{"id":153702,"date":"2024-06-04T16:10:30","date_gmt":"2024-06-04T14:10:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=153702"},"modified":"2024-06-09T08:19:42","modified_gmt":"2024-06-09T06:19:42","slug":"nouvelles-boucle-3-christine-eschenbrenner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelles-boucle-3-christine-eschenbrenner\/","title":{"rendered":"#versune\u00e9copo\u00e9tique | Christine Eschenbrenner"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Table des chapitres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#proposition1\">1_ Dehors comme dedans<\/a><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#proposition2\">2_ La ramasseuse de Santec<\/a><\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition1\">1_ Dehors comme dedans<\/h2>\n\n\n\n<p>Il faudrait un rep\u00e8re g\u00e9ographique pr\u00e9cis. Qui t\u2019arrache \u00e0 ce que tu crois savoir. &nbsp;Mais o\u00f9&nbsp;? Comment le trouver, le retrouver&nbsp;? Commencer par se taire.&nbsp; Se d\u00e9lester du bavardage ambiant. Chasser l\u2019envahisseur aux multiples visages. Qui bourdonne. Faire de la place&nbsp;: ce qui te vient \u00e0 l\u2019esprit. Mais c\u2019est encore du bruit. O\u00f9 aller et surtout par o\u00f9 passer&nbsp;? Tu prends un livre, l\u2019un de ceux que tu pr\u00e9f\u00e8res, lecture silencieuse. Mais c\u2019est comme une d\u00e9ception&nbsp;: normalement tous les d\u00e9p\u00f4ts silencieux se trouvent dans les livres, on y acc\u00e8de facilement, quand on lit. Mais ce n\u2019est pas l\u00e0. &nbsp;Alors o\u00f9&nbsp;? Peut-\u00eatre nulle part, \u00e0 cause de la rumeur perp\u00e9tuelle du monde, une blessure invasive qui prend toute la place et brouille l\u2019acc\u00e8s. Au moment o\u00f9 je m\u2019appr\u00eate \u00e0 renoncer, surgit quelque chose&nbsp;: l\u2019image d\u2019un torrent, en contrebas, pr\u00e8s d\u2019une route sinueuse. Va donc voir. Quel torrent&nbsp;? Celui qui file son eau vive dans un fracas de fra\u00eecheur. Ce n\u2019est pas l\u00e0, mais il faut passer par lui. Revient en plein sommeil l\u2019endroit exact&nbsp;: route Napol\u00e9on, lacets et petits tunnels taill\u00e9s dans la roche, puis l\u2019endroit indiqu\u00e9&nbsp;: tu te gares l\u00e0, comme tu peux, le long de la Bl\u00e9one. On fait comment d\u00e9j\u00e0&nbsp;? Il faut passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, sachant qu\u2019on ne pourra pas redescendre tout de suite&nbsp;: une fois l\u2019ascension engag\u00e9e, il y aura au moins deux heures de marche jusqu\u2019\u00e0 la maison en ruines o\u00f9 il sera possible de dormir avec les l\u00e9rots puis environ une demi-heure pour trouver l\u2019ermite, radieuse autant que rieuse qui a repris pour y vivre une ancienne crevasse pr\u00e8s des murs d\u2019une chapelle retap\u00e9e dont le toit est le ciel, tant qu\u2019\u00e0 faire. &nbsp;On y retourne&nbsp;: remettre les pas int\u00e9rieurs dans les pas d\u2019alors, et on grimpe. C\u2019est la Haute-Provence, comment ne pas monter&nbsp;? On se concentre sur le souvenir de l\u2019ascension&nbsp;: gouttes de sueur dans le cou, cailloux qui roulent sous les pieds, la montagne est caisse de r\u00e9sonance. Effort de l\u2019escalade&nbsp;: les mots tarissent. Un pas, l\u2019autre, et le souffle court. Le paysage prend toute la place au dedans, on monte encore et la halte&nbsp;: juste apr\u00e8s le crissement des aiguilles de pins sous les pieds, une trou\u00e9e et le chemin violemment \u00e9clair\u00e9, au bord du ravin. Marche \u00e0 l\u2019arr\u00eat, plus un bruit. Vertige. Se ressaisir. Ce qui a lieu&nbsp;: pas l\u2019ombre d\u2019un son. Rien que les courbes du lointain, l\u2019expansion d\u2019un temps suspendu comme signe avant-coureur de l\u2019ermitage. Les odeurs m\u00eal\u00e9es de la pierre chaude et de la sarriette. Les bruits sont tomb\u00e9s le long de la paroi comme un v\u00eatement dont on se d\u00e9leste. &nbsp;On baigne dans l\u2019autre monde, un silence innerv\u00e9 que ne brise pas la reprise des pas, incrust\u00e9s en lui. Ce r\u00eave revient souvent et je r\u00eave de repartir l\u00e0 o\u00f9 m\u2019attend celui qui fait corps avec le paysage-silence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition2\">2_ La ramasseuse de Santec<\/h2>\n\n\n\n<p>D\u2019abord le grand arc-de-cercle du Pouldu, ponctu\u00e9 \u00e0 son extr\u00e9mit\u00e9 par un blockhaus fissur\u00e9, ruine encore arm\u00e9e. Le sable blanc de la plage a disparu, recouvert par l\u2019immense masse brune, luisante, du go\u00e9mon, arrach\u00e9 au fond par la mer furieuse puis rejet\u00e9 hors d\u2019elle. On ne sait pas si la prochaine mar\u00e9e reprendra ce butin d\u00e9chiquet\u00e9. On descend sur le tapis gluant, pieds nus et blancs parmi laminaires, microalgues, une esp\u00e8ce de placenta sal\u00e9 encore rougeoyant par endroits. Sur la surface glissante s\u2019avance une femme qui se penche souvent, fouille le d\u00e9p\u00f4t et en retire de petits \u00e9l\u00e9ments qu\u2019elle glisse dans un sac. D\u00e9chets&nbsp;? On se rapproche pour lui demander quels sont les objets de tant d\u2019attention et s\u2019il s\u2019agit de nettoyage, nous l\u2019aiderons. Sous sa casquette d\u2019aventuri\u00e8re, elle sourit, dit ce qu\u2019elle cherche, ce qu\u2019elle trouve \u2014 d\u00e9chets qui bient\u00f4t n\u2019en seront plus. Contenus de containers fracass\u00e9s sur les rochers, restes de filets, pi\u00e8ces de couleur, ferraille rouill\u00e9e, morceaux \u00e9toil\u00e9s, petits sujets parfois venus des Etats-Unis, cordelettes tress\u00e9es et regardez bien, dit-elle en ramassant de minuscules billes de plastique transparent&nbsp;: c\u2019est le pire, des larmes de sir\u00e8nes. On se penche \u00e0 notre tour et l\u00e0 o\u00f9, avant on ne voyait rien, on distingue sous les algues des larmes par centaines. Elles aussi \u00e9chapp\u00e9es des containers. Un nom bien trompeur pour une r\u00e9alit\u00e9 tragique&nbsp;: en mer, poissons, poulpes, crustac\u00e9s avalent les larmes de sir\u00e8nes, les confondant avec de petits \u0153ufs transparents. Les larmes dures \u00e9touffent et empoisonnent le peuple qui vit dans le ventre de la mer. La ramasseuse dit qu\u2019elle pr\u00e9l\u00e8ve ce qu\u2019elle peut, ce qu\u2019elle voit. Elle dit qu\u2019elle donne ensuite \u00e0 sa s\u0153ur les tr\u00e9sors des d\u00e9rives. Cette s\u0153ur est une artiste qui colle sur des boules de verre \u2014 les globes qui \u00e9clairent les rues\u2014 les trouvailles r\u00e9colt\u00e9es apr\u00e8s les mar\u00e9es par sa ramasseuse de s\u0153ur. Elle cr\u00e9e ainsi des mappemondes lumineuses qu\u2019elle montre \u00e0 ses proches, pr\u00eate ou donne aux amis ou aux curieux. On imagine les globes pos\u00e9s pr\u00e8s du blockhaus ou m\u00eame sur le grand lit de go\u00ebmon. &nbsp;Pourquoi pas, dit-elle. Pour l\u2019instant, je ramasse. On l\u2019aide. J\u2019ai encore des larmes de sir\u00e8nes dans les poches d\u2019une vieille veste.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table des chapitres 1_ Dehors comme dedans 2_ La ramasseuse de Santec 1_ Dehors comme dedans Il faudrait un rep\u00e8re g\u00e9ographique pr\u00e9cis. Qui t\u2019arrache \u00e0 ce que tu crois savoir. &nbsp;Mais o\u00f9&nbsp;? Comment le trouver, le retrouver&nbsp;? Commencer par se taire.&nbsp; Se d\u00e9lester du bavardage ambiant. Chasser l\u2019envahisseur aux multiples visages. Qui bourdonne. 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