{"id":151669,"date":"2024-06-01T11:47:02","date_gmt":"2024-06-01T09:47:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=151669"},"modified":"2024-06-01T12:02:04","modified_gmt":"2024-06-01T10:02:04","slug":"nouvelles-boucle-2-catherine-k","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-boucle-2-catherine-k\/","title":{"rendered":"###nouvelles, boucle 2 |\u00a0Catherine K."},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Table des chapitres<\/h2>\n\n\n\n<p><a href=\"#proposition1\">#01 Le libraire<\/a><br><a href=\"#proposition2\">#02 Constantin Vandervelde<\/a><br><a href=\"#proposition3\">#03 Familles sans histoires(s)<\/a><br><a href=\"#proposition4\">#04 L&rsquo;Or du Monde<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition4\">#04 L&rsquo;Or du Monde<\/h2>\n\n\n\n<p>En cette fin d\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019octobre 1972, Constantin Vandervelde est dans l\u2019arri\u00e8re-boutique de sa librairie de livres anciens. C\u2019est l\u00e0 que se passe la part la plus importante de son activit\u00e9, c\u2019est l\u00e0 que bat son c\u0153ur, c\u2019est l\u00e0 que bout le chaudron de <em>L\u2019Or du Monde<\/em>. Plus encore que d\u2019\u00eatre dans le visible du magasin, plus encore que de venir en aide aux clients, ce qu\u2019il aime par dessus tout c\u2019est de d\u00e9couvrir les nouveaux arrivages de livres, fureter dans les cartons, d\u00e9placer, ranger, classer, r\u00e9pertorier et puis aussi prendre un livre au hasard, s\u2019assoir dans le vieux fauteuil berg\u00e8re rev\u00eatu de tissu \u00e0 carreaux et partir, voyager, digresser, r\u00eaver. D\u2019un livre l\u2019autre, d\u2019un r\u00eave l\u2019autre, de souvenir en souvenir. Il s\u2019y sent comme dans une grotte. Il s\u2019y sent chez lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Les gens qui le connaissent ne sont pas sans savoir que cette pi\u00e8ce avait jadis abrit\u00e9 les r\u00e9serves de la mercerie tenue par sa m\u00e8re. Elle avait fait installer des \u00e9tag\u00e8res le long des quatre murs o\u00f9 toute la panoplie de ses fournitures \u00e9tait soigneusement rang\u00e9e. Elle n\u2019aimait rien moins que de faire attendre la cliente si d\u2019aventure il arrivait qu\u2019un rayon du magasin soit vide, et Madame Vandervelde n\u2019avait rien d\u2019une aventuri\u00e8re, ou de chercher les articles n\u00e9cessaires au r\u00e9approvisionnement de la boutique chaque fin de semaine. Tr\u00e8s organis\u00e9e, elle passait ses commandes aux fournisseurs deux fois par mois si bien que rien ne venait jamais \u00e0 lui manquer. Lorsqu\u2019apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re, il avait d\u00fb faire de la place pour les livres, il n\u2019avait pas eu le c\u0153ur de se d\u00e9barrasser de tout, il avait conserv\u00e9 sur les \u00e9tag\u00e8res quelques cartons de fils et de boutons lesquels ont bien vite \u00e9t\u00e9 \u00e9touff\u00e9s par les monceaux de livres qu\u2019il avait transf\u00e9r\u00e9s des diverses pi\u00e8ces de la maison o\u00f9 il les rangeait auparavant, mais r\u00e9guli\u00e8rement il d\u00e9gageait les bo\u00eetes des piles de livres, les d\u00e9poussi\u00e9rait, regardait et caressait leur contenu avec tendresse.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc une fin d\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019octobre, il y a bien longtemps. Il vient de se faire livrer trois nouveaux cartons de livres qu\u2019il a s\u00e9lectionn\u00e9s \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un vide-grenier. Il n\u2019y a pas de hasard et \u00e7a il le sait depuis longtemps. Dans les toutes premi\u00e8res ann\u00e9es de la librairie, il savait qu\u2019il mettait la main sur un ouvrage en particulier pour une raison pr\u00e9cise, mais la plupart du temps il ne savait pas la formuler. Quand le livre lui \u00e9tait destin\u00e9, il prenait son temps pour le lire, le relire, jusqu\u2019\u00e0 ce que le message \u00e0 lui adress\u00e9 fasse son chemin et apparaisse comme une \u00e9vidence. Quand il \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 une autre personne, connue de lui ou non, il mettait le livre de c\u00f4t\u00e9 sous le comptoir et lorsque celle-ci se pr\u00e9sentait il le lui mettait tout simplement dans les mains, en disant \u00ab&nbsp;j\u2019ai ce que vous cherchez&nbsp;\u00bb. La personne le regardait, interloqu\u00e9e, disait d\u2019abord qu\u2019elle ne cherchait rien de pr\u00e9cis, puis prenait le livre, le feuilletait et r\u00e9pondait&nbsp;: \u00ab&nbsp;mais oui&nbsp;! je cherche ce livre depuis si longtemps, je ne m\u2019en souvenais m\u00eame plus&nbsp;\u00bb ou encore \u00ab&nbsp;comment savez-vous que je cherche ce livre&nbsp;?&nbsp;\u00bb Apr\u00e8s avoir fouill\u00e9 les deux premiers cartons, il ouvre le dernier et le livre est l\u00e0 bien en vue tout au dessus&nbsp;: un livre sur le peuple des Sentinelles. Il s\u2019en saisit d\u2019une main tremblante. Il le feuillette rapidement et passe dans le magasin. Il le met sous le comptoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux jours plus tard, \u00e0 peine Constantin Vandervelde a-t-il lev\u00e9 le volet \u00e0 l\u2019ouverture de la librairie qu\u2019un client entre dans le magasin. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois qu\u2019il vient. C\u2019est un passionn\u00e9 de photo et d\u2019explorations lointaines. Ils ont sympathis\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 ses recherches d\u2019ouvrages tr\u00e8s cibl\u00e9s et pour lesquels on lui avait recommand\u00e9 <em>L\u2019Or du Monde<\/em>. Il s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 sous le nom de Paul Daran. C\u2019\u00e9tait un nom d\u2019emprunt. Constantin l\u2019avait reconnu mais n\u2019avait rien dit. Seul un regard appuy\u00e9 entre les deux hommes avait scell\u00e9 leur entente. \u00ab&nbsp;Quel bon vent vous am\u00e8ne, cher Monsieur Daran&nbsp;?\u00bb \u00ab&nbsp;Je passais dans le quartier et je me suis dit que j\u2019allais venir vous saluer&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;J\u2019ai quelque chose pour vous&nbsp;\u00bb r\u00e9pond Constantin en tendant le livre qu\u2019il avait rang\u00e9 sous le comptoir. Son interlocuteur est stup\u00e9fait. \u00ab&nbsp;Comment savez-vous que je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce peuple&nbsp;?&nbsp; Avec quelques amis, nous comptons monter une exp\u00e9dition l\u2019ann\u00e9e prochaine dans les \u00eeles Andaman et tenter une incursion sur l\u2019\u00eele North Sentinel&nbsp;\u00bb. Il lui r\u00e9pond par un sourire. A nouveau il a fait mouche et au fond de lui, \u00e0 chaque fois, il a le sentiment de la mission accomplie.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition3\">#03 Familles sans histoire(s)<\/h2>\n\n\n\n<p>La famille Vandervelde est une famille histoire(s). Sans histoires parce qu\u2019elle a une vie plut\u00f4t lin\u00e9aire et sans remous particuliers mis \u00e0 part peut-\u00eatre le d\u00e9c\u00e8s \u00e0 45 ans de Henriette Vandervelde n\u00e9e Lamar. C\u2019est jeune, certes, mais \u00e7a arrive et malheureusement c\u2019est arriv\u00e9 \u00e0 Henriette Lamar. La famille Lamar et la famille Vandervelde n\u2019ont eu de contacts l\u2019une avec l\u2019autre que lors du mariage de leurs enfants respectifs et \u00e0 l\u2019occasion de la naissance de Constantin, le fils unique de ces derniers. La famille Lamar est une famille bourgeoise et n\u2019a jamais compris pourquoi leur fille Henriette a voulu \u00e9pouser Edouard Vandervelde, employ\u00e9 communal de son \u00e9tat. Fernand Lamar est le propri\u00e9taire de la papeterie bruxelloise du m\u00eame nom tr\u00e8s bien cot\u00e9e et situ\u00e9e avenue Louise dans le haut de la ville. La famille Lamar et la famille Vandervelde ont des vies tr\u00e8s diff\u00e9rentes. La famille Vandervelde, petits employ\u00e9s de bureau de p\u00e8re en fils, habitant dans le bas de la ville, n\u2019a pas vu d\u2019un tr\u00e8s bon \u0153il leur fils Edouard \u00e9pouser Henriette Lamar, mais celui-ci n\u2019a pas voulu \u00e9couter leurs avertissements. La famille Lamar a en effet une vie tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle de la famille Vandervelde. Fernand Lamar d\u00e9fraie la chronique des petits potins locaux avec ses frasques aupr\u00e8s de la gent f\u00e9minine auxquelles il se croit autoris\u00e9 par sa position sociale. Sa femme, El\u00e9onore Lamar n\u00e9e Delferri\u00e8re le lui rend bien qui passe ses apr\u00e8s-midi dans les salons mondains et pose pour des peintres \u00e0 ses heures perdues. La famille Delferri\u00e8re dont est issue El\u00e9onore, est une famille de la petite bourgeoisie catholique des Ardennes et elle n\u2019a eu de cesse de s\u2019affranchir de cette atmosph\u00e8re qu\u2019elle jugeait \u00e9triqu\u00e9e en se mariant avec Fernand Lamar. Chez les Vandervelde, Adolphe est employ\u00e9 communal \u00e0 Bruxelles, comme le sera son fils Edouard, et la m\u00e8re, Albertine, est m\u00e8re au foyer, s\u2019occupant des trois enfants, Augustin, Edouard et Louise. La famille Vandervelde, comme on a pu le voir est une famille sans histoires et la famille Lamar est une famille avec histoires. Les familles Vandervelde et Lamar sont toutes deux des familles sans histoire. Souvent \u00e0 la premi\u00e8re il est demand\u00e9 si elle a un lien de parent\u00e9 avec le c\u00e9l\u00e8bre homme politique socialiste, co-fondateur et Pr\u00e9sident de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re socialiste et elle r\u00e9pond invariablement qu\u2019il n\u2019en est rien \u00e0 moins que l\u2019homme politique ait eu une descendance dont il ne semble pas clair qu\u2019elle ait pu exister. Quant \u00e0 la famille Lamar, on ne lui r\u00e9pertorie aucun membre qui se serait distingu\u00e9 d\u2019une quelconque mani\u00e8re avant Fernand Lamar.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition2\">#02 Constantin Vandervelde<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Constantin Raymond Georges Vandevelde<\/strong>, n\u00e9 le 15 juin 1942 \u00e0 Bruxelles, dans le quartier populaire des Marolles, est le propri\u00e9taire de <em>L\u2019or du monde<\/em>, une petite librairie de livres de seconde main et de livres rares situ\u00e9e dans ce m\u00eame quartier qu\u2019il n\u2019a pas quitt\u00e9 depuis sa naissance, sauf pour faire son service militaire en Allemagne en 1960.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est le fils unique d\u2019un employ\u00e9 de l\u2019Administration communale bruxelloise et d\u2019une merci\u00e8re dont la boutique \u00e9tait install\u00e9e au rez-de-chauss\u00e9e de la maison familiale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Enfance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis son enfance, il vit dans le monde des livres et du r\u00eave. Son p\u00e8re lui apprend \u00e0 lire et \u00e0 5 ans, avant m\u00eame d\u2019entrer \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire, il sait d\u00e9j\u00e0 lire couramment. Tr\u00e8s vite, il se passionne pour les livres anciens. Son p\u00e8re l\u2019emm\u00e8ne tous les dimanches au vieux march\u00e9 de la place du Jeu de Balle, dans le quartier des Marolles, o\u00f9 il peut s\u2019acheter des livres pour quelques centimes. Sa collection s\u2019\u00e9toffe rapidement et lorsqu\u2019il part pour le service militaire, on ne sait plus o\u00f9 les ranger depuis plusieurs ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0. Il y en a partout, dans sa chambre, dans le salon-salle \u00e0 manger, les piles de livres envahissent les marches des escaliers jusque dans l\u2019arri\u00e8re-boutique de la mercerie o\u00f9 sa m\u00e8re stocke la r\u00e9serve du magasin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Carri\u00e8re professionnelle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A son retour du service militaire, il d\u00e9croche un emploi de biblioth\u00e9caire dans une biblioth\u00e8que communale. Inutile de pr\u00e9ciser que lorsque celle-ci met des livres au rebut, il les ram\u00e8ne \u00e0 la maison. Lorsque sa m\u00e8re d\u00e9c\u00e8de brusquement en 1964 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 45 ans, il obtient de son p\u00e8re l\u2019autorisation de transformer la mercerie en libraire. C\u2019est ainsi que commence l\u2019aventure de <em>L\u2019or du monde<\/em>, caverne d\u2019Ali Baba livresque qu\u2019il inaugure le 1<sup>er<\/sup> juin 1965. Son travail de biblioth\u00e9caire ne lui permet d\u2019ouvrir la librairie que les week-ends, ce qui lui laisse peu de temps pour s\u2019adonner \u00e0 sa passion pour la chasse aux trouvailles. Il passe des annonces dans les journaux et d\u00e8s qu\u2019il le peut se rend chez des particuliers qui souhaitent se d\u00e9barrasser de livres anciens dans le cadre de successions ou de d\u00e9m\u00e9nagements. Ayant accumul\u00e9 quelques \u00e9conomies, il d\u00e9cide en 1977, en accord avec son p\u00e8re avec qui il vit chichement, de d\u00e9missionner de la biblioth\u00e8que pour se consacrer pleinement \u00e0 la librairie. Celle-ci commence \u00e0 \u00eatre connue, on y vient de partout en Belgique. On dit m\u00eame que le roi L\u00e9opold III en \u00e9tait un client r\u00e9gulier. Au fil des ann\u00e9es, <em>L\u2019or du monde <\/em>est devenu un lieu incontournable pour les amoureux des livres en recherche d\u2019ouvrages sp\u00e9cifiques ou qui souhaitent tout simplement se laisser surprendre. On raconte aussi que Constantin Vandervelde poss\u00e8de un sixi\u00e8me sens, celui de trouver, pour certaines personnes, le livre juste, dont elles ne soup\u00e7onnent pas avoir besoin au moment pr\u00e9cis de leur visite.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vie priv\u00e9e<\/strong> Apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re, il a continu\u00e9 de vivre avec son p\u00e8re dans la maison familiale jusqu\u2019au d\u00e9c\u00e8s de ce dernier en 2004. Solitaire, il dit ne pas avoir besoin d\u2019autres fr\u00e9quentations que celles li\u00e9es \u00e0 la librairie, que ce soient les gens aupr\u00e8s de qui il se fournit en livres ou les clients r\u00e9guliers. A part quelques amiti\u00e9s f\u00e9minines parmi sa client\u00e8le, on ne lui conna\u00eet aucune relation amoureuse ou de couple et \u00e0 ceux qui de temps \u00e0 autre s\u2019aventurent \u00e0 lui poser la question, il r\u00e9pond que ses seules amours ont toujours \u00e9t\u00e9 et seront toujours les livres et qu\u2019il n\u2019a ni le temps ni l\u2019envie de les partager avec qui que ce soit.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition1\">#01 Le libraire<\/h2>\n\n\n\n<p>Le tintement d\u2019un petit grelot se fait entendre lorsque je pousse la porte de la librairie. Il n\u2019y a pas \u00e2me qui vive \u00e0 part le libraire que j\u2019aper\u00e7ois au fond du magasin, sur une \u00e9chelle, ajoutant des livres dans les rayonnages. La fr\u00eale silhouette aux v\u00eatements un peu frip\u00e9s, gris\u00e2tres, se confond avec les couleurs ternies, affadies des vieux livres. Un nuage de cheveux gris \u00e9vanescents enveloppe le bas du cr\u00e2ne d\u00e9garni. Un \u00e9ternuement sonore emplit la boutique. Un instant je crois qu\u2019il va \u00eatre emport\u00e9 comme un f\u00e9tu de paille. Mais non, il est plus solidement arrim\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle qu\u2019il n\u2019y para\u00eet. Il sort un mouchoir en tissu tout chiffonn\u00e9 de sa poche et c\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019il m\u2019aper\u00e7oit, non sans s\u2019\u00eatre mouch\u00e9 bruyamment au pr\u00e9alable.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la poussi\u00e8re, voyez-vous, tous ces vieux livres\u2026 impossible de les \u00e9pousseter, il y en a trop, il dit.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est \u00e7a qu\u2019on aime dans les librairies d\u2019occasion, je r\u00e9ponds, en plus des livres \u00e9videmment&nbsp;: la poussi\u00e8re et l\u2019odeur des vieux livres.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors ici, vous \u00eates servie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis d\u00e9j\u00e0 demand\u00e9, je lui dis, si les v\u00eatements des libraires d\u2019occasion sont impr\u00e9gn\u00e9s de l\u2019odeur des vieux livres comme ceux des pharmaciens le sont de l\u2019odeur des m\u00e9dicaments.<\/p>\n\n\n\n<p>Il part d\u2019un grand \u00e9clat de rire et dit, en me regardant par dessus ses lunettes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>On ne me l\u2019avait pas encore sortie celle-l\u00e0, ha&nbsp;! ha&nbsp;! ha&nbsp;! J\u2019aurai bien ri gr\u00e2ce \u00e0 vous aujourd\u2019hui, ch\u00e8re Madame. Allez, faites un tour \u00e0 votre aise pendant que je range encore ces quelques livres.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Dehors, on entend des bruits de pas press\u00e9s sur le sol mouill\u00e9. Il a plu sans arr\u00eat depuis t\u00f4t ce matin. On ne voit pas passer les gens car les vitrines sont remplies de livres expos\u00e9s et c\u2019est \u00e0 peine si la lumi\u00e8re du jour p\u00e9n\u00e8tre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du magasin. On entend aussi le bruit caract\u00e9ristique que font les pneus des voitures sur les rues pav\u00e9es. Les cloches d\u2019une \u00e9glise proche frappent les cinq coups de dix-sept heures. Les jours raccourcissent, il commence \u00e0 faire sombre et la m\u00e9t\u00e9o n\u2019aide pas. En plus de la lumi\u00e8re blafarde des n\u00e9ons, il allume quelques lampes pos\u00e9es ici et l\u00e0. Cela r\u00e9chauffe un peu l\u2019atmosph\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Que puis-je pour vous&nbsp;?&nbsp; il demande finalement, en se frottant les mains \u00e0 une serviette qui se trouvait derri\u00e8re le comptoir, il me semble vous avoir vue r\u00e9cemment, peut-\u00eatre m\u00eame la semaine derni\u00e8re&nbsp;? Je lui r\u00e9ponds que oui, en effet, je suis venue la semaine derni\u00e8re pour la premi\u00e8re fois dans sa librairie et que sans que je lui demande quoi que ce soit, il m\u2019a mis dans les mains ce livre sur la mystique de Swedenborg chez Khnopff et que j\u2019aurais voulu savoir ce qui l\u2019avait pouss\u00e9 \u00e0 me proposer ce livre. Il me r\u00e9pond qu\u2019il n\u2019en a aucune id\u00e9e, que c\u2019est une simple intuition, \u00e7a lui arrive de temps \u00e0 autre avec des clients et il tombe en g\u00e9n\u00e9ral toujours juste. Je lui confirme qu\u2019en effet, avec moi aussi il a mis dans le mille.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me fixe de ses yeux clairs qui p\u00e9tillent. Situ\u00e9e au fond d\u2019une petite rue en pente, surplomb\u00e9e par la silhouette massive du Palais de Justice, et en dehors des circuits classiques de promenade, sa librairie se visite rarement sans but pr\u00e9cis. J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il sait le projet que je nourris depuis des mois et que je tais \u00e0 mon entourage m\u00eame le plus proche. Je ne souffle mot bien s\u00fbr de mon projet de livre sur Khnopff. Fascin\u00e9e par le myst\u00e8re sous toutes ses formes et encore plus par celui des \u00e2mes secr\u00e8tes, je ne pouvais que croiser un jour le chemin de ce peintre qui sa vie durant et au del\u00e0, bien que ne vivant pas en reclus, a ferm\u00e9 la porte sur lui-m\u00eame. Et c\u2019est tout naturellement que s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 moi l\u2019id\u00e9e du livre-portrait en creux. Un projet fou peut-\u00eatre, et dont je ne sais s\u2019il se concr\u00e9tisera un jour, que me renvoient comme un miroir les yeux malicieux du libraire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table des chapitres #01 Le libraire#02 Constantin Vandervelde#03 Familles sans histoires(s)#04 L&rsquo;Or du Monde #04 L&rsquo;Or du Monde En cette fin d\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019octobre 1972, Constantin Vandervelde est dans l\u2019arri\u00e8re-boutique de sa librairie de livres anciens. C\u2019est l\u00e0 que se passe la part la plus importante de son activit\u00e9, c\u2019est l\u00e0 que bat son c\u0153ur, c\u2019est l\u00e0 que bout le chaudron <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-boucle-2-catherine-k\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">###nouvelles, boucle 2 |\u00a0Catherine K.<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":167,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5908,5909,5966,5991],"tags":[],"class_list":["post-151669","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nouvelles-boucle-2","category-boucle-2-01-paul-morand","category-boucle-2-03-gertrude-stein-familles","category-boucle-2-04-pierre-michon"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/151669","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/167"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=151669"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/151669\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=151669"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=151669"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=151669"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}