{"id":157684,"date":"2024-06-26T10:18:13","date_gmt":"2024-06-26T08:18:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=157684"},"modified":"2024-06-26T10:19:54","modified_gmt":"2024-06-26T08:19:54","slug":"anthologie-06-vols","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-06-vols\/","title":{"rendered":"#anthologie #06 | vols"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les cailloux blancs commencent \u00e0 s\u2019effacer dans la cour et les silhouettes des feuilles deviennent \u00e9tranges lorsqu\u2019elles sont prises par l\u2019ombre. Les arrondis perdent leurs bords. La nuit arrive en glissement immobile. Elle donne une teinte grise et une texture de feutre aux murs, aux pots, \u00e0 la terre et aux tiges. Elle montre la v\u00e9rit\u00e9. Le monde n\u2019a pas de couleur. L\u2019\u0153il et ses b\u00e2tonnets, cristallin, nerf, corn\u00e9e, vaisseaux, iris, traduit. Il re\u00e7oit la lumi\u00e8re, en fait une traduction, elle-m\u00eame traduite par bleu, ou cramoisi, ou jaune dans ma langue. Traduite aussi dans d\u2019autres langues. Et d\u2019autres. La langue des couleurs du crabe, d\u2019une vache ou d\u2019un cheval, je ne la connais pas, et les insectes se posent sur des p\u00e9tales moir\u00e9s d\u2019ultraviolets et d\u2019autres longueurs d\u2019onde que mon \u0153il ne voit pas, et ne verra jamais, m\u00eame en passant sa vie \u00e0 les scruter. L\u2019arriv\u00e9e de la nuit remet tout \u00e0 \u00e9galit\u00e9. Le monde se montre sans s\u2019envelopper d\u2019habits. Il expose sa chair de mati\u00e8res qui absorbent ou repoussent, selon que les surfaces grumeleuses, pliss\u00e9es, liss\u00e9es miroir, gardent ou renvoient ce que les yeux comprennent de vert, de bleu du ciel. Ce moment, o\u00f9 la nuit en venant dans ma cour rend indistincts les cailloux blancs et le violet des pois de senteur tout en les unissant dans la m\u00eame coul\u00e9e, est immobile, sauf si je l\u00e8ve la t\u00eate. Le ciel est un rectangle vif, encore quelques secondes, encore vivant mais p\u00e2le, gris et laiteux de restes de lueurs. Le ciel est un rectangle ouvert d\u2019un seul c\u00f4t\u00e9, bord\u00e9 de goutti\u00e8res et de toits. Un rectangle, couleur d\u2019encore un peu. Travers\u00e9 par les chauves-souris. Virages, murs \u00e9vit\u00e9s juste au dernier moment. Corps faits d\u2019esquives et ne pesant que quelques grammes. Ru\u00e9es silencieuses de la chasse. Iront jusqu\u2019\u00e0 ce que la coul\u00e9e s\u2019inverse. Avec laquelle se retirer, dans ce que le mot \u00ab matin \u00bb tente de traduire, dernier virage, derni\u00e8re course vitale, avant que le gris universel retrouve des bordures soudain tranchantes ou bomb\u00e9es du velours des feuilles. Combien sommes-nous d\u2019humains \u00e0 assister \u00e0 cette mar\u00e9e sans eau, d\u00e9cal\u00e9e car calqu\u00e9e sur la rotation de la terre, chacun s\u2019imaginant peut-\u00eatre unique et isol\u00e9, dans ce glissement d\u2019apparitions, disparitions. Je pourrais me croire seule \u00e0 observer les chauves-souris soir et matin, et ce lien affam\u00e9 qu\u2019elles font entre les choses, ce qui n&rsquo;est pas le cas, et de z\u00e9ro on recommence. Le soir avance en continu et le matin avance perp\u00e9tuellement sa plage de temps qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue avant, et par personne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les cailloux blancs commencent \u00e0 s\u2019effacer dans la cour et les silhouettes des feuilles deviennent \u00e9tranges lorsqu\u2019elles sont prises par l\u2019ombre. Les arrondis perdent leurs bords. La nuit arrive en glissement immobile. 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