{"id":153621,"date":"2024-06-09T18:02:43","date_gmt":"2024-06-09T16:02:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=153621"},"modified":"2024-09-13T22:00:12","modified_gmt":"2024-09-13T20:00:12","slug":"nouvelles-boucle-3-marlen-sauvage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-boucle-3-marlen-sauvage\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #02 | Et \u00e0 la fin le silence"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"proposition2\"><a href=\"#proposition1\">Et \u00e0 la fin le silence<\/a><br><a href=\"#proposition2\">Trouv\u00e9 gard\u00e9 coll\u00e9<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"Proposition1\">Et \u00e0 la fin le silence<\/h2>\n\n\n\n<p>Un toit, une varangue, et l\u2019espace au-dessous. La plaine o\u00f9 s\u2019\u00e9teignent les bruits du soir. C\u2019est une musique famili\u00e8re, une succession de sons qui grimpent jusqu\u2019\u00e0 vous, reconnaissables, alors qu\u2019allong\u00e9 dans votre hamac, vous escortez la fin du jour. C\u2019est le son amorti des moteurs de voitures, de camions contournant l\u2019usine sucri\u00e8re. Le p\u00e9piement tout proche sur le c\u00e2ble \u00e9lectrique de deux Cardinals \u00e0 la robe \u00e9carlate, bient\u00f4t sombre, et leur envol l\u00e9ger \u2013&nbsp;vous vous surprenez \u00e0 envier leur vie d\u2019oiseau, leur innocence, leur beaut\u00e9 gratuite. C\u2019est le claquement d\u2019un volet qu\u2019une main tire pour la nuit, le miaulement d\u2019un chat, le choc t\u00e9nu d\u2019une mangue sur le macadam, l\u2019aboiement d\u2019un chien voisin, le glissement sur les roches noires de la tortue \u00e9toil\u00e9e qui rejoint son antre dans le sous-sol de la maison, le vent qui s\u2019engouffre dans les branches de l\u2019arbre \u00e0 pain et vient remuer votre couche. C\u2019est l\u2019heure o\u00f9 l\u2019air \u00e9pais enveloppe de sa chaleur votre corps moite, c\u2019est la chaleur d\u2019une fin de journ\u00e9e humide, p\u00e9n\u00e9trante. Vous go\u00fbtez la m\u00e9lodie du soir propre \u00e0 votre quartier, jusqu\u2019\u00e0 son extinction. C\u2019est l\u2019heure o\u00f9 le ciel plonge dans l\u2019oc\u00e9an, noyant avec lui le train de nuages qui quelques instants plus t\u00f4t traversait votre espace, obscurcissant les champs de canne qui s\u2019\u00e9chelonnent vers les hauts, pass\u00e9s de verdoyants et jaunes \u00e0 leur couleur nocturne. C\u2019est l&rsquo;heure o\u00f9 vous revivez votre journ\u00e9e par images saccad\u00e9es depuis le lever avec le jour, la nouvelle qui vous a assomm\u00e9, br\u00e8ve comme peut l\u2019\u00eatre un message sur un \u00e9cran d\u2019ordinateur, le d\u00e9jeuner d\u2019un fruit de pitaya rose fuchsia dans une assiette blanche, votre lecture perturb\u00e9e, votre \u00e9criture plus encore, la naus\u00e9e, les vertiges. Aux images chaotiques, d\u00e9sordonn\u00e9es de ce jour fuyant, parce que la lassitude s\u2019empare de votre cerveau, se superposent celles de votre enfance, sur les genoux de votre m\u00e8re, ses comptines, ses berceuses ; dans les pas de votre grand-p\u00e8re, parmi les vignes. Plus aucun son de la vall\u00e9e ne vous parvient, vous avez rassembl\u00e9 sur votre torse un tissu de fin lainage, vous flottez dans l\u2019univers, vous en \u00eates une part infime, toute vanit\u00e9 \u00e9vanouie, votre existence pourrait prendre fin l\u00e0, dans l\u2019oubli du monde connu. C\u2019est une musique douce qui chante \u00e0 la porte du sommeil, une voix surpassant toutes les autres, cinglante \u00e0 votre derni\u00e8re entrevue. Vous vous glissez dans ce souvenir jusqu\u2019\u00e0 l\u2019endormissement, jusqu\u2019\u00e0 la mort des mots et leur sonorit\u00e9. Vous entrez enfin dans le silence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"Proposition2\"><br>Trouv\u00e9, gard\u00e9, coll\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"571\" height=\"390\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/les-ateliers-du-deluge19.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-154048\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/les-ateliers-du-deluge19.jpg 571w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/les-ateliers-du-deluge19-420x287.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 571px) 100vw, 571px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p id=\"Proposition-2\">Trouver, garder |carte d\u2019embarquement pour le Maroc, le voyageur reparti dans son pays, j\u2019imagine une histoire, mais il est revenu sans doute car je ramasse le bout de carton l\u00e9ger sur la jet\u00e9e de Baie-Saint-Paul, au Qu\u00e9bec | trouv\u00e9, coll\u00e9 dans un carnet. pourquoi ? je ne le sais | comme les tickets de m\u00e9tro, sans doute, sans raison. des destinations. des vacances. des exils |gard\u00e9 longtemps les tickets de cin\u00e9ma, pour la m\u00e9moire, coll\u00e9s aussi dans le m\u00eame carnet au papier kraft, \u00e0 la couverture noire stri\u00e9e&nbsp;|avec des petites images d\u00e9coup\u00e9es ici et l\u00e0, pour tout ce que cela suscite comme \u00e9criture, comme divagations&nbsp;| Rome, ville \u00e9ternelle, un exemple | ou encore, La Strada, la d\u00e9couverte de Fellini, \u00e0 douze ans, les larmes devant l\u2019histoire de Gelsomina et Zampano, fredonn\u00e9 et tr\u00e8s certainement sifflot\u00e9 la musique de Nino Rota pendant des mois\u2026 | c\u2019est \u00e0 La Strada que je dois mon go\u00fbt pour le cin\u00e9ma italien, la litt\u00e9rature italienne, la peinture italienne, l\u2019Italie, les pizzas et les p\u00e2tes. les m\u00e9lodrames | dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9e, ramass\u00e9 sur les chemins, des feuilles d\u2019arbre aux formes \u00e9tonnantes, comme celle-ci \u00e0 la texture de cuir, mordor\u00e9e, longtemps s\u00e9ch\u00e9e entre deux feuilles puis donn\u00e9e \u00e0 S. qui en fera la queue d\u2019un renard | des morceaux d\u2019\u00e9corce | des petites pierres qui s\u2019additionnent aux pierres dans une bonbonni\u00e8re en verre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e dans une recyclerie |&nbsp;je ne parle pas des coquillages | les photos r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es parmi le fatras des objets abandonn\u00e9s par les familles \u00e0 la mort d\u2019un vieux monsieur, d\u2019une vieille dame. une brocante. les histoires \u00e9bauch\u00e9es \u00e0 la lecture du verso d\u2019une carte postale, cette correspondance entre un fr\u00e8re et une s\u0153ur dans les ann\u00e9es 40 qui dort encore dans un tiroir, tout ayant d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9crit, explor\u00e9, publi\u00e9\u2026 mais l\u2019attachement \u00e0 ces \u00e9changes qui ont fait de ces deux-l\u00e0 des proches imagin\u00e9s | alors garder | trouver, garder, donner aussi | donner les v\u00eatements inutiles, les accessoires : ceintures, sacs, foulards | la vaisselle dont on ne se sert jamais&nbsp;|&nbsp;les petits objets offerts, encombrants, qui prennent la poussi\u00e8re, que l\u2019on n\u2019aurait jamais achet\u00e9s soi-m\u00eame | mais chiner aussi, pour le plaisir de la bonne affaire, parfois.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et \u00e0 la fin le silenceTrouv\u00e9 gard\u00e9 coll\u00e9 Et \u00e0 la fin le silence Un toit, une varangue, et l\u2019espace au-dessous. 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