{"id":153059,"date":"2024-05-24T18:10:43","date_gmt":"2024-05-24T16:10:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=153059"},"modified":"2024-05-24T19:28:33","modified_gmt":"2024-05-24T17:28:33","slug":"boucle-2-04-l-michel-ou-le-mepris-l-natacha-devie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boucle-2-04-l-michel-ou-le-mepris-l-natacha-devie\/","title":{"rendered":"boucle 2 #04 l Michel ou le m\u00e9pris l Natacha Devie"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/ours-prats-2-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-153060\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/ours-prats-2-1.jpg 800w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/ours-prats-2-1-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/ours-prats-2-1-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est l\u2019histoire de Michel Dubouch qui attend, tapi dans l\u2019ombre, avec sa carabine. Il attend de tuer, si tu veux savoir. Il attend de tuer et moi, j\u2019attends de comprendre. Il y a quelques heures, le portier lui a refus\u00e9 l\u2019entr\u00e9e de Can Camaou, la bo\u00eete de nuit de Prats de Mollo. D\u2019accord, c\u2019est \u00e9nervant. Se faire refouler comme un malpropre devant les copains, il y a de quoi te filer des envies de meurtre, je te l\u2019accorde. Mais l\u00e0, \u00e7a fait de heures qu\u2019il attend, Michel, et avant d\u2019attendre il a eu le temps de faire l\u2019aller-retour \u00e0 la ferme du Bouch pour chercher sa carabine, revenir au point de d\u00e9part et identifier le coin idoine o\u00f9 se les peuler discr\u00e8tement jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aube. Il doit lui en passer, des choses, dans la t\u00eate, pendant les centaines de minutes qui s\u2019\u00e9coulent. Ou bien: tout son \u00eatre dans l\u2019attente. Que rien ne vienne s\u2019interposer entre lui et le but qu\u2019il s\u2019est fix\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant qu\u2019il attend et qu\u2019il ne pense \u00e0 rien, ou \u00e0 ce salaud de portier arrogant, ou \u00e0 sa vie de merde, ou \u00e0 des choses qui ne regardent que lui, moi, je t\u2019emm\u00e8ne faire un petit tour du c\u00f4t\u00e9 des Dubouch, Peut-\u00eatre que cette promenade m\u2019\u00e9claircira les id\u00e9es, peut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 d\u00e9faut de comprendre ce que ce pauvre type fout l\u00e0, je comprendrai un tout petit peu mieux pourquoi en le voyant l\u00e0 tapi dans l\u2019ombre j\u2019ai tellement envie de pleurer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une famille de paysans dont je ne sais rien, ou presque. Enfant, pourtant, j\u2019\u00e9tais fascin\u00e9e par \u00ab&nbsp;les Dubouch&nbsp;\u00bb. En vrai, ils ne s\u2019appelaient pas les Dubouch, mais je n\u2019ai jamais entendu personne les appeler autrement. Il faudrait dire&nbsp;: ceux de la ferme du Bouch, mais je continuerai \u00e0 les appeler les Dubouch parce que c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019ils r\u00e9sonnent en moi. Les Dubouch, donc, vivaient \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Prats de Mollo&nbsp;: le p\u00e8re, la m\u00e8re Dubouch, les deux (trois?) fr\u00e8res et les deux s\u0153urs Henriette et&nbsp;?.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ceux du Bouch, les gens du village les prenaient un peu pour des arri\u00e9r\u00e9s. Le p\u00e8re, alcoolique fini, mort sur sa mobylette, compl\u00e8tement bourr\u00e9. La m\u00e8re, on la rencontrait, mes parents, ma soeur et moi, le jour o\u00f9 on se r\u00e9unissait pour tuer le cochon \u00e0 Can Joanic. Elle gueulait toute la journ\u00e9e en remplissant les boyaux, non qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 en col\u00e8re&nbsp;: c\u2019\u00e9tait sa mani\u00e8re de s\u2019exprimer. Pas vraiment hors cadre, juste une tonalit\u00e9 au dessus\u2026 Il y avait la grande s\u0153ur, courte, bourrue, du genre pas commode. Ensuite venait Joseph, qui s\u2019est mari\u00e9 avec Th\u00e9r\u00e8se Puig, de Can Peret. Th\u00e9r\u00e8se, dont la grande s\u0153ur avait fini sous les coups de fusil de son mari, un brave paysan alcoolique et malheureux. Th\u00e9r\u00e8se, que je ne me rappelle que muette, et un peu zinzin&nbsp;: un coma \u00e9thylique trop prolong\u00e9, aux dommages irr\u00e9versibles. La petite s\u0153ur Dubouch, Georgette, allait \u00e0 l\u2019\u00e9cole avec nous, mais nous ne la connaissions pas&nbsp;: elle avait quelques ann\u00e9es de plus que nous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce dont je me souviens le mieux, c\u2019est ce je-ne-sais-quoi de sombre et de myst\u00e9rieux quand Maman \u00e9voquait les Dubouch. Mon imagination se figurait la ferme du Bouch comme un lieu un peu surnaturel, avec ses hommes presque primitifs, alcooliques et mena\u00e7ants, leur virilit\u00e9 brute, avec ses femmes gu\u00e8re plus civilis\u00e9es, \u00e0 la fois fortes femmes \u00e0 qui on ne la fait pas et victimes de choses obscures et terrifiantes que je ne me repr\u00e9sentais pas\u2026 J\u2019ai visit\u00e9 un jour la ferme, sans doute avec mes parents, et les seules choses dont je me souvienne, ce sont ces sc\u00e8nes terribles que chaque recoin faisait na\u00eetre en moi, quoique le mot \u00ab&nbsp;sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb ne convienne pas, puisque je ne visualisais rien, je me laissais envahir par des choses sans forme, une violence diffuse, du fond des \u00e2ges.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Michel est toujours cach\u00e9 dans son fourr\u00e9, et me voil\u00e0 embarqu\u00e9e dans un exercice de contextualisation que je ne ma\u00eetrise absolument pas. Je m\u00e9lange tout. Ces fantasmes d\u2019enfant que je viens d\u2019\u00e9voquer sont forc\u00e9ment teint\u00e9s par ce qui s\u2019est pass\u00e9 la nuit de Can Camaou. Autrement dit, mon vrai sujet, ce n\u2019est pas les Dubouch, c\u2019est moi. Moi et mes fantasmes. Je brode, je me balade dans le temps, dans cette histoire qui n\u2019est pas un divertissement et n\u2019a pas \u00e0 le devenir parce qu\u2019elle est tragique et le tragique, \u00e7a se respecte. Et puis je lui dois \u00e7a, \u00e0 Michel Dubouch. Quelque chose comme de la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9. De l\u2019honn\u00eatet\u00e9, \u00e0 tout le moins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Michel, donc. Je ne sais rien de lui non plus, ou presque. Je l\u2019ai connu petite mais je ne m\u2019en souviens pas. On le voyait \u00e0 la ferme du Riou, il venait comme mes parents donner des coups de main pour les foins, le cochon, les grands travaux. Maman disait qu\u2019il \u00e9tait diff\u00e9rent des autres Du Bouch. Elle dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il \u00e9tait tellement gentil&nbsp;\u00bb. Maman a toujours l\u2019air \u00e9mue quand elle parle de lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au moment qui nous int\u00e9resse, il n\u2019\u00e9tait plus si jeune, la trentaine bien tass\u00e9e, mais toujours c\u00e9libataire, toujours au Bouch&nbsp;: les paysans, les femmes n\u2019en voulaient pas, ou en d\u00e9sespoir de cause. Une vie \u00e0 trimer de l\u2019aube \u00e0 la nuit, les pieds dans la merde de vache, non merci.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Michel se les g\u00e8le ferme dans son buisson et moi je m\u2019enfonce et je m\u2019agasse. Je ne suis pas \u00e0 la hauteur. Je voudrais avoir le talent d\u2019Annie Ernaux et \u00e9crire pour \u00ab&nbsp;venger sa race&nbsp;\u00bb. Mon impuissance me flingue, pardon pour l\u2019allusion pourrie, mais j\u2019ai commenc\u00e9 et j\u2019irai jusqu\u2019au bout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maintenant, je vais te raconter quelque chose d\u2019important. Une fois l\u2019an, Michel \u00e9tait hiss\u00e9 au firmament prat\u00e9en\u00a0: il devenait l\u2019Ours. Il n\u2019\u00e9tait pas le seul\u00a0; ils \u00e9taient deux ou trois chaque ann\u00e9e, pour la f\u00eate de l\u2019ours, mais Michel, avec son masque de suie et sa peau de b\u00eate, \u00e9tait le plus impressionnant de tous. Une \u00e9quipe d&rsquo;Antenne 2 \u00e9tait venue filmer les festivit\u00e9s, et avait fait de Michel le h\u00e9ros du documentaire. Il \u00e9lectrisait la foule, il \u00e9tait terrifiant et magnifique. Bestial et magn\u00e9tique.. On se pressait autour de lui en masses sur-excit\u00e9es, les hommes provocants mais sur leurs gardes, les femmes frissonnantes, fuyant et cherchant son regard, ah\u00a0! Ce regard qui errait sur la foule, soudain s\u2019arr\u00eatait sur l\u2019une d\u2019elles, cet instant d\u2019immobilit\u00e9, celle qui se sait choisie se retourne et court, frein\u00e9e par les corps, hurle de terreur et de d\u00e9lice jusqu\u2019\u00e0 ce que la b\u00eate se rue sur elle, se roule avec elle sur le goudron dans un cri terrible, jusqu\u2019\u00e0 ce que la proie cesse de lutter et laisse les mains de l\u2019ours enduire son visage, ses cheveux, ses habits, d\u2019un m\u00e9lange poisseux d\u2019huile et de suie. Quand elle se rel\u00e8ve, noire, glorieuse, comme elle est femme, comme j\u2019aimerais \u00eatre \u00e0 sa place, moi qui suis trop jeune pour int\u00e9resser les ours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Michel se tient pr\u00eat. L\u2019aube fr\u00e9mit, bient\u00f4t le dernier f\u00eatard quittera Can Camaou, le temps se rar\u00e9fie entre le guetteur et sa proie, moi aussi je m\u2019approche de toi, Michel Dubouch. J\u2019avance vers toi, je te vois de plus en plus distinctement, sur ton visage d\u2019ultimes souvenirs de cette suie grasse qui faisaient ton regard de feu, ton regard de fou, j\u2019entends autour de toi les derniers \u00e9chos des hourras de la foule, foule dont tu \u00e9tais le Dieu. Divinit\u00e9 de t\u00e9n\u00e8bres, divinit\u00e9 sauvage et pulsionnelle, divinit\u00e9 de passions inavouables, mais divinit\u00e9 vraiment. Tous ceux que tu touchais ce jour-l\u00e0 exhibaient ta marque comme une \u00e9lection, les filles r\u00eavaient de toi, les hommes r\u00eavaient d\u2019\u00eatre toi, mais d\u00e9j\u00e0 une nuit avait pass\u00e9 et d\u00e9j\u00e0 tu n\u2019\u00e9tais plus que toi, Michel Dubouch, paysan de son \u00e9tat, condamn\u00e9 au cul des vaches, \u00e0 la solitude et au m\u00e9pris. Tellement bouseux qu\u2019on te refuse l\u2019entr\u00e9e des discoth\u00e8ques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019aube se l\u00e8ve, Can Camaou s\u2019est vid\u00e9 et le portier vit son dernier instant&nbsp;: une balle dans la poitrine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toi, Michel, tu te l\u00e8ves, le genou endolori, tu ranges ta carabine dans le coffre de ta voiture, et tu vas te coucher, le devoir accompli.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce dernier d\u00e9tail, je la tiens de mon p\u00e8re. \u00c7a fait une semaine que je bassine ma m\u00e8re avec Michel Dubouch, elle a fouill\u00e9 sa m\u00e9moire, a r\u00e9pondu \u00e0 mes questions comme elle pouvait, a lu mon premier jet, n\u2019a pas aim\u00e9, \u00ab&nbsp;\u00c7a part dans tous les sens, on ne s\u2019y retrouve pas&#8230; et puis \u00e7a fait remonter des choses&nbsp;\u00bb, me dit-elle. Aussi \u00ab&nbsp;Si les gens de Prats venaient \u00e0 apprendre ce que tu dis d\u2019eux&nbsp;?&nbsp;\u00bb<br>Bref, les \u00e9motions montent, et mon p\u00e8re se tait. Un matin, sans pr\u00e9venir&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu sais ce qu\u2019il a fait, Michel, apr\u00e8s avoir tu\u00e9 le portier&nbsp;? Il est all\u00e9 se coucher. Les gendarmes l\u2019ont cueilli au lit. Tranquille, le gars. Le devoir accompli&nbsp;\u00bb. Plus tard&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand il a tir\u00e9 sur ce type qui l\u2019avait jet\u00e9 comme un malpropre, ce n\u2019est pas seulement son honneur qu\u2019il a veng\u00e9, c\u2019est celui de tous ceux de son esp\u00e8ce qu\u2019on a trait\u00e9s toute leur vie comme des bouseux&nbsp;\u00bb. Papa poss\u00e8de cet art, qu\u2019il utilise au compte goutte, de la formule qui fait mouche.<br>Il me parle de ces paysans n\u00e9s dans un monde qui les m\u00e9prise et bient\u00f4t n\u2019aura plus besoin d\u2019eux, derniers locuteurs d\u2019une langue que la R\u00e9publique a pi\u00e9tin\u00e9e, et qui triment \u00ab&nbsp;de sol a sol&nbsp;\u00bb comme on dit en catalan&nbsp;: tant que le soleil te permet de voir tes pieds, dirait-on plus lourdement en fran\u00e7ais. Seuls exutoires&nbsp;: la picole, et la chasse. Tous chasseurs, de p\u00e8re en fils, donc pas une ferme sans sa carabine \u00e0 port\u00e9e de main, \u00e0 port\u00e9e de cuite. \u00c0 port\u00e9e de col\u00e8re ou de d\u00e9sespoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0. Je sens que je n\u2019ai pas grand-chose \u00e0 ajouter. Depuis que j\u2019ai entrepris ce r\u00e9cit, je vis avec l\u2019ombre de Michel Dubouch. Autant que les racines de son acte, j\u2019essaie de comprendre la profonde et d\u00e9raisonnable tristesse qui me lie \u00e0 cet homme que je n\u2019ai pas connu. J\u2019essaie de comprendre, aussi &#8211; l\u2019honn\u00eatet\u00e9 me force \u00e0 le dire &#8211; ma fascination. Et juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, l\u2019indiff\u00e9rence pour le pauvre type assassin\u00e9. Sans doute un gars d\u2019une ville en aval, car je n\u2019ai jamais entendu prononcer son nom. Simple pion dans cette histoire, il n\u2019occupe m\u00eame pas la place de la victime. Dans mon esprit, il n\u2019est qu\u2019un instrument du destin. Personnification du m\u00e9pris qui \u00e9crasait ceux de l\u2019esp\u00e8ce de Michel Dubouch. Que je ne connaisse rien des circonstances dans lesquelles il a refus\u00e9 \u00e0 ce dernier l\u2019entr\u00e9e de la discoth\u00e8que ne change rien \u00e0 l\u2019affaire. Cela fait trop longtemps que j\u2019ai fait de cette histoire un arch\u00e9type. Les \u00eatres de chair qui l\u2019ont v\u00e9cue sont muets pour toujours et c\u2019est moi qui parle pour eux, injuste et toute-puissante. Je me sers d\u2019eux pour r\u00e9gler mes comptes. Je fais de Michel Dubouch le vengeur de sa race\u2026 et, plus confus\u00e9ment, de la mienne&nbsp;: les rat\u00e9s, les m\u00e9pris\u00e9s. Je le regarde attendre, tapi dans l\u2019ombre, le moment propice, et tirer froidement, en plein c\u0153ur, non d\u2019un jeune homme de chair et de sang, avec sa vie, ses r\u00eaves, ses peurs et ses amours, non, tirer en plein c\u0153ur du M\u00e9pris, et je n\u2019y peux rien, je ne peux pas l\u2019ignorer, je suis gris\u00e9e&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il m\u2019en a co\u00fbt\u00e9 et j\u2019ai recul\u00e9 de nombreuses fois avant d\u2019oser \u00e9crire ce mot, et je ne suis toujours pas s\u00fbre qu\u2019il soit l\u00e9gitime de l\u2019\u00e9crire, m\u00eame au nom de l\u2019honn\u00eatet\u00e9&nbsp;: un homme innocent est mort, un homme dont je sacrifie l\u2019humanit\u00e9 sur l\u2019autel de la m\u00e9taphore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019aurais d\u00fb m\u2019en douter&nbsp;: il \u00e9tait trop t\u00f4t pour ouvrir cette porte&nbsp;: trop de t\u00e9n\u00e8bres, trop de d\u00e9mons et trop peu d\u2019armes pour y faire face. On ne tue pas le m\u00e9pris avec un carabine. Juste un pauvre gars, mort pour que dalle au petit jour, et massacr\u00e9 derechef par un texte qui m\u00e9lange tout.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est l\u2019histoire de Michel Dubouch qui attend, tapi dans l\u2019ombre, avec sa carabine. Il attend de tuer, si tu veux savoir. Il attend de tuer et moi, j\u2019attends de comprendre. Il y a quelques heures, le portier lui a refus\u00e9 l\u2019entr\u00e9e de Can Camaou, la bo\u00eete de nuit de Prats de Mollo. D\u2019accord, c\u2019est \u00e9nervant. 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