{"id":158568,"date":"2024-06-28T22:10:11","date_gmt":"2024-06-28T20:10:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=158568"},"modified":"2024-06-28T22:10:12","modified_gmt":"2024-06-28T20:10:12","slug":"anthologie-04-feng-shui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-04-feng-shui\/","title":{"rendered":"#anthologie #04 | feng shui"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e2ge de 18 ans j\u2019habitais deux maisons, avec l\u2019envie de rester dans l\u2019une, de partir de l\u2019autre, de partir de l\u2019une, de rester dans l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il habite la margelle du pont de pierre. Il y observe les fruits m\u00fbrs du verger, le chant des grenouilles et le passage du vent. Le ruisseau lui offre sa fra\u00eecheur et la danse des lentilles d\u2019eau travers\u00e9e par les canards. Il discerne les traces des ann\u00e9es diss\u00e9min\u00e9es sous les ronces et le tas de fumier. Parfois il sourit. Souvent il rejoint l\u2019or\u00e9e du bois tout proche o\u00f9 il \u00e9crit dans un cahier bleu petit format. Il l\u2019a choisi par hasard, pour occuper son oisivet\u00e9, un jour o\u00f9 il fl\u00e2nait en ville. Les petits carreaux lui rappellent ses ann\u00e9es d\u2019\u00e9colier.<\/p>\n\n\n\n<p>Habite-t-on le lit des rivi\u00e8res&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019installer, ouvrir la valise, \u00e9taler le contenu de son bagage sur le carrelage, sur le lit, le porter dans ses bras arrondis, ranger ses v\u00eatements sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re de la penderie, tirer la chaise rang\u00e9e sous la table en bois, s\u2019y assoir en tailleur, d\u00e9couvrir l\u2019horizon de ce nouveau lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Au premier \u00e9tage le salon serait confidences et musiques tournoyantes sur le tapis \u00e0 franges. Au deuxi\u00e8me on dormirait dans le silence des grandes hauteurs, \u00e0 l\u2019aplomb des nuages qui envelopperaient les songes. Au-dessus serait son refuge, un perchoir aux multiples facettes, parfois pi\u00e8ce des miracles, parfois ch\u00e2teau ambulant. Il serait comme une cabane dans les arbres.<\/p>\n\n\n\n<p><em>J&rsquo;ai une maison<br>Pleine de fen\u00eatres<br>Pleine de fen\u00eatres<br>En large et en long<br>Et des portes aussi<br>Faut le reconna\u00eetre<br>Et des portes aussi<br>Il faut bien sortir<br>J&rsquo;ai une maison<br>Pleine de fen\u00eatres<br>Pleine de fen\u00eatres<br>En large et en long<br>Et un escalier<br>Qui grimpe, qui grimpe<br>Et un escalier<br>Qui fait mal aux pieds<br><\/em>J\u2019ai une maison pleine de fen\u00eatres \u2013 Anne Sylvestre<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9crit un livre sur notre maison de famille, la Sabli\u00e8re. J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 l\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique de notre maison familiale, la Sabli\u00e8re. Elle a travers\u00e9 quatre si\u00e8cles, prot\u00e9g\u00e9 un capitaine de Vaisseau du Roi, un secr\u00e9taire du bureau de l\u2019Intendance, un pr\u00eatre chanoine de l\u2019Eglise Cath\u00e9drale paroisse de St Barth\u00e9l\u00e9my. Entre les murs de cette demeure, quelles \u00e9taient leurs habitudes, leurs col\u00e8res\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Une nuit \u00e9paisse. Un escalier habit\u00e9 par les araign\u00e9es, un \u00e9tage encombr\u00e9 de vieux meubles poussi\u00e9reux, des portes en enfilade, une chambre menant \u00e0 une autre chambre, puis une autre, diff\u00e9rente, meubl\u00e9e d\u2019un lit une place, d\u2019un lit deux places, d\u00e9cor\u00e9e de tableaux fleuris ou d\u2019une tapisserie d\u00e9chir\u00e9e, un couloir s\u2019allongeant au rythme des pas, des portes se multipliant. Et soudain, se voir enfant, assis sur un lit. Vouloir s\u2019approcher, se reconna\u00eetre et puis le voir s\u2019envoler jusqu\u2019\u00e0 toucher le plafond et disparaitre. Un instant il \u00e9tait l\u00e0 puis il n\u2019y \u00e9tait plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle l\u2019a voulu feng shui. On en a ri. On s\u2019en est \u00e9tonn\u00e9. Elle a voulu une harmonie d\u2019\u00e9nergie, favoriser le bien-\u00eatre, parler au chi et au Yin. On a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9, on a pass\u00e9 le pas de la porte avec curiosit\u00e9. Et depuis on r\u00eave d\u2019y retourner, de dormir \u00e0 nouveau dans la chambre mansard\u00e9e du premier \u00e9tage, pr\u00e8s de l\u2019alc\u00f4ve aux senteurs jamais retrouv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>La maison serait froide, envahie de cartons. Il ne resterait qu\u2019une chaise sur laquelle elle serait assise. Une chaise que l\u2019on jetterait lorsque toutes les pi\u00e8ces seraient vides, lorsque les pi\u00e8ces auraient chang\u00e9 de couleur, que les sons ricocheraient sur les murs, abandonn\u00e9s aux fant\u00f4mes des anc\u00eatres. Les siens, ceux des autres, ceux d\u2019inconnus qui ne le seraient plus. Elle partirait. Mais \u00e0 cet instant elle serait assise sur la chaise entour\u00e9e des odeurs, des bruits de pas, de cavalcades et des \u00e9clats de voix d\u2019hier. Elle habiterait encore quelques heures ce nouveau silence charg\u00e9 de soleil.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019\u00e2ge de 18 ans j\u2019habitais deux maisons, avec l\u2019envie de rester dans l\u2019une, de partir de l\u2019autre, de partir de l\u2019une, de rester dans l\u2019autre. Il habite la margelle du pont de pierre. Il y observe les fruits m\u00fbrs du verger, le chant des grenouilles et le passage du vent. 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