{"id":155207,"date":"2024-06-20T21:38:28","date_gmt":"2024-06-20T19:38:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=155207"},"modified":"2024-07-23T21:31:08","modified_gmt":"2024-07-23T19:31:08","slug":"anthologie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie\/","title":{"rendered":"#anthologie |\u00a0lieu de transit"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"0\"><a href=\"#0\"># 0 &#8211; Prologue<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"INFINITIF\"><a href=\"#INFINITIF\"># 1 &#8211; Infinitif<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"2\"><a href=\"#2\"># 2 &#8211; La nef<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"3\"><a href=\"#3\"># 3 &#8211; La bonbonne d&rsquo;eau<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"4\"><a href=\"#4\"># 4 &#8211; Habiter<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"5\"><a href=\"#5\"># 5 &#8211; Pousser le corps devant soi<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"6\"><a href=\"#6\"># 6 &#8211; Seule<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"7\"><a href=\"#7\"># 7 &#8211; Lumi\u00e8re<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"7\"><a href=\"#8\"># 8 &#8211; Paradis perdu<\/a><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"9\"><a href=\"#9\"># 9 &#8211; Coup de t\u00eate<\/a><\/h6>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#10\"># 10 &#8211; Seul<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"11\"><a href=\"#11\"># 11 &#8211; Un retour dans la nuit<\/a><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"># 12 Trois villes<\/h6>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"># 13 En 3000&#8230;signes  &#8211; \u00e0 suivre <\/h6>\n\n\n\n<p id=\"10\"><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">#14<\/h6>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"># 15 Timide <\/h6>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"># 16 Trois points <\/h6>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"># 17 Reconstitution avec fiction<\/h6>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>#18 \u00c9clatement de la photographie<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Prologue <\/h2>\n\n\n\n<p>Rencontre des p\u00f4les oppos\u00e9s, dans l\u2019infinit\u00e9simal d\u2019une fraction de seconde, se souvenir d\u2019avoir aussi \u00e9t\u00e9 engendr\u00e9 par le temps, fille de cette fraction de temps, puis venir au monde, dans le d\u00e9chirement venir vers un autre temps, plus vaste, crier&nbsp; &#8211; le cri primal, comme celui du premier n\u00e9 de la premi\u00e8re histoire dans le silence d\u2019une for\u00eat tropicale, puis marcher sur la terre ferme, sur du sable et trouver un \u00e9quilibre, dire ces premiers mots, \u00e9crire d\u2019une \u00e9criture serr\u00e9e et angoiss\u00e9e pour retrouver le temps chercher la mati\u00e8re brute, sans accent, en \u00e9vitant les accents, ceux qui rel\u00e8ve la langue comme pour dire une onomatop\u00e9e, les accents scandent le temps, maintenant marcher , juste apr\u00e8s na\u00eetre parler&nbsp; juste apr\u00e8s aimer- juste apr\u00e8s le rythme prend la page, j\u2019habite l\u2019espace, je cherche tous les espaces \u2013 le rythme reprend ne cherche pas \u00e0 transposer le rythme, la vibration se suffira \u00e0 elle-m\u00eame de marcher dans ce rythme dans cette langue, c\u2019est une autre langue\u2026 Pourquoi je parle celle-ci et non une autre &#8211; ici, j\u2019embrasse le sens de la phrase d\u2019un seul coup d\u2019un seul-l\u00e0 le mot et leur sens part \u00e0 part et d\u2019un coup sur le seuil, l\u2019embrasement &#8211; l\u2019unification des p\u00f4les, le sens en un rythme\u2026 Je la parle, elle me parle, elle chante, elle pianote, elle bat sur les tempes, elle insiste sans s\u2019arr\u00eater jamais, elle roule &#8211; glisse &#8211; s\u2019insurge &#8211; vit elle revient repart &#8211; elle termine sa course dans le vallon sous forme de tonnerre, elle d\u00e9vale, elle fond comme neige au soleil, elle tambourine, elle s\u2019efface, revient plus personnelle, interrogative, concise.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#INFINITIF\">I<\/a>nfinitif, adjectif, la cure Beinstingel<\/h2>\n\n\n\n<p>AVEC &#8211; Lieu de transit, arriver, les pas une grande surface UN -DEUX &nbsp;le couloir entre les vitrine TROIS les rayons, QUATRE petite ville CINQ plafond, marcher entre les rayons, consommation, boites boites align\u00e9es marcher SIX plus vite aller tout droit rayon A tout droit rayon B, chercher soleil,  SEPT chercher air frais, boire, chercher air frais, parking media medium is message, HUIT changer de sujet &nbsp;NEUF &#8211; &nbsp;\u00eatre soi, continuer marcher rayons liquide rayon &#8211; &nbsp;rayon marcher , continuer : couloir retourner vers, rejoindre le point de d\u00e9part &#8211; <em>m\u00e9dium &#8211; is &#8211; message, medium is<\/em>\u2026 marcher se retourner &#8211; regarder autour &#8211; s\u2019assoir, regarder &#8211; voir &#8211; eau, aller dehors vite soir DIX nuit lune, regardant soi dans la vitrine de choses, v\u00eatements voyant maintenant quelque chose d\u00e9filer : ombres, regarder le temps, compter &#8211; ne pas compter le temps, un \u2013 un parking devant &#8211; &nbsp;qu\u2019est-ce qu\u2019il y a&nbsp; &#8211; rien devant l\u2019inconnu \u2013 Product is message \u2013 rayon plein &#8211; non-acheter tout vendre &#8211; rien -n\u2019entendant que l\u2019attente \u2013 se poser \u2013 UN ne pas se retourner \u2013 recommencer -Lieu de transit &#8211; attente quelque part \u2013 voix qui appelle \u2013 on veut une vendeuse \u2013 medium is message medium \u2013 is -donner quelque chose -avancer dans le plein \u2013 creux -manquer \u2013 manquer \u2013medium is choc \u2013 medium is choice medium is juice -medium is ..<\/p>\n\n\n\n<p>SANS &#8211; Lieu de transit, arriver, les pas une grande surface &#8211; le couloir entre les vitrine &#8211; &nbsp;les rayons, petite ville plafond, marcher entre les rayons, consommation, boites, boites align\u00e9es &#8211; marcher plus vite aller tout droit rayon A &#8211; tout droit rayon B, chercher le soleil, chercher l\u2019 air frais, boire, chercher l\u2019 air frais, le parking &#8211; media medium is message, changer de sujet &nbsp;&#8211; \u00eatre soi, continuer de marcher dans les &nbsp;rayons liquide rayon &#8211; &nbsp;rayon marcher , continuer &#8211; couloir retourner vers, rejoindre le point de d\u00e9part &#8211; <em>m\u00e9dium &#8211; is &#8211; message, medium is<\/em>\u2026 marcher se retourner regarder autour &#8211; s\u2019assoir, regarder voir &#8211; eau, aller dehors vite soir &#8211; nuit lune, regardant soi dans la vitrine de choses, v\u00eatements voyant maintenant quelque chose d\u00e9filer ombres, regarder le temps, compter &#8211; ne pas compter le temps, un \u2013 un parking devant &#8211; &nbsp;qu\u2019est-ce qu\u2019il y a&nbsp; &#8211; rien devant l\u2019inconnu \u2013 Product is message \u2013 rayon plein &#8211; non-acheter tout vendre &#8211; rien -n\u2019entendant que l\u2019attente \u2013 se poser \u2013 &nbsp;ne pas se retourner \u2013 recommencer -Lieu de transit &#8211; attente quelque part \u2013 voix qui appelle \u2013 on veut une vendeuse \u2013 medium is message medium \u2013 is -donner quelque chose -avancer dans le plein \u2013 creux -manquer \u2013 manquer \u2013medium is choc \u2013 medium is choice medium is juice -medium is ..<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La nef<\/h2>\n\n\n\n<p>Une fen\u00eatre en hauteur, la p\u00e9nombre, des rideaux en velours dans une lumi\u00e8re automnale, pas de couleur, il est assis dans le coin dans un fauteuil, un journal \u00e0 la main, il ne lit pas, il ne regarde pas par la fen\u00eatre, les yeux ailleurs, une colonne avec du stuc pour d\u00e9corer, un canap\u00e9, des murs sans rien, juste de la peinture, un torchis jet\u00e9 vaguement sans appr\u00eat. La p\u00e9nombre l\u2019emporte sur la clart\u00e9, il sait que c\u2019est le soir, la nuit tombera dans une heure. Un autre canap\u00e9, des fauteuils, tout semble install\u00e9 depuis toujours, pour recevoir quelqu\u2019un en particulier, ou abriter un moment, hors du temps, une parenth\u00e8se entre deux espaces temps. C\u2019est un lieu pour convoquer les esprits, ou bien l\u2019esprit seul peut y survoler. Si on tend l\u2019oreille l\u2019entend-on&nbsp;? on dirait que quelqu\u2019un parle, les colonnes attendent un Socrate, un philosophe ou un proph\u00e8te. On dirait qu\u2019ils pourraient choisir ce lieu pour un lieu de r\u00e9union, un lieu de r\u00e9union particulier, un tapis, au bout de la pi\u00e8ce, un arc de cercle, les fen\u00eatres&nbsp;; en rondeur, et dehors la vie v\u00e9g\u00e9tale se d\u00e9ploie selon les arrondis de l\u2019int\u00e9rieur. Juste apr\u00e8s, une porte, une cl\u00f4ture, et on pressent, que le sortil\u00e8ge prendra fin juste \u00e0 cette cl\u00f4ture. Il n\u2019 a pas boug\u00e9, il se tait, il fixe la cl\u00f4ture juste au-dessus des v\u00e9g\u00e9taux qui termine la nef, cette pi\u00e8ce est une nef, et son transept barre invisiblement son horizontale, cette pi\u00e8ce appelle l\u2019invisible voire la pri\u00e8re, il a les jambes \u00e9tendues dans un geste de rel\u00e2chement total de tout son \u00eatre. Est-il encore de ce monde&nbsp;? Les yeux mi-clos, un vague sourire illumine son visage, les yeux port\u00e9s vers le haut de la nef, il r\u00eave, il ne nous appartient plus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La bonbonne d&rsquo;eau <\/h2>\n\n\n\n<p>La bonbonne en verre, ronde, verre d\u2019eau avec une anse, que j\u2019ai toujours eu envie de porter contre moi, cette rondeur, je l\u2019imaginais sur mon ventre, elle serait proche de mes rondeurs et je la tiendrais des deux mains referm\u00e9es contre la bonbonne, je voyais cette bonbonne, et je me disais, j\u2019ai tellement envie de la porter, mais \u00e0 quoi cela sert-il s\u2019il n\u2019 y a pas d\u2019eau dedans, de porter une bonbonne vide. Elle n\u2019\u00e9tait pas toute lisse, mais avec des asp\u00e9rit\u00e9s, un goulot assez court, je regardais les lueurs de la bonbonne chatoyer au soleil, je la contemplais son vert d\u2019eau, son verre d\u2019eau, tr\u00e8s p\u00e2le et translucide et j\u2019imaginais sa couleur quand elle serait remplie d\u2019eau, si l\u2019eau apporterait quelque chose, une teinte l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente, sensiblement, \u00e0 peine, plus intense de part la densit\u00e9 de l\u2019eau. La densit\u00e9 de l\u2019eau, rendrait la bonbonne plus verte avec des nuances, je ne voudrais pas la remplir totalement pour pouvoir voir toute la surface de l\u2019eau, avec des cercles concentriques, et cette bonbonne s\u2019est mise \u00e0 flotter devant mes yeux comme si elle avait des pouvoirs magiques, comme une eau lustrale, l\u2019eau de Geni\u00e8vre annon\u00e7ant Lancelot. Je n\u2019avais pas encore vu le rapport entre Lancelot du Lac et l\u2019eau. Un jour, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019aller \u00e0 la Fontaine \u00e0 cent m\u00e8tres, remplir pour la premi\u00e8re fois la bonbonne. Je l\u2019ai ramen\u00e9, j\u2019ai bu cette eau de la fontaine \u00e0 petite gorg\u00e9e, j\u2019ai pris de l\u2019eau de nombreuses fois : j\u2019ai admir\u00e9 son poids, sa couleur, sa teinte. Et puis j\u2019ai laiss\u00e9 la bonbonne, elle est toujours par-l\u00e0, vide, la regarder me rassure, une tendresse en \u00e9mane, je sors et je lui jette toujours un coup d\u2019\u0153il furtif : je cherche \u00e0 me rassurer qu\u2019elle n\u2019a pas disparu. Comment pourrait-elle dispara\u00eetre ? Je vais bient\u00f4t retourner chercher de l\u2019eau \u00e0 la fontaine.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Habiter<\/h2>\n\n\n\n<p>Habiter la terre trouver un lieu sur l\u2019\u00e9tendue de la terre partir de la totalit\u00e9 de la terre, et l\u2019esprit se tourne vers le premier lieu habit\u00e9, ce lieu habit\u00e9 est per\u00e7u \u2018en haut \u00e0 vol d\u2019oiseau. Pour entrer dans un lieu, l\u2019habiter, que faut-il, longtemps, habiter un myst\u00e8re, habiter au d\u00e9but contient une angoisse, le \u00ab\u00a0comment habiter\u00a0\u00bb.<br>Passer en revue les modes d\u2019habitation. Cela ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019enfance : le tipi, la cabane dans les arbres, l\u2019igloo, la grotte. Plus tard, l\u2019organisation de l\u2019espace : une ville. L\u2019habitat per\u00e7u d\u2019abord comme unit\u00e9, sans lien autre que celui du terrain dans lequel il est enracin\u00e9. Et le bon sens de l\u2019orientation, ind\u00e9fectiblement li\u00e9 \u00e0 la notion d\u2019habitation. L\u2019espace de la ville o\u00f9 l\u2019on pourrait habiter ce lieu tentaculaire, g\u00e9ant, o\u00f9 l\u2019on apprend que les lieux sont reli\u00e9s entre eux par un syst\u00e8me paraissant \u00e9trange, un r\u00e9seau entrelac\u00e9 de rues, de venelle, de passage, de pont de passerelle. Dessiner la ville r\u00eav\u00e9e, sans toutefois s\u2019attarder sur un lieu pr\u00e9cis. Cette ville pourrait ressembler \u00e0 cela. Il doit y avoir un syst\u00e8me d\u2019\u00e9change avec l\u2019ext\u00e9rieur. Pour saisir l\u2019existence de la ville, il faudrait donc l\u2019approcher en section rue, immeuble, cage d\u2019escalier, enfin de lieu de vie. Ordonner pour comprendre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pousser le corps devant soi<\/h2>\n\n\n\n<p>Celui qui allait prendre un bateau pour traverser vers le p\u00f4le, avait travers\u00e9 un continent, o\u00f9 l\u2019\u00e9cho d\u2019une guerre le poursuivait. Il a travers\u00e9 plusieurs pays &#8211; une bonne dizaine. &nbsp;Le p\u00f4le pouvait lui sembler une r\u00e9gion de son esprit, un lieu inconnu, qu\u2019il est curieux de rencontrer, o\u00f9 l\u2019on parle une autre langue, cette travers\u00e9e pourrait l\u2019engloutir enti\u00e8rement si son corps qu\u2019il pousse en avant de lui, ne pouvait plus entendre les rumeurs du monde, il lui semble que ce sont ces rumeurs qui le maintiennent debout et que le grand silence vers lequel il va pourrait le faire basculer. Il croit aller vers le silence, mais d\u00e9s les premiers instants, il sentira ce silence habit\u00e9 d\u2019autres pr\u00e9sences, un monde inconnu peupl\u00e9 autrement, et son corps devra r\u00e9apprendre d\u2019autres tensions, d\u2019autres sentiments et sensations, le froid ne sera plus le froid, sa vison ne reconnaitra pas les m\u00eame sillages, derri\u00e8re le bateau, les m\u00eames cr\u00eates, la m\u00eame rondeur du soleil ni de la lune.ni la m\u00eame g\u00e9om\u00e9trie, du moins il le pressent Groenland, nouveau mantra, en haut du monde, et pourquoi choisir de se hisser ainsi en haut du monde, comment le corps sent cette latitude. Il continue vers le Grand Nord, poussant son corps devant lui, son corps, cet inconnu, celui qu\u2019il veut mener au terme du p\u00e9riple, celui qui renferme ses secrets, il pousse devant lui sa m\u00e9moire, son oubli des choses v\u00e9cues et tous les possibles. Il se souvient que son corps peut renfermer les parcelles de ce monde qu\u2019il arpente, et cherche un espace o\u00f9 remplir ses poumons d\u2019air nouveau, comme si cette nouveaut\u00e9 allait rappeler \u00e0 ces cellules un secret englouti, aller \u00e0 la rencontre d\u2019autres hommes comme lui, aux confins de l\u2019immensit\u00e9, un point pr\u00eat \u00e0 s\u2019\u00e9vanouir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Seule<\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Lumi\u00e8re<\/h2>\n\n\n\n<p>Le soir, les ombres de la plante dehors font des ombres chinoises sur le rideau blanc, la nature ne donne que son ombre. Elle a diff\u00e9r\u00e9 sa pr\u00e9sence, et se tient projet\u00e9e comme dans un paysage asiatique. La lumi\u00e8re se diffuse. Entrent les rayons d\u2019un soleil automnal p\u00e2le, froid et indiff\u00e9rent. Les plantes veulent se soustraire au r\u00e9el, un temps, et jouent le monde fictif, elles sont ces ombres, une fiction, une illusion, une repr\u00e9sentation derri\u00e8re la sc\u00e8ne, un appel, la fiction repr\u00e9sent\u00e9e comme d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Il faut recr\u00e9er un monde, la mappemonde, ostensiblement une reproduction d\u2019une mappemonde ancienne, vient encore souligner l\u2019aspect du faux. Ici, on joue \u00e0 ressembler. De ressembler \u00e0 rassembler, voil\u00e0 la fonction de la lumi\u00e8re qui maintenant enveloppe un livre et \u00e9claire le livre des transformations \u2013 autre pr\u00e9sence de l\u2019Asie. Mais l\u2019orient est l\u00e0 sous la forme d\u2019un tableau \u2013 une oasis devant laquelle est plac\u00e9e la mappemonde. Je pense \u00e0 Kafka. La lumi\u00e8re exprime un ordre qui nous est \u00e9tranger. Fa\u00e7onne la conscience. La r\u00e9alit\u00e9 ne parvient ici que sous la forme de v\u00e9g\u00e9taux, v\u00e9g\u00e9taux transfigur\u00e9s par un malin g\u00e9nie qui frotte sa lampe d\u2019Aladin, et apparaissent alors sous un jour nouveau, les masses d\u2019ombre que fait l\u2019angle d\u2019un mur. L\u2019int\u00e9rieur est saisi dans sa pl\u00e9nitude et dans son immobilit\u00e9. Ne toucher \u00e0 rien, laisser \u00eatre. L\u2019orientation cardinale, en partie fortuite, laisse passer le hasard, hasard rythm\u00e9 cependant par, on le devine, l\u2019\u00e9ternel cycle de rotation des astres \u2013 une histoire de saison. Aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019instant, le soleil a telle position dans le ciel, et cette beaut\u00e9 est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, sera demain remplac\u00e9 par une autre, car jamais, deux fois, le m\u00eame rayon ne se fraiera son chemin parmi les livres, entre les objets, entre les meubles : et s\u2019il n\u2019y avait rien ? Un jardin japonais ou un tatami d\u00e9nu\u00e9 de toute asp\u00e9rit\u00e9. Au sud, la mappemonde est sans relief, derri\u00e8re l\u00e0 o\u00f9 aucun rayon ne vient la diviser, dans la grisaille d\u2019un soir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Paradis perdu<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"8\">Une porte, derri\u00e8re laquelle luit une lumi\u00e8re s\u2019entrouvre dans la nuit sur le jardin d\u2019Eden. Le jardin d\u2019Eden des contes, des mythes, le premier jardin &#8211; la porte s\u2019ouvre sur ce paysage tendre vert oxyde bleu p\u00e9trole et les branches des arbres viennent jusqu\u2019au seuil se pencher &#8211; c\u2019est une aube, le monde bruit des premiers sons, aucune pr\u00e9sence humaine encore, le monde est un jardin, et le premier homme sous le disque \u00e9trange de la lune, qu\u2019il verra d\u00e9cliner jour apr\u00e8s jour, derri\u00e8re la porte, le fruit, l\u2019arbre, et le courant d\u2019air frais venu d\u2019une vall\u00e9e, le fruit, le dessin obscur, en train de se former par une main sur la paroi d\u2019une grotte, entre les lianes emm\u00eal\u00e9es &#8211; c\u2019est dans le silence absolu, le vrai silence du d\u00e9but du monde : la main tra\u00e7ant le profil de la b\u00eate, le rituel chamanique de la chasse. Derri\u00e8re la porte &#8211; la lourde angoisse du temps \u00e0 venir, de l\u2019invention du temps avec sa clepsydre, de l\u2019invention \u00e0 venir, la lourde angoisse de tous les possibles, parce que la perte. La porte se referme comme elle s\u2019est ouverte.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"9\">Coup de t\u00eate<\/h2>\n\n\n\n<p>J\u2019avais fait demi-tour, un jour, un matin, la chanteuse, j\u2019avais fait demi-tour en plein milieu de la rue qui menait l\u00e0-bas. J\u2019avais encore une chanson d\u2019elle dans l\u2019oreille, depuis hier soir, j\u2019vais fais demi-tour comme \u00e7a, sans r\u00e9fl\u00e9chir, je m\u2019\u00e9tais arr\u00eat\u00e9 quelque 100 m\u00e8tres plus loin, arr\u00eat\u00e9, il m\u2019est vu une image : des entit\u00e9s blanches : la glace, cette id\u00e9e m\u2019avait rassur\u00e9 je savais o\u00f9 j\u2019irai, j\u2019avais trouv\u00e9 mon objectif 100m\u00e8\u00e8tres 10 minutes apr\u00e8s avoir fait demi-tour Et je disais je me suis retourn\u00e9 je ne suis pas all\u00e9 jusqu&rsquo;au bureau, celui qui attendait devant la porte, le boss celui que je devais remplac\u00e9 tout \u00e0 disparu, j&rsquo;avais encore dans l&rsquo;oreille le petit air de la chanteuse, je rebrouss\u00e9 chemin j&rsquo;ai long\u00e9 le hangars je suis arriv\u00e9 sur le terrain vague au milieu de nulle part , j&rsquo;ai aper\u00e7u le potager , j&rsquo;ai rejoint l&rsquo;h\u00f4tel, je n&rsquo;ai pas tra\u00een\u00e9. Tout \u00e9tait clair. M\u00eame \u00e0 elle, je ne voulais rien dire. J&rsquo;avais tout en t\u00eate. J&rsquo;avais plus de col\u00e8re. J&rsquo;avais plus peur. Je pouvais m\u00eame tout regarder autour de moi. \u00c7a me semblait neuf. Le passage derri\u00e8re la rue, les commerces, le rond-point un peu plus loin. Seulement un peu d&rsquo;angoisse qui dispara\u00eet quand je m&rsquo;occupe. Toujours la nuit d&rsquo;hier dans la t\u00eate elle a chant\u00e9 plus tard que d&rsquo;habitude comme si elle avait senti quelque chose. Peu importe combien de fois il fera demi-tour, ou changera de destination.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Seul<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Le 28 d\u00e9cembre 1771 il part &#8211; apr\u00e8s avoir arm\u00e9e son bateau et son \u00e9quipage &nbsp;compos\u00e9 de 60 marins pour le cap de Bonne Esp\u00e9rance. Il a doubl\u00e9 le cap de Bonne Esp\u00e9rance.<br>A bord&nbsp;, la cargaison de viande, des c\u00e9r\u00e9ales, des cadeaux pour les indig\u00e8nes. Il est dans le carr\u00e9 de navigation. Il fait le point il calcul le nombre de mille \u00e0 parcourir<\/em>.<br><br>Seul &#8211; il se souvient du nom de cet explorateur, il a ce nom sur le bout de langue mais pourquoi celui-ci &#8211; il s\u2019en souvient et voudrait aussi se souvenir de pourquoi cet explorateur l\u2019avait int\u00e9ress\u00e9 ,cet explorateur qui part de Port-Louis&nbsp;, fait escale au Cap de Bonne Esp\u00e9rance. L\u00e0 les courants d&rsquo;est et les courants d&rsquo;ouest se c\u00f4toient et c&rsquo;est orageux, les bateaux s&rsquo;y perdent. Il le sait. <em>Aujourd&rsquo;hui<\/em>. Il le double<em>. Que sera demain<\/em>. La m\u00e9lasse freine le bateau qui est pris entre deux courant&nbsp;: le Bengala \u00e0 l&rsquo;ouest, les Aiguilles \u00e0 l&rsquo;Est. Son \u00e9quipage est tendu. Il va d\u00e9couvrir l\u2019archipel de Crozet en Antartic <em>l\u2019exact oppos\u00e9 de sa destination \u2013 l\u2019Artic<\/em>. il tient une partie de son \u00e9nigme \u2013 cet explorateur fait escale en Tasmanie pour chercher du bois, il n\u2019en trouve pas, il appareille pour la &nbsp;Nouvelle Z\u00e9lande, ses m\u00e2ts sont bris\u00e9s. Il c\u00f4toie les tribus, se baigne dans des eaux sacr\u00e9es alors qu\u2019un rituel maori est en train de se d\u00e9rouler. Il ne le sait pas mais il brise un tabou Il est massacr\u00e9 avec une vingtaine d\u2019hommes d\u2019\u00e9quipage. <em>Seul, dans cette chambre d\u2019h\u00f4tel il sonde l\u2019implacable labyrinthe de la m\u00e9moire, sur le fil, \u00e0 la surface \u00e0 peine affleurant sous d\u2019une fine pellicule intangible, sous les d\u00e9combres des ann\u00e9es, cette histoire lui revient<\/em>. Entrem\u00eal\u00e9es, les ann\u00e9es, les faits, les raisons de son passage ici. Pourquoi pas&nbsp;? Pourquoi ne pas prendre l\u2019exacte direction oppos\u00e9e, foncer vers le nord, cette fois &#8211; vers l\u2019Artic&nbsp;? Pour rejoindre l\u2019ombre de son fant\u00f4me d\u2019explorateur mais dans l\u2019autre sens&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Retour dans la nuit <\/h2>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais revenu au bar dans le terrain vague le soir j\u2019avais roul\u00e9 pendant deux &nbsp;jours pour arriver jusqu\u2019ici et r\u00e9server dans cet h\u00f4tel install\u00e9 mes affaires pendu sur leur cintres le costume la t\u00e9l\u00e9 allum\u00e9e sans le son les dossiers dans l\u2019attach\u00e9 case je devais reprendre tout depuis le d\u00e9but l\u00e0-bas la voiture que je ne prendrais pas J\u2019arrive dans cette ville et le soir je marche je vais trouver un endroit pour manger je marche &nbsp;devant moi la masse sombre d\u2019un terre-plein, les lumi\u00e8res de la rue s\u2019allume juste au moment o\u00f9 je me trouve devant un chemin en terre Je laisse brusquement la rue et son macadam guid\u00e9 par les lumi\u00e8res apr\u00e8s le trou sombre du terrain vague parce que j\u2019ai aper\u00e7u quelque chose qui luit un peu loin qui m\u2019intrigue la maison en planche devant une terrasse en bois comme un ponton dans un port il y a quelque chose de maritime dans l\u2019approche et dans ce lieu le bois craque Je l\u2019entends dans la nuit la nuit qui fait silence, les pas sur le chemin pas le temps de me demander ce que je fais l\u00e0 j\u2019approche jusqu\u2019\u00e0 entendre des voix d\u2019abord Je ne comprends pas ce qu\u2019elles disent il y une dizaine de voix entrem\u00eal\u00e9es de temps en temps un grave ou une note plus haute et le brouhaha reprend indistinct les lumi\u00e8res se pr\u00e9cisent et l\u2019arri\u00e8re-plan disparait derri\u00e8re la maison Je commence \u00e0 percevoir plus de d\u00e9tails des silhouettes se d\u00e9coupent J\u2019entends autre chose une rumeur, c\u2019est le moteur d\u2019une voiture derri\u00e8re moi, je me retourne je suis aveugl\u00e9 par les phares, Ils s\u2019arr\u00eatent dans la voiture quelqu\u2019un dit \u00ab&nbsp; Tu veux qu\u2019on t\u2019am\u00e8ne&nbsp;?&nbsp;\u00bb ils m\u2019ont pris pour un habitu\u00e9 ils ne savent que je n\u2019ai aucune id\u00e9e d\u2019o\u00f9 je vais, je dis d\u2019accord ils ouvrent la porti\u00e8re il y a deux personnes \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, il faut se serrer Elle chante ce soir tu savais&nbsp;? dans la voiture il y a un homme celui qui est pr\u00e8s de la porti\u00e8re il me dit&nbsp;:on s\u2019est crois\u00e9 \u00e0 la gare tu te souviens oui je me souviens maintenant c\u2019est bien \u00e7a il \u00e9tait dans le train avec moi.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Trois villes<\/h2>\n\n\n\n<p>Une ville sillonn\u00e9e de push-push, carioles \u00e0 trois roues surmont\u00e9es d\u2019une b\u00e2che color\u00e9e. Des v\u00e9los par centaines attendent aux feux. Un v\u00e9lo sur trois une sorte de cariole dans la quelle je parcours le centre de la vile, des ronds-points, les maisons construite d\u00e9but de si\u00e8cle ici des panneaux pour indiquer le mus\u00e9e de Tuol Sleng, l\u00e0 les entrep\u00f4ts le march\u00e9 couvert, c\u2019est ainsi qu\u2019il faudrait 14 fois le tour de la ville mais la premi\u00e8re \u00e9tape c\u2019est la maison au bord du M\u00e9kong, sur la terrasse, et au loin il y a le Vietnam. D\u2019un coup d\u2019\u0153il voil\u00e0 l\u2019Asie, temps suspend ton vol, de l\u00e0 on peut d\u00e9coller et se perdre (sans retour&nbsp;?) dans la civilisation Khmers.<\/p>\n\n\n\n<p>Un port, je le longe depuis la capitainerie, le long des b\u00e2timents \u00e0 arcades, avant de bifurquer vers le haut de la ville je marche vers la basilique Notre Dame d\u2019Afrique qui surplombe la mer. En arrivant depuis la mer, les b\u00e2timents tenus dans un empi\u00e8tement d\u2019arcades qui semble tendre la ville, lui donner sa tension et sa force, la gare maritime, la capitainerie, les bateaux de fret. Avant d\u2019aller plus loin se ressemble-t-elle&nbsp;? Qu\u2019a-t-elle \u00e0 me dire, elle qui me h\u00e8le, solide et fragile \u00e0 la fois, belle et immuable, j\u2019attends comme une enfant impatiente le feu vert pour la parcourir, moi qui ne la connais que de nom et ne l\u2019ai parcouru que par l\u2019artifice d\u2019un globe num\u00e9rique. Alger.<\/p>\n\n\n\n<p>Les arriv\u00e9es sont capitales pour moi, la premi\u00e8re impression, et qui sait ce que disent les premi\u00e8res minutes et l\u2019influence qu\u2019elles auront sur le d\u00e9roul\u00e9 du s\u00e9jour, la fa\u00e7on dont le temps va passer, au travers de quelles lunettes subjectives ces premi\u00e8res minutes influenceront le choix d\u2019un parcours, la dur\u00e9e d\u2019un s\u00e9jour&nbsp;? A Sienne, arriv\u00e9e dans la ville \u00e0 la tomb\u00e9e du jour. Il faut passer par la Grande Rue. Durant de longues minutes, la ville se fait attendre. Elle nous fait patienter entre deux alignements de b\u00e2tisses. La nuit est sombre \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, le myst\u00e8re persiste, et c\u2019est la nuit alors que la place est d\u00e9serte, que je vais humer la premi\u00e8re goul\u00e9e d\u2019air en terre de Sienne. Et je vais dormir enroul\u00e9e dans les questions&nbsp;: que sera demain. Le matin, la ville est baign\u00e9e dans la lumi\u00e8re de l\u2019aube, et je d\u00e9couvre la place en forme de coquillage. Une bouff\u00e9e de renouveau, quelque chose mime la nouveaut\u00e9 du monde, au travers de ma vision. La pause est courte, les tournois de chevaliers, les sabots des chevaux viennent rythmer la danse. Se r\u00e9fugier quelque part, chercher l\u2019ombre d\u2019un arbre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">En 3000 signes &#8211; \u00e0 suivre<\/h2>\n\n\n\n<p>Un lieu qui r\u00e9sonne, et qui est le monde, autour berc\u00e9 par le vent des arbres se balancent lentement surpris par une bourrasque, les feuilles tremblent renvoyant une \u00e9cume de lumi\u00e8re dans l\u2019azur, \u00e0 peine quelques filaments de nuages s\u2019approchent des cimes, on dirait qu\u2019ils vont les envelopper, mais cette course ne veut pas s\u2019arr\u00eater, le sentier charrie des pierres de toutes tailles, du menu gravier \u00e0 la roche escarp\u00e9e. Des pins tordus par le soleil et l\u2019air sec en saison chaude continu leur labeur de gardiens, ent\u00eat\u00e9s, les bois sombres aux \u00e9corces rugueuses offrent un fr\u00eale rempart \u00e0 tous les dangers&nbsp;: intemp\u00e9rie, envahissement, &#8211; car au fond du vallon, est ancr\u00e9e l\u2019absidial \u00e9difice. D\u2019abord on devine son arrondi depuis le chemin, gonfl\u00e9 comme la voile d\u2019un navire au beau pr\u00e9. On cherche des yeux la suite de la nef, le transept par o\u00f9 l\u2019\u00e9difice comme une car\u00e8ne maintient son \u00e9quilibre entre ciel et terre. Ce navire immobile parait fig\u00e9 dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de la pierre. Mais il est mouvant. Les arcades indiquent au voyageur une issue \u00e0 ce cul de sac. Deux sortes de voyageurs&nbsp;: celui qui connait le lieu, et qui guid\u00e9 par son instinct sait comment y acc\u00e9der et l\u2019autre, celui qui arrive ici par hasard surprit de loin par une couleur plus claire au milieu des pins ira jusqu\u2019au bout du chemin. Arriv\u00e9 devant le porche surmont\u00e9 d\u2019un linteau sur un terre-plein ensoleill\u00e9, voil\u00e0 qu\u2019il faut se retourner en tous sens&nbsp;: il n\u2019y a personne. Qui est venu construire ici au creux du vallon, \u00e0 l\u2019abri des regards, loin de l\u2019ennemi, ce lieu secret, terr\u00e9, oubli\u00e9? &nbsp;Il n\u2019y a rien ici de myst\u00e9rieux sauf ce silence, ce d\u00e9sert alors que l\u2019on vient d\u2019\u00eatre appel\u00e9 par une symphonie qui se serait jou\u00e9e entre le ciel et la terre comme si ici quelques comptent entre le ciel et les hommes devaient se d\u00e9voiler. &nbsp;On est surpris par la banalit\u00e9 de l\u2019entr\u00e9e, elle est comme toutes les autres. On devrait \u00eatre inviter \u00e0 pousser la porte qui reste obstin\u00e9ment ferm\u00e9e. En faire le tour, ausculter les arcs boutants rep\u00e9rer les ouvertures Il semblerait qu\u2019elle soit aveugle, on ne voit pas par o\u00f9 pourrait s\u2019infiltrer la lumi\u00e8re. L\u2019int\u00e9rieur pourrait \u00eatre envahit par ses t\u00e9n\u00e8bres, les m\u00eames qui serait venues des pins et l\u2019int\u00e9rieur craquerai des m\u00eames sons du bois pliant sous la rafale. On dirait qu\u2019elle attend cette transmutation. On dirait qu\u2019elle s\u2019en prot\u00e8ge pourtant. Faire encore une fois le tour, guetter un signe vers l\u2019ext\u00e9rieur. La nature aurait repris possession &nbsp;de son territoire. Apr\u00e8s l\u2019illumination, au fond du vallon, te voici rattrap\u00e9 par la solidit\u00e9 de l\u2019existence, et ainsi que tu continueras ta route tout \u00e0 l\u2019heure &#8211; le voyage n\u2019est pas termin\u00e9, tu devras encore affronter ce moment sans douleur ni joie, presque d\u00e9stabilis\u00e9, il te faut remonter&nbsp;: ce mouvement ascendant va t\u2019obliger \u00e0 te retourner pour regarder encore disparaitre l\u2019abside et ses arc boutants dans les pins suivant ce m\u00eame mouvement d\u2019\u00e9l\u00e9vation. On dirait que ce lieu \u00e0 pris cet aspect pour mieux r\u00e9v\u00e9ler son myst\u00e8re. Chercher son histoire, mais m\u00eame son nom est inconnu, il n\u2019est pas report\u00e9 sur la carte au 20&nbsp;000\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>..<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ne m&rsquo;en parlez pas.<\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Timide<\/h2>\n\n\n\n<p>Attabl\u00e9 &#8211; Un caf\u00e9 cr\u00e8me &#8211; Un caf\u00e9 per favore. Avant, il a pens\u00e9 en sourdine les mots qu&rsquo;il fallait dire. Il a jaug\u00e9 : \u00e7a je peux le dire oui on peut dire cela&#8230;et puis en arrivant, il n&rsquo;a pas retrouv\u00e9 les phrases. Il a fait un geste de la main montrant devant, ses pieds pour l&rsquo;inciter \u00e0 marcher avec lui. Il avait chang\u00e9 de direction. Il s&rsquo;est dit : marcher \u00e9vite de la regarder dans les yeux , d&rsquo;\u00eatre embarrass\u00e9 par son regard&#8230; Parce que ce regard qui le perce,&nbsp; il ne sait plus qu&rsquo;en faire. Il voudrait \u00e9viter cela alors il marche \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Il dit : \u00ab\u00a0on se baigne\u00a0\u00bb&#8230;parce qu&rsquo;ils arrivent pr\u00e8s de la rivi\u00e8re. Et il se dit que se baigner c&rsquo;est bien pour \u00e9viter de se parler . Elle dit juste \u00ab\u00a0d&rsquo;accord\u00a0\u00bb pour on se baigne. Chacun sur un rocher. \u00ab\u00a0On s&rsquo;est baign\u00e9\u00a0\u00bb. Ils ont dit cela en m\u00eame temps d&rsquo;un air satisfait et r\u00e9jouit. Ils ont eu envie de rire . Elle a sorti une cigarette. C&rsquo;est bon une cigarette pour s&rsquo;abriter derri\u00e8re sa timidit\u00e9. Qu&rsquo;est-ce que vous faites ? Je fume et&#8230; Et &#8230;ils se regardent . Ils ont compris qu\u2019aucun des deux ne pourra vraiment la vaincre. Ils sont derri\u00e8re la glace sans tain de leur timidit\u00e9 respective. L&rsquo;eau glac\u00e9e de la rivi\u00e8re saisit les instincts. Joie &#8230;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Trois points <\/h2>\n\n\n\n<p>Ce moment l\u00e0&#8230;vous avez aim\u00e9 ? Quand tout s&rsquo;est mis \u00e0 frissonner autour&#8230;. Qu&rsquo;une porte a claqu\u00e9&#8230; Quand le soir est tomb\u00e9,  vous avez aim\u00e9 ? Vous vous en souvenez&#8230;quand la brume a tout envahi&#8230; Qu&rsquo;on a laiss\u00e9 glisser le temps comme \u00e7a&#8230;ce moment l\u00e0&#8230;on a tout est pos\u00e9&#8230; La terre, les astres &#8230; Tout semblait \u00e9ternel&#8230; On s&rsquo;est rapproch\u00e9&#8230; \u00e7a s&rsquo;est remis \u00e0 vivre&#8230; Tout \u00e7a semblait plus vivant qu&rsquo;avant&#8230; \u00e7a reprenait sa place&#8230; \u00c7a s&rsquo;est mis \u00e0 pleuvoir&#8230; voil\u00e0 des mois qu&rsquo;on attendait la pluie&#8230; Il n&rsquo;y a rien sans la pluie&#8230;pas de r\u00e9colte..et quand c&rsquo;est tomb\u00e9..ce moment l\u00e0, vous avez senti ? C&rsquo;est comme si la vie revenait \u00e0 elle-m\u00eame&#8230;sans pluie : pas de r\u00e9colte. Elle a dit &#8230;oui on pourra en faire une r\u00e9colte&#8230; Et la pluie est retomb\u00e9e&#8230;.la gr\u00eale a d\u00e9vast\u00e9 quelque chose&#8230; Il a dit les r\u00e9coltes l\u00e0 c&rsquo;est finit&#8230;mais ici on a gard\u00e9 les arbres &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Reconstitution avec fiction<\/h2>\n\n\n\n<p>Je l\u2019ai trouv\u00e9 par hasard en entrant dans cette auberge, il \u00e9tait debout pr\u00e8s du comptoir, un verre \u00e0 la main. Il \u00e9tait tard, je ne l\u2019ai pas reconnu tout de suite, j\u2019ai quand reconnu le po\u00e8te, il parlait comme \u00e7a sans se pr\u00e9occuper de rien avec l\u2019aubergiste, j\u2019ai command\u00e9 quelque chose il y avait le bruit des voix autour, je voyais seulement bouger ses l\u00e8vres, il parlait sans discontinuer, je buvais , j\u2019attendais de parler \u00e0 l\u2019aubergiste aussi, je voulais savoir si je pouvais rester la nuit. En suite Ren\u00e9 Char est all\u00e9 s\u2019attabler, trois personnes l\u2019ont imm\u00e9diatement rejoint, ils \u00e9taient gais, ils riaient, Ren\u00e9 char, parlait je crois avoir entendu<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<em>Long corps qui eut l&rsquo;enthousiasme exigeant, \u00c0 pr\u00e9sent perpendiculaire \u00e0 la Brute bless\u00e9e. \u00d4 tu\u00e9 sans entrailles&nbsp;! Tu\u00e9 par celle qui fut tout et, r\u00e9concili\u00e9e, se meurt&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;des \u00e9v\u00e9nement de la ville &nbsp;On \u00e9tait pas loin de Lourmarin. Je suis sorti <em>;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;Lui, danseur d&rsquo;ab\u00eeme, esprit, toujours \u00e0 na\u00eetre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les eaux parlaient \u00e0 l&rsquo;oreille du ciel. Cerfs, vous avez franchi l&rsquo;espace mill\u00e9naire, Des t\u00e9n\u00e8bres du roc aux caresses de l&rsquo;air.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dehors, l\u2019air est doux, j\u2019ai contempl\u00e9 la prairie devant moi, la for\u00eat, plus loin. Je suis revenu, ils \u00e9taient dix \u00e0 table, l\u2019aubergiste apportait d\u00e9j\u00e0 quelque chose qu\u2019elle d\u00e9posait, bient\u00f4t la table \u00e9taient parsem\u00e9es de plats, aux couleurs vives&nbsp;: vert, rouge, jaune, les carafons de vin coulaient \u00e0 flots, ils riaient encore, soudain je croisaient son regard, je m\u2018\u00e9tais install\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cart, attendant de commander<em>,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Cette part jamais fix\u00e9e, en nous sommeillante, d&rsquo;o\u00f9 jaillira demain le multiple. L&rsquo;\u00e2ge du renne, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e2ge du souffle. \u00d4 vitre, \u00f4 givre, nature conquise, dedans fleurie, dehors d\u00e9truite&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont rest\u00e9s ensemble toute la nuit, et s\u2019\u00e9grenaient dans mon esprit chaque parole chaque espace des paroles en archipel. Je montais dormir avant de reprendre la route, les bois flottaient dehors, au-dessus de la prairie, l\u2019espace en suspension apprenait Ren\u00e9 Char.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c9clatement de la photographie<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Kodack<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un photographe m\u2019a offert un jour ce Kodak, ensuite, beaucoup photographi\u00e9, des villes. Il a d\u00fb percevoir ce besoin que j\u2019avais d\u2019avoir ce genre d\u2019objet sur moi. Je trouvais cet appareil dr\u00f4le. Je ne connaissais pas ce photographe, c\u2019est une surprise quelqu\u2019un qui vous offre un tel objet &#8211; si <em>personnel\u2026.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Flop<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Photo en noir et blanc ann\u00e9es 70, petit format, papier \u00e9pais, noir et blanc, je cherche le punctum&nbsp;: je n\u2019arrive pas \u00e0 me d\u00e9cider&nbsp;: l\u2019avant de la R8 \u2013 rouge dans mes souvenirs, la plante verte &#8211; le seuil de ce que je devine \u00eatre l\u2019entr\u00e9e de Sal\u00e9, le chien, l\u2019\u00e9pagneul aux aguets, fid\u00e8le &#8211; immuable &#8211; intangible, comme pris dans le marbre des souvenirs&nbsp;: Ce chien toujours l\u00e0 que j\u2019ai vu mourir quand j\u2019avais 6 ans, et que me regardait, l\u00e0 fr\u00e9tillant, joyeux, sur cette photo \u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Album de photos jamais prise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Qui fait l\u2019\u0153uvre&nbsp;? Qui feuillette l\u2019album des photos jamais prises&nbsp;? De ces photos qu\u2019on ne prend pas. Pourquoi&nbsp;? Pourquoi cet instant \u00e9chappe \u00e0 l\u2019enregistrement&nbsp;? Est-ce une \u0153uvre, est-ce un oubli&nbsp;? Est-ce une r\u00e9action&nbsp;? Est-ce un acte manqu\u00e9&nbsp;? La photo jamais prise porte en elle un monde en gestation, un devenir possible. La photo jamais prise porterait-elle en elle toutes les photos possibles&nbsp;? Si notre \u0153il n\u2019est pas l\u2019objectif, notre cerveau est ou n\u2019est pas la cave d\u2019enregistrement du monde \u2013 soi comme moyen d\u2019enregistrement pour des archives intimes. La photo jamais prise pourra-t-elle rendre compte de l\u2019illusion&nbsp;? Maya \u2013 l\u2019illusion se refl\u00e8te ici ou l\u00e0-bas . Album de l\u2019absolu.<\/p>\n\n\n\n<p>Les images passent.&nbsp; L\u2019Esprit reste .<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La radiographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Images prises au nucl\u00e9aire. Photons neutrons quartz boson \u00e9lectron<\/p>\n\n\n\n<p>Mon amour \u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p># 0 &#8211; Prologue # 1 &#8211; Infinitif # 2 &#8211; La nef # 3 &#8211; La bonbonne d&rsquo;eau # 4 &#8211; Habiter # 5 &#8211; Pousser le corps devant soi # 6 &#8211; Seule # 7 &#8211; Lumi\u00e8re # 8 &#8211; Paradis perdu # 9 &#8211; Coup de t\u00eate # 10 &#8211; Seul # 11 &#8211; Un retour dans <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie |\u00a0lieu de transit<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6057,6087,6103,6137,6163,6193,6227,6246,6265,6302,6318,6056,1],"tags":[298,79,159,47,370],"class_list":["post-155207","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-00-prologue-peter-handke","category-01-infinitifs-beinstingel","category-02-akerman-plus-perec","category-03-tarkos-le-parpaing","category-04-sereine-berlottier-habiter","category-05-novarina-porte-son-corps-devant-lui","category-06-roud-aragon-seul","category-07-kafka-le-canape-les-lumieres","category-08-kafka-fictions-en-chambre","category-09-thomas-bernhard-coup-de-tete","category-10-claude-simon-portrait-au-present","category-cycle-ete-2024","category-atelier","tag-corps","tag-memoire","tag-nuit","tag-ville","tag-voix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/155207","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=155207"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/155207\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=155207"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=155207"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=155207"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}