{"id":15307,"date":"2019-10-10T19:33:22","date_gmt":"2019-10-10T17:33:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=15307"},"modified":"2019-10-10T19:33:23","modified_gmt":"2019-10-10T17:33:23","slug":"cote-fil-hypotheses-de-survie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/cote-fil-hypotheses-de-survie\/","title":{"rendered":"C\u00f4t\u00e9 fil, hypoth\u00e8ses de survie"},"content":{"rendered":"\n<p>Il a dit quoi\u00a0? Elle va faire comment\u00a0? Aller dans l\u2019\u00e9criture, la vie. Attends. Seulement si l\u2019\u00e9criture est le corps de la vie. A quoi \u00e7a se reconnait\u00a0? Elle croit \u2026 Elle a senti. Parfois \u00e7a marche. Le bruit de la pelleteuse toute la journ\u00e9e (esp\u00e9rons que non) au travers des fen\u00eatres \u00e0 barreaux, de l\u2019endroit o\u00f9 ils se sont r\u00e9fugi\u00e9s (un squat). Bruit qui emp\u00eache de se concentrer en plus des bruits en dedans. L\u2019\u00e9criture comme une vie qui se d\u00e9couvre, un corps qui se livre. Leslie Anton attaque sa journ\u00e9e. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019elle voit la chose. Elle \u00e9crit sa journ\u00e9e. Lettres images sons. En gros c\u2019est \u00e7a pour elle. Pour le moment on va dire. Elle est partie, elle est en d\u00e9pression para\u00eet-il. Arr\u00eat\u00e9e. En burn out mais elle n\u2019est pas sans ignorer &#8230; Elle ne veut plus travailler. Non, non. Parfois, elle se demande si ce qu\u2019elle \u00e9crit n\u2019est pas ce qui se r\u00e9alise, un mod\u00e8le. Rel\u00e8ve la t\u00eate\u00a0: le lierre grimpant trop fort emp\u00eache de fermer la fen\u00eatre et avec ce bruit qui semble si proche, il faudrait un s\u00e9cateur. Quelqu\u2019un sait-il o\u00f9 je peux trouver un s\u00e9cateur\u00a0? Elle cherche dans sa t\u00eate une solution et \u00e9crit tout ce qu\u2019elle pense pour aider. Les autres vaquent ou ne font rien, assis ou allong\u00e9s \u00e0 fumer. Elle s\u2019est dit, tu quittes ton appartement tant pis. Quelle folie\u00a0? Et pour atterrir o\u00f9\u00a0? Ce squat d\u2019artistes et autres d\u00e9rout\u00e9s\u00a0? Quelles sont ses chances de survie \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, faire le bilan de ses actifs, mat\u00e9riels et immat\u00e9riels, son passif, et puis, ouvrir quelques hypoth\u00e8ses qu\u2019elle titre\u00a0: hypoth\u00e8ses de travail. Car dans son esprit ce mot veut dire accoucher de la vie comme on parle de travail pour un accouchement. Le travail ahurissant de vivre sur cette terre satur\u00e9e, porteur d\u2019humains satur\u00e9s comme elle, sur lesquels on ne peut plus rien tracer, plus qu\u2019\u00e0 \u00e9ponger, avec de la gomme mie de pain de pr\u00e9f\u00e9rence, en repliant soigneusement les morceaux impr\u00e9gn\u00e9s au fur et \u00e0 mesure. Se dit-elle en se rem\u00e9morant le geste. Envie de les dessiner tous pour commencer. Voudraient-ils bien se d\u00e9shabiller pour elle\u00a0? Sur les murs \u00e0 d\u00e9faut de papier d\u2019emballage. Pour \u00eatre dans leur nudit\u00e9 et non leurs sapes emprunt\u00e9es. Qu\u2019elles tombent les sapes, pour mettre fin au scintillement \u00e9blouissant et qu\u2019on entre dans la neutralit\u00e9 critique entour\u00e9e de sons justes. Pour arr\u00eater de m\u00e9taboliser la souffrance \u00e9perdue du monde entier dans son corps la nuit. Pense-t-elle. Leslie Anton \u00e9coute le chant des derniers oiseaux qu\u2019elle transforme en volutes au piano dans sa t\u00eate. \u00c9crase la mine de plomb qui lui reste et la fait virevolter. Se l\u00e8ve. Pouvoir franchir enfin le couloir entre la porte claquante de l\u2019espoir toujours d\u00e9\u00e7u et celle de son d\u00e9sespoir. Sortir.<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 atterrir\u00a0? Il a dit \u2026 Elle ne se souvient plus exactement. Elle a r\u00e9pondu \u2026 Ensuite elle est all\u00e9e se perdre dans les bois\u00a0; arpenter en empruntant les sentiers au hasard, qu\u2019elle reconnaissait ou non, rejetant le plus possible de son corps, murmurant \u00e0 voix basse et ensauvag\u00e9e les incantations lib\u00e9ratrices, reniflant l\u2019humus comme un animal. Et une biche qui l\u2019humait au loin, elle, l\u2019humaine, barrant la route de for\u00eat, en arr\u00eat avant la clairi\u00e8re, et le temps de se dire et s\u2019arr\u00eater pour s\u2019impr\u00e9gner de sa pr\u00e9sence \u2026 elle \u00e9tait partie. Comme si elle s\u2019\u00e9tait regard\u00e9e filer elle-m\u00eame. Il n\u2019y a que le trop tard ou le rat\u00e9 qui nous sert de le\u00e7on, m\u00eame en le sachant, qu\u2019on est fig\u00e9 dans nos comportements, \u00e9crit-elle assise \u00e0 sa table de travail, tourn\u00e9e face au beau jardin. Le vivant qu\u2019il va falloir l\u00e2cher lui aussi. Les branches du saule se balan\u00e7ant, la mini for\u00eat de sapins, le face-\u00e0-face du fr\u00eane et du h\u00eatre, le bouleau et sa partition in\u00e9gale, dont le sommet re\u00e7oit les r\u00e9unions d\u2019oiseaux \u00e0 l\u2019automne, et les cercles infinis de branches de lierres entrelac\u00e9es, accroch\u00e9es ici et l\u00e0 pour t\u00e9moigner de l\u2019alliance scell\u00e9e avec l\u2019homme sur ce sol. Partir. Il a dit \u2026 Non, plut\u00f4t l\u2019escarmouche du o\u00f9 atterrir maintenant. En avance sur l\u2019\u00e9poque, le marasme, la confusion, en retard pour son \u00e2ge, commettre le quelque chose \u00e0 tout prix, assise sur trente ans de guerre intestine. Sortir.<\/p>\n\n\n\n<p>Mes potes ont r\u00e9ussi \u00e0 lancer leur cd. Et moi sur la route de l\u2019oubli. Je cavale je cours. J\u2019ai l\u2019ordinaire naturel de mon proc\u00e9d\u00e9. Pas ma place dans celui de la fosse. Fausse commune. Ma peau vous la voyez pas ma peau. Elle flotte entre deux ossatures. Entre deux vagues qui s\u2019\u00e9crasent au sol. Terminaisons muqueuses allergiques. Vibrations \u00e0 8000 hertz aux tympans, je prends tout. Je rejette tout. Presque. Apr\u00e8s transformation, raffinage du brut ramass\u00e9 ici et l\u00e0 par terre dans les bois. Et by. Mes potes ont leur bo\u00eete \u00e0 bd. The rat, tout ce trafic ultra d\u00e9chir\u00e9. Vous ne pourriez m\u00eame pas les \u00e9couter. Je ne sais pas ce qui en r\u00e9sultera. Personne du parcours oblig\u00e9 ne m\u2019a donn\u00e9 les mots ni la cl\u00e9, les pires personnes. Maintenant c\u2019est comme une plong\u00e9e sur les notes extr\u00eames du piano, celui qui v\u00e9g\u00e9tait dans le salon. Bref, dur tr\u00e8s doux. Long, doux tr\u00e8s dur. C\u2019est comme le chant sinistre et beau d\u2019une vie slave qui s\u2019ach\u00e8ve. Ma vie. La mienne de vie. Qui s\u2019emp\u00eache et se retient de bondir. Qui m\u2019apprend ind\u00e9finiment le report de l\u2019envie. De mordre. Et parfois elle hurle et claque. Elle cavale dans les hautes herbes imaginaires sans les ao\u00fbtats (avec les loups). Pas de milieu entre la pure bont\u00e9 et l\u2019arme blanche plong\u00e9e dans le corps ennemi. Non, pas de milieu. Ce qui appuie sur les \u00e9paules au jour le jour. Qui s\u2019efface gentiment par instant arrach\u00e9 \u00e0 la m\u00e9canique du temps. Quand mes mains carburent avec leurs prolongations \u00e9tudi\u00e9es. Outils. Outillage, atelier vole. Un faible horizon pourfend alors l\u2019air englu\u00e9. Notes douces, tr\u00e8s lentes. Vous ne savez rien de cette lenteur moi si. Je verrai bien, je partirai, et donc, salut.<\/p>\n\n\n\n<p>Survivre. Alt\u00e9rit\u00e9. D\u00e9finir l\u2019objet de recherche\ncentrale. Injonction \u00e9criture choix face \u00e9cran. Choix de rues. Non choix.\nCalmer le jeu vital compromis et compress\u00e9 en permanence. Trop de monde.\nPersonne. Examiner l\u2019objet m\u00e9ta-corps dress\u00e9 dans la lumi\u00e8re nuit. Faire durer.\nLutter contre la disharmonie de l\u2019insaisissable comme dans le vent contraire,\nmarcher. Cris int\u00e9rieurs n\u00e9cessitant l\u2019extraction en mots \u00e9crits sur les parois\nde la grotte et par terre. Pelle excavatrice et mat\u00e9riaux giclant sur les\nc\u00f4t\u00e9s. Fils in\u00e9puisables \u00e0 d\u00e9m\u00ealer full dread mentales. Quelle forme de corps a\nrev\u00eatu la pens\u00e9e, la vie qui se d\u00e9roule dans le rien de tangible, quelle forme\nde vie a emprunt\u00e9 le corps. Rocher parmi les rochers en proie, non \u00e0 un dysfonctionnement\norganique mais \u00e0 quelque chose ressemblant de pr\u00e8s ou loin \u00e0 ce qu\u2019endurent, le\nsait-on bien, les d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leur vie, malades mentaux et autres, migrants.\nLe sommes tous. Ce n\u2019est qu\u2019une question de temps et de degr\u00e9 et d\u2019ignorance de\nnotre situation. Bient\u00f4t des milliards de rendus d\u00e9plac\u00e9s, hors de. Ne pas se\ncroire \u00e0 l\u2019abri \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une jolie petite vie organis\u00e9e pour ne pas se\nposer de questions. S\u2019abandonner au mouvement, cesser de cadrer pour voir. En\nlisant en \u00e9crivant avons r\u00e9volutionn\u00e9 notre vision de l\u2019\u00eatre au monde. Dois me\nforcer \u00e0 l\u2019appr\u00e9hender au-del\u00e0 de sa plus simple expression pour ainsi dire nue,\nl\u2019appr\u00e9hender dans sa forme de vie. Le recherche en alpaguant les lieux \u00e0 la\nlueur fragile d\u2019une bougie. Mais d\u2019abord, appr\u00e9hender sa propre vie \u00e9l\u00e9mentaire\nsans destin\u00e9e particuli\u00e8re. Quelque soit la longueur de temps. Regarder non le\npourquoi (excessive punition) mais le comment, bleuir le rev\u00eatement de la route\nsur laquelle quelque chose en soi ou ext\u00e9rieur \u00e0 soi s\u2019est empar\u00e9 du pied et\nl\u2019a positionn\u00e9 pour le mettre en mouvement. Sans avanc\u00e9es dans la fulgurance de\nla v\u00e9rit\u00e9 des choses je ne suis rien, me dis-je. Scribe&nbsp;? Pourquoi t\u2019es-tu\nretrouv\u00e9 dans le corps fini que tu occupes, ce corps insignifiant non consid\u00e9r\u00e9\n\u00e0 juste titre aux yeux du monde (de la fausse tombe fosse commune) au travers\nla lumi\u00e8re \u00e9clairant les arbres sur fond de ciel m\u00e9tallique, c\u2019est un fait. Tu\nen es le d\u00e9positaire et ce qui l\u2019occupe, comme on occupe un sol ou une maison.\nQuelle maison occuper se faisant si pas de choix de sol \u00e0 proprement parler, sinon\nla loterie faisant office de choix. Lorsqu\u2019un je quelconque balance le mot qui\nconvient, alors la ruche arr\u00eate de strier, la scie de mordre l\u2019angle de la\nroche. Renouvelle l\u2019envie de se heurter de nouveau \u00e0 la mati\u00e8re la plus dure.\nL\u2019\u00e9criture est \u00e0 la fois la maladie et le pharmakon qui consiste \u00e0 faire autre\nchose de son corps que sa destination oblig\u00e9e&nbsp;: le d\u00e9couper et en poser\nles morceaux bruyamment sur une table, boucherie. Voir comment ils bougent\nprennent et reprennent vie ou non, se mettent en route vers l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, seule\nv\u00e9ritable hypoth\u00e8se de survie. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il a dit quoi\u00a0? Elle va faire comment\u00a0? Aller dans l\u2019\u00e9criture, la vie. Attends. Seulement si l\u2019\u00e9criture est le corps de la vie. A quoi \u00e7a se reconnait\u00a0? Elle croit \u2026 Elle a senti. Parfois \u00e7a marche. 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