&rsquo;es pas sans soutien. Dans le corps m\u00e9dical tout d&rsquo;abord, o\u00f9 tu tu as trouv\u00e9 une oreille amicale, attentive aupr\u00e8s du docteur Rabain. Il m&rsquo;a racont\u00e9 \u00e9galement que H.M. t&rsquo;avait fait parvenir cahier et couleurs d\u00e8s le d\u00e9but de ton internement, afin que tu ne te retrouves pas d\u00e9soeuvr\u00e9e. Depuis, les deux hommes s&rsquo;organisent en vue de ta future exposition \u00e0 la galerie du Point Cardinal en janvier prochain. Projet qu&rsquo;ils voient comme un grand secours pour te maintenir t\u00eate hors les murs. J&rsquo;ai h\u00e2te de me retrouver \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s, Unica. Je le suis par la pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien \u00e0 toi.<br>Ruth<\/p>\n\n\n\n<p>Paris XIVe, 17 d\u00e9cembre 1961<\/p>\n\n\n\n<p>Ch\u00e8re Unica, <\/p>\n\n\n\n<p>Il pleut. Et c&rsquo;est bien la chose unique qui nous r\u00e9unisse sous le ciel de Paris. Je pense \u00e0 toi. Sans nouvelles depuis mon dernier mot, je veux t&rsquo;imaginer plus tranquille. J&rsquo;esp\u00e8re que les pr\u00e9paratifs pour le Point Cardinal se pr\u00e9cisent. J&rsquo;esp\u00e8re surtout que l&rsquo;h\u00f4pital t&rsquo;aura lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;ici l\u00e0, et que nous pourrons te f\u00eater comme il se doit. Il pleut et je t&rsquo;\u00e9cris depuis le bureau o\u00f9 je me terre quand Maurice n&rsquo;est pas l\u00e0. Sans vue, donnant sur la cour int\u00e9rieure, aveugle. Je t&rsquo;esp\u00e8re d&rsquo;autres fen\u00eatres. Mais on sonne, sans doute le coursier, j&rsquo;attends un manuscrit. <\/p>\n\n\n\n<p>Prends soin de toi, Unica.<\/p>\n\n\n\n<p>Ton amie, Ruth<\/p>\n\n\n\n<p>Paris XIVe, 24 mai 1963<\/p>\n\n\n\n<p>Ch\u00e8re Unica,<\/p>\n\n\n\n<p>Merci de cet apr\u00e8s-midi pass\u00e9 ensemble la semaine derni\u00e8re, Hans ayant eu la gentillesse de s&rsquo;\u00e9clipser une fois le d\u00e9jeuner termin\u00e9. Je suis heureuse de te savoir de nouveau en \u00e9criture. Je sais comme il est important pour toi de pouvoir jouer \u00e0 ta guise de la langue. Et puis ta nouvelle coupe te va \u00e0 ravir. Ces cheveux courts te rendent l\u00e9g\u00e8re. Je suis \u00e9galement ravie d&rsquo;apprendre vos projets de vill\u00e9giature pour l&rsquo;\u00eele de R\u00e9 cet \u00e9t\u00e9, de pouvoir te savoir hors les serres parisiennes pour un temps, la mer avec le ciel confondue pour horizon. De mon c\u00f4t\u00e9, rien n&rsquo;a encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9. Maurice est ind\u00e9cis. Tout commencera sans doute par un s\u00e9jour en Bourgogne, puis nous improviserons. Mais je veux croire que nous aurons l&rsquo;occasion de parler de tout cela lors d&rsquo;un prochain d\u00e9jeuner. En attendant, je t&#8217;embrasse. Maurice qui passe la t\u00eate par l&rsquo;entrebaillement de la porte se joint \u00e0 moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Ton amie, Ruth<\/p>\n\n\n\n<p><em>Post-scriptum.<\/em> Si tu voulais me faire lire tes derni\u00e8res anagrammes, je sais que tu aimes garder pr\u00e8s de toi le frais \u00e9crit, n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 me faire parvenir une copie, j&rsquo;en ferai bon usage, tu le sais.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table des mati\u00e8re 1_C&rsquo;est le matin que les choses arriven 2_Ruth Henry 3_La fratrie B., une photographie 4_Quatre lettres retrouv\u00e9es de Ruth Henry \u00e0 Unica Z\u00fcrn 1_C&rsquo;est le matin que les choses arrivent C&rsquo;est le matin que les choses arrivent. Depuis la gare de Bordeaux, je descends \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat de bus Biblioth\u00e8que. 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