{"id":1577,"date":"2019-06-18T09:16:50","date_gmt":"2019-06-18T07:16:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=1577"},"modified":"2019-06-18T11:44:02","modified_gmt":"2019-06-18T09:44:02","slug":"ceci-est","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ceci-est\/","title":{"rendered":"ceci est"},"content":{"rendered":"\n<p> <\/p>\n\n\n\n<p>ce dont je me souviens \u00e0 peu pr\u00e8s\u00a0: il y aurait eu, apr\u00e8s m\u2019\u00eatre allong\u00e9, d\u2019embl\u00e9e\u00a0 tout crisp\u00e9, (te vl\u00e0 bien sec et droit comme un coup de trique, celui que je devine en surplomb aurait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9\u2026), h\u00e9sitant jusqu\u2019au bout \u00e0 m\u2019encager au corps, pas encore paum\u00e9 ni \u00e9chou\u00e9 mais heureusement soulag\u00e9 de cette part d\u2019invisible que s\u00e9cr\u00e8te l\u2019obscur, et cramponn\u00e9 par crainte et rampante survie aux rumeurs et messages incertains des quelques doubles \u00e9tendus dans la pi\u00e8ce, (en compagnonnage al\u00e9atoire et fine couche d\u2019angoisse diffuse au ras du sol, comme ces volutes de brume l\u00e9g\u00e8re \u00e0 peine changeante au velours des pr\u00e9s, certains matins de boue et de mousse)\u00a0; ceci donc est mon corps\u00a0mais je r\u00e9pugne \u00e0 m\u2019effacer tout \u00e0 fond jusqu\u2019\u00e0 ses archipels et constellations d\u2019atomes cellules humeurs r\u00e9seaux faisceaux muscles chairs, et tous ses haubans ses drisses, ses filaments fulgurants, sa circulation infinie d\u2019\u00e9clairs, br\u00fblures, et autres d\u00e9charges), je flotte encore, soutenu, assembl\u00e9, d\u00e9licatement berc\u00e9 et attir\u00e9 par le clapotis l\u00e9ger des soupirs et murmures de mes fr\u00e8res et s\u0153urs limbiques (comme le plongeur esp\u00e8re plus haut la tremblante lumi\u00e8re aqueuse qui frotte ses rides, \u00e9miette ses paillettes de vert et de bleu, d\u00e9ploie et replie son froiss\u00e9-d\u00e9froiss\u00e9 d\u2019ondes, paupi\u00e8re liquide \u00e9maill\u00e9e d\u2019\u00e9chardes vives, copeaux de ciel, explosion, surface, limaille d\u2019eau sur le visage et\u2026) \u2013- et encore souffles, soupirs, fr\u00f4lements, remous chacun cherchant appui, repos, niche, comme le chien tournant sur lui-m\u00eame avant de s\u2019affaisser au pied du fauteuil du p\u00e8re, avant de barrer de sa gueule pantelante, rose et noire, crocs, le signe \u00e9gal des pattes \u00e9tendues, avant le d\u00e9sastre insondable de ses yeux \u00e9plor\u00e9s, les longs fils de bave jusque sur la moquette grise, tandis qu\u2019\u00e0 sa rive la porte-fen\u00eatre agite doucement sa voile arachn\u00e9enne, comme le mouchoir dans une main mouill\u00e9e d\u2019au-revoir &#8212; mais heureusement revient l\u2019amarre rassurante, la voix \u00e2pre et miel (grelots d\u2019or bourdonnant sur chapelet de lavande r\u00eache et sucr\u00e9e, chaleur soir \u00e9t\u00e9, tr\u00e9mulez collines rougeoyantes) \u2013 \u00ab\u00a0fermez les yeux, abandonnez-vous \u00e0 la respiration lente et large\u00a0\u00bb &#8211; braise et forge de poitrine, puis son paisible ressac et ses bras d\u2019air prolong\u00e9s dans tout le corps, ses rus d\u2019eau de sang de nerfs jusqu\u2019aux extr\u00e9mit\u00e9s des ramures effil\u00e9es, jusqu\u2019aux dendrites des doigts \u00e9cartel\u00e9s en \u00e9toiles de mer immobiles sur la couverture\u00a0 r\u00eache \u00e0 m\u00eame le sol \u2013- il y aurait eu, oui, le souffle irradiant depuis l\u2019astre plexus jusqu\u2019\u00e0 son plus t\u00e9nu diffract\u00e9, pulsations infimes du c\u0153ur, frissons fragiles \u00e0 leur pulpe rebondie, ventouses \u00e9changeuses de vibrations ondes \u00e9clairs et tessons d\u2019images furtives &#8212; \u00a0\u2026 \u00ab\u00a0concentrez-vous sur le poids des talons\u00a0\u00bb \u2026 semelles de scaphandrier, je suis le plomb, la lave de mercure solidifi\u00e9e, et toute l\u2019ancienne torpeur s\u00e9diment\u00e9e aux interfaces de contact, derri\u00e8re les mollets, les cuisses et les f\u00fbts mill\u00e9naires d\u2019arbres fossiles, les fesses, le sacrum, sa pointe de fl\u00e8che, mon \u00e2ge de silex, puis les vert\u00e8bres juste apr\u00e8s le creux des reins, l\u2019empilement sec et m\u00e9canique des osselets, ma tour de Babel renvers\u00e9e, je jette tous mes osselets dans le ruban de fer au pied du platane pel\u00e9 (r\u00e2pe tes phalanges gamin accroupi tourne satellite dans l\u2019anneau roux, jette ramasse rattrape dessous-dessus tes mignons osselets, aux genoux la scrupuleuse morsure des minuscules graviers, \u00e0 tes genoux gaufr\u00e9s les petits crat\u00e8res de l\u2019univers goudron r\u00e9cr\u00e9); il y aurait eu ensuite, en remontant un \u00e0 un les segments calcifi\u00e9s de la chenille vert\u00e9brale, les omoplates dess\u00e9ch\u00e9es comme les boucliers d\u00e9laiss\u00e9s de chevaliers d\u00e9faits, ou bien l\u2019\u00e9caille de pierres blanches et s\u00e8ches qui tintent clair sous les pas, et dessus les lani\u00e8res de poussi\u00e8re au pochoir des sandales &#8212; il y a il y aurait eu enfin un couloir long et son carrelage blanc et droit, \u00e9tir\u00e9 comme un chemin de morgue, la glace de ma joue coll\u00e9e dessus pour \u00e9teindre le feu de mes yeux n\u00e9ons, alors il y aurait eu tirer la terre sur moi la remonter sur mes genoux comme un vieux plaid us\u00e9, ou mieux, ras le menton, rang\u00e9 pli\u00e9 sous un drap d\u2019hiver, pour toujours absent et enfin moins qu\u2019irr\u00e9ductible \u00e9tranger, absent avant de fermer, \u00e2pre et miel je me souviens<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ce dont je me souviens \u00e0 peu pr\u00e8s\u00a0: il y aurait eu, apr\u00e8s m\u2019\u00eatre allong\u00e9, d\u2019embl\u00e9e\u00a0 tout crisp\u00e9, (te vl\u00e0 bien sec et droit comme un coup de trique, celui que je devine en surplomb aurait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9\u2026), h\u00e9sitant jusqu\u2019au bout \u00e0 m\u2019encager au corps, pas encore paum\u00e9 ni \u00e9chou\u00e9 mais heureusement soulag\u00e9 de cette part d\u2019invisible que s\u00e9cr\u00e8te l\u2019obscur, et <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ceci-est\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">ceci est<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":105,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[38],"tags":[],"class_list":["post-1577","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-01-une-phrase-des-sols"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1577","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/105"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1577"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1577\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1577"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1577"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1577"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}