{"id":152185,"date":"2024-05-29T11:02:16","date_gmt":"2024-05-29T09:02:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=152185"},"modified":"2024-05-29T14:40:24","modified_gmt":"2024-05-29T12:40:24","slug":"nouvelles-boucle-2-une-rencontre-supporter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-boucle-2-une-rencontre-supporter\/","title":{"rendered":"#nouvelles # Boucle 2 | # une rencontre : supporter."},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Table des chapitres :<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"#Proposition6\">Supporter<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#Proposition7\">Cl\u00e9ment Personne<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#Proposition8\">jour de joie chez les Duton<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Bill<a href=\"#Proposition9\">#Proposition9<\/a><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"Poposition6\">Supporter <\/h2>\n\n\n\n<p>La salle de cours presque enti\u00e8rement remplie ext\u00e9nue mon attente folle. Un mobilier pr\u00e9caire et obsol\u00e8te&nbsp;: de pauvres tables bancales bord\u00e9es de chaises \u00e0 pattes malingres en tubes verts. Griff\u00e9es, balafr\u00e9es. Une \u00e9cole primaire de quartier nord pour enfants trop longtemps grandis. L\u2019\u00e9t\u00e9 immobile \u00e9touffe depuis plusieurs jours interminables, bien trop clairs et br\u00fblants dans le d\u00e9cor gris minable. Quelques trous \u00e0 l\u2019endroit des derniers si\u00e8ges vacants. Bruits de fond, murmures.<\/p>\n\n\n\n<p>Les b\u00e2timents b\u00e9ton, les couloirs b\u00e9ton. Les affiches de l\u2019UNEF, celles du CROUS, les soir\u00e9es. Devant, sur l\u2019esplanade, les rails du tramway cisaillent l\u2019empreinte morte de pelouse recuite, brindilles dess\u00e9ch\u00e9es et poussi\u00e8re. Terminus Universit\u00e9. La presque p\u00e9riph\u00e9rie. Cargaison d\u2019\u00e9tudiants. En certains r\u00eaves parfois une biblioth\u00e8que fant\u00f4me derri\u00e8re d\u2019immenses baies vitr\u00e9es : la nuit agrandie flotte autour des taches de lumi\u00e8re \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Serr\u00e9s, pas d\u2019espace. Les frottements et raclements sur le plancher sonore \u2013 (pieds d\u2019humains nou\u00e9s \u00e0 ceux des tables et des chaises) \u2013 les commentaires chuchot\u00e9s \u2013 occupent par instants toute la place, enveloppent les visages concentr\u00e9s derri\u00e8re les \u00e9crans des ordinateurs portables. Je me sens na\u00eff et si vieux. D\u00e9sempar\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix pr\u00e9cise et tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement nasillarde &#8211; avance toute seule&nbsp;: une m\u00e9canique adroite et fluide, inexorable, son jeu d\u2019engrenages. Le flux r\u00e9gulier des mots comme des s\u00e9sames, suites ininterrompues de r\u00e9v\u00e9lations \u00e9tincelantes, de cascade en cascade, comme enfant naissent les choses du monde et jaillissent les histoires des hommes. Mais parfois les vagues trop fortes renversent&nbsp;: alors rouler, ramper \u00e9puis\u00e9 sur le rivage \u2013 haletant, d\u00e9boussol\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne lit pas ses notes, tout au plus un regard distrait&nbsp;: une feuille retourn\u00e9e et \u00e9cart\u00e9e machinalement&nbsp;; sa ferveur patiente est perceptible&nbsp;: <em>la th\u00e9orie \u00e7a sert \u00e0 supporter des gens qui autrement seraient insupportables.<\/em> Nous tous r\u00e9unis pour les visages bris\u00e9s de l\u2019humain et ce que supporter veut bien dire. Propos du transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Je ne veux pas risquer de perdre une parole. Bien-s\u00fbr la surdit\u00e9 totale de l\u2019oreille droite depuis l\u2019accident, plus encore la t\u00e9tanie famili\u00e8re, esprit et corps saisis&nbsp;: d\u00e9sir insens\u00e9 de comprendre \u00ab&nbsp;totalement&nbsp;\u00bb \u2013 en r\u00eaver \u00e0 la folie \u2013 peur de me perdre \u00e0 jamais dans le brouillard infini de ce que je ne saurais entendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019approche de lui au premier rang. Sans souvenir pr\u00e9cis, sans m\u00eame m\u2019en \u00eatre rendu compte. Happ\u00e9. Face \u00e0 face. Entre nous la simple largeur d\u2019une table. Je fixe sans voir cette bouche fine d\u2019o\u00f9 glissent les mots \u00e9tourdissants. Il s\u2019arr\u00eate, puis&nbsp;: <em>laissez-moi s\u2019il vous pla\u00eet un peu de place.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re moi les \u00e9paules des rires et leurs soubresauts.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"Proposition7\">Cl\u00e9ment Personne<\/h2>\n\n\n\n<p>Cl\u00e9ment est n\u00e9 le 3 D\u00e9cembre 2005. Sa vie associe \u00e9troitement la plus grande banalit\u00e9 \u00e0 une stup\u00e9fiante \u00e9tranget\u00e9 au monde qui lui a valu le qualificatif \u00ab&nbsp;d\u2019extra-terrestre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Biographie&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cl\u00e9ment Personne est n\u00e9 \u00e0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cat%C3%A9gorie:Josselin_(Morbihan)\">Josselin (Morbihan)<\/a>&nbsp; une petite bourgade de la r\u00e9gion Bretagne,&nbsp; c\u00e9l\u00e8bre pour ses <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Aboyeuses_de_Josselin\">aboyeuses<\/a> et son ch\u00e2teau. Il y passe la majeure partie de son enfance et y suit un parcours scolaire chaotique et \u00e9court\u00e9, qu\u2019il d\u00e9crira par la suite comme \u00e9prouvant&#8230; Ses parents, Pierre et Am\u00e9lie, tous deux proches dans leur jeunesse de milieux &nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mouvement_punk\">punk<\/a>&nbsp;, se sont mis en couple dans les ann\u00e9es 2000, peu temps apr\u00e8s une courte p\u00e9riode de vie communautaire et d\u2019activit\u00e9 intense \u00e0 Vannes (56). Ils se quittent, une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus tard, d\u2019un commun accord, sans conflit ni animosit\u00e9 particuli\u00e8re, apr\u00e8s avoir fait le constat d\u2019un souhait partag\u00e9 de reprendre leur libert\u00e9 face au d\u00e9senchantement de leur vie commune, <em>\u00e9mouss\u00e9e et r\u00e9tr\u00e9cie<\/em> par les difficult\u00e9s financi\u00e8res et la constante&nbsp;<em>faillite<\/em> de r\u00eaves communs. Il a environ 6 ans lorsque tous deux d\u00e9cident de se partager la garde altern\u00e9e de l\u2019enfant ainsi que celle de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de deux ans Roman, lui-m\u00eame relevant, aux dires de Cl\u00e9ment, d\u2019un parcours \u00ab&nbsp;atypique&nbsp;\u00bb, sans qu\u2019il soit possible d\u2019en comprendre pr\u00e9cis\u00e9ment les raisons. Cl\u00e9ment disparait sans laisser de traces apr\u00e8s la fin de son <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cat%C3%A9gorie:Service_civique\">service civique<\/a>, qu\u2019il effectue dans un EHPAD priv\u00e9 en 2020. Il y travaille aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019une animatrice et d\u00e9couvre \u00e0 la fois la cruaut\u00e9 du vieillissement, la duret\u00e9 impitoyable des exigences de rentabilit\u00e9, mais aussi une vraie curiosit\u00e9 pour les relations humaines et les histoires de vie. &nbsp;Il envisage \u00e0 l\u2019\u00e9poque, quelques semaines avant la fin de sa mission de <em>s\u2019engager dans l\u2019arm\u00e9e<\/em>, bien que <em>d\u00e9testant l\u2019autorit\u00e9. <\/em>Il se pr\u00e9sente pr\u00e9cis\u00e9ment pour ces raisons, comme un <em>cas social <\/em>et ajoute qu\u2019il a longtemps souffert de harc\u00e8lement \u00e0 l\u2019\u00e9cole parce qu\u2019il avait&nbsp;<em>la cr\u00eate<\/em>, \u00e9cole par ailleurs jug\u00e9e par lui <em>inutile<\/em> et de <em>peu d\u2019int\u00e9r\u00eat pratique<\/em>. Alors qu\u2019\u00e9merge une conscience politique sans aller jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9bellion, Cl\u00e9ment d\u00e9couvre \u00e9galement le monde de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rave_party\"><em>Rave party<\/em><\/a>. Il semblerait cependant qu\u2019il n\u2019ait particip\u00e9 qu\u2019\u00e0 des rassemblements locaux dans lesquels il se rendait en stop.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 vu pour la derni\u00e8re fois dans le parking d\u2019un Mac Donald \u00e0 Clermont-Ferrand, au cr\u00e9puscule, avec un sac \u00e0 dos.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Notes et r\u00e9f\u00e9rences&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les bulletins scolaires de Cl\u00e9ment font \u00e9tat d&rsquo;un enfant puis un adolescent tr\u00e8s sensible et peu adapt\u00e9 \u00e0 la vie scolaire. Il est fr\u00e9quemment victime de moqueries auxquelles il r\u00e9pond par de longs mouvements de retrait. En d\u2019autres occasions il provoque de fa\u00e7on impr\u00e9visible les remontrances des adultes et les chahuts dont il se retrouve victime. Ces importantes difficult\u00e9s motivent le choix d\u2019un apprentissage \u00e9galement rapidement avort\u00e9 puis l\u2019engagement dans le service civique.<\/p>\n\n\n\n<p>Un conducteur qui l\u2019a pris en covoiturage rapporte des propos stup\u00e9fiants donnant l\u2019impression de voyager aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019un extra-terrestre<\/p>\n\n\n\n<p>Sylvie une compagne de rave party constate que Cl\u00e9ment, s\u2019il avait une app\u00e9tence pour la musique tekno (particuli\u00e8rement le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/DnB\"><em>DnB<\/em><\/a>) et les drogues douces, se d\u00e9fendait d\u2019avoir jamais recours aux drogues dures, chimiques, destructrices. <em>\u00c0 l\u2019extr\u00eame rigueur<\/em> lui dit-il <em>peut-\u00eatre un jour les champignons.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sans aucune explication pr\u00e9cise, si ce n\u2019est les d\u00e9clarations de personnes l\u2019ayant bri\u00e8vement c\u00f4toy\u00e9 au hasard de rencontres vari\u00e9es (auto-stop, rave-party) on rel\u00e8ve, associ\u00e9es \u00e0 cette impression d\u2019\u00e9tranget\u00e9, un antagonisme entre une immense fragilit\u00e9 et une pr\u00e9sentation d\u00e9brouillarde, une apparente maturit\u00e9 et une innocence primordiale, une franchise d\u00e9pourvue de retenue comme si aucune m\u00e9fiance ne pouvait ou devait s\u2019exercer \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"Proposition8\">Jour de joie chez les Duton<\/h2>\n\n\n\n<p>Les Duton (Bill et Val\u00e9rie) vivent depuis des d\u00e9cennies dans la m\u00eame grande maison de famille. Trois ou quatre chambres d\u00e9fra\u00eechies, le salon vieillot avec son faux foyer de chauffage au gaz, ses deux fauteuils, son canap\u00e9 trois places, (cuir terni et r\u00e2p\u00e9) \u2013 la salle de bain et les WC \u00e9quip\u00e9s avec les barres et rehausses pour faciliter la mobilisation. Les chambres sont maintenant toutes inoccup\u00e9es sauf la leur \u2013 pour monter \u00e0 l\u2019\u00e9tage l\u2019effort s\u2019accentue, presque de jour en jour, m\u00eame en s\u2019agrippant \u00e0 la rampe. Depuis la fen\u00eatre de la cuisine vue reposante sur le grand jardin et sa pelouse impeccable, impitoyablement domestiqu\u00e9e par un engin &nbsp;circulaire infatigable \u2013 cadeau de Paul. Au milieu de tout ce vert profond l\u2019abri en bois pour les outils rarement utilis\u00e9s, la petite serre vide et l\u2019ancien poulailler. Enfin la cabane avec les cages aux oiseaux. Bill aime bien y demeurer des heures en \u00e9t\u00e9, pour la tranquillit\u00e9, r\u00eavasser. C\u2019est \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de Warrington. Quelque part dans le nord-ouest de l\u2019Angleterre. En revenant de la gare (en tout point similaire \u00e0 un d\u00e9cor de film de Ken Loach&nbsp;: grise et triste, de l\u2019abandon sale, de la m\u00e9lancolie poussi\u00e9reuse, ce jour-l\u00e0 pluie froide et fine) il faut traverser le centre-ville \u2013 bien longtemps que Val\u00e9rie n\u2019est plus pass\u00e9e par l\u00e0&nbsp;: trop de circulation. Quatre-vingt ans pass\u00e9s elle conduit pourtant encore la petite Toyota caboss\u00e9e, s\u2019accroche becs et ongles \u00e0 son ind\u00e9pendance, se bat <em>leave me to it, I can manage&nbsp;! you\u2019ve got to know how<\/em> avec la porte du garage bricol\u00e9 (planches et t\u00f4les), que Bill a promis de r\u00e9parer \u2013 mais rien n\u2019est plus comme avant&nbsp;: Bill promet et bougonne, Bill n\u2019a plus trop l\u2019\u00e9nergie, lui qui, pas si longtemps que \u00e7a, fon\u00e7ait <em>gung ho<\/em>, une sorte d\u2019argot idiomatique pour dire&nbsp;: &nbsp;\u00ab&nbsp;plein gaz en avant, faut pas tra\u00eener&nbsp;\u00bb et tout le toutim. Bill c\u2019est le grand bonhomme dans le fauteuil aux accoudoirs \u00e9limin\u00e9s, pr\u00e8s de la porte du salon, les pieds dans les pantoufles fourr\u00e9es, deux chats de goutti\u00e8re assoupis sur le repose-pied. Toujours un commentaire gentiment moqueur, mi-figue mi-raisin, emball\u00e9 entre rides taches de rousseur et sourire amus\u00e9. Cheveux et barbes gris, des lunettes \u00e0 grosse monture m\u00e9tallique, regard bleu, p\u00e9tillant et noy\u00e9, comme parfois les reflets sur l\u2019eau d\u2019\u00e9t\u00e9. Mais depuis plusieurs mois c\u2019est plut\u00f4t l\u2019automne voire l\u2019hiver \u2013 la haute carrure amaigrie (il s\u2019allonge comme une stalagmite p\u00e2le) le diab\u00e8te et la canne, les derni\u00e8res vacances au soleil r\u00e9tr\u00e9cies au fond du lit d\u2019h\u00f4tel, covid ou autre salet\u00e9. Plus jamais. L\u2019\u00e2ge de ce qui se finit. Dans le train la cousine (Suzan) venue de l\u2019\u00e9tranger avec son mari. Elle a pass\u00e9 toute sa jeunesse de vacances avec Val\u00e9rie. Comme dans la chanson&nbsp;: elles allaient voir passer les bateaux \u2013 mais dans le canal pas loin \u2013 le nom j\u2019ai oubli\u00e9. En tout cas \u00e7a tuait les heures, et elles, c\u2019\u00e9taient comme qui dirait deux s\u0153urs. Quand elles s\u2019en parlent avec tous les souvenirs qui remontent Suzan part dans de longues rasades de rire, elle renverse la t\u00eate en arri\u00e8re, \u00e7a vient et jaillit de loin, une sacr\u00e9e blague \u2013 autant de pris au monde, et surtout pas s\u2019en priver, un mot un regard n\u2019importe quoi relancent\u2026 \u00c0 chaque <em>station<\/em>, (au moins quatre ou cinq) \u00e7a arrivait&nbsp;: des endimanch\u00e9s en costume pour les hommes, descendaient des canettes de bi\u00e8re, dr\u00f4le de contraste, et les femmes en grandes toilettes fines et d\u00e9collet\u00e9es, comme seules les anglaises, pourtant un temps sacr\u00e9ment frisquet, bleues de froid sans m\u00eame avoir l\u2019air de remarquer. La cousine s\u2019est demand\u00e9e forc\u00e9ment, \u00e9trange quand m\u00eame tous ces gens qui vont \u00e0 un mariage en prenant le train, et l\u2019\u00e9trange s\u2019est agrandi \u00e0 chaque nouvel arr\u00eat quand d\u2019autres encore montaient, sap\u00e9s pareils, grandes tenues de f\u00eate, jusqu\u2019au moment o\u00f9\u2026 Val\u00e9rie est venue les chercher \u00e0 la gare accompagn\u00e9e de Liz, la femme de Paul, le fils a\u00een\u00e9. Une Toyota encore, blanche et cossue, dedans comme dans un fauteuil, pas le m\u00eame mod\u00e8le&nbsp;! Il a fallu d\u00e9marrer vite fait&nbsp;! \u2013 pas le temps de prolonger le stationnement ill\u00e9gal, juste les embrassades et pendant le trajet les m\u00e9moires et questions des coins travers\u00e9s \u2013 tout ce qui change \u2013 et Bill comment \u00e7a va&nbsp;? Suzan a profit\u00e9 (si je peux dire&nbsp;!) de l\u2019occasion d\u2019un enterrement pas loin, est venue pensant on sait jamais trop combien il en reste du temps qui s\u2019\u00e9grapille. La part des choses indicibles qui circulent dans l\u2019envers de ce qui se raconte. On s\u2019arr\u00eate d\u2019abord chez Paul, enfin son tout nouveau magasin de mat\u00e9riel de jardinage et motoculture, vente-entretien-r\u00e9paration. Un grand costaud, digne fils de Bill, m\u00eame si tous les deux \u00e7a a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t tendu pendant longtemps, va savoir pourquoi. Il y a peu Paul a demand\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re ce qu\u2019il pensait de son entreprise, et de ce r\u00eave qu\u2019il avait r\u00e9alis\u00e9, devenir son propre patron. Bill a dit qu\u2019il \u00e9tait fier de lui. Quand elle raconte dans la voiture Val\u00e9rie retient les tr\u00e9molos, genre <em>matter of facts <\/em>mais on sent que \u00e7a la remue profond qu\u2019ils se enfin soient trouv\u00e9s tous les deux. Paul lui aussi c\u2019est dans le sang le <em>gung ho<\/em>. Toujours \u00e0 essayer du nouveau, filer des coups de main de tous c\u00f4t\u00e9s. Avec Liz ils vont aider un copain \u00e0 d\u00e9m\u00e9nager, on les reverra aussit\u00f4t apr\u00e8s. Ils habitent une maison en briques eux-aussi, juste en face de chez Bill et Val\u00e9rie, la route \u00e0 traverser. L\u2019une ou l\u2019autre font un saut (<em>pop in) <\/em>chaque jour, et souvent plusieurs fois. Avant de repartir Liz va de la cuisine au salon avec un vase (pour les fleurs de Suzan) des chaises des tasses de th\u00e9. Apr\u00e8s son d\u00e9part Val\u00e9rie (la cousine l\u2019appelle Val) dit que Liz est un vrai tr\u00e9sor, tr\u00e8s attentionn\u00e9e, toujours \u00e0 v\u00e9rifier qu\u2019ils ne manquent de rien. Bill rit, <em>elle fait \u00e7a pour tes sous<\/em> (l\u2019histoire du temps qu\u2019il reste et qu\u2019on ne sait pas, qui s\u2019apprivoise par petites touches comme on app\u00e2te un requin trop gros derri\u00e8re la cage des mots, pour avoir moins peur). Suzan maintenant raconte le train, sa surprise toujours plus, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un voyageur amus\u00e9&nbsp;: <em>mais vous ne savez donc pas&nbsp;? Aujourd\u2019hui c\u2019est le Grand National \u00e0 Liverpool<\/em>, ceci expliquant cela.<\/p>\n\n\n\n<p>La maison de Bill et Val\u00e9rie est froide et humide. On ne chauffe presque plus depuis l\u2019explosion des prix&nbsp;: \u00e9lectricit\u00e9 gaz fuel. On ne d\u00e9core plus, on ne repeint plus \u2013 pas tant par manque d\u2019argent ni de go\u00fbt ni m\u00eame d\u2019\u00e9nergie mais par laisser filer doucement vers une conclusion qui s\u2019approche&nbsp;; plus d\u2019envie de relancer la machine&nbsp;: la laisser courir sur son erre, poser doucement la quille sur la berge\u2026 Aujourd\u2019hui pourtant la sonnette retentit sans cesse, un vrai accueil de f\u00eate, comme on pratique chez les Duton. Entre le deuxi\u00e8me fils, David, grand aussi mais maigre. Moustache discr\u00e8te, polo rose. Pas le <em>gung ho<\/em> de Bill et Paul, tout bo\u00eete un peu chez lui dans l\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s du comme je te pousse, une vie de guingois. Il a r\u00e9cemment achet\u00e9 une maison bon march\u00e9, \u00e0 hauteur de ses moyens, depuis c\u2019est d\u2019une emmerde \u00e0 l\u2019autre, la douche fuit, va retourner r\u00e9parer&#8230; Suivent les deux filles et leurs maris, leurs enfants, le plus grand avec sa copine, vont partir danser. Tous sur des chaises et tabourets d\u00e9pareill\u00e9s. Parlent, rient. Un grand cercle joyeux autour de Bill et Val&nbsp;; les plus jeunes osent pour la d\u00e9monstration les bouts de fran\u00e7ais qu\u2019ils ont appris \u00e0 l\u2019\u00e9cole, l\u00e0-bas que la cousine est partie suivre son mari. Les conversations entrem\u00ealent bouts de souvenirs et questions, \u00e9clats de rires et grandes \u00e9vocations. Peter, T-shirt, tatouage sur le bras gauche, muscl\u00e9 (le mari de l\u2019a\u00een\u00e9e, Gill, a dit un jour \u00e0 Bill&nbsp;: c\u2019est toi mon p\u00e8re aujourd\u2019hui que le mien n\u2019est plus) prend un immense selfie collectif l\u2019appareil photo \u00e0 bout de bras. Il tourne lentement sur lui-m\u00eame, grimace devant son fils incr\u00e9dule et hilare. Il va bient\u00f4t prendre sa retraite de Chief Inspector, (il y a eu un cadavre dans les bois autour, aussi quelques-uns dans le bitume de l\u2019autoroute lorsqu\u2019elle \u00e9tait en construction, des enqu\u00eates int\u00e9ressantes&nbsp;!) quelqu\u2019un lui sugg\u00e8re une deuxi\u00e8me carri\u00e8re de truand vu qu\u2019il conna\u00eet tous leurs trucs \u2013 explosions de rires.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s c\u2019est plus calme. Ils sont repartis, un reflux \u2013 une grosse vague \u2013 esp\u00e9rant se revoir \u2013 promettant une visite \u2013 qui sait&nbsp;? Bill a faim et puis faut pas trop jouer avec le diab\u00e8te&nbsp;! C\u2019est maintenant que Val sort la Toyota caboss\u00e9e du garage <em>leave me to it\u2026<\/em> Dans le pub habituel Bill commande les bi\u00e8res et les fish and ships \u2013 une sorte de dette a \u00e9purer&nbsp;: <em>you treated us well when we came to visit you. <\/em>Tout d\u2019un coup des cris des vocif\u00e9rations. Les chevaux s\u2019\u00e9lancent sur l\u2019hippodrome, sautent les haies. Suzan dit que chaque ann\u00e9e c\u2019est dramatique, certains tombent, se blessent. Que parfois elle se souvient qu\u2019il a fallu en abattre. Mais on a chang\u00e9 le syst\u00e8me des haies, elles ne provoquent plus de chutes\u2026 Un cheval sans jokey envahit l\u2019\u00e9cran, d\u00e9borde tous les autres par la droite, s\u2019\u00e9lance en-t\u00eate au-dessus du dernier obstacle. Pourquoi continuer de courir, \u00e9cume aux naseaux, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Bill&nbsp;: <em>c\u2019est probablement la derni\u00e8re fois qu\u2019on se voit <\/em>&nbsp;\u2013 &nbsp;Suzan&nbsp;: <em>&nbsp;pas la peine d\u2019\u00eatre aussi morbide<\/em>&nbsp;! Ils s\u2019\u00e9loignent dans la Toyota caboss\u00e9e, la salle d\u2019attente est toujours aussi grise et triste sous la pluie fine, mais c\u2019\u00e9tait un jour de joie chez les Duton.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"Proposition9\">Bill<\/h2>\n\n\n\n<p>Des ann\u00e9es que le fauteuil d\u00e9fra\u00eechi a plant\u00e9 son ancre dans la moquette (us\u00e9e aussi) juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte du salon \u2013 passage \u00e9troit vers la cuisine apr\u00e8s la travers\u00e9e du petit couloir d\u2019entr\u00e9e. Bill y passe maintenant des heures entre les derni\u00e8res tra\u00eetrises de l\u2019\u00e2ge et les faiblesses du corps, celles que l\u2019on anticipe sans pourtant les conna\u00eetre vraiment. On s\u2019y attend \u00e0 moiti\u00e9, sans y croire mais quand m\u00eame pas si na\u00eff, un jour te tomberont &nbsp;dessus \u2013 les sc\u00e9narios diff\u00e8rent mais le r\u00e9sultat s\u2019impose&nbsp;: composer avec tous les nouveaux \u00ab&nbsp;sans&nbsp;\u00bb qui multiplient au loin leurs petits feux&nbsp;incertains \u2013 des lanternes d\u2019abord impr\u00e9cises s\u2019approchent et chaque jour s\u2019intensifient&nbsp;: encore moins de force, un peu moins d\u2019\u00e9nergie, &nbsp;sans grande envie, sans &nbsp;enthousiasme \u2013 sans regret (mais \u00e7a on n\u2019en sait trop rien, Bill ne s\u2019\u00e9panche pas sur le <em>spilt milk<\/em>, ce qui est arriv\u00e9 est arriv\u00e9, on ne d\u00e9tournera pas la rivi\u00e8re de son lit, ni ne se baignera deux fois etc\u2026 faut bien continuer de\u2026) Avec Valerie ils restent parfois des heures sans parler \u2013 entre eux une brume impalpable de souvenirs et de visages \u2013 in\u00e9puisable compagnie \u2013 et parfois les commentaires de la vie des unes et des autres de la famille. Quand Bill bougonne et ironise gentiment c\u2019est sa pudeur maladroite \u00e0 remuer toute cette p\u00e2te qui ne trouve pas la forme des mots qu\u2019il faudrait savoir dire. Bill c\u2019est plut\u00f4t du genre ancien costaud qui, il y a longtemps, a quitt\u00e9 la chaleur \u00e9touffante de la mine pour l\u2019\u00e9changer contre tous les bons et mauvais temps dans les parcs municipaux. On lui voit encore en surimpression la silhouette du g\u00e9ant. Comme une aura. <em>Gong Ho.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 un bruit, une fa\u00e7on de marcher ou de parler, une intonation, la pression d\u2019une main sur son \u00e9paule que Bill devine chaque nouvelle entr\u00e9e. La vie pousse en continu, coule le long du fauteuil comme il a vu en vacances l\u2019oc\u00e9an autour des r\u00e9cifs ou l\u2019eau couleur rouille contre le flanc des bateaux dans le canal. L\u2019eau glisse encore, d\u00e9passe, d\u2019un coup tourbillonne, referme ses bras ti\u00e8des autour de son cou, embrasse. Bill sent le parfum sucr\u00e9, remarque la jupe courte, Bill sourit. <em>\u00ab&nbsp;Ah tu es venue nous voir avant d\u2019aller danser&nbsp;!&nbsp;\u2013Tu es gentille&nbsp;! mais pour s\u00fbr, \u00e7a te passera avant que \u00e7a me reprenne&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Impossible de dire quand il a commenc\u00e9 cette incessante pes\u00e9e des choses. Une habitude venue \u00e0 pas de loup avec les ombres. Toutes les heures dans le fauteuil \u00e0 laisser grandir le cr\u00e9puscule sans allumer \u2013 pas une affaire d\u2019\u00e9conomies ni de tristesse. (Un moment que j\u2019aime bien dirait Bill.) Une fa\u00e7on de tout regarder filer, pas trop explicable, une palpitation du temps int\u00e9rieur qui s\u2019ouvre et se referme doucement, se dissout en noyant le trop vite et trop fort du dehors. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 le monde interne, ses voix et ses images qui rappellent et appellent \u2013 de l\u2019autre tout le sans prise infini qui s\u2019enfuit et dispara\u00eet derri\u00e8re la vitre. La vie incompr\u00e9hensible des autres, une bousculade insens\u00e9e, de plus en plus imperceptible, comme une rumeur et sa fatigue pour effleurer les passants fugitifs du bout des doigts\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le jour o\u00f9 Paul est venu Val\u00e9rie a senti qu\u2019elle devait les laisser tous les deux. Des ann\u00e9es qu\u2019elle attendait sans rien comprendre, qu\u2019elle faisait les remarques, plaidait, essayait de raccommoder les accrocs survenus sans raison aucune \u00e0 pointer du doigt. Peine perdue. Entre ces deux-l\u00e0, deux si pareils pourtant, des forces et des mots qui ne trouvent pas leur voie, (mais les mots et les phrases c\u2019est une chose, ce qu\u2019ils peuvent trimballer du minerai d\u2019affection dans leurs wagonnets accroch\u00e9s les uns aux autres, \u00e7\u2019en est une autre.) De la cuisine elle les a entendus se diriger vers le jardin. Ils se sont arr\u00eat\u00e9s devant la cabane aux oiseaux. Elle a vu Paul parler silencieusement, bien droit face \u00e0 Bill, en faisant des gestes avec les bras, qui s\u2019arr\u00eataient tout emp\u00each\u00e9s, \u00e0 mi-chemin, comme englu\u00e9s dans l\u2019air pourtant l\u00e9ger de l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;; il faisait beau, c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois depuis longtemps. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Paul n\u2019est pas rest\u00e9 longtemps ce jour-l\u00e0. Son nouveau travail le prenait beaucoup. Quand il est parti son <em>see you tomorrow then <\/em>tremblait d\u2019une dr\u00f4le de mani\u00e8re. Valerie a pens\u00e9 aux frissons de l\u2019eau quand le vent pose ses empreintes dans un sens puis les brouille et efface d\u2019un coup dans l\u2019autre. Bill est retourn\u00e9 dans son fauteuil, il regarde sans voir par la fen\u00eatre&nbsp;; elle voudrait demander mais elle se retient, \u00e7a n\u2019est pas facile pour elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Bill depuis son fauteuil a vu s\u2019arr\u00eater la voiture blanche de Liz. Il a reconnu sa fa\u00e7on unique de fermer la porti\u00e8re en la retenant pour \u00e9viter de faire claquer, son pas vif. Val\u00e9rie depuis la cuisine lui a dit d\u2019entrer et maintenant elles parlent doucement. Liz raconte le retour de Paul la veille, comme s\u2019il avait grandi encore un peu, puisant de la force de Bill entre ses bras. Dans son fauteuil r\u00e2p\u00e9 Bill sourit doucement. Maintenant le soir commence vraiment \u00e0 tomber.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table des chapitres : Supporter La salle de cours presque enti\u00e8rement remplie ext\u00e9nue mon attente folle. Un mobilier pr\u00e9caire et obsol\u00e8te&nbsp;: de pauvres tables bancales bord\u00e9es de chaises \u00e0 pattes malingres en tubes verts. Griff\u00e9es, balafr\u00e9es. Une \u00e9cole primaire de quartier nord pour enfants trop longtemps grandis. L\u2019\u00e9t\u00e9 immobile \u00e9touffe depuis plusieurs jours interminables, bien trop clairs et br\u00fblants dans <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-boucle-2-une-rencontre-supporter\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#nouvelles # Boucle 2 | # une rencontre : supporter.<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":105,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5908,5909,5947,5966,5991],"tags":[],"class_list":["post-152185","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nouvelles-boucle-2","category-boucle-2-01-paul-morand","category-boucle-2-02-faux-wikipedia","category-boucle-2-03-gertrude-stein-familles","category-boucle-2-04-pierre-michon"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/152185","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/105"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=152185"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/152185\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=152185"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=152185"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=152185"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}