{"id":154465,"date":"2024-06-16T13:57:08","date_gmt":"2024-06-16T11:57:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=154465"},"modified":"2024-06-16T14:04:48","modified_gmt":"2024-06-16T12:04:48","slug":"anthologie00prologue-quelque-chose","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie00prologue-quelque-chose\/","title":{"rendered":"#anthologie #prologue | Quelque chose"},"content":{"rendered":"\n<p>Il y eut, quelque chose, plut\u00f4t que rien, une chute, je dirais. Il y avait quelque chose, plut\u00f4t que rien, qui frottait, l\u00e9chait, s\u00e9chait en m\u00eame temps. Il y avait quelque chose, plut\u00f4t que rien, une chaleur sur tout, autour. Il y avait quelque chose de doux contre, tout contre, plut\u00f4t que rien. On retrouvait quelque chose apr\u00e8s le rien, \u00e7a bougeait, grouillait, dans la chaleur, encore.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait le vaste, apr\u00e8s l\u2019\u00e9troit. C\u2019\u00e9tait immense, vibrant, emplissant de bruits \u00e9normes ou de petits couinements. C\u2019\u00e9tait vaste, immense, apr\u00e8s l\u2019\u00e9troit glissant, apr\u00e8s la chute dans le mouill\u00e9. C\u2019\u00e9tait, apr\u00e8s le moelleux, le mouill\u00e9. C\u2019\u00e9tait le frottement, la pouss\u00e9e tout autour. C\u2019\u00e9tait encore le sombre, pas le noir, le sombre sonore, le gris\u00e9 travers\u00e9 d\u2019\u00e9clairs de bruits \u00e9normes. C\u2019\u00e9tait neuf, nouveau, surprise, \u00e9tonnement C\u2019\u00e9tait un effort pour tirer quelque chose plut\u00f4t que rien, en deux ouvertures.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors le gris travers\u00e9 d\u2019\u00e9clairs \u00e9tait partout, quelque chose plut\u00f4t que rien s\u2019est mis \u00e0 bouger, \u00e0 frotter encore, sans mouiller. Alors, \u00e7a s\u2019est mis \u00e0 couiner contre. Alors c\u2019\u00e9tait comme avant la chute, quelque chose plut\u00f4t que rien, identique, connu, reconnu par le frottement. Alors, j\u2019ai vu. Alors, tout contre, j\u2019ai reconnu aussi parce que j\u2019ai vu. Alors je l\u2019ai vu, semblable, m\u00eame chaleur, douceur&nbsp;; alors j\u2019ai vu l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait devenu, il \u00e9tait \u00eatre. Il \u00e9tait contre, agit\u00e9 sans violence, comme pour se rapprocher. Il \u00e9tait \u00e0 la recherche de quelque chose plut\u00f4t que rien. Il \u00e9tait le manque, le vaste lui faisait conna\u00eetre, reconna\u00eetre. Il \u00e9tait l\u2019autre comme j\u2019\u00e9tais son autre, il voyait, se voyait, se reconnaissait.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant, il y avait autre chose, dans le vaste, quelque chose plut\u00f4t que rien entrait, p\u00e9n\u00e9trait, emplissait en causant un manque. Maintenant le manque emportait tout le reste, tirait, poussait, vers quoi\u00a0? Maintenant je bougeais. Maintenant je pouvais un peu me rapprocher du quelque chose qui allait combler, se substituer au rien. Maintenant, j\u2019\u00e9tais arriv\u00e9 tout pr\u00e8s de ce quelque chose. Maintenant je voyais qu\u2019on poussait ma bouche vers quelque chose. Maintenant je tenais en moi ce quelque chose plut\u00f4t que rien. Maintenant je tirais, pompais, su\u00e7ais. Maintenant j\u2019\u00e9tais empli de quelque chose plut\u00f4t que de rien, je retrouvais l\u2019avant la chute, le gris, le sombre, maintenant j\u2019\u00e9tais, maintenant je suis.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y eut de nouveau quelque chose. C\u2019\u00e9tait en moi, c\u2019\u00e9tait un bien-\u00eatre, c\u2019\u00e9tait le plein apr\u00e8s le vide, le quelque chose apr\u00e8s le rien, la sati\u00e9t\u00e9. C\u2019\u00e9tait pareil pour l\u2019autre que je voyais immobile. C\u2019\u00e9tait le somme, le sommeil. C\u2019\u00e9tait une position, nouvelle, sur le c\u00f4t\u00e9, je l\u2019avais adopt\u00e9e tout seul, roul\u00e9, bascul\u00e9. C\u2019\u00e9tait une main dont je regardais les doigts, l\u2019autre main, couch\u00e9e sous moi, ne bougeait pas. C\u2019\u00e9tait le volume, l\u2019espace, le vaste qui m\u2019 (qui nous) entourait, au-dessus. C\u2019\u00e9taient des coussins, des draps, qui bordaient, bornaient sur les c\u00f4t\u00e9s. Au-dessus, c\u2019\u00e9tait un mur blanc qui fermait tout, la lumi\u00e8re allait et venait, dessinait, se formait et se d\u00e9formait sur cet \u00e0-plat comme un \u00e9cran. C\u2019\u00e9tait de mon c\u00f4t\u00e9, une grande source de lumi\u00e8re. C\u2019\u00e9tait quelqu\u2019un plut\u00f4t que quiconque qui l\u2019avait d\u00e9clench\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Port\u00e9, lev\u00e9, bascul\u00e9, lov\u00e9 dans les bras de ce quelqu\u2019un plut\u00f4t que quiconque, j\u2019avais retrouv\u00e9 le vide, le manque. Envahi, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 par les trous de mon visage, c\u2019\u00e9tait une odeur, je sentais. Tourn\u00e9 vers quelqu\u2019un plut\u00f4t que quiconque, ajust\u00e9 au mamelon d\u2019o\u00f9 ruisselait le bien-\u00eatre\u00a0; re-pos\u00e9, recouch\u00e9 dans l\u2019espace bord\u00e9 de doux linges, j\u2019avais aper\u00e7u l\u2019autre que quelqu\u2019un emportait. Etonn\u00e9, choqu\u00e9, heurt\u00e9, ses cris vite apais\u00e9s par le t\u00e9ton nourricier.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelque chose plut\u00f4t que rien s\u2019\u00e9tait impos\u00e9, non seulement \u00e0 mon regard, je voyais, je reconnaissais, mais de plus, c\u2019\u00e9taient des souvenirs, qui m\u2019envahissaient par instants, que je rappelais \u00e0 mon gr\u00e9. Quelque chose m\u2019occupait au-del\u00e0 des manques, des besoins, des surprises, emplissait le rien. <em>Une m\u00e9moire.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y eut, quelque chose, plut\u00f4t que rien, une chute, je dirais. 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