{"id":152124,"date":"2024-06-01T11:02:28","date_gmt":"2024-06-01T09:02:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=152124"},"modified":"2024-06-09T08:33:38","modified_gmt":"2024-06-09T06:33:38","slug":"nouvelle2-boucle2-01-le-gueule-ouverte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelle2-boucle2-01-le-gueule-ouverte\/","title":{"rendered":"#nouvelles #boucle2 | Ce qui se dessine"},"content":{"rendered":"\n<p>Table des mati\u00e8res<br><strong><a href=\"#lagueuleouverte\">1 &#8211; La gueule ouverte<\/a><\/strong><br><a href=\"#johndubon\"><strong>2- John Dubon (Wikipedia)<\/strong><\/a><br>3 &#8211; \u00c9criture en cours&#8230;<br><a href=\"#lesyeuxnoirs\"><strong>4 &#8211; Les yeux noirs<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"lagueuleouverte\">La gueule ouverte<\/h3>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"791\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/FournierCaroline-791x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-152125\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/FournierCaroline-791x1024.png 791w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/FournierCaroline-324x420.png 324w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/FournierCaroline-768x995.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/FournierCaroline.png 962w\" sizes=\"auto, (max-width: 791px) 100vw, 791px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Dessin Copyright Pierre Fournier<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Caroline est dodue, repl\u00e8te et bien en chair, encore davantage avec le baluchon presque aussi gros qu\u2019elle bien ficel\u00e9 sur son toit. Ses roues s\u2019en \u00e9cartent, son pot d\u2019\u00e9chappement crachote \u00e0 intervalles r\u00e9guliers des petits nuages catarrheux, elle chauffe \u00e0 la moindre mont\u00e9e et \u00e0 chaque arr\u00eat, les enfants tass\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re sont charg\u00e9s de courir poser une pierre sous ses roues, devant ou derri\u00e8re, en fonction de la pente. Caroline est une Primaquatre Renault. C\u2019est elle la star du journal du camp dessin\u00e9 par Fournier. Mercredi 23 juillet 1952, sur une feuille de cahier \u00e0 dessin pas encore jaunie, trait noir, encre de Chine et plume, Caroline part en vacances&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est ce matin, \u00e0 six heures, que la famille Fournier a quitt\u00e9 le Pont-de Beauvoisin. Caroline a d\u2019abord travers\u00e9 l\u2019Is\u00e8re. Puis l\u2019Ard\u00e8che&nbsp;\u00bb. Autour de Caroline, Fournier dessine des vaches rondouillardes avec de jolies cornes, des \u00e2nes aux grandes oreilles, des paysans au b\u00e9ret port\u00e9 bas sur les oreilles, des vacanciers en short, la famille, la tente, les vagues, les montagnes, les silhouettes de villes et villages travers\u00e9s avec les clochers et leurs coqs qui pointent fi\u00e8rement, les p\u00e9rip\u00e9ties, la roue crev\u00e9e, le garagiste, et une immense galerie de portraits avec un trait simple et pr\u00e9cis, rond et attachant. On pourrait presque voir les cheveux d\u2019un noir d\u2019encre pench\u00e9s sur le cahier, la grande concentration qui chiffonne le front, l\u2019oubli m\u00eame des moustiques qui r\u00f4dent en aga\u00e7ant et le crissement de la plume qui glisse sur le beau papier lisse du cahier \u00e0 dessin, la main, le buvard, la lampe accroch\u00e9e \u00e0 une branche qui oscille dans le vent au-dessus de la table pliante. L\u2019air du soir sent le sable, les odeurs de popote, l\u2019humus de la for\u00eat, la bouse des vaches toutes proches. Un chien aboie, des gens discutent et rient un peu plus loin, les coups de soleil tirent sous la petite laine, dans le cou et en haut des \u00e9paules. C\u2019est les vacances. C\u2019est comme \u00e7a que tu as rencontr\u00e9 Fournier. Tu le connaissais avant, les dessins de presse, le nucl\u00e9aire, l\u2019\u00e9cologie, Charlie et Hara-Kiri, La Gueule Ouverte, mais tu le connaissais comme tout le monde. C\u2019est le journal du camp qui t\u2019a fait regarder de plus pr\u00e8s cette main qui tenait le porte-plume et celui qui s\u2019en servait si magistralement. En 1952, Fournier a 15 ans, il dessine d\u00e9j\u00e0 tout le temps, et il ne s\u2019arr\u00eatera pas, il dessinera toujours, jusqu\u2019au 15 f\u00e9vrier 1973. Parfois d\u2019autres supports, d\u2019autres crayons, stylos, fusains, mais toujours le dessin, le trait, le noir et blanc. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 Caroline que tu te sens plus proche, comme s\u2019il t\u2019avait confi\u00e9, juste au creux de l\u2019oreille, un secret fabuleux comme un jur\u00e9 crach\u00e9. Ils ont, depuis le temps que tu fr\u00e9quentes ces cahiers, comme un air de famille ces traits fermes et pr\u00e9cis, tu les vois autrement les \u00e2nes aux grandes oreilles et aux museaux tout ronds, les paysans bourrus, le chien toujours penaud, les savoyardes en coiffe avec le bijou, la croix et puis le c\u0153ur, bien mieux qu\u2019une signature et jamais oubli\u00e9. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la campagne, il y a aussi la ville, une galerie de portraits, les grosses dames \u00e0 chapeaux, pomponn\u00e9es et guind\u00e9es tass\u00e9es dans le m\u00e9tro, les assembl\u00e9es fumeuses de trognes chevelues et puis les politiques et l\u2019actualit\u00e9, la vie de tous les jours et sa publicit\u00e9, les gens qui s\u2019endettaient pour une moulinette et puis du formica en imitation bois. Alors tu remontes, en partant du papier, pour arriver aux doigts, aux taches d\u2019encre, au poignet, souple et tellement agile, l\u2019avant-bras repos\u00e9 sur une table en vrai bois, le coude toujours pli\u00e9 et l\u2019\u00e9paule si tranquille. En haut, la t\u00eate. Tu le vois toujours de dos lorsque tu l\u2019imagines, c\u2019est plus simple comme \u00e7a. Tu n\u2019avais pas trois ans quand lui est d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Jamais tu n\u2019aurais pu le rencontrer en vrai, lui parler, \u00e9changer, discuter tranquillement, de ce qui l\u2019occupait, du monde, du boulot, de cet endroit de montagne qu\u2019il venait de choisir, o\u00f9 il venait \u00e0 peine de commencer \u00e0 vivre, de cet article \u00e0 rendre, une fois de plus en retard, des manifestations contre le nucl\u00e9aire, de Bugey ou d\u2019ailleurs. \u00c0 d\u00e9faut de discuter, il te reste ses traits, rencontre en noir et blanc, juste sur le papier, juste un peu d\u00e9cal\u00e9, comme le serait Caroline sur les routes d\u2019aujourd\u2019hui<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">Depuis le 7 mai 2024, l'\u0153uvre de Fournier a une nouvelle adresse : la BNF, Paris. Alors, petit clin d'\u0153il en attendant l'ouverture du fond, pour vous donner envie <\/pre>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"johndubon\">John Dubon (Wikipedia)<\/h2>\n\n\n\n<p>John Dubon, nom complet John-James Dubon est un ornithologue et dessinateur fran\u00e7ais sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019\u00e9tude des oiseaux marins et en particulier des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fou_de_Bassan\">fous de Bassan<\/a>. Il est n\u00e9 le 26 avril 1995 en Savoie sur la commune de <a href=\"https:\/\/queige.fr\">Queige<\/a> et port\u00e9 disparu en mer au large de la r\u00e9serve des Sept-\u00celes dans les C\u00f4tes d\u2019Armor en novembre 2023.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Enfance<\/strong><br>N\u00e9 d\u2019une m\u00e8re \u00e9cossaise alors serveuse dans un restaurant d\u2019altitude et d\u2019un p\u00e8re fran\u00e7ais chef d\u2019une petite entreprise de construction m\u00e9tallique. Sa m\u00e8re aurait choisi son pr\u00e9nom en hommage au dessinateur et ornithologue <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean-Jacques_Audubon\">John-James ou Jean-Jacques Audubon<\/a>. John Dubon est un enfant solitaire qui passe ses journ\u00e9es dans la for\u00eat et les montagnes situ\u00e9es \u00e0 proximit\u00e9 du domicile familial. Il passe \u00e9galement beaucoup de temps chez <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre_Fournier_(journaliste)\">Vincent Tournier<\/a>, son voisin dessinateur avec qui il apprendra les bases et se perfectionnera dans l\u2019art du trait et du dessin \u00e0 la plume. Ce dernier, l\u2019encouragera dans la voie du dessin naturaliste et en particulier ornithologique et lui permettra, tr\u00e8s jeune, de faire ses premi\u00e8res expositions dans les lieux culturels et h\u00f4tels de la r\u00e9gion. Sa m\u00e8re quitte rapidement le foyer familial, il ne la reverra qu\u2019en de rares occasions et il ne s\u2019entendra pas avec les deux \u00e9pouses suivantes de son p\u00e8re ni avec ses deux demi-s\u0153urs et son demi-fr\u00e8re. \u00c0 partir de son entr\u00e9e au coll\u00e8ge, il effectuera toute sa scolarit\u00e9 comme pensionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Formation<br><\/strong>Apr\u00e8s avoir obtenu un bac scientifique \u00e0 la fin de sa scolarit\u00e9 au lyc\u00e9e Vaugelas de Chamb\u00e9ry, John Dubon quitte la Savoie et part \u00e9tudier l\u2019ornithologie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Brest. Pour financer ses \u00e9tudes, il vend quelques dessins et travaille dans les centres de soin pour oiseaux, mais \u00e9galement comme serveur dans les caf\u00e9s du port.<br>Sa double nationalit\u00e9 fran\u00e7aise et britannique ainsi que sa ma\u00eetrise parfaite des deux langues lui permet de continuer ses \u00e9tudes en \u00c9cosse, \u00e0 \u00c9dinbourg o\u00f9 il publie son premier article sur les fous de Bassan,&nbsp;<em>Bass Rock gannets, back and forth<\/em>(non traduit).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les fous de Bassan<\/strong><br>Apr\u00e8s avoir obtenu son dipl\u00f4me \u00e9cossais, il participe \u00e0 diff\u00e9rentes missions d\u2019\u00e9tude sur les fous de Bassan, tant en France (principalement aux Sept-\u00celes) qu\u2019au Royaume-Uni (Bass Rock, Shetlands, Saint-Kilda, H\u00e9brides ext\u00e9rieures).<br>Depuis 2018, John Dubon est embauch\u00e9 au CESOM, Centre d\u2019\u00c9tude et de Sauvegarde des Oiseaux Marins install\u00e9 \u00e0 Perros-Guirec. Ses derniers travaux portaient sur la colonie de fous de Bassan des Sept-\u00celes, tr\u00e8s impact\u00e9e par la grippe aviaire et dont les individus rescap\u00e9s ont vu, pour la plupart, leurs iris devenir noirs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Disparition<\/strong><br>Dans la nuit du 16 au 17 novembre 2023, John Dubon a disparu en mer alors qu\u2019il \u00e9tait parti en direction de<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/\u00cele_Rouzic\"> l\u2019\u00eele Rouzic<\/a> \u00e0 bord du bateau de l\u2019association pour r\u00e9parer une cam\u00e9ra de surveillance tomb\u00e9e en panne la veille. Malgr\u00e9 les recherches, son corps n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9. Les conditions m\u00e9t\u00e9orologiques difficiles, une mer form\u00e9e et les courants violents de la zone ont \u00e9t\u00e9 invoqu\u00e9s pour expliquer le drame, mais jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, l\u2019enqu\u00eate n\u2019a pas pu \u00e9tablir avec certitude les circonstances de l\u2019accident. Le b\u00e2timent du CESOM de Perros-Guirec porte d\u00e9sormais son nom.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"lesyeuxnoirs\">Les yeux noirs<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans le port de Perros-Guirec, juste en face de l\u2019archipel des Sept-\u00celes sur la c\u00f4te de granit rose, les bateaux montent et descendent avec la mar\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que le niveau de l\u2019eau atteigne le seuil du mur. Alors ils restent immobiles tandis que l\u2019eau se retire seule, loin dans la baie, d\u00e9voilant la vase nue, ses courbes et ses m\u00e9andres. En ce mois de septembre, pas de vent, pas de vagues, John Dubon est install\u00e9 dans le cockpit de son bateau, assis sur le banc de tribord, les pieds crois\u00e9s sur le banc de b\u00e2bord, il regarde dans le vague jusqu\u2019au-del\u00e0 du mur, lissant distraitement sa longue barbiche blonde. Il est serein, il a trouv\u00e9 sa place dans le monde des humains comme dans celui des oiseaux. Il est connu ici comme un vrai sp\u00e9cialiste pour les oiseaux marins, et en particulier pour les fous de Bassan. Quelques cris \u00e9chang\u00e9s par deux mouettes rieuses lui font tourner la t\u00eate, il pose distraitement sa longue main sur la barre du bateau amarr\u00e9, r\u00e9flexe de marin qui se glisse dans le vent \u00e0 la surface des eaux jusqu\u2019aux \u00eeles aux oiseaux, en r\u00e9sidant du lieu. En dessous des nuages et juste au ras des vagues, plane sa r\u00e9putation de fin connaisseur des b\u00eates qui volent au gr\u00e9 des flots.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Il aime ce bout de c\u00f4te et son vaste archipel o\u00f9 cette r\u00e9putation a vite pris son envol, au milieu des oiseaux qu\u2019il a d\u00e9crits, compt\u00e9s, observ\u00e9s, dessin\u00e9s et \u00e0 qui il a vite rattach\u00e9s son nom. Il est scientifique tout comme ses coll\u00e8gues, rest\u00e9s dans les labos entre leurs \u00e9prouvettes et les banques de donn\u00e9es. Lui pr\u00e9f\u00e8re le grand vent. Vivre sur son bateau \u00e9tait d\u2019abord pratique, c\u2019est devenu son adresse, l\u00e0 o\u00f9 savent le trouver, les p\u00eacheurs, les marins, les promeneurs de touristes, les passionn\u00e9s d\u2019oiseaux ou les amateurs d\u2019art qui lui ach\u00e8tent parfois de ses dessins d\u2019oiseaux, de ce qu\u2019il nomme souvent, non sans un petit clin d\u2019\u0153il, ses plumes faites \u00e0 la plume. Partout sur cette c\u00f4te de granit parfois rose, tous ceux qui vont en mer connaissent la coque rouge de sa maison flottante et la barbiche blonde de l\u2019homme qui va en mer en chaussures de montagne. On vient lui demander pour une plume, un oiseau qui agit bizarrement ou pour un effectif qui croit ou bien qui chute. En ce 18 septembre, les pas sur le ponton, press\u00e9s et d\u00e9cid\u00e9s amenaient une photo d\u2019un oiseau \u00e9tonnant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Louis Lebrun le p\u00eacheur. Il s\u2019assied sur la banquette d\u2019en face dans le carr\u00e9 du bateau, il est plein d\u2019\u00e9tonnement et aussi de questions. En touillant son caf\u00e9 tout envas\u00e9 de sucre, il dit que sous Rouzic en rentrant de mar\u00e9e il a vu un oiseau \u00e0 l\u2019\u0153il sombre jusqu\u2019au noir. Allons voir de plus pr\u00e8s ce regard des t\u00e9n\u00e8bres dit la barbiche blonde. Le temps de faire le plein d\u2019eau et de nourriture et puis de mat\u00e9riel pour prendre des photos et compter les oiseaux, les voil\u00e0 vite partis, la mer est bient\u00f4t pleine, l\u2019\u00e9cluse ouvre grand ses bras pour les laisser sortir.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 la fin de septembre, la place du bateau rouge sur les pontons de Perros n\u2019accueillera que le vide. Le port re\u00e7oit encore des bateaux de passage mais on ne se bouscule plus pour passer dans l\u2019\u00e9cluse. La plupart des voiliers sont ferm\u00e9s pour l\u2019hiver. Dubon n\u2019assiste pas, chez ses voisins du port aux grand m\u00e9nage d\u2019automne et aux pr\u00e9paratifs pour que les bateaux d\u2019\u00e9t\u00e9 puissent hiverner tranquilles. Lui est parti l\u00e0-bas, les deux pieds sur la mer et les deux yeux au ciel. Les jumelles sur le nez du matin jusqu\u2019au soir, bien au milieu des plumes, il est heureux, il le serait \u00e0 peine plus s\u2019il s\u2019\u00e9tait r\u00e9veill\u00e9 des ailes au lieu des bras.<\/p>\n\n\n\n<p>En octobre, Dubon est assis \u00e0 la table \u00e0 carte dans le ventre du bateau rouge. C\u2019est encore un beau jour, tr\u00e8s chaud. La lumi\u00e8re de l\u2019\u00e9cran de l\u2019ordinateur portable, \u00e9claire un visage sombre. Dubon, depuis deux jours rev\u00e9rifie ses chiffres et refait ses calculs. Il n\u2019ose presque plus tracer de courbes ni de graphes, toutes chutent jusqu\u2019au vertige. La colonie de fous de Bassan la plus sud d\u2019Europe est maintenant en danger de se voir disparaitre. La capitaine du port profite de sa tourn\u00e9e pour \u00e9changer trois mots, rassurer, soutenir les deux yeux si inquiets entre la barbiche blonde et les cheveux hirsutes qui aimeraient tant pouvoir sauver et prot\u00e9ger tous les oiseaux du monde. Elle ne sait pas que John Dubon a envie de mourir. Elle ne sait pas ce qu\u2019il se dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout cela n\u2019a pas le moindre sens, on d\u00e9pense tant et tant pour \u00e9tudier et compter, parfois m\u00eame soigner \u00e0 peine une poign\u00e9e de ces oiseaux par an et il en meurt tant par la faute d\u2019un virus qu\u2019on ne voit qu\u2019au microscope. Ces quelques individus avec un iris noir n\u2019ont toujours pas livr\u00e9 le secret de leur \u0153il sombre, le labo ne trouve rien, ils sont en bonne sant\u00e9, il faut chercher plus loin, mais dans quelle direction&nbsp;? Le soir, il se saoule au bar du port avec Louis Lebrun. La capitaine du port, tendrement, lui ouvre discr\u00e8tement la porte de son bureau \u00e0 la capitainerie et l\u2019aide \u00e0 s\u2019allonger sur le grand canap\u00e9 pour qu\u2019il ne risque pas de basculer dans l\u2019eau en rentrant au bateau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, un autre jour, le voil\u00e0 encore sur son bateau, seul dans le port \u00e0 pr\u00e9sent. Il a envoy\u00e9 un mail la veille au labo puis il est all\u00e9 marcher. Ce matin il est plus calme. La petite cloche sonne, coup d\u2019\u0153il en diagonale sur l\u2019\u00e9cran qui d\u00e9file. L\u2019ordinateur portable pos\u00e9 sur ses genoux l\u2019emp\u00eache de sauter, de danser, d\u2019exulter. Il relit le long mail qui revient du labo. Les oiseaux aux yeux sombres ont \u00e9t\u00e9 infect\u00e9s par le fameux virus, mais ils ont surv\u00e9cu, les analyses confirment qu\u2019ils sont en bonne sant\u00e9, le lien est \u00e9tabli entre leur iris noir et le virus vaincu. Ils sont les preuves vivantes qu\u2019il y a un espoir de voir un jour l\u2019\u00eele Rouzic de nouveau blanchie par les oiseaux de mer qui s\u2019affairent sur leur nid. Il ne voit plus du tout le noir comme un hasard, plut\u00f4t comme un espoir. Les doigts sur le clavier, il aimerait \u00e9crire pour la fin de son article une phrase de r\u00e9sum\u00e9 qui marque les esprits, des mots si bien choisis qu\u2019ils pourraient lui faire dire que c\u2019est un beau m\u00e9tier que le m\u00e9tier de scribe, lui qui tient d\u2019habitude le crayon sur la feuille pour y faire des dessins qui ne passent pas par les mots&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table des mati\u00e8res1 &#8211; La gueule ouverte2- John Dubon (Wikipedia)3 &#8211; \u00c9criture en cours&#8230;4 &#8211; Les yeux noirs La gueule ouverte Caroline est dodue, repl\u00e8te et bien en chair, encore davantage avec le baluchon presque aussi gros qu\u2019elle bien ficel\u00e9 sur son toit. 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