{"id":157293,"date":"2024-06-25T12:23:42","date_gmt":"2024-06-25T10:23:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=157293"},"modified":"2024-06-25T13:11:28","modified_gmt":"2024-06-25T11:11:28","slug":"anthologies-06-l-solitude","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologies-06-l-solitude\/","title":{"rendered":"#anthologie #06 l Solitude"},"content":{"rendered":"\n<p>Ma chambre est au 3e \u00e9tage. Un grand lit face \u00e0 un bureau au-dessus duquel tr\u00f4ne un large \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9 que je n&rsquo;ai jamais allum\u00e9. La climatisation est r\u00e9gl\u00e9e \u00e0 17 quand je la mets en marche. Le lit deux places mange tout l&rsquo;espace devant le bureau. Je passe peu de temps devant la fen\u00eatre. Je somnole allong\u00e9e sur le lit aux draps blancs ou je suis assise \u00e0 ce qui est devenu ma table de travail. Puisque je ne sais pas voyager qu&rsquo;au moins, j&rsquo;\u00e9crive et raconte les cons\u00e9quences de ce que E. appellerait mon inconscience. Il ne m&rsquo;a pas fait la le\u00e7on avant de partir. Je crois m\u00eame qu&rsquo;il \u00e9tait sinc\u00e8rement d\u00e9sol\u00e9 m\u00eame s&rsquo;il ne l&rsquo;a pas montr\u00e9. Je ne suis plus une enfant. Il ne peut pas v\u00e9rifier mes bagages et ce que je mets dans mon portefeuille. Il m&rsquo;a plusieurs fois alert\u00e9 et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que je devais faire attention. Je m&rsquo;en veux. Je consid\u00e8re que ce qui est arriv\u00e9 est de ma faute. Je suis seule dans la chambre d&rsquo;h\u00f4tel et je n&rsquo;ai pr\u00e9venu personne d&rsquo;autre de ma m\u00e9saventure. Lui seul sait que je suis rest\u00e9e \u00e0 Istanbul. Il m&rsquo;a laiss\u00e9 de l&rsquo;argent, suffisamment pour payer l&rsquo;h\u00f4tel et manger en attendant l&rsquo;ouverture du consulat. Je n&rsquo;ai pas encore la solution pour payer mes nouveaux papiers. Ce n&rsquo;est possible que par carte bancaire. Il me faudra trouver une bonne \u00e2me qui acceptera du cash et aussi de m&rsquo;accompagner au consulat. 3 jours cela ne semble pas si long. Le temps s&rsquo;\u00e9tire. De ma fen\u00eatre je vois une cour remplie de cageot \u00e0 l\u00e9gumes bleu p\u00eale-m\u00eale. Des enfants crient et courent dans la rue pav\u00e9e en bas. Ils sont nu-pieds, les habits sales et me demandent de l&rsquo;argent quand je sors de l&rsquo;h\u00f4tel. J&rsquo;entends leurs jeux de ma chambre et parfois aussi leurs pleurs. Quelqu&rsquo;un est toujours en train d&rsquo;appeler. Je ne connais pas la langue, les intonations me rappellent celles du quartier de mon enfance \u00e0 Chauvel. J&rsquo;ai le besoin de tout ramener \u00e0 quelque chose de familier. La sensation d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 s&rsquo;estompe. Je m&rsquo;applique \u00e0 faire le m\u00eame trajet \u00e0 passer devenant les m\u00eames enseignes chaque jour. J&rsquo;ai r\u00e9duit l&rsquo;espace. La ville d&rsquo;Istanbul est devenue une seule rue qui me m\u00e8ne de l&rsquo;H\u00f4tel au restaurant pour mon take away. Beshiktas, Eminonu, Kadikoy n&rsquo;existent plus. J&rsquo;ai le pouvoir de plier la ville \u00e0 la plus petite expression qui soit confortable pour moi. Je sens que je m&rsquo;attache au lieu. Je n&rsquo;ai peut-\u00eatre jamais \u00e9t\u00e9 aussi attentive \u00e0 noter les d\u00e9tails d&rsquo;un autre lieu dans lequel j&rsquo;aurais pass\u00e9 des mois voire des ann\u00e9es. Je suis seule et la rue est avec moi. J&rsquo;ai mon sac \u00e0 dos sur une \u00e9paule. J&rsquo;en tiens fort la bride. J&rsquo;\u00e9vite de croiser les regards. Je ne sais pas dire bonjour en Turc. Je souris \u00e0 Begli. Je souris au serveur du Take away et je rentre dans ma chambre raconter sur une feuille blanche ma solitude.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ma chambre est au 3e \u00e9tage. Un grand lit face \u00e0 un bureau au-dessus duquel tr\u00f4ne un large \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9 que je n&rsquo;ai jamais allum\u00e9. La climatisation est r\u00e9gl\u00e9e \u00e0 17 quand je la mets en marche. Le lit deux places mange tout l&rsquo;espace devant le bureau. Je passe peu de temps devant la fen\u00eatre. 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