{"id":153397,"date":"2024-06-07T23:17:00","date_gmt":"2024-06-07T21:17:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=153397"},"modified":"2024-06-12T07:41:06","modified_gmt":"2024-06-12T05:41:06","slug":"boucle-3-01-notes-silence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boucle-3-01-notes-silence\/","title":{"rendered":"#versune\u00e9copo\u00e9tique #02-01 | vers un&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><br>#<strong>02 | \u00e0 compl\u00e9ter<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px\"><strong>Boite de serviettes p\u00e9riodique<\/strong><br>On ne dit pas le sang qui fait tourner le vin du chai \u2013 sinon \u00e0 mots d\u00e9tourn\u00e9s \u2013, ce qui entoure le corps des femmes est tabou. Il y a \u00ab rouge \u00bb, \u00ab anglais d\u00e9barqu\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00abtruc\u00bb (m\u00eame \u00ab\u00a0machin\u00a0\u00bb)\u00a0: surtout truc. Tu as tes trucs\u00a0? La m\u00e8re note dans le calendrier (menstruel): une petite fleur rouge au crayon avec l\u2019initiale; B. le 13\u2026, M.\u00a0le 24\u2026 La bo\u00eete recouverte de papier dor\u00e9 froiss\u00e9 tr\u00f4ne sous le sapin. Des serviettes d\u00e9coup\u00e9es, petite bandes ouat\u00e9es enroul\u00e9es et ficel\u00e9es de laines font corps des figurines\u00a0: les t\u00eates sont en boutons. Dans la travailleuse couture se trouve la boite \u00e0 boutons, dans la boite \u00e0 boutons celle des petit accessoires remis\u00e9s, on y trouve des boutons bizarres avec un trou sur deux, de la menue monnaie, des bouchons, m\u00eame des dents. Les b\u00eates aux pattes d\u2019allumettes sont faites avec un bouchon. Elle pose sa cr\u00e8che \u00ab\u00a0hygi\u00e9nique\u00a0\u00bb sous le sapin, on lit encore la marque \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la bo\u00eete.<br><br><strong>D\u00e9chetterie\u00a0<\/strong><br>Depuis un an je fr\u00e9quente la d\u00e9ch\u00e8terie (et les enterrements). \u00c0 la d\u00e9ch\u00e8terie il existe un endroit r\u00e9serv\u00e9 aux objets \u00e0 usage prorog\u00e9. \u00ab\u00a0Seconde vie\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Deuxi\u00e8me chance\u00a0\u00bb c&rsquo;est la d\u00e9nomination : des \u00ab\u00a0articles domestique\u00a0\u00bb, valises, vaisselle&#8230; jouets, livres et des meubles de petites tailles, en assez bon \u00e9tat pour \u00eatre \u00ab\u00a0redonn\u00e9s\u00a0\u00bb \u2013 c\u2019est fou le nombre de porte-journaux qu&rsquo;on trouve. La d\u00e9ch\u00e8terie la plus proche de chez moi prend mais ne redonne pas ; celle de l&rsquo;\u00eele fait libre service. Sur l&rsquo;\u00eele je l\u2019aide \u00e0 se d\u00e9barrasser du trop plein de sa cuisine ; on se d\u00e9leste de vaisselle en bon \u00e9tat dans le coin des \u00ab\u00a0Seconde chance\u00a0\u00bb. Elle revient pourtant avec une toute petite tasse de couleur verte \u00e0 l\u2019anse \u00e9br\u00e9ch\u00e9e qu&rsquo;elle tient entre ses paumes comme un oiseau bless\u00e9. Elle aime les choses trouv\u00e9es parce que perdues. Ce qui ne s\u2019ach\u00e8te pas; ou avec une pi\u00e8ce symbolique, tient pour elle du petit miracle. Ramasser les choses laiss\u00e9es sur la route lui donne le sentiment d&rsquo;une esp\u00e8ce de sauvetage : tous ces objets sans valeur qui ont une histoire&#8230; elle imagine. Dans la petite tasse verte elle verse de la chicor\u00e9e, son doigt effleure l&rsquo;anse \u00e9br\u00e9ch\u00e9e d&rsquo;un pass\u00e9 qui ne lui appartient pas.<br><br><strong>Brisure<\/strong><br>le KINTSUGI ( jointure en or ) est une m\u00e9thode japonaise de r\u00e9paration des poteries et porcelaines bris\u00e9es au moyen de laque saupoudr\u00e9e d&rsquo;or <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kintsugi\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kintsugi<\/a><br>le KINTSUGI s&rsquo;inscrit dans la pens\u00e9e japonaise du WABI-SABI qui invite \u00e0 reconnaitre la beaut\u00e9 dans les choses qui r\u00e9side dans les choses simples imparfaites et atypiques<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px\"><strong>Le portrait<\/strong><br>Je redescends de la for\u00eat par les sentes; dans une rue peu passante il y a un carton plein de petits tableaux color\u00e9s, format figure, le plus haut n\u2019exc\u00e9dant pas une cinquantaine de centim\u00e8tres ( Figure, c\u2019est une mesure de ch\u00e2ssis, un rectangle classiquement attribu\u00e9 au portrait). Quelqu\u2019un s\u2019\u00e9loigne avec un tableau; je fouille \u00e0 mon tour dans le carton et m&rsquo;arr\u00eate sur un portrait au fond barbouill\u00e9 d&rsquo;un vert soutenu. Cadr\u00e9e aux \u00e9paules, elle porte un haut fuchsia qui les d\u00e9nude ; sa peau est mate, ses cheveux noirs; ses yeux lui mangent le visage&nbsp;: la scl\u00e8re est d\u2019un blanc net ( le fond blanc de la toile gard\u00e9 en r\u00e9serve) et l\u2019iris noire ; je pense \u00e0 la charmeuse de serpent du douanier Rousseau.&nbsp;Je pars avec le tableau et d\u00e9cide de marquer des poses pour le photographier : inscrire son errance dans la ville ?Angle de rue, bord de fen\u00eatre, \u00e0 un clou qui d\u00e9passe d&rsquo;un mur de brique, devant une \u00e9cole\u2026une dizaine de stations, que j\u2019appellerai \u00abballade pour un tableau trouv\u00e9\u00a0\u00bb. Qui l\u2019avait peint? Pourquoi l\u2019avait-on jet\u00e9? Rentr\u00e9e chez moi, sans savoir ce que j\u2019en ferai je le pose au pied du groseillier. Il y a dans la facture du tableau une douceur na\u00efve que le regard d\u00e9nonce. Les yeux disent autre chose. Plus je regarde le tableau plus il m\u2019entra\u00eene vers les songes noirs de l&rsquo;enfance, le regard est trop fort; il aspire; r\u00e9surgence de pens\u00e9e magique? Le lendemain je repars marcher avec le portrait, je le photographie sous les arbres, sous la statue dor\u00e9e, sur un banc, une fois t\u00eate en bas \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un plot. Dans la rue o\u00f9 je l\u2019avais trouv\u00e9, le carton est \u00e0 sa place, il est vide \u00e0 pr\u00e9sent. J&rsquo;y d\u00e9pose le portrait; je le photographie. Une semaine plus tard le carton a disparu je me retourne, le portrait est pos\u00e9 sur le trottoir d\u2019en face, la pluie a d\u00e9lav\u00e9 les couleurs et le regard a fondu&#8230; (la derni\u00e8re photo n\u2019existe pas.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px\"><strong>Sans valeur <\/strong>(tri affectif)<br>De ce qu&rsquo;on garde et de ce qu&rsquo;on jette apr\u00e8s la mort au partage du contenu d&rsquo;une maison familiale. Valeur relative des objets. L&rsquo;inquantifiable qui fait se d\u00e9chirer pour une bo\u00eete d&rsquo;allumettes. (c&rsquo;est important une allumette avec une allumette on peut faire revivre une morte) <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px\"><strong>Photos <\/strong><br>Sur les quais elle ach\u00e8te pour rien des visages d\u2019anonymes; c\u2019est sa famille recompos\u00e9e en visages sans m\u00e9moire. <br><br><strong>Mains<\/strong><br>P. abandonn\u00e9e \u00e0 la naissance me raconte qu\u2019enfant elle prenait la main d\u2019inconnu(e)s dans les magasins&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br><br><strong>Chambre d&rsquo;h\u00f4tel <\/strong><br>\u00c9t\u00e9 77 je travaille comme femme de m\u00e9nage dans un h\u00f4tel. Chaque chambre est le dispositif involontaire d&rsquo;une absence. En 77 Sophie Calle n\u2019a pas encore r\u00e9alis\u00e9 sa s\u00e9rie sur les chambres d&rsquo;h\u00f4tel ( <em>L\u2019h\u00f4tel&nbsp;est compos\u00e9 d\u2019images et de textes r\u00e9alis\u00e9s par l&rsquo;artiste au cours d&rsquo;un remplacement de trois semaines comme femme de chambre \u00e0 Venise, o\u00f9 elle \u00e9tudie les vies ressenties de parfaits \u00e9trangers, via leurs effets personnels et leurs installations dans leur habitation temporaire.) <\/em>Chaque chambre est une potentialit\u00e9 d&rsquo;histoire: un couteau ouvert sur le rebord du lavabo, des restes de repas ; une robe pendue, noire, les chaussures noires align\u00e9es dessous; la valise vide et le placard l&rsquo;est aussi. Fa\u00e7ons de d\u00e9faire un lit, oreiller froiss\u00e9, poils, cheveux; ordre ou d\u00e9sordre : il y a ceux qui effacent leurs traces ( l\u2019id\u00e9e de photographier mon lit de tous les jours, la s\u00e9rie lit\/litanie, m&rsquo;est venu bien apr\u00e8s) <br><br><strong>Cartons de d\u00e9m\u00e9nagement<\/strong> <br>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 racont\u00e9 l\u2019histoire mais \u00e7a me pla\u00eet de penser que les cartons de d\u00e9m\u00e9nagement entrepos\u00e9s \u00e0 la cave auront servi \u00e0 reconstituer la biblioth\u00e8que de Faust. Cartons mis \u00e0 plat d\u00e9coup\u00e9s, contrecoll\u00e9s et recouverts de tarlatane. De grands volumes sans pages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px\"><strong>Hangar \u00e0 poules<\/strong><br>A dix kilom\u00e8tres en rase campagne on a trouv\u00e9 un hangar \u00e0 poules reconditionn\u00e9 pour stocker les d\u00e9cors. Un long b\u00e2timent peint en blanc. Il faut soulever la porte en la poussant. Ce qu\u2019on voit en entrant \u2013 il y a sur la gauche un mur d&rsquo;\u00e9tag\u00e8res\u2013, c&rsquo;est une t\u00eate humaine; une machine \u00e0 \u00e9crire sous verre; un saumon d\u2019un m\u00e8tre de long&#8230;, arrangement involontaire : longtemps que les choses ne sont plus ordonn\u00e9es par spectacle. D\u00e9p\u00f4t de m\u00e9moire. Des plumes rest\u00e9es coll\u00e9es aux poutres m\u00e9talliques tournent au vent des courants d&rsquo;air. Proposition surr\u00e9aliste \u00e0 une ultime repr\u00e9sentation? Des sacs translucides gardent au sec la neige artificielle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px\"><strong>Picasso <\/strong><br><em>\u00ab\u00a0&#8230; Car Picasso gardait tout&nbsp;: de la poussi\u00e8re \u00e0 la note de tailleur, de la bo\u00eete d\u2019allumettes aux pi\u00e8ces de monnaies, des pelotes de fil aux capsules de bouteilles, en passant par les rognures d\u2019ongle, les lambeaux de peau et les cheveux coup\u00e9s &#8230;&#8230; Au rang des choses anim\u00e9es d\u2019une possible puissance&nbsp;: le sang, la poussi\u00e8re, les cheveux, les v\u00eatements, les ongles et les lambeaux de peau, les v\u00eatements et\u2026 les fluides corporels \u00ab\u00a0<\/em> <a href=\"https:\/\/www.fabula.org\/acta\/document16110.php\">https:\/\/www.fabula.org\/acta\/document16110.php<\/a><br><br><strong>L&rsquo;appendice<\/strong><br>J&rsquo;ai dix ans je me r\u00e9veille de l&rsquo;op\u00e9ration, sur ma droite dans un tube \u00e0 essai il y a une esp\u00e8ce de limace rouge\/violet, tout en me regardant elle semble morte : tu veux la garder me demande la femme en blanc? <br>Lui gardait ses excr\u00e9ments dans des bocaux \u00e0 confiture, d&rsquo;ailleurs il croyait \u00e0 la substantiation ; apr\u00e8s les chocs \u00e9lectriques il n&rsquo;a plus peint que des crucifixions .<br><br><strong>Cave <\/strong><br>Il pr\u00eate la main, c&rsquo;est un travail d&rsquo;appoint : petits travaux; vide cave et grenier. Il vous d\u00e9barrasse. Il a pris l&rsquo;habitude de garder des choses suivant leur couleur. Dix neuf centim\u00e8tres (hauteur, largeur et profondeur), c&rsquo;est le gabarit maximal non n\u00e9gociable qu&rsquo;il s&rsquo;est fix\u00e9. Il ordonne ses \u00ab\u00a0rebuts\u00a0\u00bbpar couleurs. Il a construit des \u00e9tag\u00e8res. Sa \u00ab\u00a0ligne Rouge\u00a0\u00bb est impressionnante, bouchons de bidons et de p\u00eache, jouxtent entonnoirs et enrouleurs de scotch; il y a des accessoires de dinette, des play-mobil &#8230; un petit s\u00e9cateur en partie mang\u00e9 par la rouille : c&rsquo;est joli la rouille, il va cr\u00e9er une ligne de m\u00e9taux corrod\u00e9s. Sur l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re la plus haute, ses bocaux de cendre : une ligne grise r\u00e9p\u00e9titive qui fait comme un bruit blanc. Chaque mois il \u00e9limine pas moins de cinq objets, c&rsquo;est la r\u00e8gle incompressible qu&rsquo;il s&rsquo;est fix\u00e9e.<br><br><strong>Tony Cragg <\/strong>(voir palette de couleur en morceaux de plastique)<br>Tony Cragg <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tony_Cragg\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tony_Cragg<\/a><br>\u00ab\u00a0<em>Tony Cragg est avant tout un sculpteur. Ses oeuvres s\u2019inscrivent dans le mouvement de la \u00abNouvelle Sculpture Anglaise\u00bb, qui se d\u00e9veloppe pendant les ann\u00e9es 1980. Des artistes tels que David Mach, Bill Woodrow, Jean Luc Vilmouth participent \u00e0 ce mouvement. Ce mouvement est caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019utilisation, dans leurs oeuvres, d\u2019objets \u00ab de la vie quotidienne\u00bb, d\u2019objets ramass\u00e9s et d\u00e9tourn\u00e9s de leur fonction premi\u00e8re. Ces objets sont le mat\u00e9riaux de base de leur travail.<\/em>\u00ab\u00a0<br>\u00ab\u00a0<em>L&rsquo;acte premier de Tony Cragg consiste \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer divers objets et d\u00e9tritus qui serviront comme autant d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments de recyclage \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de ses oeuvres . Ses collectes le conduisent \u00e0 imaginer puis \u00e0 installer diverses compositions figuratives color\u00e9es. Qu&rsquo;elles soient murales ou pos\u00e9es au sol, ses oeuvres cherchent \u00e0 questionner le spectateur sur son rapport aux objets.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:19px\"><strong>Bruitage<\/strong><br>Je l&rsquo;ai vue arriver caddie plein. Nous avions rendez-vous devant la grille \u00e0 minuit, on nous pr\u00eatait une salle. Je l&rsquo;ai suivie dans les couloirs. Le monte charge nous a d\u00e9pos\u00e9 au sous-sol. Nous avons rejoint la salle 5. Elle d\u00e9charg\u00e9 le caddie sous l&rsquo;\u00e9cran l\u00e0 o\u00f9 il y a des micros sur pied; tout le bazar : balai, \u00e9tole de fourrure, chutes de tissus, bidons \u00e0 moiti\u00e9 pleins, bo\u00eete de graines, de boulons&#8230; vestes \u00e0 fermeture \u00e9clair&#8230; papier de verre, chaussures ferr\u00e9es&#8230; : \u00ab\u00a0<em>C\u2019est un mini-d\u00e9m\u00e9nagement \u00e0 chaque fois <\/em>\u00bb. Elle utilise une trentaine de valises diff\u00e9rentes, chacune renfermant un type d\u2019objet particulier. \u00ab<em> Il y a celle que j\u2019utilise tout le temps avec des jouets, un peu de m\u00e9tal, des choses qui grincent, des gants en tissu\u2026 J\u2019ai \u00e9galement des valises d\u2019instruments de musique, de jouets, d\u2019ustensiles de cuisine, de livres, de mat\u00e9riel informatique\u2026<\/em> \u00bb. Elle amasse beaucoup. Des objets \u2013 elle sort un moulin \u00e0 caf\u00e9\u2013 et des d\u00e9chets, chutes de bois ou de m\u00e9tal&#8230; C&rsquo;est la potentialit\u00e9 sonore d&rsquo;un objet qui la retient. Quand elle regarde les choses elle les entend.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>#01 | notes (silence)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px\">De la chambre d&rsquo;enfant. Du sommeil obligatoire. Silence peupl\u00e9 : voix, toux, rire, r\u00e2le ; la vitre tremble: le m\u00e9tro arien, une auto se gare. Rue. Rixe\u2026 choses dedans-dehors. On ne sait pas si ce sont les lattes du parquet ou le ciel \u00e9lectrique d\u2019avant minuit qui grincent. Un zeste de lumi\u00e8re contre le noir (douleur); mais le mur bruisse. Si c\u2019est un ange&nbsp;en appui sur ses pattes d\u2019oiseau, il n\u2019a pas l\u2019air commode ; le doigt barre ses l\u00e8vres : Silence! intime l&rsquo;ange de l&rsquo;obscurit\u00e9. L\u2019enfant se fige&nbsp;; ses oreilles et ses yeux balayent le silence. <br>\u00c9couter. Scruter. Se tenir sur la cr\u00eate de chaque son. S\u2019\u00e9veiller en sursaut&nbsp;dans un silence de neige. <br>Je gravissais la rue de l\u2019Ermitage ; le trottoir avait gel\u00e9, je marchais au milieu de la rue dans les traces en zigzag. C&rsquo;\u00e9tait le d\u00e9but de l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Je remontais vers la for\u00eat. Un corbeau, le bruit de son aile \u00e9tait comme amplifi\u00e9, s&rsquo;est pos\u00e9 sur le bord d&rsquo;une palissade, puis je n&rsquo;ai plus entendu plus que le grincement de mes bottes. <br>Faire, ou se faire, silence, pour percer le silence; ne plus entendre qu&rsquo;un souffle de soi. Vouloir ne plus vouloir. Se fuir. <br>J&rsquo;entrais dans la for\u00eat noire et blanche. Les branches ployaient; la neige se d\u00e9tachait par masses, sans un bruit, ou presque \u2013 un craquement \u00e9touff\u00e9\u2013, comme des pierres de coton, blanc sur blanc, elles tombaient en silence. <br>Silence d&rsquo;entendre battre ton c\u0153ur. Silence de lame ou de seconde battante. Silence de mouche. Silence de m\u00e8re qui dort ou de m\u00e8re qui veille. Silence de plume et de plomb. Silence de mort.<br>Personne ; nulle trace. J&rsquo;avan\u00e7ais. J&rsquo;ai cri\u00e9 pour voir, j&rsquo;ai cri\u00e9 pour entendre. ( qui si je criais m\u2019entendrait dans les ordres des anges ) . J&rsquo;ai forc\u00e9 le silence pour entendre le silence. J&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 une image, la m\u00eame, avec ou sans le son. J&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 la disjonction de l&rsquo;image et du son. J&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 la puissance du silence dans l&rsquo;image. <br>Dans le r\u00eave ton cri mutique. Silence d&rsquo;entre deux mots, insoutenable silence. Trou noir de sc\u00e8ne. Blanc: J&rsquo;ai un blanc&#8230; De quel silence te souvient-il? <br>Ils et elles se sont envol\u00e9s ; elle ou lui a bondi, le bruit des ailes surpassait celui des pattes. J&rsquo;ai pens\u00e9 il va venir, il sera arm\u00e9. Il y aura une trace rouge sur la neige. J&rsquo;avan\u00e7ais; dans la neige je m&rsquo;enfon\u00e7ais. <br>\u00ab\u00a0Le silence \u00e9ternel de ces espaces infinis m&rsquo;effraient\u00a0\u00bb racontait le vieil homme, et l&rsquo;enfant qui ne voulait pas entrer dans le caveau de la nuit, demandait si l&rsquo;ange viendrait. Et le vieil homme racontait encore&#8230;<br>Je marchais. Le blanc portait mes pas ou bien c&rsquo;est le silence qui me liait \u00e0 la terre, aux branches, au ciel. Je me souviens m&rsquo;\u00eatre couch\u00e9e sur la neige. Je me souviens m&rsquo;\u00eatre endormie. Apr\u00e8s je ne me souviens pas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#02 | \u00e0 compl\u00e9ter Boite de serviettes p\u00e9riodiqueOn ne dit pas le sang qui fait tourner le vin du chai \u2013 sinon \u00e0 mots d\u00e9tourn\u00e9s \u2013, ce qui entoure le corps des femmes est tabou. Il y a \u00ab rouge \u00bb, \u00ab anglais d\u00e9barqu\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00abtruc\u00bb (m\u00eame \u00ab\u00a0machin\u00a0\u00bb)\u00a0: surtout truc. Tu as tes trucs\u00a0? La m\u00e8re note dans le calendrier (menstruel): <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boucle-3-01-notes-silence\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#versune\u00e9copo\u00e9tique #02-01 | vers un&#8230;<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6018,6034,6017,1],"tags":[6044,428,278,274,6043,2956,124,1064,856,1611,157,203],"class_list":["post-153397","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ecopoetique-01-annie-dillard-un-silence","category-ecopoetique-02-gaelle-obiegly","category-ecopoetique","category-atelier","tag-allumette","tag-boite","tag-cendre","tag-chambre","tag-chose","tag-decor","tag-enfant","tag-foret","tag-neige","tag-portrait","tag-reve","tag-rouge"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153397","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=153397"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153397\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=153397"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=153397"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=153397"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}