{"id":156020,"date":"2024-06-23T00:49:47","date_gmt":"2024-06-22T22:49:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=156020"},"modified":"2024-06-25T12:49:16","modified_gmt":"2024-06-25T10:49:16","slug":"anthologie-01-comme-si-de-rien-netait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-01-comme-si-de-rien-netait\/","title":{"rendered":"#anthologie #01 | Comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait"},"content":{"rendered":"\n<p>Continuer comme si de rien n\u2019\u00e9tait et pouvoir se dire qu\u2019il sert encore \u00e0 quelque chose. Il a d\u2019abord h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 partir. La pluie qui cogne au dehors. Le peu de temps pass\u00e9 ensemble. Il sent que chacun de ses d\u00e9parts la blesse. Qu\u2019elle est assaillie. Il entend ses pas dans sa chambre en haut. Il reconnait sa d\u00e9tresse quand elle se manifeste. Il devrait rester avec elle. Il devrait l\u2019installer mais il n\u2019y parvient pas. Les id\u00e9es grimpent dans sa t\u00eate. Il faudrait pouvoir s\u2019extirper, ne pas regretter les moments, les aubes qui n\u2019arrivent pas. Il pleure en cachette de temps en temps. Elle ne le sait pas. Elle ne saura jamais. Il faut monter vite dans la voiture. Pr\u00e9cipiter les gestes et durcir le regard. Le corps qui se lib\u00e8re dans l\u2019habitacle. Ressentir les premi\u00e8res fraicheurs du vent lorsqu\u2019il se d\u00e9tache, quand la voiture d\u00e9marre, qu\u2019elle se met en mouvement, et alors le coeur qui bat \u00e0 tout rompre de la laisser elle dans la maison humide, dans cette maison de peu, qui ne repr\u00e9sente rien du tout pour lui, pour eux, ni pour Vincent, sauf qu\u2019il trouve le cadre pittoresque avec la rivi\u00e8re, qu\u2019il se voit d\u00e9j\u00e0 venir l\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 pour faire du p\u00e9dalo, mais lui ne ressent rien pour ce fichu tas de pierre. Ce n\u2019est pas sa maison. L\u2019apercevoir alors sur le pas de la porte telle qu\u2019elle est dans ce moment suspendu, petite et rabougrie, attendant l\u2019instant d\u00e9finitif de son d\u00e9part, la disparition de la petite tache, de la Renault Clio blanche qu\u2019il a rachet\u00e9e \u00e0 Vincent et qui n\u2019est plus qu\u2019une vague forme lointaine dans le regard qui d\u00e9j\u00e0 se r\u00e9signe \u00e0 retourner dans la maison. Il voit loin dans son r\u00e9troviseur. Il la regarde longtemps rester l\u00e0 hagarde sur le pas de la porte, pendant que lui continue de rouler dans la nuit sans pouvoir faire marche arri\u00e8re, alors qu\u2019il sait combien il le devrait. Les champs qui d\u00e9filent. Rouler jusqu\u2019\u00e0 la c\u00f4te. Il faut continuer et ne pas revenir en arri\u00e8re. Et ruminer encore. Ressasser les m\u00eames vieilles histoires. Pester contre la vieille peau qui habite sa maison. Se dire qu\u2019il va y aller mais continuer quand m\u00eame de rouler vers les \u00eeles. Actionner les feux de croisement lorsqu\u2019il croise un autre v\u00e9hicule de temps en temps. La d\u00e9rive des dimanches soirs. Les pens\u00e9es tourbillonnantes quand il faut repartir au poste qu\u2019on croyait avoir abandonn\u00e9 pour de bon. Le poste. Il faudrait dire la caserne. La premi\u00e8re image qui lui vient lorsque la route se fait dense sans les autres voitures et la lumi\u00e8re des pleins phares qui illumine les bois la nuit, les bordures sauvages, le vert devenu noir de jais au beau milieu de ses songes de caserne, de bureau o\u00f9 s\u2019amassent des proc\u00e8s verbaux, des plaintes, des mains courantes en quinconce et les ordinateurs qui tournent en continu dans un amoncellement de paperasses qui recouvre un bureau \u00e0 peine singularis\u00e9 par la photo de son fils. Se souvenir en roulant du premier bureau et de la machine \u00e0 \u00e9crire qui rempla\u00e7ait alors les ordinateurs. Retrouver l\u2019\u00e9motion de montrer \u00e0 Vincent comment on l\u2019utilise et lui faire taper des lettres les unes apr\u00e8s les autres pendant qu\u2019il finit de traiter une \u00e9ni\u00e8me audition. L\u2019odeur du caf\u00e9 qui monte du bureau de l\u2019adjudant. Retrouver cet afflux de sensations et celles aussi de la cave qui relie le bureaux au sous-sol des appartements de fonction. Et alors une autre odeur, non plus celle du caf\u00e9, non, mais celle de l\u2019adjudant L. Il part au moins une fois par heure dans cet enchev\u00eatrement de boyaux souterrains, arm\u00e9, le colt au ceinturon, il file boire du whisky en cachette et ce qu\u2019il faut de loyaut\u00e9 pour ne rien dire de ses failles, de ses largesses professionnelles quand le corps d\u2019inspection vous interroge sur les r\u00e9sultats de la brigade et les d\u00e9faillances suppos\u00e9es de l\u2019adjudant L. Cela, toujours le dimanche soir sur la nationale dix pendant l\u2019heure qu\u2019il faut pour rallier les \u00eeles et le malaise alors de repenser \u00e0 celle qui reste dans cette maison vide de tout pass\u00e9, sans rien d\u2019autre \u00e0 faire que d\u2019attendre son retour \u00e0 lui, alors qu\u2019il n\u2019y a l\u00e0 rien de plus qu\u2019une fuite en dedans, un malaise qui fuse \u00e0 mesure que sa col\u00e8re monte quand il se dit qu\u2019il n\u2019habite pas dans sa maison \u00e0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 les autres retrait\u00e9s, ses anciens coll\u00e8gues, se la coulent douce. <br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Continuer comme si de rien n\u2019\u00e9tait et pouvoir se dire qu\u2019il sert encore \u00e0 quelque chose. Il a d\u2019abord h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 partir. La pluie qui cogne au dehors. Le peu de temps pass\u00e9 ensemble. Il sent que chacun de ses d\u00e9parts la blesse. Qu\u2019elle est assaillie. 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