{"id":152926,"date":"2024-06-14T16:56:17","date_gmt":"2024-06-14T14:56:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=152926"},"modified":"2024-06-14T23:21:09","modified_gmt":"2024-06-14T21:21:09","slug":"nouvelles-boucle-2-solene-yu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-boucle-2-solene-yu\/","title":{"rendered":"#nouvelles boucle 2 | Pancho Lacra et autres figures&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"hautdepage\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><a href=\"#maalo\">1. Le vieux Ma&rsquo;alo<\/a><br><a href=\"#yoomyungryul\" data-type=\"internal\" data-id=\"#yoomyungryul\">2. \uc720\uba85\ub82c  |  Yoo Myung Ryul<\/a><br><a href=\"#robineau\">3. Au d\u00e9jeuner des Robineau<\/a><br><a href=\"#pancholacra\" data-type=\"internal\" data-id=\"#pancholacra\">4. Pancho Lacra<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\" id=\"maalo\"><strong>1. Le vieux Ma&rsquo;alo<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">Je n\u2019y avais pass\u00e9 qu\u2019une nuit suspendue entre le ciel et l\u2019eau sur un catamaran au port, cass\u00e9, immobile depuis des jours. J\u2019avais vue l\u2019eau rougir \u00e0 cinq heures, j\u2019avais re\u00e7u la pluie ti\u00e8de sur le visage, j\u2019avais eu envie de plonger du pont mais je n\u2019avais pas le temps, l\u2019avion attendait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Cancun et je devais partir. Nous y sommes retourn\u00e9s quelques mois apr\u00e8s pour y vivre un peu plus. Nous avons sillonn\u00e9 le front de mer. Peut-on appeler cela un front lorsqu\u2019il s\u2019agit de la Cara\u00efbe, la plus douce et la plus silencieuse&nbsp;des eaux&nbsp;? Sacs au dos, nous avons rapidement atteint la fin du village, d\u00e9pass\u00e9 la derni\u00e8re auberge. La plage \u00e9tait blanche et l\u2019eau claire. Quelques palmes dans leur hauteur dansaient sous un vent discret qui ne soufflait pas au sol.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La chaleur stagnante et moite faisait perler \u00e0 son front de grosses gouttes ovales qui d\u00e9valaient sur ses tempes puis longeaient les rondeurs de ses joues. Il avait les pieds nus et corn\u00e9s, un ventre rebondit sous un marcel blanc \u00e9lim\u00e9 mais immacul\u00e9, quelques cheveux blancs bordaient en voletant une large tonsure brunie par le soleil et ses yeux \u00e9taient clos. Sa t\u00eate ronde \u00e9tait barr\u00e9e d\u2019un sourire fig\u00e9 dans le sommeil. Il se laissait doucement bercer par les cordages d\u2019un hamac tendu entre deux pieux en b\u00e9ton sous l\u2019unique toit de t\u00f4le de la parcelle. Cette palapa de fortune produisait l\u2019ombre vitale et avait une face totalement ouverte sur la mer. Une demeure sans porte. Le vieux Ma\u2019alo vivait l\u00e0 depuis quelques d\u00e9cennies au pr\u00e9texte de garder le terrain des p\u00eacheurs du village. A quelques m\u00e8tres de la palapa, la mer venait l\u00e9cher le sable sans abus, frein\u00e9e par la barri\u00e8re de corail au loin, il n\u2019avait pas m\u00eame \u00e0 se pr\u00e9occuper des mar\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que hay&nbsp;? il nous avait simplement demand\u00e9, l\u2019\u0153il \u00e0 demi ouvert, roulant un joint de taille d\u00e9mesur\u00e9e, le portant lentement \u00e0 ses l\u00e8vres. Nous avions quelques bijoux en macram\u00e9 \u00e0 vendre et nous pouvions cuisiner au feu de bois. Il nous a indiqu\u00e9 l\u2019espace entre les palmiers pour que nous posions la tente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u0153il soudain clair, les deux pieds au sol il caressait d\u2019une main une chienne aux mamelles distendues pendant qu\u2019une multitudes de chiots s\u2019agitaient autours d\u2019eux. Nous \u00e9tions deux membres suppl\u00e9mentaires \u00e0 sa meute. Cela n\u2019y changerait pas grand-chose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#hautdepage\" data-type=\"internal\" data-id=\"#hautdepage\">Retour en haut de la page<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\" id=\"yoomyungryul\"><strong>2. \uc720\uba85\ub82c  |  Yoo Myung Ryul<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Yoo Myung-Ryul<\/strong> (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cor%C3%A9en\">cor\u00e9en<\/a>&nbsp;: \uc720\uba85\ub82c) est un auteur-compositeur de musique populaire sud-cor\u00e9enne, chanteur, multi-instrumentiste et inventeur d\u2019instruments de musique n\u00e9 en 1953 \u00e0 une date inconnue dans un lieu incertain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Biographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Yoo Myung Ryul a grandi en <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cor%C3%A9e_du_Sud\">Cor\u00e9e du Sud<\/a> probablement dans un quartier situ\u00e9 au sud de la capitale, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/S%C3%A9oul\">S\u00e9oul<\/a> (\uc11c\uc6b8) o\u00f9 il a ensuite v\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 sa mort. Ses parents \u00e9taient d\u2019anciens agriculteurs de la r\u00e9gion de Yongin (\uc6a9\uc778\uc2dc) ayant migr\u00e9 \u00e0 S\u00e9oul apr\u00e8s la guerre pour des raisons \u00e9conomiques. Le couple et leur trois fils vivent dans une extr\u00eame pauvret\u00e9. Myung Ryul est le second de la fratrie. A 20 ans il \u00e9pouse Park Hae-Sook (\ubc15\ud574\uc219), une fille d\u2019agriculteur de la r\u00e9gion de Gwanju (\uad11\uc8fc\uc2dc) qui travaille dans les assurances et dont il a trois filles, So Youn (\uc18c\uc5f0), employ\u00e9e d\u2019une entreprise d\u2019ameublement, Helena (\uc5d0\ub79c) devenue saxophoniste professionnelle et Eun-Hye (\uc740\ud61c) que le jeune couple est forc\u00e9 de donner \u00e0 l\u2019adoption d\u00e9s sa naissance en raison d\u2019un mauvais \u00e9tat de sant\u00e9 et dont le musicien n\u2019a plus de nouvelles jusqu\u2019\u00e0 sa mort le 25 avril 2001.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Carri\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A l\u2019adolescence, le jeune homme d\u00e9serte tr\u00e8s t\u00f4t les salles de classes, leur pr\u00e9f\u00e9rant les salles de concert et un atelier de fortune b\u00e2ti derri\u00e8re la bicoque familiale o\u00f9 il se consacre \u00e0 l\u2019invention et la confection d\u2019instruments de musique. Il devient rapidement chanteur-leader d\u2019un trio pour lequel il fabrique des instruments faits de bassines, de feuilles de papier et de morceaux de m\u00e9tal r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s dans les d\u00e9charges du quartier. Sa famille n\u2019ayant pas les moyens de lui payer des cours de musique, il se forme seul par la simple \u00e9coute des CD de son p\u00e8re, unique tr\u00e9sor familial, parmi lesquels le chanteur <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Cho_Yong-pil\">Cho Yong Pil<\/a> (\uc870\uc6a9\ud544) et la chanteuse <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Lee_Mi-ja\">Lee Mi-Ja <\/a>(\uc774\ubbf8\uc790) qui deviendront ses principales et premi\u00e8res influences. Myung Ryul compose seul et fr\u00e9quente les radios locales sur lesquels il diffuse ses cr\u00e9ations en jouant live avec son groupe. Dans la d\u00e9cennie 70 il sort notamment les albums&nbsp;\uc548\ub155 \uc2a4\ud0c0 (Annyeong seuta, Bonjour \u00e9toile, 1973) et \ubc18\ub780 (Ban Ran, la r\u00e9volte, 1977) qui sont emprunts du lyrisme de la chanson populaire post-guerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il d\u00e9couvre plus tard le chanteur am\u00e9ricain <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ray_Charles\">Ray Charles<\/a> et le chanteur et trompettiste <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Louis_Armstrong\">Louis Armstrong<\/a> qui vont introduire la langue anglaise dans ses textes. <em>My heart is a <\/em><em>\ubcc4 <\/em><em>(<\/em>Mon coeur est une \u00e9toile) devient en 1979 le premier album bilingue cor\u00e9en-anglais du pays alors qu\u2019il est \u00e2g\u00e9 d\u2019\u00e0 peine 26 ans. Sa particularit\u00e9 r\u00e9side dans le fait qu\u2019il mixe des sons d\u2019instruments qu\u2019il a lui m\u00eame invent\u00e9, du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Buk_(tambour)\">buk<\/a> (\ubd81), percussions traditionnelles issues des rites chamaniques cor\u00e9ens et des guitares \u00e9lectriques rappelant la touche rock\u2019n roll qu\u2019il ne quittera plus. L\u2019album auto-produit passe totalement inaper\u00e7u, la Cor\u00e9e d\u2019alors n\u2019\u00e9tant pas anglophone et la dictature de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Park_Chung-hee\">Park Chun-Hee<\/a> orchestrant une large censure dans un pays encore d\u00e9vast\u00e9 par sa r\u00e9cente guerre et sa partition. Ce n\u2019est qu\u2019en 2010, bien apr\u00e8s sa mort, dans le film <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Entre_deux_rives\"><em>Entre-deux pays<\/em><\/a> de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Na_Hong-jin\">Nam Ji-Hoon<\/a> que ses bandes et notamment la chanson<em> Donne moi des ailes (<\/em><em>\ub098\uc5d0\uac8c \ub0a0\uac1c\ub97c \uc918<\/em><em>) <\/em>issue de l\u2019album<em>\uc544\ub9ac\ub791 <\/em><em>on my mind (Arirang on my mind, <\/em>1980),sont port\u00e9es \u00e0 nouveau aux oreilles d\u2019un public imm\u00e9diatement conquis par l\u2019originalit\u00e9 et la multiplicit\u00e9 d\u2019influences de sa composition. Les critiques la trouvent r\u00e9solument avant-gardiste et le chanteur Cho Yong Pil lui rend hommage dans un titre intitul\u00e9 <em>Nous nous souviendrons (<\/em><em>\uc6b0\ub9ac\ub294 \uae30\uc5b5\ud560 \uac83\uc774\ub2e4<\/em><em>) <\/em>qu\u2019il interpr\u00e8te \u00e0 l\u2019ouverture du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Festival_international_du_film_de_Busan\">festival international du film de Busan <\/a>en 2012.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Vie priv\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Myung Ryul est d\u00e9crit par sa famille et par ses proches comme un homme gai et bon vivant. Ses parents d\u00e9ploraient ses multiples pitreries mais sa gentillesse ne pouvait \u00eatre entach\u00e9e que par sa trop grande consommation de <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Soju\">soju <\/a>(<\/em><em>\uc18c\uc8fc<\/em><em>)<\/em>, principal mal d\u2019apr\u00e8s guerre du pays. Les cons\u00e9quences du r\u00e9gime autoritaire sur la production artistique, les conditions de vie difficiles qui s\u2019ensuivirent puis le d\u00e9part en 1985 de sa derni\u00e8re fille dans une famille \u00e9trang\u00e8re dont il ne s\u2019est jamais remis le fait d\u00e9finitivement sombrer dans l\u2019alcool. Il arr\u00eate totalement d\u2019\u00e9crire et de composer en 1986. Pour tenter de subvenir aux besoins de sa famille, il se fait engager en 1990 sur un chantier en Arabie Saoudite o\u00f9 il passera deux ann\u00e9es avant de revenir \u00e9puis\u00e9 et malade. La consommation excessive d\u2019alcool durant les dix derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie et son \u00e9tat de sant\u00e9 fragilis\u00e9 par son travail d\u2019ouvrier au Moyen-Orient ne lui permettront jamais de revenir \u00e0 la musique. Il d\u00e9c\u00e8de le 25 avril 2001 d\u2019une cirrhose du foie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Discographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\ub3cc\uc544\uc640 \u2013 Reviens 1970<br><strong>\uc2e0\ub4e4\uc758 \ud589\uc9c4 \u2013 <\/strong>La marche des dieux 1971<br>\uc548\ub155 \uc2a4\ud0c0 \u2013 Bonjour, \u00e9toile 1973<br>\ud478\ub978 \ubc24 \u2013 Bleu nuit 1975<br>\ubc18\ub780 \u2013 La r\u00e9volte 1977<br><em>My heart is a \ubcc4 1979<\/em><br>\uc544\ub9ac\ub791 on my mind 1980<br>Seeing you \ub9e4\uc77c 1986<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Instruments invent\u00e9s notables<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Bassines \u00e0 toquet&nbsp;:<\/strong><\/em> assemblage de bassines en m\u00e9tal trou\u00e9es sur lesquels sont tendus plusieurs cordes dot\u00e9es des perles en c\u00e9ramiques. On pince les cordes dont les pierres viennent frapper la bassine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Harmonica papier&nbsp;: <\/strong><\/em>Pliage simple de plusieurs feuilles de papier assembl\u00e9es qu\u2019on fait vibrer entre les l\u00e8vres \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une hanche double.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#hautdepage\" data-type=\"internal\" data-id=\"#hautdepage\">Retour en haut de la page<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\" id=\"robineau\"><strong>3- Au d\u00e9jeuner des Robineau<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un peu apr\u00e8s la guerre, si l&rsquo;on \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9jeuner chez les Robineau on d\u00e9couvrait un int\u00e9rieur propret, simple, retenu pourtant truff\u00e9s de babioles indochinoises, dans les interstices d\u2019une biblioth\u00e8que, sur le blanc d\u2019un mur, trahissant la fiert\u00e9 d\u2019une bourgeoisie coloniale qu\u2019on s\u2019efforce par ferveur catholique et sans y parvenir, de garder sobre et discr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A la table de la grande salle \u00e0 manger, Simone se tient parfaitement droite sur une chaise paille et bois dossier haut et droit, emplacement le plus proche de la porte qui m\u00e8ne \u00e0 la salle \u00e0 manger de service accol\u00e9e \u00e0 la cuisine. Sur ses l\u00e8vres qu\u2019elle ne maquille pas mais qu\u2019elle garde luisantes en y \u00e9talant tous les matins au r\u00e9veil un peu de cire d\u2019abeille, sur ses l\u00e8vres un l\u00e9ger sourire qu\u2019elle s\u2019applique \u00e0 mesurer pour ne pas d\u00e9voiler son int\u00e9rieur tout en offrant un visage calme et rassurant. Simone s\u2019efforce de rendre le moindre de ses gestes chaleureux, s\u2019asseoir avec chaleur, sourire avec chaleur, servir le gigot chaleureusement m\u00eame si elle aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 qu\u2019une bonne fasse le service \u00e0 sa place, tousser discr\u00e8tement dans le bout de ses doigts avec chaleur, rire chaud, saluer chaleureusement. Tout cela lui conf\u00e9rait une sorte de figement que nul pas m\u00eame son mari et ses trois filles ne semblait avoir remarqu\u00e9. Seul un thermom\u00e8tre aurait pu aider \u00e0 d\u00e9celer l\u2019\u00e9trange constance, la temp\u00e9rature de ses yeux dans son regard, de ses mains dans ses gestes et de son corps entier dans chacun de ses mouvements \u00e9tant constamment la m\u00eame comme un corps mort, sans plus de variation dans la pleine vie. Raymond accueillait les gestes de son \u00e9pouse avec une spontan\u00e9it\u00e9 d\u00e9bordante, violemment, avec \u00e9clats de rires et de voix ou en complet d\u00e9sint\u00e9r\u00eat. Quand sa femme proprette sur sa chaise proprette articulait son corps \u00e0 temp\u00e9rature constante, lui surfait dans les hauteurs ou explorait les bas fonds, ne tenant pas deux minutes sur sa chaise qu\u2019il ne manquait jamais de mettre par terre avec la brutalit\u00e9 de l\u2019impatience. Il dictait \u00e0 chacune de ses trois filles des directives concises de tenue, de techniques et de gestes, comment prendre sa fourchette, retourner le pain, attraper le couteau, tourner les assiettes, poser les poignets sur le bord de la table, qu\u2019elles s\u2019empressaient d\u2019ex\u00e9cuter, non pas par in\u00e9vitable soumission bien que ce fut effectivement le cas, mais par l\u2019admiration sans faille qu\u2019elles vouaient \u00e0 leur p\u00e8re. Du moins c\u2019\u00e9tait vrai pour les deux premi\u00e8res. Jeanne \u00e9tait l\u2019a\u00een\u00e9e. Son regard doux, son intellect sans faille et sa maigreur en faisait l\u2019\u00e9lue de ses parents. Elle \u00e9tait sans aucun doute la perfection. Elle pourra si\u00e9ger un jour \u00e0 la droite du p\u00e8re sur la chaise la plus proche de la cuisine et h\u00e9riterait certainement de la chaleur constante de sa m\u00e8re. Elle ne pronon\u00e7ait jamais un mot \u00e0 table se contentant de hocher du chef aux vives interjections de Raymond qui s\u2019en satisfaisait. Bernadette se cachait dans l\u2019ombre de son ain\u00e9e. Son visage joufflu et ses larges cuisses ne lui valait pas autant d\u2019amour mais elle entretenait avec Jeanne une relation sororale fusionnelle et se contentait bien de cet amour l\u00e0. Un jour, sa s\u0153ur perdra son ut\u00e9rus pour une vulgaire histoire de chirurgien misogyne, sera de ce fait d\u00e9chue du tr\u00f4ne de la perfection familiale, Bernadette prendra alors la t\u00eate de la sororie et pourra enfin obtenir de son p\u00e8re aim\u00e9 le regard de fiert\u00e9 qu\u2019elle ne lui cherche plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Genevi\u00e8ve \u00e9tait bien plus jeune. Il n\u2019y a pas grand-chose \u00e0 dire sur Genevi\u00e8ve. Elle a la plus grande chambre, elle m\u00e2che un genre de p\u00e2te qui ne s\u2019avale jamais et fait claquer des bulles qui s\u2019\u00e9talent tout autour de sa bouche. Elle porte des pantalons serr\u00e9s et laisse pousser ses cheveux alors qu\u2019elle n\u2019a pas encore dix ans. Simone et Raymond ne disent rien. Elle provoque chez eux une sorte d&rsquo;absence, de non lieu, de non existence. Genevi\u00e8ve on ne sait pas grand-chose d\u2019elle mis \u00e0 part qu\u2019elle est en vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Robineau \u00e9taient ainsi, \u00e9tal\u00e9s sur des g\u00e9n\u00e9rations, sur des si\u00e8cles et deux continents, tout contenus entre ce salon et cette salle \u00e0 manger truff\u00e9es de babioles discr\u00e8tes. On aimait le gigot de Simone et les \u00e9clats de voix de Raymond. On aimait l\u2019immacul\u00e9e perfection des deux filles. On attendait que Jeanne prenne la place de Simone et que Bernadette prenne celle de Jeanne. On ne voyait pas la derni\u00e8re puis on s\u2019en retournait repus \u00e0 nos propres familles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#hautdepage\" data-type=\"internal\" data-id=\"#hautdepage\">Retour en haut de la page<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>4- Pancho Lacra<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au matin, la mer est calme et s\u2019\u00e9tale sur la minuscule plage. Malgr\u00e9 les palmes qui produisent une ombre maigre, le soleil tape sur la toile de tente. Il fait ruisseler l\u2019eau de leurs corps sur leurs peaux endormies. Claire \u00e9merge difficilement, tir\u00e9e du sommeil par un filet d\u2019air qui traverse son visage. Jorge est peut \u00eatre sorti, il aura oubli\u00e9 de fermer la porte. Elle palpe le sol les yeux ferm\u00e9s pour attraper ses lunettes mais sa main bute contre un rebord de tissu. Elle ouvre un \u0153il. Le trou est b\u00e9ant, on y passer un gros poing ferm\u00e9, c\u2019est une large entaille en angle droit \u00e0 quelques centim\u00e8tre de son visage. Impossible qu\u2019un animal ait pu faire \u00e7a se dit la jeune femme dubitative. Jorge l\u2019observe le visage embrum\u00e9. <em>Nos robaron<\/em>, il dit en se redressant. Instinctivement, elle fourre la main dans son sac de routard qui lui sert d\u2019oreiller, faufile ses doigts dans une petite pochette et estime l\u2019\u00e9paisseur d\u2019une fine liasse de billets. Puis elle ouvre en grand la poche principale, le mat\u00e9riel d\u2019artisanat et le coffret renfermant les chapelets de bijoux tiss\u00e9es sont intacts. Soulag\u00e9e, elle s\u2019assoie et balaie la tente du regard. Jorge pointe un espace vide \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leurs deux timbales. Les tortillas&nbsp;! il s\u2019\u00e9crie d\u2019une voix amus\u00e9e. Qui pourrait prendre le risque de se faire attraper pour un sac de tortillas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le vieux Ma\u2019alo \u00e9tait leur aubergiste, il avait convenu de leur faire payer 20 pesos par nuit pass\u00e9e sur le terrain de la coop\u00e9rative de p\u00eacheur du village o\u00f9 lui m\u00eame \u00e9tait log\u00e9 gracieusement en \u00e9change de quoi il gardait les lieux. Pas de maison en dur ici, ces quelques palmes et un toit de t\u00f4le sur trois murs o\u00f9 il attachait son hamac et cuisinait par grands vents. Voyant les voyageurs rester bien plus longtemps que d&rsquo;autr&rsquo;es, il avait fini par oublier leur accord, se contentant de partager leur compagnie, les repas et l\u2019herbe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pancho Lacra\u00a0! S\u2019\u00e9crie-t-il sans h\u00e9siter. C\u2019est ce <em>lacra<\/em> de Pancho sans aucun doute. Ce fl\u00e9au, cette plaie, ce vaurien. Le m\u00f4me devait s\u2019ennuyer et votre tente est le seul lieu du village qu\u2019il n\u2019avait pas encore visit\u00e9\u00a0! Tout le monde le conna\u00eet. C\u2019est \u00e9tonnant que vous ne l\u2019ayez pas encore crois\u00e9. Je le vois souvent r\u00f4der autour du terrain. Il aura rep\u00e9r\u00e9 mes chiots mais je ne le laisserai pas en attraper un seul\u00a0! Le vieux tend le poing mi rieur, mi inquiet. N\u2019avez vous pas entendu parler de lui au village\u00a0? demande-t-il en laissant retomber sa main. Ce sacripant est le seul <em>playero<\/em> \u00e0 qui la chance ait vraiment sourit. Playero ? demande Jorge intrigu\u00e9, je ne connais pas ce mot. Le vieux baisse la voix et approche son visage. Son haleine de poisson m\u00eal\u00e9 d\u2019herbe et de rance effleure les jeunes gens curieux. Mahuahual, les \u00e9trangers y passent seulement. Les gens des <em>cabanas<\/em> dans le port des <em>cruceros<\/em>, ceux de la ville l\u00e0-bas &#8211; il pointe le nord \u2013 ils pensent \u00eatre Mahahuale\u00f1os mais il ne s\u2019agit pas d\u2019eux. Seuls nous les p\u00eacheurs et les gens d\u2019ici, le <em>pueblo,<\/em> savons. Nous longeons les plages tr\u00e8s t\u00f4t le matin au cas o\u00f9 nous trouverions l&rsquo;un de ces sacs remplis de drogue que les bateaux font sombrer au large avec des lestes de sels. Il les observe les yeux brillants ravis de voir s\u2019\u00e9carquiller les leurs puis agite lentement les mains dont les phalanges semblent flotter dans le vent d\u2019est. Une fois le sel fondu, reprend-il, les sacs remontent \u00e0 la surface et les trafiquants n\u2019ont plus qu\u2019\u00e0 les cueillir&#8230; ou \u00e0 les p\u00eacher, il glousse. Qu\u2019est ce que \u00e7a a \u00e0 voir avec Pancho\u00a0? murmure Claire osant \u00e0 peine interrompre le conteur. Et bien, il arrive que des sacs se perdent. Le vieil homme marque h\u00e9site avant de nous souffler, les courants nous sont souvent favorables. Le petit Pancho a trouv\u00e9 le plus gros sac de coca\u00efne jamais vu. Soixante kilos\u00a0de marchandise en une seule prise! En dix ans, je n\u2019ai jamais trouv\u00e9 qu\u2019un petit sac d\u2019herbe d\u00e9tremp\u00e9e que je fais s\u00e9cher par l\u00e0 bas. Il indique les broussailles de la mangrove dans les terres. C\u2019est de la <em>playada<\/em> nous lance-t-il triomphant. Je m\u2019en contente. Ailleurs on la fait pousser, ici on la p\u00eache. \u00c7a lui donne un go\u00fbt de langouste et de sel, \u00e7a ouvre l\u2019app\u00e9tit de <em>mis perritos<\/em>\u00a0et le mien pardi\u00a0! Il se tape sur le ventre qui tremble sous les coups et ses yeux s\u2019illuminent dans le ciel bleu. Mais qu\u2019 a t il fait de toute cette coca\u00efne et n\u2019y a t il pas un campement militaire \u00e0 deux pas d\u2019ici justement pour lutter contre le narcotrafic\u00a0? demande Claire incr\u00e9dule. Ha les militaires, Clarita. Ce sont des hommes apr\u00e8s tout. L\u2019app\u00e2t du gain est toujours plus fort et pour celui de la coca\u00efne tu vendrais ta m\u00e8re. Sais tu combien gagnent les plus hauts grad\u00e9s par an\u00a0? Quelques dizaines de milliers de pesos r\u00e9cite-t-il sans attendre de r\u00e9ponse. A Mexico, un kilo de coca\u00efne pure se vend plusieurs dizaines de milliers de pesos que veux-tu. Personne ne sait comment il a r\u00e9ussi son coup <em>este lacra, <\/em>mais il est devenu librement millionnaire. Claire ne comprend pas. Nous parlons bien du m\u00eame homme\u00a0? Oui oui. <em>Escuchame<\/em>. Panchito a achet\u00e9 une maison \u00e0 ses parents, il a achet\u00e9 une maison \u00e0 chacun de ses deux fr\u00e8res et il a d\u00e9pens\u00e9 le reste comme l\u2019idiot qu\u2019il est dans les bars et les paris. Il a tout bonnement oubli\u00e9 de s\u2019offrir un logement et sa famille n\u2019est comme qui dirait pas vraiment reconnaissante. La richesse est faite pour les autres, pas pour les p\u00eacheurs. D\u2019ailleurs la famille de Pancho a abandonn\u00e9 la p\u00eache. \u00c7a leur aura br\u00fbl\u00e9 le ciboulot, les valeurs et l\u2019amour filial avec. En une paire d\u2019ann\u00e9e, il s\u2019est endett\u00e9. On l\u2019a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 un soir pr\u00e8s de la mangrove couvert de bosses, compl\u00e8tement nu. Il n\u2019avait plus m\u00eame un cale\u00e7on. C\u2019est ce qu\u2019on appelle se retrouver \u00e0 poil\u00a0! Depuis, il dort \u00e0 la sortie du village et vit de menus larcins et d\u2019entourloupes. Personne n\u2019est dupe mais que veux tu, on l\u2019a vu grandir ce m\u00f4me et plus personne n\u2019a de raison d\u2019en \u00eatre jaloux. Le vieux se renverse dans son hamac dans un soupire attendrit qu\u2019il laisse mourir avant de tirer largement sur son joint. Depuis, les gens du village laissent leur porte ouverte, un bol de <em>caldo <\/em>ou un sac de tortillas sur leur table. Pauvre gosse va\u2026. Il murmure avant de sombrer dans un profond sommeil encadr\u00e9 d\u2019une \u00e9paisse volute de fum\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que hay\u00a0? Le jeune homme s\u2019approche. Il semble les conna\u00eetre. Jorge ach\u00e8ve le dernier n\u0153ud du sertissage au macram\u00e9 d\u2019une obsidienne arcoiris qui renvoie en miroir une lumi\u00e8re dor\u00e9e. Claire s\u2019applique \u00e0 garder r\u00e9gulier le tissage d\u2019un bracelet en commande. La saison haute s\u2019ach\u00e8ve aujourd\u2019hui, ils esp\u00e8rent \u00e9couler leur stock avant de reprendre la route. Claire est g\u00ean\u00e9e par une ombre qui s\u2019attarde sur son ouvrage. Elle l\u00e8ve les yeux sur un homme filiforme aux clavicules saillantes qui la fixe tout \u00e0 la fois intens\u00e9ment et d\u00e9sinvolte. L\u2019unique \u00e9paisseur de son corps est log\u00e9e dans ses bras et ses mollets comme tous les p\u00eacheurs de la c\u00f4te. Le reste de peau semble arrim\u00e9e \u00e0 une musculature pleine et s\u00e8che. Ses cheveux noirs et denses sont presque blonds comme l\u2019obsidienne \u00e0 force de prendre le soleil. Il arbore un simple bermuda aux bords \u00e9lim\u00e9s et une paire de tongues bien trop grandes. Il se tient droit, torse nu devant le couple sous l\u2019oeil amus\u00e9 du vieux qui observe la sc\u00e8ne depuis sa <em>palapa<\/em>, il murmure <em>Lacra<\/em>\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Clara, dit Claire en tendant une main qu\u2019il attrape bri\u00e8vement. Jorge lui tend le poing qu\u2019il entrechoque mollement, Pancho murmure-t-il d\u2019une voix presque transparente. Le vieux s\u2019est approch\u00e9. Il lui montre d\u2019embl\u00e9e la toile que Claire a raccommod\u00e9e grossi\u00e8rement avec du fil de p\u00eache. Pancho n\u2019a l\u2019air ni effray\u00e9 ni repenti. Il ne porte \u00e0 la toile aucun int\u00e9r\u00eat et d\u00e9tourne le regard vers le vide. Il n\u2019attend rien, vient en curieux, se confronte et ainsi se d\u00e9douane, ent\u00e9rine la normalit\u00e9 du larcin. Jorge, pour rompre le silence demande, si on part marcher le long de la mer, vers o\u00f9 nous conseilles-tu d\u2019aller ? <em>Gavilanes<\/em> il r\u00e9pond sans h\u00e9siter. Le vieux ajoute, ce sont des ruines intactes de mes anc\u00eatres mayas ensevelies dans la mangrove. Pancho ajoute simplement, rendez vous demain matin, je vous y emm\u00e8nerai et s\u2019en retourne \u00e0 ses larcins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le pick-up, deux hommes \u00e9quip\u00e9s de masques et palmes, harpons en bandouli\u00e8res embarquent des paniers tress\u00e9s avant de sauter dans la benne arri\u00e8re. Leur peau est brunie par les journ\u00e9es du dehors et s\u00e9ch\u00e9es par le sel, leur cheveux sont d\u2019un noir de jais. Le plus grand les porte longs et ses boucles soigneusement peign\u00e9es s\u2019\u00e9talent sur de larges trap\u00e8zes, glissent sur la pente lisse et ferme d\u2019\u00e9pais pectoraux qui surplombent un tronc nu, parfaitement sculpt\u00e9. Le second, <em>chaparrito,<\/em> est tout en cuisses saillantes et mollet moul\u00e9s dans la roche, ses iris bleues presque transparentes et immenses de plein soleil se confondent avec la fine pellicule de sable qui vol\u00e8te dans les rares courants d\u2019air. Pancho les salue du bout des doigts, le visage impassible, plong\u00e9 dans une obscurit\u00e9 qui se d\u00e9coupe nettement dans la blanche et br\u00fblante lumi\u00e8re de fin de matin. Il les conna\u00eet mais n\u2019a visiblement rien v\u00e9cu avec eux. Ils ne lui accordent pas plus d\u2019attention et s\u2019adossent \u00e0 la cabine le regard riv\u00e9s vers l\u00e0 o\u00f9 apparaitra bient\u00f4t la mer, comme un geste r\u00e9flexe de leurs globes, une addiction visuelle, une plong\u00e9e avant la plong\u00e9e qui prend racines dans les si\u00e8cles pass\u00e9s, en silence. La mangrove ressemble \u00e0 une bande de verdure constante et lisse et ondule sous la vitesse. Le paysage est invariablement bleu, vert et sable. Le v\u00e9hicule bifurque vers la c\u00f4te qui appara\u00eet sans modifier le panel, ciel et mer se confondent et donnent l\u2019impression d\u2019une immense toile scintillante tendue \u00e0 l\u2019horizon. Le pick-up d\u00e9barque le petit groupe \u00e0 un arr\u00eat fant\u00f4me puis repart dans un nuage de sable et de poussi\u00e8re. En quelques secondes, les hommes disparaissent, aval\u00e9s par l\u2019eau et les raisiniers qui d\u00e9gueulent leur branchages rampants sur la plage sauvage \u00e0 perte de vue. Un petit panneau peint en lettres rouges ternes sur trois lignes indique le sud\u00a0: Rio Huach, Punta Gavilanes, Xcalak \u2013 Belize. Un large chemin longe le bord de mer, unique fil d\u2019ariane dans cet aplat tricolore. Pancho entame une marche rapide et constante, la t\u00eate droite, le regard au loin sans point de fuite. Les deux jeunes gens tentent vainement de s\u2019aligner, peu habitu\u00e9s \u00e0 cette puissance dans les jambes acquises des heures durant dans les profondeurs de l\u2019eau et l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration soudaine des proies. Ils l\u2019observent d\u2019abord en coin, de profil ils lui d\u00e9couvrent une face quelque peu acn\u00e9ique et fig\u00e9e, suspendue entre l\u2019\u00e2ge de l\u2019innocence et celui du renoncement, ils feignent l\u2019\u00e9change par les mots, les blagues puis battent en retraite, d\u00e9c\u00e9l\u00e8rent finalement et comme lui \u00e0 eux, ne lui portent plus attention. Bient\u00f4t, l&rsquo;homme dispara\u00eet dans l\u2019horizon plane. Les amants rient de l\u2019absurde, cette promenade taiseuse qui vire \u00e0 la course de fond dans le paysage le plus paisible qu\u2019aucun d\u2019eux n\u2019ait encore jamais explor\u00e9. Jorge, que Claire surnomme affectueusement <em>tortuga<\/em> \u00e0 cause de sa lenteur globale, celle de ses gestes et de sa pens\u00e9e qui d\u00e9gagent une force d&rsquo;ancrage, s\u2019\u00e9carte du chemin et avance \u00e0 petit pas dans le sable. La plage est truff\u00e9es de t\u00e2ches multicolores, rejets plastiques, balises mang\u00e9es par le sel, cageots entiers, cordages effiloch\u00e9s, bouts de ficelles, filets \u00e0 flotteurs effrit\u00e9s, un arc en ciel de d\u00e9tritus jonche l\u2019\u00e9tendue sauvage, lui donne un morbide relief, du clownesque au paradis. La fine poudre de sable blanche et brillante comme un m\u00e9tal pr\u00e9cieux semble r\u00e9sister \u00e0 l\u2019assaut plastique et toute fig\u00e9e ne consent pas \u00e0 s\u2019en faire p\u00e9n\u00e9trer. Vainement elle veille \u00e0 pr\u00e9server sa robe argent\u00e9e contre les couleurs criardes et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 ridicule du mat\u00e9riau qui a le subtil pouvoir de tuer sans haine les innocents qui l\u2019ingurgitent. Au milieu de ce paisible drame, la marche est longue. Lentement, le soleil s\u2019affaisse dans la mer qui se d\u00e9tache par d\u00e9grad\u00e9s bleu azur &#8211; bleu roi \u2013 bleu marine de sa voute qui s\u2019assombrit et pointe la premi\u00e8re \u00e9toile dans les derniers feux. Le couple pensait \u00eatre de retour avant la nuit. Ils n\u2019ont rien emport\u00e9 et dormiront l\u00e0. Au loin, Pancho s\u2019active. Il rassemble des racines, tire de large palmes s\u00e8ches qu\u2019il entasse et forme rapidement un haut talus. Claire et Jorge le rejoignent, r\u00e9sign\u00e9s \u00e0 son silence. Claire donne aux palmes une \u00e9tincelle de briquet, le feu prend difficilement dans les fibres humides. Pancho surgit soudain derri\u00e8re Claire et jette plusieurs cageots de plastiques dans les maigres braises. Le couple s\u2019esclaffe. Une fois les premi\u00e8res flammes prises dans le p\u00e9trole, c\u2019est l\u2019explosion de lumi\u00e8re. Les jeunes gens restent fig\u00e9s de stupeur. L\u2019incursion soudaine du cageot, cette forme humaine, technique, fonctionnelle dans la nature brute de quelques branchages incandescents les rappellent \u00e0 eux, \u00e0 leur nature m\u00eame qui les rabaissent au rang de ceux qui font, qui br\u00fblent cette mati\u00e8re, qui en usent \u00e0 outrance, assassinent sans haine les tortues, les habitants des coraux, ces r\u00e9cents voisins qu\u2019ils ont appris \u00e0 conna\u00eetre et \u00e0 tant aimer, qu\u2019ils observent plut\u00f4t et d\u00e9vorent goulument, reconnaissants. Les vivants des mers s\u2019alimentent du plastique qui sert \u00e0 les attraper pour alimenter l\u2019humain. L\u2019humain mange du plastique. A cette pens\u00e9e, Jorge a un haut le c\u0153ur. Une \u00e9paisse fum\u00e9e noire s\u2019\u00e9chappe \u00e0 pr\u00e9sent du foyer qui s\u2019est allum\u00e9e comme une torche. Pancho est impassible. Les amants se regardent et rient \u00e0 nouveau, de r\u00e9signation, d\u2019\u00e0 quoi bon, ce m\u00eame rire que porte le vieux Ma\u2019alo sur l\u2019univers, aussi bon ou mauvais soit-il et quelque part depuis le Belize, ou peut \u00eatre plus proche, depuis les zodiacs des trafiquants, on voit un point qui s\u2019allume faiblement sur cette c\u00f4te encore vierge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pancho met entre les mains de Claire une noix de coco qu\u2019il a fracass\u00e9e contre le tronc de la palme qui la portait. C\u2019est le premier geste vers eux. Sa main effleure celle de la jeune femme. Elle est rugueuse et puissante mais l\u2019int\u00e9rieur est doux comme la peau d\u2019un nouveau n\u00e9. Jorge qui n\u2019a pas vu sa compagne fr\u00e9mir dans ce furtif contact entreprend d\u2019extraire de la pointe de son couteau la chaire de quelques conques glan\u00e9es sur les rives. La naus\u00e9e lui est pass\u00e9e et c\u2019est l\u2019app\u00e9tit des milliers de pas qui remontent d\u00e9sormais dans son estomac criant. Il sort de sa poche un citron vert qu\u2019il avait pris soin d\u2019attraper dans leur r\u00e9serve au d\u00e9part et le presse au dessus des crustac\u00e9s qui se r\u00e9tractent doucement avant d\u2019\u00eatre engloutis. La viande glisse dans leurs gorge et les hydrate et les salent et les inondent d\u2019une douce fraicheur et leur donnent juste assez de force pour aplanir le sable et s\u2019\u00e9tendre pr\u00e8s du feu. Claire a roul\u00e9 l\u2019unique joint qu\u2019ils avaient emport\u00e9 et les volutes de THC les emm\u00e8nent dans les profondeurs des ruines perdues, dans les inframondes mayas peupl\u00e9s d\u2019\u00e9perviers, d\u2019albatros et de langoustes. A l\u2019\u00e9cart d\u2019eux cet homme \u00e0 peine mature et d\u00e9j\u00e0 vieux d\u2019avoir tant v\u00e9cu qui ne souffle mot, ne jette aucun regard, mais se trouve l\u00e0 tout proche et leur ouvre une br\u00e8che dans cet incontestable ailleurs qu\u2019on n\u2019indiquerait sur une carte que par une petite flamme, celle de leur brasier de branches, de feuilles de raisin et de cagettes multicolores.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au matin, Pancho est d\u00e9j\u00e0 parti. Claire et Jorge ont abandonn\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019une marche \u00e0 trois. Il se contentent de tra\u00eener la patte le long des rives semblables dont seule la variation des bleus de mer d\u00e9notent leur avanc\u00e9e. La mar\u00e9e a baiss\u00e9 de quelques m\u00e8tres \u00e0 peine. Ils marchent \u00e0 pr\u00e9sent sur le sable mouill\u00e9 qui refl\u00e8tent la p\u00e2leur imberbe du ciel. Le soleil monte rapidement. Ils s\u2019abritent sous les lourds feuillages des raisiniers et tapent des cocos contre les troncs. En fin de matin\u00e9e, ils atteignent enfin Rio Huach. Sur une pierre ils trouvent une conserve de SPAM ouverte d\u2019un coup de pierre tranchant et quelques conques laiss\u00e9es par leur guide fant\u00f4me. Ces gestes humains les rassurent sur sa nature, les attendrissent comme Ma\u2019alo avant eux. Sous l\u2019eau sombre des nu\u00e9es d\u2019alevins patientent dans ce large cordon ombilical qui relie la lagune \u00e0 la mer. La mangrove qui s\u2019y loge est dense et l\u2019ombre, \u00e9pargn\u00e9e des moustiques qui ne s\u2019aventurent pas dans les vents de mers, y est d\u00e9licieuse. Les jeunes gens s\u2019\u00e9tendent. Ici s\u2019arr\u00eatent les buts et les lendemains. Leurs corps se fondent dans les racines qui filent sous eux, les clapotis des eaux calmes, la fraicheur du sable qui les hydrate par tous les pores. Ils ne sont plus qu\u2019un vent lent, un embrun l\u00e2che et quelques gouttes de sueurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Claire est tir\u00e9e de l\u2019intemporelle l\u00e9thargie par des cris stridents, aigus, tranch\u00e9s au dessus d\u2019eux. <em>Un gavilan<\/em> murmure Jorge avant d\u2019entonner \u00e0 plein poumon <em>g<\/em><em>avil\u00e1n, gavil\u00e1n, gavil\u00e1n, <\/em><em>te llevastes mi polla, gavil\u00e1n, si tu vuelves mi polla para ac\u00e1, yo te doy todito el gallinero<\/em><em>oooooo.<\/em> Ils se redressent, traversent le rio \u00e0 la nage et la rive et la plage les aspirent \u00e0 nouveau. Pendant que son compagnon d\u00e9balle les rancheras de Pedro Infante dans une cadence presque autistique, Claire s\u2019entend fredonner dans un souffle s<em>ous le soleil exactement,<\/em> une lointaine comptine dans une langue qu\u2019elle croit oublier. Le d\u00e9nuement et le rythme \u00e9gal de ses pas sur une route interminable et ce chant la plongent dans une nostalgie incompr\u00e9hensible. Pourquoi soudain se rappelle \u00e0 elle le point de d\u00e9part dans cet autre monde\u00a0? Et pourquoi diable Gainsbourg. Sa d\u00e9sinvolture fripouille r\u00e9sonne soudain avec les frasques de Pancho son apparent d\u00e9sint\u00e9r\u00eat, sa mollesse pourtant rev\u00eatue de talents et tout deux portent le nom de fameux chanteurs qui couvrent le clapotis monotone de cette eau sans vague. Deux bonnes heures de marche apr\u00e8s la travers\u00e9e du rio, ils aper\u00e7oivent enfin sa silhouette svelte et l\u00e2che se d\u00e9couper en marge de l\u2019inerte mer face \u00e0 un amas de pal\u00e9tuviers serr\u00e9s et le long du chemin de sable, quelques tas de pierres dont ils ne savent pas \u00e9valuer l\u2019ampleur. St\u00e8les\u00a0? S\u00e9pultures\u00a0? Trois petits tumuli r\u00e9guliers se distinguent sous d\u2019\u00e9paisses broussailles de racines et de feuilles s\u00e8ches. Pancho leur indique un trou qui laisserait passer un chien de taille moyenne et s\u2019apparente \u00e0 une entr\u00e9e dans la pierre. Jorge d\u00e9gage l\u2019ouverture. Les pierres d\u00e9voil\u00e9es sont vulgairement taill\u00e9es, leurs angles arrondis par le temps et leur empilement sommaire marquent clairement la volont\u00e9 d&rsquo;une main humaine. Le jeune homme curieux fait mine de s\u2019y glisser mais rapidement son pied butte contre un m\u00e9lange de terre, de sables et de pierres \u00e9croul\u00e9es. Gavilanes est un minuscule Angkor, celui d\u2019<em>Apocalyspe now<\/em> encore enfoui dans la protectrice <em>madre tierra<\/em>. Plus tard sur les sites d\u2019\u00e9cotourisme et de plong\u00e9e qui s\u2019\u00e9rigeront sur la nouvellement nomm\u00e9e Costa Maya, invention des promoteurs du tourisme \u00e9ventreurs de terres, nulle traces des ruines de Gavilanes qui emporteront sous les parcs aquatiques, les h\u00f4tels mondialis\u00e9s et l\u2019arbitraire de quelques ignorants les secrets de ses \u00e2mes et de ses divinit\u00e9s, des treize strates de ses cieux, des couleurs de sa terre. Pancho s\u2019est assis sur le plus haut des talus. Les yeux clos, il caresse de la pulpe des doigts la pierre chaude et sableuse. Sa respiration lente provoque une ond\u00e9e qui parcourt son torse du bas ventre jusqu\u2019\u00e0 ses narines fr\u00e9missantes. Un instant, les deux voyageurs pensent qu\u2019il s\u2019est endormi. A leur tour il s\u2019adossent \u00e0 la pierre chaude, leur corps s\u2019engourdissent et glissent dans une l\u00e9g\u00e8re somnolence. A leur r\u00e9veil, comme au matin, Pancho a disparu. Le soleil entame d\u00e9j\u00e0 sa descente. Il faut rebrousser chemin. Plus qu\u2019un retour, la marche \u00e0 rebours est une escalade de pyramides, une remont\u00e9e des inframondes, un pied au sol en apn\u00e9e avant la surface. L\u2019espace est modifi\u00e9, plus \u00e9triqu\u00e9, plus profond. Ils empruntent le chemin de sable plut\u00f4t que la rive. Le paysage ne les int\u00e9resse plus. Ils cherchent au loin la silhouette de leur guide pour lui poser les questions qui leurs br\u00fblent les l\u00e8vres. Ils veulent cueillir un mythe, une histoire, une hypoth\u00e8se, rapporter une preuve palpable pour se prouver dix ans plus tard, quand tout cela aura disparu, les rives vierges, les t\u00e2ches de plastiques multicolores, les raisiniers rampants, le seul bruit des remouds, la pierre, Pancho, qu\u2019ils n\u2019avaient pas r\u00eav\u00e9. Leurs pas s\u2019alignent m\u00e9caniquement, leur gorges s\u00e8ches ne cherchent plus les cocos qui p\u00e8sent pourtant en abondantes grappes au creux des palmes. A la toute fin du jour, ext\u00e9nu\u00e9s, le pas lourd, ils aper\u00e7oivent le pick-up charg\u00e9 de trois hommes qui d\u00e9marre lentement. Pancho est assis sur la cabine et regarde la mer sans leur pr\u00eater attention. Le couple se met \u00e0 courir et appelle \u00e0 grand cris. Pancho les aurait laiss\u00e9 ils se disent dans la benne en se pelotonnant l\u2019un l\u2019autre dans les vents du soir que la vitesse rend soudain gla\u00e7ants. A nouveau, ils rient de cet homme \u00e0 qui ils ne peuvent en vouloir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A l\u2019entr\u00e9e du village, l&rsquo;homme devenu une ombre dans l&rsquo;obscurit\u00e9 se l\u00e8ve au premier stop, leur jette un bref regard dans lequel Claire croit d\u00e9celer une lueur, saute \u00e0 terre sans leur adresser un mot et dispara\u00eet derri\u00e8re les maisonnettes qui laisseront toujours ouvertes leurs portes \u00e0 Pancho Lacra.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le vieux Ma&rsquo;alo2. \uc720\uba85\ub82c | Yoo Myung Ryul3. Au d\u00e9jeuner des Robineau4. Pancho Lacra 1. Le vieux Ma&rsquo;alo Je n\u2019y avais pass\u00e9 qu\u2019une nuit suspendue entre le ciel et l\u2019eau sur un catamaran au port, cass\u00e9, immobile depuis des jours. J\u2019avais vue l\u2019eau rougir \u00e0 cinq heures, j\u2019avais re\u00e7u la pluie ti\u00e8de sur le visage, j\u2019avais eu envie de <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-boucle-2-solene-yu\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#nouvelles boucle 2 | Pancho Lacra et autres figures&#8230;<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":656,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5908,5909,5947,5966,5991,1],"tags":[3800,5996,5998,5999,4108,5997,2288,835],"class_list":["post-152926","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nouvelles-boucle-2","category-boucle-2-01-paul-morand","category-boucle-2-02-faux-wikipedia","category-boucle-2-03-gertrude-stein-familles","category-boucle-2-04-pierre-michon","category-atelier","tag-caraibes","tag-maalo","tag-mahahual","tag-maya","tag-mexique","tag-quintanaroo","tag-rencontre","tag-voyage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/152926","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/656"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=152926"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/152926\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=152926"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=152926"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=152926"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}