{"id":153138,"date":"2024-06-08T16:51:15","date_gmt":"2024-06-08T14:51:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=153138"},"modified":"2024-09-13T22:01:29","modified_gmt":"2024-09-13T20:01:29","slug":"nouvellesboucle3-la-nature-des-choses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvellesboucle3-la-nature-des-choses\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #01 #02 | la nature des choses"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#proposition1\">1 &#8211; silences<\/a><a href=\"http:\/\/proposition1\"> <\/a><a href=\"http:\/\/proposition1\"><br><\/a><a href=\"#proposition2\">2 &#8211; transfert d&rsquo;intimit\u00e9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"proposition2\">2 &#8211; transfert d&rsquo;intimit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019ombre des micocouliers, le trottoir pourrait avoir quelque chose d\u2019accueillant. Sur une marche d\u2019escalier, les enfants ont pos\u00e9 les bouteilles remplies de la limonade qu\u2019ils ont fabriqu\u00e9e, quelques verres en plastique blanc, une feuille annonce au stylo-feutre \u00ab&nbsp;1 euro le verre&nbsp;\u00bb, une boite de biscuits. Des portes sans poign\u00e9es trouv\u00e9es dans la cave sont pos\u00e9es sur de vieux tr\u00e9teaux en bois. Dimanche matin, pas grand monde dans la rue, un vieux monsieur en Charentaises avec une baguette sous le bras, une maman avec ses deux enfants si bien habill\u00e9s, un cycliste met pied \u00e0 terre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Un livre avec une couverture jaune, \u00ab&nbsp;Les fantassins du Chemin des Dames&nbsp;\u00bb; R.G. Nob\u00e9court, Robert Laffont, 1965. Ins\u00e9r\u00e9e entre les pages, une carte postale. Sur la photographie en noir et blanc, des soldats. Il sont seize. Deux sont allong\u00e9s devant, sept sont assis sur un banc et sept autres sont debout derri\u00e8re. Au-dessus de la t\u00eate du troisi\u00e8me \u00e0 partir de la droite, une croix trac\u00e9e \u00e0 l\u2019encre. En bas, ce titre, lui aussi \u00e9crit \u00e0 l\u2019encre \u00ab&nbsp;Nous sommes les bombardiers de la 30 !&nbsp;\u00bb Derri\u00e8re, sur la partie gauche : \u00ab&nbsp;Brignoles 10-1916&nbsp;\u00bb&nbsp;. En dessous, \u00e9crit en travers, \u00ab&nbsp;Souvenir de mon stage \u00e0 Brignoles&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;L\u00e9opold&nbsp;\u00bb pour signature. Sur la partie droite, \u00ab&nbsp;Famille Cauvin \u00e0 Hy\u00e8res&nbsp;\u00bb. Rien de plus, pas de timbre, pas de tampon.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cycliste descend de son v\u00e9lo et coince la p\u00e9dale sur la marche du trottoir. Il s\u2019approche de l\u2019\u00e9tal sur les talons avec les pieds en canard, comme s\u2019il avait des \u00e9pines plant\u00e9es sous les doigts des pieds. Une boite en bois de cigares Partagas ouverte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Une m\u00e9daille \u00e0 \u00e9pingler repr\u00e9sentant un flocon de neige avec un liser\u00e9 tricolore. Trois briquets temp\u00eate, un noir avec un smiley orange, un autre noir avec un pr\u00e9nom \u00ab&nbsp;Tina&nbsp;\u00bb et la contour stylis\u00e9 d\u2019un visage de femme, un dernier brillant plus \u00e9troit que les autres sur lequel est grav\u00e9 \u00ab&nbsp;Brass N\u00b05&nbsp;\u00bb. Une m\u00e9daille dor\u00e9e avec des traces de rouille sur le pourtour de laquelle est inscrit \u00ab&nbsp;F\u00e9d\u00e9ration Fran\u00e7aise de Rugby&nbsp;\u00bb. Un petit distributeur de pierres \u00e0 briquet. Une blague \u00e0 tabac en cuir marron. Une pipe \u00ab&nbsp;fabriqu\u00e9e \u00e0 Cogolin&nbsp;\u00bb dont l\u2019embouchure noire est fendue. La bo\u00eete en bois ne sent plus le tabac.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait \u00e0 mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re. Je ne l\u2019ai pas connu, vous savez, j\u2019avais deux ans quand il est mort. Il para\u00eet qu\u2019il avait fait la guerre de 14-18. Je n\u2019en suis pas s\u00fbre, moi je ne l\u2019ai pas connu. C\u2019\u00e9tait contre les Allemands et on avait gagn\u00e9. Pas comme la demi-finale de la Coupe du Monde en 1986. \u00c7a, je m\u2019en souviens. J\u2019\u00e9tais pas grande mais je m\u2019en souviens parce que tonton Henri avait cass\u00e9 la t\u00e9l\u00e9. On est pourtant pas tr\u00e8s football dans la famille. On est plut\u00f4t rugby. Vous avez vu la m\u00e9daille ? C\u2019est mon p\u00e8re qu\u2019il l\u2019avait obtenue, il a \u00e9t\u00e9 champion de France, vous savez. Oui, oui, de France\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Une bo\u00eete \u00e0 chaussures remplie d\u2019anciennes cartes postales. \u00c9pernay Panorama. Paris Jardins des Tuileries. Campagne de l\u2019Aisne 1914-1916. Solesmes (Nord) H\u00f4tel de Ville. Palais de Versailles Chambre \u00e0 coucher de Louis XVI. Ruines de Cambrai rue St-Martin. La Rochefoucauld Charente Couvent des Carmes. Toulouse place du Capitole. Orl\u00e9ans la place du Martroi. Marseille Caserne d\u2019Aurelles et Fort St-Nicolas. Une bonne centaines de cartes postales. Aux dos, plein de douces caresses, de belles pens\u00e9es, de bons baisers et de voeux sinc\u00e8res.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur la derni\u00e8re table, quelques objets volumineux sont pos\u00e9s. D\u2019autres sont dispos\u00e9s sur le rev\u00eatement en bitume gris. Un gar\u00e7on, douze ou treize ans, est accroupi devant des cadres dispos\u00e9s debout dans un carton, les uns devant les autres. Il fait passer minutieusement les images devant ses yeux. Il prend son temps, fait d\u00e9filer les cadres, s\u2019arr\u00eate, en sort un de la boite, le regarde \u00e0 bout de bras et la t\u00eate en arri\u00e8re, le repose \u00e0 son emplacement, continue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Un portrait de Charles de Gaulle en train de rire, une copie au pastel de \u00ab&nbsp;La femme au chapeau&nbsp;\u00bb de Henri Matisse, des photographies du pont transbordeur \u00e0 Marseille, des paysages \u00e0 l\u2019aquarelle. L\u2019un de ces paysages est entaill\u00e9 comme si on l\u2019avait poignard\u00e9. Comme si on avait voulu assassiner le souvenir qui en \u00e9manait. Un dipl\u00f4me du m\u00e9rite agricole.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle s\u2019appelait Francesca. Personne ne sait aujourd\u2019hui pourquoi elle avait un pr\u00e9nom italien. En v\u00e9rit\u00e9, c\u2019\u00e9tait le nom d\u2019un Stradivarius fabriqu\u00e9 par le luthier italien en 1694 et c\u2019est bien en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cet instrument pr\u00e9cieux que L\u00e9opold et \u00c9milie avaient donn\u00e9 ce nom \u00e0 leur fille unique. Francesca a eu une enfance heureuse, une vie rang\u00e9e, une mort paisible. Et des parents aimants, bien que peu bavards. Son p\u00e8re surtout. \u00c0 la mort de celui-ci, il aura fallu qu\u2019elle tombe sur quelques cartons de souvenirs bien rang\u00e9s pour qu\u2019elle s\u2019int\u00e9resse plus en d\u00e9tails \u00e0 L\u00e9opold. Ce silence h\u00e9r\u00e9ditaire a surv\u00e9cu \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration mais pas \u00e0 deux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Une guitare aux hanches larges avec trois cordes (la, r\u00e9, si), une fl\u00fbte \u00e0 bec dans son \u00e9tui en velours, une cage \u00e0 oiseaux en bois avec des arabesques en tiges de fer, un petit transistor avec l\u2019antenne tordue, le corps d\u2019une ruche vide sans ses cadres, un abat-jour de toile beige, des sachets de lavande qui ont perdu leur odeur.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;C\u2019est pas tr\u00e8s beau, ce sont des vieilleries. Mais c\u2019est pas cher. Et on vous offre un verre de limonade.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"proposition1\">1 &#8211; silences<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu entends le rien. Le vide se propage dans ta solitude o\u00f9 le moindre bruissement n\u2019est pas l\u2019\u00e2me d\u2019une pr\u00e9sence mais tout au contraire un \u00e9cho qui r\u00e9sonne entre les parois de ta caverne int\u00e9rieure. Ce que tu entends, c\u2019est le flux de tes pens\u00e9es qui coulent un chuchotement que tu t\u2019adresses un regard qui s\u2019\u00e9puise comme un souffle. Ce que tu entends c\u2019est le sifflement d\u2019un acouph\u00e8ne rest\u00e9 allum\u00e9 entre tes deux oreilles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu entends la mort. Une minute qui s\u2019\u00e9tire sous son poids une pens\u00e9e qui creuse sa tombe dans ton corps un souvenir qui s\u2019estompe en laissant derri\u00e8re lui l\u2019odeur acide d\u2019une impression pass\u00e9e. Ce que tu entends, c\u2019est ce putain d\u2019ange qui passe. Attrape-le. Coupe-lui les ailes. Tords-lui le cou. Rallume la musique m\u00eame si c\u2019est une marche fun\u00e8bre m\u00eame si ce que tu entends r\u00e9sonne faux dans ton univers d\u00e9saccord\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu entends la l\u00e2chet\u00e9. Cette aiguille qui te traverse de part en part sans qu\u2019aucun cri de sorte de ta bouche b\u00e2illonn\u00e9e par le linceul et par le plomb. La loi de l\u2019omerta est celle des cloportes qui se croient beaux parce qu\u2019ils pavanent sous un drapeau. Sens-tu ton sang qui se glace et ton regard qui se perd ? Sens-tu l\u2019opaque qui te gagne et le froid qui t\u2019envahit ? \u00c9coute un rire et tu feras taire le tumulte muet qui te ronge les peaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu entends le tout. Le m\u00e9lange de tous les sons du monde est un bruit blanc qui r\u00e9v\u00e8le par n\u00e9gatif le tirage d\u2019une \u00e9preuve rat\u00e9e. C\u2019est une photo sourde. Connecte-toi \u00e0 l\u2019univers cosmique par ta seule pens\u00e9e abandonne-toi \u00e0 la transe chamanique d\u2019un tambour qui t\u2019emporte envole-toi dans les d\u00e9lires hallucinog\u00e8nes de l\u2019ayahuasca qui coule dans tes veines. Embrasse le tout pour le devenir. Sois la c\u00e9sure entre deux respirations. Sois le silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a cette rivi\u00e8re au-dessus de Rocchetta Nervina en Ligurie. Derri\u00e8re le vacarme d\u2019une cascade, j\u2019essayais de percevoir ce que disait l\u2019eau, le vent et les pierres. C\u2019\u00e9tait comme un silence qui se voilait la face. Par instant, j\u2019entendais arriver la vague d\u2019une brusque mont\u00e9e des eaux dans ce canyon encaiss\u00e9. \u00c0 un autre moment, j\u2019entendais la terre craquer et la lourde pierre qui tenait en \u00e9quilibre au-dessus de moi se d\u00e9tachait en voulant m\u2019\u00e9craser. Mais la plupart du temps, aussi loin que j\u2019arrivais \u00e0 \u00e9couter derri\u00e8re le brouhaha bouillonnant, je n\u2019entendais rien d\u2019autre que le cours de mes pens\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/clay-banks-8SXaMMWCTGc-unsplash-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-153139\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/clay-banks-8SXaMMWCTGc-unsplash-683x1024.jpg 683w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/clay-banks-8SXaMMWCTGc-unsplash-280x420.jpg 280w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/clay-banks-8SXaMMWCTGc-unsplash-768x1152.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/clay-banks-8SXaMMWCTGc-unsplash-1024x1536.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/clay-banks-8SXaMMWCTGc-unsplash-1365x2048.jpg 1365w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/clay-banks-8SXaMMWCTGc-unsplash-scaled.jpg 1706w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo de&nbsp;<a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/@claybanks?utm_content=creditCopyText&amp;utm_medium=referral&amp;utm_source=unsplash\">Clay Banks<\/a>&nbsp;sur&nbsp;<a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/photos\/un-gros-plan-dune-feuille-verte-avec-des-gouttes-deau-dessus-8SXaMMWCTGc?utm_content=creditCopyText&amp;utm_medium=referral&amp;utm_source=unsplash\">Unsplash<\/a><\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 &#8211; silences 2 &#8211; transfert d&rsquo;intimit\u00e9 2 &#8211; transfert d&rsquo;intimit\u00e9 \u00c0 l\u2019ombre des micocouliers, le trottoir pourrait avoir quelque chose d\u2019accueillant. 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