{"id":153294,"date":"2024-05-29T11:32:27","date_gmt":"2024-05-29T09:32:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=153294"},"modified":"2024-06-09T08:39:45","modified_gmt":"2024-06-09T06:39:45","slug":"boucle-3-01-echos-du-silence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boucle-3-01-echos-du-silence\/","title":{"rendered":"#versune\u00e9copo\u00e9tique #01 | \u00e9chos du silence"},"content":{"rendered":"\n<p>Le ciel: un gouffre. La terre: un d\u00e9sert. Dans l&rsquo;entre-deux, dans cette br\u00e8che o\u00f9 tenir droit, pris dans l&rsquo;immensit\u00e9, retenir son souffle. On n&rsquo;a pas l&rsquo;\u00e9toffe pour cette immensit\u00e9. De cette gravit\u00e9, rien ne d\u00e9passe. Une herbe rase o\u00f9 quelques cheveux d&rsquo;anges, comme un tremblement de tendresses entre les pierres s\u00e8ches, arabesques pens\u00e9es qui s&rsquo;effilent, ondulent dans un froissement d&rsquo;air ; o\u00f9 quelques carlines ou cardabelles, au ras du sol, une lumi\u00e8re grise, d\u00e9color\u00e9e, \u00e9tendue min\u00e9rale qu&rsquo;un maillage de mots nommerait mer de pierres ou \u00e9cume calcaire. \u00catre en suspension, entre le grain du vent, les haillons de la terre, l&rsquo;immensit\u00e9 d&rsquo;un ciel et l&rsquo;haleine de la pierre, mais jamais aussi pr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9clat d&rsquo;horizon. On a beau se faire aussi attentif qu&rsquo;une b\u00eate traqu\u00e9e dans la jungle, et tendre les deux oreilles jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elles se rejoignent et comprennent que non il n&rsquo;y a rien d&rsquo;autre \u00e0 entendre que son propre c\u0153ur, son souffle, et ses pens\u00e9es, qui insensiblement s&rsquo;\u00e9rodent, se d\u00e9sincarnent jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;os, deviennent si minces qu&rsquo;un fil d&rsquo;air les apaise. On esp\u00e8re un frissonnement d&rsquo;herbes, des gouttes d&rsquo;eau remontant d&rsquo;une source, le souffle d&rsquo;un museau. On traverse ce paysage comme on traverse une \u00e9preuve, de celles qui nous font autre. Comme dans le choc d&rsquo;une absence, celle qui est d\u00e9finitive, o\u00f9 tu ne vois plus rien, tu n&rsquo;entends plus rien, totalement enfoui dans ce vide o\u00f9 tu as \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9. Et tu te sens bien comme sur une \u00eele dont tu parcours l&rsquo;\u00e9chine, d&rsquo;encore en encore, \u00e0 sonder le silence \u00e0 fleur de pierres. Le silence du Causse M\u00e9jean vient nouer ta gorge. Entre causse et silence une alliance d&rsquo;innocence. A capella, une alouette des champs susurre les syllabes de l&rsquo;absence. Elle vole haut, si haut que ce n&rsquo;est qu&rsquo;un point qui se d\u00e9place dans le ciel mais elle grisolle avec d\u00e9termination et plus rien n&rsquo;existe alors que ce chant. Entre la m\u00e9lodie et le silence, on est pris de vertige. On se tient dans la justesse des deux, entre un plein et un vide, dans une vision d&rsquo;un monde enfin r\u00e9concili\u00e9. Comment ne pas se sentir alors au c\u0153ur de la Cr\u00e9ation et de r\u00eaver d&rsquo;un geste de calligraphie pour donner \u00e0 voir ce qu&rsquo;on vient de ressentir. Cette immensit\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e comme une chor\u00e9graphie entre l&rsquo;intime de l&rsquo;espace du dedans et l&rsquo;immensit\u00e9 de l&rsquo;espace du dehors \u00e9pous\u00e9es dans un silence qui soul\u00e8ve les corps. On atteint ce lointain qui toujours interroge, et qui se retire encore plus loin. Voil\u00e0, on est ce personnage \u00e0 la Caspar David Friedrich, cette femme face au lever de soleil, les bras un peu \u00e9cart\u00e9s du corps, les mains tourn\u00e9es vers le ciel, dans l&rsquo;accueil d&rsquo;un plus grand qu&rsquo;elle dont elle n&rsquo;a pas conscience mais qui sent ses pieds s&rsquo;ancrer dans le sol, comme si elle \u00e9tait elle m\u00eame le paysage.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la margelle d&rsquo;une croix de pierre, au bord du chemin, se recueillent les \u00e9chos de ces instants, pr\u00e9serv\u00e9s comme des secrets.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 travers nous s&rsquo;envolent<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les oiseaux en silence. \u00d4 moi qui veux grandir,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je regarde au-dehors, et l&rsquo;arbre en moi grandit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>(Rainer-Maria Rilke)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le ciel: un gouffre. La terre: un d\u00e9sert. 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