{"id":153766,"date":"2024-06-08T18:31:29","date_gmt":"2024-06-08T16:31:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=153766"},"modified":"2024-09-13T22:01:01","modified_gmt":"2024-09-13T20:01:01","slug":"nouvelleboucle-301-lodeur-du-silence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelleboucle-301-lodeur-du-silence\/","title":{"rendered":"#\u00e9copo\u00e9tique #01 | L&rsquo;odeur du silence"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Table des mati\u00e8res :<\/strong><br>1 &#8211;<a href=\"#proposition1\"> L&rsquo;odeur du silence<\/a> <br>2 &#8211;<a href=\"#proposition2\"> Le jour du fil de fer<\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Boucle3-01-CheminSilenceOdeur-1024x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-153767\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Boucle3-01-CheminSilenceOdeur-1024x1024.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Boucle3-01-CheminSilenceOdeur-420x420.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Boucle3-01-CheminSilenceOdeur-200x200.jpeg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Boucle3-01-CheminSilenceOdeur-768x768.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Boucle3-01-CheminSilenceOdeur-1536x1536.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Boucle3-01-CheminSilenceOdeur-2048x2048.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo Juliette Derimay<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition1\">L&rsquo;odeur du silence<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">C\u2019est une vall\u00e9e parfaite. Pas de ces vall\u00e9es \u00e9troites o\u00f9 on se sent oppress\u00e9, compress\u00e9, \u00e9cras\u00e9 par des \u00e0-pics trop raides qui suintent le danger et rejettent tout ce qui ose sortir du min\u00e9ral, ni de ces endroits trop plats qui abritent l\u2019ennui, le cachent dans le trop loin pour des yeux affam\u00e9s et laissent s\u2019installer des usines, des fabriques qui les font presque villes. Ici les pentes sont douces mais elles restent des pentes, qui arr\u00eatent le regard, le conduisent au sommet. Pour arriver l\u00e0-haut, il faut quitter la route, la d\u00e9partementale qui ondule tranquillement en bas de la vall\u00e9e. Elle taquine la rivi\u00e8re, l\u2019enjambe de ses ponts, s\u2019installe tant\u00f4t \u00e0 droite ou bien tant\u00f4t \u00e0 gauche du lit qu\u2019elle s\u2019est creus\u00e9 en gazouillant gaiement sous le soleil d\u2019\u00e9t\u00e9, ou dans un grondement grave quand elle roule des pierres, des branches ou m\u00eame des troncs dans ses tristesses d\u2019automne ou ses joies de printemps. Laisser la grosse route filer de son c\u00f4t\u00e9 et prendre la petite route qui monte sur la gauche, qui grignote la pente en lacets bien serr\u00e9s. Dans les odeurs d\u2019essence et de goudron trop chaud, les voitures, les motos vrombissent en gros insectes \u00e0 chaque sortie de virage. Reprises de vacarme. Enfin quitter la route et suivre le sentier, tous les bruits de moteurs se font plus espac\u00e9s ou au moins plus lointains. Les pieds qui font rouler et d\u00e9rangent les cailloux ou qui brassent les herbes, font craquer les feuilles mortes, les brindilles, les branchettes, laissent encore une place au creux de nos oreilles pour les cris des oiseaux qui marquent leur territoire de notes \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. En rentrant sous les arbres, c\u2019est le frais qui arrive, se posant en seigneur sur les portions de peau, plus ou moins importantes en fonction de la saison, qu\u2019on expose au dehors. Maintenant on est plus loin, l\u2019\u00e9coulement des voitures comme celui de la rivi\u00e8re ne sont plus que bruits de fond, d\u00e9pass\u00e9s et de loin par le vent dans les branches et les grattements divers de qui cherche sous les feuilles de quoi nourrir ses petits ou un coin pour dormir.<br>Ce jour l\u00e0 c\u2019est ton nez qui a fait taire tout le reste. Oubli\u00e9s dans l\u2019instant humus et champignons et fleurs de ch\u00e2taigner, et le chant des oiseaux. La charogne couvrait tout. Odeur en chappe de plomb qui \u00e9crasait le reste, insistante, \u00e9c\u0153urante, elle est venue te chercher, te tirer de ta r\u00eaverie. Tous tes sens s\u2019\u00e9taient tus, plus rien dans les oreilles, sous les pieds, devant les yeux, dans ta bouche en haut le c\u0153ur, proche de la naus\u00e9e. Juste l\u2019odeur de charogne. Quand tu t\u2019es arr\u00eat\u00e9e, tes yeux se sont repris, cherchant sans vouloir voir o\u00f9 les guidait ton nez. Corps sans vie devenu viande, nourriture pour tant d\u2019autres que tes yeux cherchent quand m\u00eame, toujours sans vouloir voir. Et si tes yeux la trouvent, cette odeur de charogne, ils se d\u00e9tourneront le plus vite qu\u2019ils le peuvent ou bien se fermeront, de d\u00e9gout et d\u2019horreur, pour parfois y revenir, juste du coin de l\u2019\u0153il, sans oser l\u2019assumer, cette attirance \u00e9trange, d\u00e9ni de pouvoir se dire qu\u2019en nous aussi, eh oui, un jour cessera la vie. C\u00f4t\u00e9 sombre de nous quand on ne veut pas voir mais qu\u2019on regarde quand m\u00eame, mais alors juste un peu, quand tous les bruits autour continuent d\u2019exister mais que tu n\u2019entends rien, quand les mots gardent l\u2019odeur sans que tu les prononces. Ce que tu as senti ce jour-l\u00e0, sur le chemin, c\u2019est l\u2019odeur du silence<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">Pour l'id\u00e9e, merci \u00e0 Baudelaire (Une charogne, Les fleurs du mal), \u00e0 Ryoko Sekiguchi (L'appel des odeurs) et \u00e0 l'odeur tenace pr\u00e9sente depuis trois jours sur le chemin d'en bas.<\/pre>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Boucle3-02-Dechets-1024x576.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-153912\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Boucle3-02-Dechets-1024x576.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Boucle3-02-Dechets-420x236.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Boucle3-02-Dechets-768x432.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Boucle3-02-Dechets-1536x864.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Boucle3-02-Dechets-2048x1152.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"proposition2\">Le jour du fil de fer<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">C\u2019est \u00e0 la fin de l\u2019hiver, au d\u00e9but du printemps que tu t\u2019attaques au jardin. La neige au fur et \u00e0 mesure a fini par tasser tous les restes du vert de l\u2019\u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dent, devenus jaunes et fibreux. Tu vois bien les reliefs, les endroits du jardin qui ont besoin d\u2019un coup de main pour essayer de faire plat, \u00e9viter les cuvettes. Gratouiller en surface, enlever les racines qui ont fait leur travail dans le profond du sol, les poser au-dessus o\u00f9 elles pourront encore travailler \u00e0 nouveau en servant de toiture \u00e0 ceux qui vivent l\u00e0, les vers et puis les autres. Juste un travail l\u00e9ger, juste gratter un peu, au moins en th\u00e9orie. Le jour du fil de fer, \u00e7a t\u2019a pris plus longtemps, bien plus longtemps que \u00e7a. Le jour du fil de fer, tu as suivi le fil, d\u2019abord en gratouillant, juste du bout des doigts, puis avec un outil, enfin avec une pioche pour enlever du sol ce qui ressemblait fort \u00e0 l\u2019avant d\u2019une voiture, plastiques plus du tout lisses, boutons et connecteurs, fusibles et compagnie, choses non identifiables, mais qui allaient avec. Une cuvette de la taille d\u2019une baignoire pour les veaux.<br>Les urbanistes qualifient cet endroit de zone d\u2019habitat dispers\u00e9. Urbaniste, du latin urbs, ville. Si bien que l\u2019urbanisme des villes, appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019habitat dispers\u00e9 comporte souvent des particularit\u00e9s, impossibilit\u00e9s, incongruit\u00e9s. Absurdit\u00e9s\u00a0? Exemple, le ramassage des d\u00e9chets. En zone d\u2019habitat dispers\u00e9, la collecte ne se fait pas \u00e0 domicile, mais dans des points d\u2019apport volontaire. Donc d\u00e9marche volontaire des gens qui vont jeter leurs poubelles, m\u00eame celles de tous les jours. Beaucoup s\u2019y sont faits, d\u2019autres toujours pas, ou au moins pas toujours et ces derniers perp\u00e9tuent les pratiques traditionnelles sur le sujet. Beaucoup de choses finissent sur le tas de compost, ou nourrissent les animaux, poules, chiens, chats, cochons dans certains cas. Les probl\u00e8mes commencent avec tous les objets qui sont non compostables, qui se recyclent \u00e0 peine, ne se r\u00e9parent pas toujours. Et depuis plus longtemps des choses qui mettent du temps \u00e0 se d\u00e9composer, exemple le m\u00e9tal ou le verre des bouteilles, quasiment \u00e9ternel. Toutes ces choses dont on ne voulait plus, on les jetait chez le voisin, qui lui de son c\u00f4t\u00e9, faisait la m\u00eame chose, en essayant toutefois, dans la plupart des cas, de trouver un endroit qui soit un peu discret, sous les arbres, c\u2019est parfait. Dans ces zones d\u2019habitat dispers\u00e9, les limites des parcelles, au moins sur le terrain, sont difficiles \u00e0 voir, fruit de longues discussions, de n\u00e9gociations \u00e2pres sur des g\u00e9n\u00e9rations, ou statu quo idiots fruits d\u2019affrontements sanglants. Les bornes sont des cailloux vaguement peints, des piquets bariol\u00e9s, ou des taches sur des arbres qu\u2019on peut, c\u2019est souvent le cas, avoir coup\u00e9s depuis. \u00c0 chaque rafraichissement, on change de couleur, histoire d\u2019en rajouter et de se r\u00e9jouir de l\u2019air un peu perdu de ceux qui d\u00e9couvrent juste ce syst\u00e8me bien sp\u00e9cial, d\u2019autant plus qu\u2019il arrive que les fameuses bornes moyennement officielles, se transforment \u00e0 la nuit en animaux nocturnes qui se d\u00e9placent sans bruit \u00e0 la faveur de l\u2019ombre. Mais c\u2019est l\u00e0 qu\u2019interviennent les d\u00e9chets d\u00e9pos\u00e9s juste sur la limite, ils aident d\u2019un petit clin d\u2019\u0153il celui qui chercherait une limite de terrain \u00e0 y voir enfin clair, et qui remerciera les pratiques douteuses des gens pas trop soucieux de leur environnement. Objets jet\u00e9s ici, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s ailleurs, chacun leur donnera une valeur diff\u00e9rente. Pr\u00e9cieux ou pas pr\u00e9cieux, sans valeur aujourd\u2019hui, mais peut-\u00eatre pas demain, le temps d\u00e9cidera, il saura mieux que nous qui ne r\u00e9fl\u00e9chissons pas trop pour ce genre de choses, que l\u2019histoire continue quand le couvercle retombe et parfois rebondit, m\u00eame tr\u00e8s longtemps apr\u00e8s le puant clap de fin<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table des mati\u00e8res :1 &#8211; L&rsquo;odeur du silence 2 &#8211; Le jour du fil de fer L&rsquo;odeur du silence C\u2019est une vall\u00e9e parfaite. Pas de ces vall\u00e9es \u00e9troites o\u00f9 on se sent oppress\u00e9, compress\u00e9, \u00e9cras\u00e9 par des \u00e0-pics trop raides qui suintent le danger et rejettent tout ce qui ose sortir du min\u00e9ral, ni de ces endroits trop plats qui <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nouvelleboucle-301-lodeur-du-silence\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9copo\u00e9tique #01 | L&rsquo;odeur du silence<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":123,"featured_media":153767,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6018,6034,6017],"tags":[6052,6051,4872,6050,277,2201,4873,212],"class_list":["post-153766","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ecopoetique-01-annie-dillard-un-silence","category-ecopoetique-02-gaelle-obiegly","category-ecopoetique","tag-arpentage","tag-bornes","tag-charogne","tag-dechets","tag-mort","tag-nature","tag-odeurs","tag-silence"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153766","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/123"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=153766"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153766\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":170955,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153766\/revisions\/170955"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/153767"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=153766"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=153766"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=153766"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}