{"id":157526,"date":"2024-06-25T22:36:32","date_gmt":"2024-06-25T20:36:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=157526"},"modified":"2024-06-26T20:15:37","modified_gmt":"2024-06-26T18:15:37","slug":"anthologie-04-h-a-b-i-t-e-r","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-04-h-a-b-i-t-e-r\/","title":{"rendered":"#anthologie #04 | neuf fois habiter"},"content":{"rendered":"\n<p>1 \u2013 Aimer \u00eatre chez soi, seule. Prendre son temps, s\u2019habiller de vieilles fringues, le silence, le bruit des voisins qui habite ce silence, \u00e9crire, lire, \u00e9tudier avec ciel gris-blanc de pr\u00e9f\u00e9rence, tra\u00eener pieds nus, allumer trois bougies, mettre une musique en boucle dans les oreilles, l\u2019odeur de la soupe aux poireaux, regarder grandir une orchid\u00e9e, changer les draps, d\u00e9sencombrer. Parfois, ne plus vouloir sortir.<\/p>\n\n\n\n<p>2 \u2013 Regarder par la baie vitr\u00e9e du salon. Une cycliste passe, un nuage s\u2019\u00e9loigne \u00e0 l\u2019ouest, perpendiculaire.<\/p>\n\n\n\n<p>3 \u2013 Apr\u00e8s des ann\u00e9es \u00e0 dormir dans la m\u00eame chambre, on r\u00e9clamait d\u2019en avoir une chacune pour soi. La nouvelle maison familiale r\u00e9pondait \u00e0 ce crit\u00e8re, en plus d\u2019avoir un \u00e9rable, abattu quinze ans plus tard parce qu\u2019il d\u00e9bordait dans le jardin des voisins. Quelques semaines apr\u00e8s le d\u00e9m\u00e9nagement, par manque ou par habitude, on d\u00e9pla\u00e7ait un des deux lits dans l\u2019autre chambre. Et tout ce qu\u2019on y partageait&nbsp;: <em>Fun Radio<\/em> certains soirs \u2013 cette \u00e9mission o\u00f9 les animateurs t\u00e9l\u00e9phonaient \u00e0 des inconnus et jouaient avec leurs nerfs, c\u2019\u00e9tait b\u00eate, on en riait, on s\u2019endormait dessus \u2013, la colle blanche liquide sur nos mains \u2013 on attendait que \u00e7a s\u00e8che, on la d\u00e9collait, \u00e7a chatouillait \u2013, les poux partout dans nos lits, nos cheveux et priv\u00e9es d\u2019\u00e9cole, une nuit d\u2019orage \u00e0 jouer \u00e0 se faire peur \u2013 bruits de fant\u00f4me et grimaces \u2013, nos disputes, nos r\u00e9conciliations, et de savoir qu\u2019on pourrait toujours compter l\u2019une sur l\u2019autre. Aujourd\u2019hui, chacune a sa chambre, son appartement. Vie d\u2019adulte. Que reste-il des liens tiss\u00e9s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>4 \u2013 Habiter des auberges de jeunesse. Dispute nocturne, la lumi\u00e8re \u00e0 deux heures du matin, \u00e7a pla\u00eet pas \u00e0 tout le monde. Ramener une dame jusqu\u2019\u00e0 son lit \u2013 noctambule. Partager un cornet de frites mayonnaise, une promenade le long de la plage du Prado, un tube de <em>Colgate<\/em>, une opinion politique, une chanson d\u2019ailleurs. Se retrouver seule avec un homme, chambre mixte&nbsp;?, le r\u00e9veiller le lendemain matin pour le petit-d\u00e9jeuner.<\/p>\n\n\n\n<p>5 \u2013 Regarder par la baie vitr\u00e9e du salon. Vent fort, un folder d\u2019<em>Intermarch\u00e9<\/em> fait du porte-\u00e0-porte, qui veut profiter des promotions 1 + 1 gratuit&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>6 \u2013 La fen\u00eatre de la chambre qu\u2019habiterait le personnage de la cinqui\u00e8me proposition d\u2019\u00e9criture&nbsp;: une fen\u00eatre avec vue sur la cour d\u2019une \u00e9cole pour voir les gamins se partager une tartine \u00e0 la confiture, s\u00e9cher les larmes d\u2019un copain de bisous qui tomberaient sur un bout d\u2019oreille ou un sourcil, enfiler les lunettes \u00e0 gros verres d\u2019un copain et se la jouer star de la mode. Ou sur une rue commer\u00e7ante, pour les lumi\u00e8res du soir l\u2019hiver, les pav\u00e9s qui brillent sous la pluie, voir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des magasins ouverts pour distraire la solitude. Imaginer un de ces gadgets qu\u2019en ouvrant une bo\u00eete une marionnette en plastique sur ressort, avec une large bouche et des l\u00e8vres d\u2019un rouge vif, en sortirait avec un rire \u00e0 faire peur. L\u2019\u00e9t\u00e9, ce serait les odeurs qui s\u2019\u00e9chapperaient d\u2019une boucherie ou d\u2019une parfumerie. Une fen\u00eatre qu\u2019on ouvrirait en la glissant vers le haut, \u00e7a calerait parfois. Sur le rebord, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, une jardini\u00e8re avec des g\u00e9raniums et des fleurs des champs. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, tissu imprim\u00e9 z\u00e8bre et cassettes de chants gr\u00e9goriens. Et tout autour de la fen\u00eatre, une guirlande lumineuse.<\/p>\n\n\n\n<p>7 \u2013 Regarder par la baie vitr\u00e9e du salon. Maison inhabit\u00e9e, deux roses tr\u00e9mi\u00e8res le long du mur, frapperont-elles un jour \u00e0 la porte&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>8 \u2013 Habiter le d\u00e9tail, le chercher, y travailler. Un bouton de chemisier, vert \u00e9meraude, carr\u00e9 aux bords arrondis, plat, sur une table, pris \u00e0 moiti\u00e9 dans l\u2019ombre \u00e0 moiti\u00e9 par un rayon de soleil qui le traverse. La table, basse, bordeaux laqu\u00e9, pos\u00e9e sur un pied central d\u00e9stabilis\u00e9 par les plis de la moquette. Un des quatre coins pris dans un courant d\u2019air. On voit voler la poussi\u00e8re au rythme des bourrasques de vent qui entrent dans la pi\u00e8ce. Moquette, gris argent\u00e9, recouvrant tout l\u2019espace et laissant appara\u00eetre, cach\u00e9e derri\u00e8re un fauteuil, une latte de bois t\u00e2ch\u00e9e par l\u2019humidit\u00e9. Au-dessus de la table, un lustre en fer forg\u00e9 blanc fait de huit ampoules ovales pointant vers le plafond, d\u00e9gageant une lumi\u00e8re jaune et dessinant une fresque abstraite sur le plafond \u00e0 la tomb\u00e9e du jour. Et m\u00eame qu\u2019enfant c\u2019\u00e9tait comme regarder le ciel les soirs d\u2019\u00e9t\u00e9, sans le mouvement des nuages.<\/p>\n\n\n\n<p>9 \u2013 Regarder par la baie vitr\u00e9e du salon. Vol\u00e9e d\u2019oiseaux, que captent-ils de nos souvenirs ?, qu\u2019en font-ils dans leur migration&nbsp;?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 \u2013 Aimer \u00eatre chez soi, seule. Prendre son temps, s\u2019habiller de vieilles fringues, le silence, le bruit des voisins qui habite ce silence, \u00e9crire, lire, \u00e9tudier avec ciel gris-blanc de pr\u00e9f\u00e9rence, tra\u00eener pieds nus, allumer trois bougies, mettre une musique en boucle dans les oreilles, l\u2019odeur de la soupe aux poireaux, regarder grandir une orchid\u00e9e, changer les draps, d\u00e9sencombrer. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-04-h-a-b-i-t-e-r\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #04 | neuf fois habiter<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":104,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6163],"tags":[],"class_list":["post-157526","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-04-sereine-berlottier-habiter"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/157526","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/104"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=157526"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/157526\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=157526"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=157526"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=157526"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}