{"id":153278,"date":"2024-11-14T19:10:00","date_gmt":"2024-11-14T18:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=153278"},"modified":"2024-11-14T19:10:21","modified_gmt":"2024-11-14T18:10:21","slug":"nouvelles-boucle-3-brigetoun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-boucle-3-brigetoun\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #1 \u00e0 #10 |  le Sud"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pour-a-boucle-3-1-1024x768.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-154078\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pour-a-boucle-3-1-1024x768.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pour-a-boucle-3-1-420x315.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pour-a-boucle-3-1-768x576.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pour-a-boucle-3-1-1536x1152.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pour-a-boucle-3-1-2048x1536.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#proposition-1\">01 &#8211; aube depuis chambre<\/a><br><a href=\"#proposition2\">02 &#8211; \u00e7a a commenc\u00e9 par les oiseaux<\/a><br><a href=\"#proposition3\">03 &#8211; la restanque<\/a><br><a href=\"#proposition4\">04 &#8211; respirer <\/a><br><a href=\"#proposition5\">05 &#8211; l&rsquo;immeuble rose du 22 boulevard Raspail<\/a><br><a href=\"#proposition6\">06 &#8211; pluies<\/a><br><a href=\"#proposition7\" data-type=\"internal\" data-id=\"#proposition7\">07 &#8211; ni seule ni avec<\/a><br><a href=\"#proposition8\" data-type=\"internal\" data-id=\"#proposition8\">08 &#8211; sur une branche feuillue<\/a><br><a href=\"#proposition9\">09 &#8211; exploratio<\/a>n<br><a href=\"#proposition10\">10 &#8211; maquillage qui s&rsquo;efface<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition-1\">#01 &#8211; aube depuis chambre<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me suis lev\u00e9e trop t\u00f4t dans la chambre pendue au dessus du jardin sous les combles de la maison endormie. De la fen\u00eatre ne voyais que des nuances de noir dans le bruissement, la sensation infime du crissement&nbsp; de l\u2019air veillant sur le monde, avec juste la tache banche comme une grosse \u00e9toile tomb\u00e9e d\u2019un lampadaire un peu plus loin au tournant de la route sortant du bourg au del\u00e0 du profond enclos. Me suis recouch\u00e9e, la joue pos\u00e9e sur le drap. Quelque chose comme une id\u00e9e de luminosit\u00e9 se glisse sous mes paupi\u00e8res et je me redresse sans \u00eatre certaine d\u2019\u00e9merger du sommeil.&nbsp; C\u2019est une modification de l\u2019obscurit\u00e9 sur les lattes du parquet o\u00f9 je pose les pieds dans ce qui me semble une n\u00e9gation du moindre son ; un silence si int\u00e9gral qu\u2019impossible enveloppe l\u2019absence de paysage&nbsp; que d\u00e9coupe le carreau de la lucarne. La nuit retient son souffle et les noirs se sont d\u00e9grad\u00e9s en une clart\u00e9 qui est manque de lumi\u00e8re comme un passage au blanc peupl\u00e9 de formes vagues que seul le souvenir renaissant de ce que j\u2019ai vu hier en prenant possession de la chambre identifie vaguement. Je reste l\u00e0. Dans la m\u00eame attente que l\u2019air, le son, la lumi\u00e8re, la terre et les arbres. Je reste l\u00e0. Pour une fois ma solitude se noie dans la m\u00eame fragilit\u00e9, la m\u00eame vacance que le son, la lumi\u00e8re, la vie, dans cette attente. Est-ce que je tremble ? je frissonne comme la taupe blottie dans son terrier, comme les oiseaux invisibles qui n\u2019osent chanter. Il y a le froid, la chaleur des draps qui s\u2019enfuit. Il y a la pens\u00e9e qui me vient et un fr\u00e9missement dans les branches de l\u2019olivier, le pin qui dessine son d\u00f4me et le timide bleu qui s\u2019\u00e9veille lentement\u2026 le miracle survient encore une fois, nous, taupe, air, oiseau,&nbsp; branches, nous retrouvons chacun notre je&nbsp; et c\u2019est la d\u00e9faite de la nuit. Je vais boire une gorg\u00e9e d\u2019eau en penchant la t\u00eate sous le robinet de la salle de bain, je laisse entrouverte la porte de ma chambre, je me rallonge en attendant que s\u2019\u00e9veillent les bruits de la vie  dans le navire qu\u2019est cette maison sous moi, je me pr\u00e9pare \u00e0 remettre mon jour \u00e0 leur suite.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition2\">#02 &#8211; \u00e7a a commenc\u00e9 par les oiseaux<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jambes allong\u00e9es, pensant \u00e0 tout ce que dois et veux \u00e9vacuer : un vieux petit four&nbsp; \u00e0 poser, une chaine de radio inutilisable, des pots de plantes, des v\u00eatements indignes d\u2019\u00eatre donn\u00e9s \u00e0 une friperie&#8230; et d\u00e9courag\u00e9e par les difficult\u00e9s de la chose je remets une fois encore \u00e0 un plus tard de plus en plus vague la recherche de l\u2019entreprise qui viendrait chercher l\u2019ensemble en haut de mon escalier pour le charger dans un camion devant le public oisif et curieux du caf\u00e9 et l\u2019emporter dans une d\u00e9ch\u00e8terie sans me faire payer le co\u00fbt du d\u00e9barras de gravats d\u2019un chantier important&#8230;, je secoue mentalement mes \u00e9paules avec pr\u00e9caution pour ne pas \u00e9veiller l\u2019id\u00e9e d\u2019une douleur et pour renouer avec l\u2019imm\u00e9diat me vient mon petit mantra \u00ab&nbsp;\u00e7a a commenc\u00e9 par les oiseaux&nbsp;\u00bb. Oui, \u00e7a a commenc\u00e9 ainsi, les assiettes de fa\u00efence ou porcelaine orn\u00e9es d\u2019oiseaux dont je faisais collection et qui pos\u00e9es verticales sur les rayonnages devant des livres n\u2019ont pas support\u00e9 le contact avec les carreaux de terre cuite\u2026 chacune \u00e9tait charg\u00e9e d\u2019un souvenir, d\u2019un sentiment, d\u2019un coin de rue, du sourire du donateur et il m\u2019en reste des tessons utilis\u00e9s pour coincer une porte, un dessin pos\u00e9 au fond d\u2019une niche ou pour faire rempart aux feuilles voltigeant vers l\u2019\u00e9vacuation de la cour\u2026 Mais cette fois encore le mantra ne me relance pas dans le jour mais me ram\u00e8ne \u00e0 lui, \u00e0 sa caverne comme nous appelions la grande pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de sa villa de si belle et classique apparence, \u00e0 ma surprise joyeuse et ahurie en la d\u00e9couvrant, guid\u00e9e par lui et l\u2019amie qui nous avait pr\u00e9sent\u00e9s, apr\u00e8s l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 chic, la nudit\u00e9 de m\u00e9tal, bois sombre et \u00e9toffes gr\u00e8ges du salon, \u00e0 sa voix o\u00f9 revenaient peu \u00e0 peu les cailloux des gaves des Pyr\u00e9n\u00e9es disant \u00ab&nbsp;oui c\u2019est ainsi, n\u2019y peux rien ou ne le veux pas\u2026&nbsp;\u00bb et puis \u00ab&nbsp;\u00e7a a commenc\u00e9 par les oiseaux\u2026&nbsp;\u00bb, racontant la d\u00e9couverte par hasard dans une brocante d\u2019un fa\u00eetage surmont\u00e9 d\u2019un oiseau en plomb portant trace d\u2019un si\u00e8cle ou plus d\u2019intemp\u00e9ries | celui devant lequel je m\u2019\u00e9tais arr\u00eat\u00e9e souriante |, la d\u00e9cision de prendre l\u2019oiseau, sous toutes ses formes, en tout mat\u00e9riau, qu\u2019il soit beau ou minable, charmant, ridicule ou agressif\u2026 comme objet de sa collection d\u2019adulte, pour renouer avec la passion de sa qu\u00eate, enfant, des buvards d\u00e9cor\u00e9s. Et comme l\u2019amie tournoyait en tendant un bras, s\u2019interrompant de temps en temps pour montrer l\u2019un ou l\u2019autre des objets entrepos\u00e9s en ce qui n\u2019\u00e9tait pas vraiment un fouillis d\u00e9sordonn\u00e9 comme on l\u2019aurait pens\u00e9 au premier coup d\u2019oeil mais un agencement surprenant derri\u00e8re lequel semblait r\u00e9gner un soin m\u00e9langeant un souci esth\u00e9tique et le plaisir de l\u2019absurde, il a reconnu que bien s\u00fbr il n\u2019en \u00e9tait pas rest\u00e9 l\u00e0, \u00e0 ses trouvailles | et il montrait le gigantesque faucon de pierre au cou duquel \u00e9tait nou\u00e9 un vieux foulard d\u2019Herm\u00e8s orn\u00e9 d\u2019oiseaux rose et or | ou \u00e0 ceux qu\u2019il avait re\u00e7us | au dessus d\u2019une petite cuvette emplie de gravier dans lequel \u00e9taient plant\u00e9es des tiges de fer portant des oiseaux ou des fleurs de c\u00e9ramique peinte joliment ridicules | mais que le pli \u00e9tant pris, il avait pris l\u2019habitude de c\u00e9der \u00e0 toutes ses envies passag\u00e8res, sans trop se soucier de leur utilit\u00e9 ni de savoir si le charme trouv\u00e9 ou l\u2019int\u00e9r\u00eat port\u00e9 \u00e0 sa trouvaille serait durable, et nous avons continu\u00e9 \u00e0 circuler, \u00e0 nous faufiler entre les hautes hottes de rotin au tressage si savant qu\u2019il s\u2019apparente \u00e0 une dentelle en relief que je saluais comme des d\u00e9rives ab\u00e2tardies de celles avec lesquelles je jouais chez mes grands-parents (leur manquait le couvercle conique coulissant sur des cordeli\u00e8res et il m\u2019a confirm\u00e9 que dans le village vietnamien d\u2019o\u00f9 elles venaient il en avait vues de semblables dans les maisons) et les nasses de bambou, nous arr\u00eatant devant une clairi\u00e8re sur le sol de laquelle \u00e9tait pos\u00e9es sur des nattes color\u00e9es en tiges de souchet ou des par\u00e9os des plateaux d\u2019osier tress\u00e9, de cuivre cisel\u00e9 ou de grandes plaques de bois oc\u00e9aniennes sculpt\u00e9es avec une gaucherie qui sentait la fabrication pour touriste, nous penchant sur un panier contenant des sonnettes de v\u00e9lo pour tenter de tirer une musique \u00e0 m\u00eame de nous s\u00e9duire du petit orchestre que nous improvisions en les manipulant. Et ce fut le d\u00e9but d\u2019une amiti\u00e9 qui dura quelques mois, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019amie d\u00e9m\u00e9nage, que je n\u2019ai plus de pr\u00e9texte pour revenir dans la r\u00e9gion et que je les perde de vue tous deux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition3\">#3 | la restanque<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lui, le colonel comme ils l\u2019appelaient, le Vivien dit Vincent, il est arriv\u00e9 l\u2019autre soir sur la terrasse des Bernier par le jardin comme le familier de lieux qu\u2019il semble \u00eatre, larges \u00e9paules, gros cou rid\u00e9 et face non moins, teint de brique et grand sourire au dessus d\u2019un grand couffin d\u2019o\u00f9 d\u00e9passaient un bouquet de cam\u00e9lias&nbsp; et une gerbe d\u2019herbes s\u00e8ches , cachant pour les faire accepter comme un cadeau baroque les petits artichauts violets \u00ab&nbsp;je ne sais plus qu\u2019en faire, le Joseph a ferm\u00e9 boutique un peu trop t\u00f4t\u2026&nbsp;\u00bb. Il a une maison l\u00e0 haut pas loin du sommet du mont \u00e0 laquelle on grimpe par un chemin caillouteux | il descend dans le faubourg de la ville avec une \u00e2nesse pour ses courses parait-il, mais l\u00e0 il \u00e9tait venu dans la camionnette 2 cv qu\u2019il abrite chez un garagiste au bas du raidillon | il a une maison donc avec une terrasse d\u2019o\u00f9 l\u2019on a une vue merveilleuse sur le port et la c\u00f4te plus loin, la d\u00e9coupe des caps, des anses, et m\u00eame en cherchant bien nos toits, et il aime en faire profiter dans des go\u00fbters-cocktails d\u00e9tendus en apparence, assez raffin\u00e9s en fait gr\u00e2ce \u00e0 sa gouvernante ; il est veuf, \u00e0 la retraite depuis longtemps et partage sa vie entre quelques amis, les connaissances de ceux-ci convi\u00e9s \u00e0 quelques dates choisies on ne sait pourquoi, la r\u00e9daction de ses m\u00e9moires comme il se doit et l\u2019entretien d\u2019un jardin cr\u00e9\u00e9 par lui \u00e0 mi-flanc qu\u2019il m\u2019a invit\u00e9e \u00e0 venir voir, accompagn\u00e9e par Mimi Bernier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s le vin de citron, les croquets et les petits sandwichs au concombre qui d\u00e9tonnaient un peu il nous a guid\u00e9 vers les quelques marches conduisant, \u00e0 droite de la terrasse \u00e0 la premi\u00e8re des restanques. J\u2019avoue que l\u00e0 me suis attard\u00e9e, pour sa plus grande joie et fiert\u00e9, et pour l\u2019agacement de Mimi, devant la beaut\u00e9 du mur de sout\u00e8nement de pierres s\u00e8ches, \u00ab&nbsp;c\u2019est un vieux qui m\u2019a appris, le jardinier d\u2019amis ou plut\u00f4t comme on disait de connaissances qui m\u2019avaient pr\u00eat\u00e9 leur maison de vacances, un peu plus loin, en dessous de moi,&nbsp; pendant qu\u2019on finissait de retaper la mienne et avec lequel me suis si bien entendu pendant un petit mois qu\u2019\u00e0 la fin l\u2019ami c\u2019\u00e9tait lui et non plus ses patrons dont il parlait avec un peu de d\u00e9pit pour leur manque d\u2019attention \u00e0 leur terre, nous avons refait ensemble le soubassement de la terrasse, le terrassement et le mur de cette restanque c\u2019est moi, suis devenu expert&nbsp;\u00bb | avec un petit sourire de fausse ironie | et nous nous attardions, il m\u2019expliquait le choix des pierres, je les touchais, j\u2019admirais la diversit\u00e9 des tailles, des couleurs, la justesse de l\u2019agencement, il revivait son travail\u2026 et puis nous avons avanc\u00e9 le long de la petite haie d\u2019arbousiers, interrompue pour le plaisir par un gen\u00e9vrier, qui voulait prot\u00e9ger les quatre carr\u00e9s de plantations, celui plant\u00e9 d\u2019ail, d\u2019oignons blancs&nbsp; et pailles, de c\u00e9bettes \u00e0 diff\u00e9rents stades de maturit\u00e9 limit\u00e9 par une rang\u00e9e d\u2019\u00e9chalotes avant&nbsp; un buisson de ciste, et l\u00e0 il m\u2019a montr\u00e9 gisant sur la terre pr\u00e8s de ces soeurs enterr\u00e9es une oya en m\u2019expliquant son utilit\u00e9, &nbsp; le second vou\u00e9 aux tomates simples avec la coquetterie de plants de tomates vertes z\u00e9br\u00e9es,&nbsp; de deux plants de tomates ananas et d\u2019une rang\u00e9e de tomates tonnelet, puis apr\u00e8s une petite all\u00e9e le domaine des petits artichauts violets accompagn\u00e9s de quelques salades, des laitues d\u2019assez pi\u00e8tre apparence, laissant un coin bin\u00e9 pour du mesclum qu\u2019il n\u2019avait pas plant\u00e9, avant le dernier carr\u00e9 r\u00e9serv\u00e9 aux herbes&nbsp; born\u00e9 par deux rosiers sans fleur er le grand laurier jaune c\u00f4toyant l\u2019escalier montant \u00e0 la restanque sup\u00e9rieure, en fait une terrasse existant depuis longtemps, assez profonde pour abriter deux bancs, une table, un grand agave face \u00e0 l\u2019escalier, un vieil olivier veillant sur l\u2019ensemble, deux amandiers dont l\u2019un, le plus ancien m\u2019a ravie par l\u2019\u00e9loquence tortur\u00e9e de ses branches et son tronc torsad\u00e9 et deux buissons de cam\u00e9lias tout au fond \u00e0 l\u2019ombre. Sommes rest\u00e9s l\u00e0 un moment tous les trois en contemplation, Mimi et moi chacune sur un banc, lui plant\u00e9 devant la table, les jambes un peu \u00e9cart\u00e9es, caressant d\u2019un regard fier de propri\u00e9taire, de terrien install\u00e9 regardant la mer, son bout terrain en friche au dessous et la vue.<br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition4\">#4 &#8211; respirer<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Second jour dans la maison du bord de mer, la marche le long du littoral, la petite brise sur le visage qui caresse la peu et fait palpiter les narines, soudain cette impression de libert\u00e9, de respiration si ais\u00e9e qu\u2019oubli\u00e9e est l\u2019oppression constante, la n\u00e9cessit\u00e9 de toussoter, de se racler la gorge, de dire pour s\u2019amuser de cette g\u00eane \u00ab&nbsp;vais retrouver ma voix&nbsp;\u00bb. D\u2019o\u00f9 ce miracle ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chercher : trouver que sur les bords de cette vall\u00e9e et plus encore dans la partie ouest quand on se rapproche du lit du fleuve, pour ceux qui y sont sensibles | \u00e2ge, fragilit\u00e9, ceux qu\u2019on nomme \u00ab&nbsp;les personnes \u00e0 risque&nbsp;\u00bb | selon ce que disent les scientifiques, selon ce que constate le site d\u2019 Atmo-Sud, marcher dans la gloire, dans la lumi\u00e8re, dans la beaut\u00e9 de la campagne environnante, et plus encore dans les rues des villes ou gros villages, c\u2019est avaler dans l\u2019air qui est vie entre quatre ou cinq fois plus de dioxyde d\u2019azote et autres joyeuset\u00e9s que ne le recommande l\u2019Organisation Mondiale de la Sant\u00e9, et, pour atteindre secr\u00e8tement, invisiblement, insensiblement le sang et le coeur, de belles rations de minuscules, microscopiques particules fines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Matin dans les bourrasques du vent, au jardin de l\u2019ami, agripp\u00e9e au tronc du petit amandier, le regarder ramasser des pommes tomb\u00e9es et se redresser en chancelant un peu sous une claque de l\u2019air, \u00e9changer nos rires de grand coeur, grande joie et grande libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un responsable d\u2019Atmo-Sud : \u00ab&nbsp;ces derniers jours offrent un peu de r\u00e9pit\u2026 C&rsquo;est une caract\u00e9ristique du d\u00e9partement&nbsp; :&nbsp; cette pr\u00e9sence du mistral, qui permet de disperser&nbsp; un peu, voire parfois beaucoup, la pollution.&nbsp;\u00bb mais il ajoute que par contre le vent nous am\u00e8ne des restes de la pollution plus au nord, en moindre quantit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le vieil homme assis les deux mains sur sa canne me regardant retrouver mon souffle une main sur ma canne : \u00ab&nbsp;on a fait des efforts, bon on est pire qu\u2019ailleurs mais \u00e7a s\u2019est bien am\u00e9lior\u00e9, y a plus gu\u00e8re que l\u2019ozone et les particules, tu n\u2019as qu\u2019\u00e0 ne pas \u00eatre fragile&nbsp;\u00bb. Et je lui r\u00e9ponds que nous n\u2019avons qu\u2019\u00e0\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition5\">#5 &#8211; L\u2019immeuble rose du 22 boulevard Raspail<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Passer pendant des ann\u00e9es devant cet immeuble rose o\u00f9 ne suis jamais entr\u00e9e, qui marquait une \u00e9tape du trajet, attirant l\u2019oeil, le plus grand de la rue, en retrait sur l\u2019alignement derri\u00e8re une petite barri\u00e8re basse et ce qu\u2019une agence aurait appel\u00e9 un grand espace arbor\u00e9, avec places de parking. Longue b\u00e2tisse de style art d\u00e9co, d\u2019un rose vieilli, cinq \u00e9tages de treize portes-fen\u00eatres sauf le dernier qui n\u2019en comportait que sept au centre, ouvrant sur de petits balcons arrondis individuels, dessinant ainsi un corps central encadr\u00e9 par deux ailes \u2014&nbsp; les balcons rectilignes des premier, deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me \u00e9tages tels une petite partition musicale soit : un balcon pour quatre porte-fen\u00eatres, deux porte-fen\u00eatres ouvrant sur un garde-corps, un balcon pour trois porte-fen\u00eatres, deux garde-corps, un balcon pour quatre \u2014 au rez-de-chauss\u00e9e des portes cintr\u00e9es sauf les trois centrales rectilignes ouvrant sur un petit perron \u00e0 colonnes. Une impression d\u2019aisance, avec cet \u00e9tonnement : pas de rideau, pas de fleur et pas de mouvement sauf une fois une silhouette montant dans une voiture\u2026 impression d\u2019abandon, de vide, mais l\u2019entretien indiquait qu\u2019il \u00e9tait toujours en fonction. Interrogation paresseuse quant \u00e0 la nature de son occupation jusqu\u2019au jour o\u00f9, arr\u00eat\u00e9e pour me reposer sur un des bancs entre les platanes qui bordent le trottoir, faisant attention aux panneaux install\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019entr\u00e9e du parking\/jardin et surtout au plus haut o\u00f9 une silhouette courant, bleue sur fond blanc, dit \u00ab&nbsp;s\u00e9curit\u00e9 sociale&nbsp;\u00bb,&nbsp; je r\u00e9alise qu\u2019ils s\u2019agit de bureaux install\u00e9s dans un b\u00e2timent qui ne leur \u00e9tait manifestement pas destin\u00e9 \u00e0 l\u2019origine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2020, un grillage surmonte la balustrade, auquel sont accroch\u00e9s quelques \u00e9criteaux disant acc\u00e8s interdit ou des textes expliquant sans doute en quoi consistent les travaux qui vont \u00eatre entrepris. Quelques mois plus tard|je ne sais plus combien|les travaux commencent\u2026 janvier ou f\u00e9vrier 2022, un grand panneau vante les appartement bient\u00f4t disponibles, on soigne le jardin apr\u00e8s creusements, canalisations, rebouchements et j\u2019ai la curiosit\u00e9 de chercher l\u2019adresse sur internet \u2014 je d\u00e9couvre le site du promoteur, je lis <em>Ce projet de r\u00e9habilitation d\u2019un ancien h\u00f4tel de luxe des ann\u00e9es 30, situ\u00e9 22, boulevard Raspail \u00e0 Avignon, s\u2019adresse avant tout \u00e0 ceux qui recherchent une solution d\u2019investissement en immobilier locatif \u00e0 fort pouvoir d\u00e9fiscalisant. \u00c9ligible au dispositif Malraux, il s\u2019agit en effet d\u2019un programme qui cumule l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019investir dans un bien remarquable du patrimoine et de r\u00e9aliser des \u00e9conomies d\u2019imp\u00f4ts substantielles. En plein c\u0153ur de la cit\u00e9 des Papes, ce b\u00e2timent doit faire l\u2019objet d\u2019une restauration minutieuse ayant pour finalit\u00e9 de lui restituer aspect d\u2019origine et de cr\u00e9er 21 appartements, du T1 au T5, livrables lors du 4 \u00e8me trimestre 2022. \u2014 <\/em>fin 2023, l\u2019immeuble vit avec une r\u00e9serve de bon ton et les balcons sont fleuris.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition6\">#6 &#8211; pluies<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous pluies soyez reines, venues du souvenir de nos dos courb\u00e9s sous les p\u00e8lerines, nos galoches glissant sur la rive et nos rires d\u2019enfants sous votre d\u00e9versement sur la terre et la mer au Conquet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous pluies soyez reines, faites monter des cours une odeur d\u2019humus pour accompagner celle des pommes br\u00fbl\u00e9es sur la fonte du po\u00eale dans l\u2019ennui du couvent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous pluies soyez reines, exau\u00e7ant nos voix aig\u00fces et fausses cheminant dans le jardin de Soeur Marie Berthe pour les Rogations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous pluies soyez reines, vous moquant de la mauvaise humeur des humbles citadins sur le chemin du travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous pluies soyez reines, jouant avec nos chemins de terre poussi\u00e9reuse et de cailloux en gardant une gente r\u00e9serve pour ne pas en faire des torrents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous pluies soyez reines, et faites vous lentes et douces sur les petites tentes install\u00e9es faute de mieux dans les rues et recoins de nos villes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous pluies soyez reines, pleines de bienveillance et de fantaisie et contre toute vraisemblance, contre toute r\u00e8gle, contre votre m\u00e8re nature, arrosez les coins de d\u00e9sert o\u00f9 on abandonne des voyageurs ind\u00e9sirables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition7\">#7 &#8211; ni seule ni avec<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"proposition7\"><br>ni seule ni avec eux les aim\u00e9s les rencontr\u00e9s les indiff\u00e9rents les devin\u00e9s les impos\u00e9s les lurons les f\u00e2cheux ni attach\u00e9e \u00e0 leur mots ni insensible \u00e0 ce qui ne disent pas ni oublieuse de la lumi\u00e8re sur une \u00e9paule une joue un coin de l\u00e8vre un sourcil dansant ni s\u2019envolant avec l\u2019oiseau qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve au dessus d\u2019un buisson ni ch\u00e8vre au maquis ni pigeon sur la place ni lavoir au village ni vaguelette caressant la laisse argent ni chouette de l\u2019Acropole ni alouette lanc\u00e9e avec des r\u00eaves et l\u00e9gendes au-dessus du lit d\u2019un ruisseau ni vieille \u00e2nesse sage r\u00e9sign\u00e9e et compr\u00e9hensive m\u00e2chonnant un chardon ni d\u00e9sireuse d\u2019entendre ni lasse d\u2019\u00e9couter ni souriante ni tragique ni proche ni en all\u00e9e ni fi\u00e8re ni g\u00e9n\u00e9reuse ni intuitive ni rationnelle ni raisonneuse ni gracieusement inconsid\u00e9r\u00e9ment \u00e9go\u00efstement r\u00e9sign\u00e9e \u00e0 ne rien comprendre ni intelligente\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition8\">#8 &#8211; sur une branche feuillue<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Assise sur une pierre blanche sous le pont&nbsp; jet\u00e9 au ras de l\u2019eau sur un des bras enserrant l\u2019\u00eele, nuque, bras, jambes tendues et pieds sur les galets ardant sous le poids du soleil dard\u00e9 sur moi et l\u2019entourage, yeux sur les taches scintillantes de l\u2019eau verte qui file, entre buissons et arbres, vers une large courbe en aval et appelle mon d\u00e9sir, mon h\u00e9sitation, ma certitude que ne puis\u2026 Une branche feuillue, arrach\u00e9e par le vent de la nuit derni\u00e8re, est coinc\u00e9e entre deux pierres, j\u2019y pose mes yeux, mon esprit, la force de mon d\u00e9sir, je la d\u00e9gage, elle tourne un peu, prend le courant et nous filons (nous filerions mais je bannis le r\u00e9alisme de ce conditionnel) voyant s\u2019ouvrir devant nous, entre les deux haies, l\u2019espace large du fleuve. Les buissons de la rive gauche que je longe tombent directement dans le courant, deux voix rieuses me d\u00e9passent, sans doute des cyclistes sur le chemin qui s\u2019est rapproch\u00e9, cach\u00e9 derri\u00e8re la verdure. Un peu plus loin une rampe de mise \u00e0 l\u2019eau descend de la rive droite moins bois\u00e9e mais tout aussi d\u00e9serte, et pendant que je la regarde nous sommes prises, la branche et mon d\u00e9sir, dans la petite \u00e9cume d\u2019un remous\u2026 la force de la rivi\u00e8re qui vient se jeter dans le fleuve et nous \u00e9carte de la rive avant que nous reprenions notre sereine avanc\u00e9e\u2026 une petite plage, l\u2019herbe, la petite route qui remplace le chemin de halage s\u2019est rapproch\u00e9e, les buissons reviennent mais plus espac\u00e9s qu\u2019ils ne l\u2019\u00e9taient avant le confluent, une camionnette arr\u00eat\u00e9e sur le chemin devant le grillage entourant des remparts de parpaings entass\u00e9s, en attente, aucune pr\u00e9sence humaine, nous glissons, un trou dans la verdure en face d\u2019un portail ferm\u00e9 sur l\u2019all\u00e9e d\u2019une usine endormie \u00e0 cette heure du mitan du jour, le fleuve, ou plut\u00f4t notre bras du fleuve, devient un peu plus \u00e9troit, un nouveau trou dans la verdure pour d\u00e9gager la vue sur deux villas jumelles peintes de roses diff\u00e9rents, une camionnette rouge au hayon ouvert gar\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la premi\u00e8re, ni humain, ni silhouette\u2026 une b\u00e2tisse en ciment derri\u00e8re des roseaux sur la rive droite, en retrait derri\u00e8re un espace d\u2019herbe rase born\u00e9 par des peupliers\u2026 \u00e0 gauche, au dessus des buissons, la tour et la goulette d\u2019une usine de granulats, des arbres espac\u00e9s aux troncs tourment\u00e9s couverts de lierre, un camion dont la b\u00e2che blanche faseille un peu roule vers l\u2019amont\u2026 &nbsp; nous d\u00e9passons une camionnette bleue le passager a pos\u00e9 son coude sur la route ouverte et la radio lance bri\u00e8vement l\u2019\u00e9clat d\u2019une voix&nbsp; criarde\u2026 la vue d\u00e9gag\u00e9e sur le terrain d\u2019un marchand de petites vedettes blanches soigneusement align\u00e9es\u2026 un jardin potager entre la petite route et notre courant, juste avant qu\u2019annonc\u00e9e par le familier bruit de la circulation, une route importante vienne longer la rive, la dominant un peu et bord\u00e9e d\u2019un muret de b\u00e9ton ce qui me cache les \u00e9ventuelles maisons la bordant\u2026 le long de la rive droite les voix aig\u00fces et les coques color\u00e9es d\u2019une s\u00e9rie de petits kayaks men\u00e9s par des paires de pr\u00e9-adolescents sous la garde d\u2019un canot\u2026 le bruit d\u2019une file de v\u00e9hicules red\u00e9marrant apr\u00e8s un feu\u2026 le fleuve fait lentement, largement, un coude\u2026 des ajoncs entre les troncs\u2026 un banc d\u2019herbes et de plantes entre notre coul\u00e9e et la route, un&nbsp; buisson de laurier dans le large virage du fleuve, une carcasse de p\u00e9niche abandonn\u00e9e et la petite vedette blanche d\u2019un vieil anglais | du moins je le pense | pench\u00e9 arrosoir en main sur les pots de g\u00e9ranium install\u00e9s sur la plage avant\u2026 un peu plus loin la rive se transforme en quai domin\u00e9 par la route.. la longue p\u00e9niche transform\u00e9e en h\u00f4tel \u00e9ternellement inoccup\u00e9 et juste apr\u00e8s, sous le cordage d\u2019amarrage un p\u00e9cheur assis incarnation d\u2019une patience devenue absence\u2026 un joli voilier au mat repli\u00e9, la rampe bord\u00e9e de lauriers s\u2019\u00e9levant jusqu\u2019au niveau du chemin de halage qui rejoint le niveau de la route et s\u2019\u00e9largit l\u00e0 o\u00f9 vient s\u2019implanter le ponton de la navette fluviale, ponton contre un poteau duquel ma branche se cogne avant de tournoyer et de reprendre sa descente vers le pont qui apparait maintenant, domin\u00e9 par le rocher. Des voix venues de l\u2019\u00eele, les silhouettes s\u2019agrandissant des pi\u00e9tons arpentant le pont, une femme pench\u00e9e vers le fleuve \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la chapelle au moment o\u00f9 nous glissons le long de la premi\u00e8re pile, les rires d\u2019un enfant, le murmure des voix\u2026&nbsp; le pr\u00e9 descendant depuis les remparts, deux coureuses en short et d\u00e9bardeur, un cycliste poussant son v\u00e9lo, un tente&nbsp; ferm\u00e9e \u00e0 cot\u00e9 de deux gars discutant sous le grand pont traversant\u2026 ma l\u00e9g\u00e8re crainte en voyant arriver les proues des p\u00e9niches de promenade amarr\u00e9es mais le flux nous en \u00e9loigne et nous continuons notre course presque au centre du fleuve\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition9\">#9 &#8211; exploration<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Au centre disiez vous\u2026 mais au centre de quoi ? De la terre ne saurais c\u2019est bien trop loin pour moi bien trop chaud aussi infiniment plus que mon futur brasier | ne serais plus m\u00eame en pens\u00e9e en y arrivant\u2026 Des oc\u00e9ans ? l\u2019impr\u00e9cision de son emplacement et les interminables colloques \u00e0 organiser pour le d\u00e9terminer j\u2019aimerais assez mais je ne me souhaite pas d\u2019en avoir le temps et puis il y a la pression\u2026 quoique le centre ne signifie pas le point le plus bas le tr\u00e9fonds des abysses (autres conf\u00e9rences \u00e0 r\u00e9unir). Du silence ? s\u00e9duisant un rien vertigineux finalement assez effrayant\u2026 mais le peut-on ? je crois qu\u2019on a con\u00e7u des espaces \u00e0 cette exp\u00e9rience d\u00e9di\u00e9s mais je m\u2019interroge ou plut\u00f4t je doute : ne resterait-il pas le son des acouph\u00e8nes et le bruit de mon sang dans mes veines ? Du cr\u00e2ne\u2026 non du mien j\u2019en aurais petite crainte\u2026 de celui qui a eu cette id\u00e9e ? je ne voudrais le lui imposer\u2026 de ceux qui refusent condamnent craignent injurient tous ceux qui n\u2019ont pas la chance d\u2019\u00eatre comme eux ? l\u2019envie perverse m\u2019en vient. Oui mais comment.. il serait plus facile peut-\u00eatre mais hors sujet de chercher \u00e0 aller au centre de leurs id\u00e9es trompeur \u00e9galement parce que ma tendance serait de m\u2019arr\u00eater \u00e0 une cat\u00e9gorie | la mauvaise | en ignorant leur gout \u00e9ventuel pour les chats les boutons de rose le majong ou leur petite fille\u2026 non il s\u2019agit de p\u00e9n\u00e9trer et voir l\u2019int\u00e9rieur de leur cr\u00e2ne ce qui le constitue et tant pis s\u2019il est plus que probable que cela ne donnera aucune lumi\u00e8re sur leurs pens\u00e9es\u2026 de p\u00e9n\u00e9trer la barri\u00e8re du cr\u00e2ne proprement dit les os en choisissant le point de p\u00e9n\u00e9tration sans doute en m\u2019appuyant sur le souvenir que les plaques ont de la fontanelle pour qu\u2019elles acceptent de me laisser passer en m\u2019insinuant entre la partie frontale&nbsp; la selle turcique du sph\u00e9no\u00efde et l\u2019os occipital avec m\u00eame respect que j\u2019ai pour la fragilit\u00e9 cach\u00e9e | ai cass\u00e9 en tombant de tout mon haut le large et \u00e9pais bracelet de b\u00e9b\u00e9 de ma m\u00e8re qui ne&nbsp; se laissait p\u00e9n\u00e9trer que par mon seul poignet | la matit\u00e9 la masse de l\u2019ivoire puis en franchissant sans causer trop de dommages | il importe de conserver une \u00e9thique | les m\u00e9ninges en barbotant une seconde dans le liquide c\u00e9phalo-rachidien pour gagner un des ventricules et atteindre le cerveau. Faute d\u2019\u00eatre une lilliputienne je tente de me persuader qu\u2019une \u00e9chographie c\u00e9r\u00e9brale me permettrait de faire cette promenade au moins visuellement si ce n\u2019est que je n\u2019y ai pas acc\u00e8s et que je serais&nbsp; bien en peine de lire le film&nbsp; obtenu qui ressemblerait davantage \u00e0 l\u2019image floue d\u2019un balayage qu\u2019\u00e0 celle de l\u2019objet observ\u00e9 mais je pourrais me faire assister d\u2019un guide en la personne d\u2019un sp\u00e9cialiste\u2026 faudrait le convaincre et plus malais\u00e9 encore obtenir la coop\u00e9ration du m\u00e9chant choisi\u2026 d\u2019autre part je ne pourrais pr\u00e9tendre parcourir ce trajet uniquement par une image peu lisible, manquerait le toucher\u2026 je peux l\u2019imaginer avec assez de force pour croire au contact avec l\u2019os mais les risques d\u2019erreur sont plus nombreux pour le tissu de la dure-mer de l\u2019arachnide et de la pie m\u00e8re et \u00e7a se corse avec les volutes g\u00e9latineuses ros\u00e2tres du cervelet&nbsp; la mati\u00e8re grise du pallium et toutes ces r\u00e9gions du cerveau que les images d\u2019\u00e9corch\u00e9s me pr\u00e9sentent de couleurs vari\u00e9es. C\u2019est d\u00e9cid\u00e9, perdue et vaguement d\u00e9gout\u00e9e | souvenir des cervelles rissol\u00e9es que me servait ma grand m\u00e8re | j\u2019abandonne cette id\u00e9e et comme j\u2019ai ainsi perdu beaucoup de temps je d\u00e9cide d\u2019aller au plus simple et puisque l\u2019id\u00e9e de centre n\u2019entraine pas celle d\u2019une profondeur quelconque d\u2019aller poser mes pieds sur les grandes dalles blanches et carr\u00e9es de pierre| ne sais quelle est leur provenance | au centre de la place voisine entre les tables et chaises de deux restaurants. Il y a une jolie petite feuille rouge sur les feuilles mortes blafardes des plantes qui n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 balay\u00e9es, on dirait qu\u2019elle marque le centre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition10\">#10 &#8211; maquillage qui s\u2019efface<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 pas vraiment une pierre, on devait dire un caillou<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 un caillou ou un galet, il n\u2019a pas d\u2019arr\u00eate, pas de trace de casse<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 un ovale \u00e9tir\u00e9 qui n\u2019est pas sym\u00e9trique et r\u00e9gulier comme l\u2019est celui d\u2019un oeuf&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 trop peu \u00e9pais pour ressembler \u00e0 un oeuf, ou aplati si cela se pouvait\u2026en fait un galet<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 un galet qu\u2019une eau vive aurait fait rouler, aurait us\u00e9 pour une main, un peu trop \u00e9pais cependant pour faire des ricochets<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 une surface qui semble lisse mais a un grain sous le doigt m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 il est nu<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 parce que ce galet trouv\u00e9 sur le sol d\u2019une cour, reste sans doute d\u2019une d\u00e9coration ant\u00e9rieure, a \u00e9t\u00e9 maquill\u00e9 par une peinture d\u2019un ocre jaune<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 une peinture ocre jaune que les ann\u00e9es d\u2019abandon sur les dalles de la cour, roulant sous le souffle du vent qui se d\u00e9chaine parfois, heurtant un pot de plante ou un mur, ont \u00e9caill\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 peinture \u00e9caill\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9v\u00e9ler par places la mati\u00e8re du galet, sa teinte d\u2019un brun l\u00e9g\u00e8rement roux, deux veines plus claires traversant en biais le plus grand manque de ce maquillage, des variations presque imperceptibles juste pour montrer que c\u2019est vraie surface&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 petit mais juste lourd comme il faut dans la main.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>01 &#8211; aube depuis chambre02 &#8211; \u00e7a a commenc\u00e9 par les oiseaux03 &#8211; la restanque04 &#8211; respirer 05 &#8211; l&rsquo;immeuble rose du 22 boulevard Raspail06 &#8211; pluies07 &#8211; ni seule ni avec08 &#8211; sur une branche feuillue09 &#8211; exploration10 &#8211; maquillage qui s&rsquo;efface #01 &#8211; aube depuis chambre Je me suis lev\u00e9e trop t\u00f4t dans la chambre pendue au dessus <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-boucle-3-brigetoun\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9copo\u00e9tique #1 \u00e0 #10 |  le Sud<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":95,"featured_media":154078,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6018,6034,6994,7012,7028,7050,7068,7076,7092,7116,6017,1],"tags":[7042,7017,7019,7074,799,7043,7115,274,7018,971,7055,438,575,2135,6054,2347,407,840,7021,6021,1044,7035,159,2037,7034,3145,7022,7054,7015,1012,7016,681,3851,7020,3810,6053],"class_list":["post-153278","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ecopoetique-01-annie-dillard-un-silence","category-ecopoetique-02-gaelle-obiegly","category-ecopoetique-03-bailly-jardins","category-ecopoetique-04-claire-dutrait-arsenic","category-ecopoetique-05-joy-sorman-linhabitable","category-ecopoetique-06-pluies-saint-john-perse","category-ecopoetique-07-ni-car-ni","category-ecopoetique-08-pierre-patrolin","category-ecopoetique-09-patrolin-un-enfoncement","category-ecopoetique-10-caillois-pierres","category-ecopoetique","category-atelier","tag-agence-immobiliere","tag-anesse","tag-arbousier","tag-avec","tag-branche","tag-bureaux","tag-cerveau","tag-chambre","tag-ciste","tag-collection","tag-couvent","tag-crane","tag-desert","tag-fleuve","tag-fouillis","tag-galet","tag-immeuble","tag-jour","tag-laurier","tag-les-autres","tag-maison","tag-mistral","tag-nuit","tag-oiseaux","tag-ozone","tag-passage","tag-piere-sche","tag-pluies","tag-pollution","tag-pont","tag-restanque","tag-sentier","tag-seule","tag-tomate","tag-travaux","tag-vannerie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153278","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/95"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=153278"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153278\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":174057,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153278\/revisions\/174057"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/154078"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=153278"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=153278"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=153278"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}