{"id":154154,"date":"2024-06-14T16:15:04","date_gmt":"2024-06-14T14:15:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=154154"},"modified":"2024-06-15T06:55:02","modified_gmt":"2024-06-15T04:55:02","slug":"cycle-ete-00-prologue-un-jour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/cycle-ete-00-prologue-un-jour\/","title":{"rendered":"#anthologie #prologue | un jour"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:18px\">Un jour je suis commenc\u00e9e; je suis une potentialit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre sous les fleurs d\u2019une robe qui n\u2019a pas l\u2019air de noce. Je suis neuf stations (jour pour jour) : \u00e0 terme. Je monte \u00e0 la vie : la m\u00e8re de la m\u00e8re a les yeux dans l\u2019origine et voit une boule de cheveux noirs. Je passe. Je suis d&rsquo;un embrasement de juin n\u00e9e l&rsquo;hiver. Je suis un cri : deux poumons dilat\u00e9s, une bouche en toit de maison, des orteils et des doigts tr\u00e8s longs\u00a0dit l\u2019histoire. Je suis 1+1 qui fait 3\u00a0; un cadeau pas voulu. Je suis son \u00ab\u00a0petit homme\u00a0\u00bb n\u00e9e fille. Un genre. Un poids. Une taille. Deux pr\u00e9noms. Un nom. Je suis un agencement de lettres et de chiffres charg\u00e9s d\u2019histoires\u00a0: le d\u00e9but d\u2019une fiction (et plein de petits noms viendront). Je gloutonne, je dors je r\u00eave, je babille, je ris dans un couffin qu\u2019on trimballe\u00a0: enfant de la balle, de trois maisons. Je me fais une place dans les bras, pas ceux du p\u00e8re pour raison sanitaire. Je suis de grands-m\u00e8res, souvent. Je vais vite en mots, en marche, en propre. J&rsquo;ai de la gait\u00e9 et de l&rsquo;app\u00e9tit pour trois&#8230;. Et d&rsquo;un coup, voil\u00e0 quatre. Un jour \u2013 et c\u2019est tr\u00e8s vite\u2013, je suis ain\u00e9e. Je montre l&rsquo;exemple. J\u2019apprends bien ou mal. Vrai ou faux. Noir ou blanc. Je suis d&rsquo;un monde qui se divise. J\u2019explore : alcool \u00e0 br\u00fbler, panier d\u2019\u00e9pices, ciseaux, couteaux&#8230; Je colorie. Je patouille. Je fais des ch\u00e2teaux de terre et des g\u00e2teaux de sable (ou c&rsquo;est l&rsquo;inverse). Je suis ce que montrent les photographies et ce qu&rsquo;inventent les souvenirs. Je suis ce \u00e0 quoi on m&rsquo;assigne et \u00ab\u00a0pas l\u00e0\u00a0\u00bb. J&rsquo;aime l&rsquo;\u00e9cole. Le dehors m&rsquo;attire. Lever la main Dire. R\u00e9citer. Tracer. Je fais rire la classe. Je suis une \u00e9l\u00e8ve qui peut mieux faire. Et qui excelle parfois. Je m&rsquo;effraye de la nuit. Peur du noir. Je lis pendant des heures sans m&rsquo;arr\u00eater puis plus du tout. Je joue. Je mime. Je m&rsquo;absente. Je suis timide. Je fais le clown, je \u00ab\u00a0bravache\u00a0\u00bb. Je suis oiseau. Pierre. Ch\u00e8vre. Ogre : On dirait que je serais. Je joue \u00e0 la poup\u00e9e quand elle meurt. Je dessine ma main au fusain. Je mens par omission : J&rsquo;imagine. Je rumine. Obsessionnelle compulsive. Je me cache derri\u00e8re le rideau, le pilier, l&rsquo;arbre. J&rsquo;invente des d\u00e9cors. Je vois la petite b\u00eate. Je fais et refais la m\u00eame page, le m\u00eame plan. Je roule des cigarettes. J\u2019\u00e9coute des morceaux en boucle. Je doute ; Je doute. Je me prends pour Hamlet. Je m&rsquo;accroche; Je tiens t\u00eate. Me r\u00eave Antigone. Je \u00ab m\u2019amazone\u00a0\u00bb. Je me rev\u00eats de noir. Je s\u00e9duis des hommes. Je bois des coups au bar. Je cherche le bon rouge, ni sang, ni chine : C\u2019est si beau le pigment pur. Je broie du rouge. Je ne dors plus. Je tire \u00e0 pile ou face ; je fais semblant de savoir. J&rsquo;\u00e9coute avec mon c\u0153ur. Je cherche une raison. Bras ballants. Je reste sur la question. Je dis non. Mais aussi oui \u00e0 tort. Je suis bien et mal et noir et blanc et vraie et fausse; je suis ce que j&rsquo;entends et ce que disent leurs silences. Je prends sur moi. Tentatives. Perdition. Br\u00fblure. Questions sur questions mais corps pour aller danser. Aimer. Fuir. Par peur ou par paresse je perds mon temps. Par flemme ou par orgueil je me d\u00e9nigre. Je vais trop vite. Je r\u00eaves sur r\u00eaves les yeux ouverts. Insatisfaite. Cheveux en quatre. Je me passionne. Curieuse. Sans mode d\u2019emploi. Je m&rsquo;engage. Je tiens parole. On peut compter sur moi. Je suis l\u00e0. Je monte les marches de l\u2019h\u00f4pital. Je cuisine pour dix. Je descends l\u2019escalier de la morgue. Je m\u2019\u00e9loigne. Je prends des trains ; je marche ; je marche; je marche: seule. J\u2019aime \u00eatre seule. Je meurs pour de faux plusieurs fois. Je p\u00e2li, rougis, balbutie. Je jouis. Je croque un fruit mais serai toujours l\u00e0 pour toi, juste un peu sur le c\u00f4t\u00e9. Je me d\u00e9concentre avec une mouche. J\u2019oublie les noms propres. Je reconnais ceux que je ne connais pas. J\u2019apprends \u00e0 regarder dans les yeux. Je m&rsquo;\u00e9parpille. Je fonce quand il faut. Je perds et je gagne au bras de fer. Un jour je mets au monde une fille. Je m&rsquo;\u00e9merveille. Je me l\u00e8ve \u00e0 l&rsquo;aube pour \u00e9crire. Je d\u00e9couvre le pr\u00e9sent de l\u2019indicatif. J\u2019\u00e9limine des adjectifs. J&rsquo;attends juin le c\u0153ur battant. Puis c\u2019est la nuit. Un jour je deviens vieille . vieille. Je veille sur elle qui est plus vieille. \u00ab\u00a0Vous avez soixante cinq ans Vous avez soixante cinq ans Vous avez soixante cinq ans Vous avez soixante cinq ans Vous avez soixante cinq ans Vous avez soixante cinq ans\u00a0\u00bb c&rsquo;est le m\u00e9decin qui parle sans te regarder : je suis que je t&#8217;emmerde. Un jour je suis finir. Vieille. Vivante. J&rsquo;ai douze ans. Je marche. Je marche. Je marche avec des fant\u00f4mes. D&rsquo;ailleurs. D&rsquo;ici. Maintenant. Je regarde. J&rsquo;\u00e9coute. Je ne m&rsquo;insurge pas assez fort. Je suis qu&rsquo;on ne peut pas laisser faire \u00e7a. Et pourtant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un jour je suis commenc\u00e9e; je suis une potentialit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre sous les fleurs d\u2019une robe qui n\u2019a pas l\u2019air de noce. Je suis neuf stations (jour pour jour) : \u00e0 terme. Je monte \u00e0 la vie : la m\u00e8re de la m\u00e8re a les yeux dans l\u2019origine et voit une boule de cheveux noirs. Je passe. 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