{"id":159138,"date":"2024-06-30T16:58:40","date_gmt":"2024-06-30T14:58:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=159138"},"modified":"2024-07-10T20:51:37","modified_gmt":"2024-07-10T18:51:37","slug":"anthologie-05-du-corps-a-lavant-du-corps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-05-du-corps-a-lavant-du-corps\/","title":{"rendered":"#anthologie #05 | du corps \u00e0 l\u2019avant du corps."},"content":{"rendered":"\n<p>Je m\u2019impose. On voudrait me cacher. Avale ton ventre r\u00e9p\u00e8te la m\u00e8re \u00e0 l\u2019adolescente. Je ne disparais pas, leurs v\u00eatements amples tout juste me recouvrent. On a honte de moi, certains regards \u00e9tonn\u00e9s (les pires). On me serre, on me comprime, je d\u00e9borde. M\u2019impose, j\u2019avance devant. Je garde trace de ceintures, \u00e9tranglement et plaie. Ces m\u00eames qui claquent sur les corps punis (on a connu \u00e7a). Me poser devant, il le faut bien. Volume et masse, je les devance, t\u00eatu. Fier et honteux. Je suis l\u2019exc\u00e8s qu\u2019on voudrait oublier. Supprimer. Viss\u00e9 au corps, je r\u00e9siste aussi longtemps que lui. Je suis du corps \u00e0 l\u2019avant du corps. Je bouge comme d\u00e9tach\u00e9. On parle de moi comme objet, le membre de trop. Je suis l\u2019histoire visible invisible cach\u00e9e. Visible d\u2019embl\u00e9e. Je suis l\u2019exub\u00e9rance, on me voit de loin. Je suis bavard de tout pass\u00e9 tu. On m\u2019entend. Je suis le journal intime qui ne s\u2019est pas \u00e9crit, l\u2019oubli des sucreries aval\u00e9es \u2014 en cachette, rapidement. Si rapidement qu\u2019englouties par bouts, fragments en moi, comme entiers. Je m\u2019adapte m\u2019\u00e9largis. J\u2019ai la souplesse de l\u2019accueil. Je suis la densit\u00e9 qui rassure, l\u2019intensit\u00e9 du doux. Chaud comme la consolation, ronde pr\u00e9sence de protection. Je brasse les saveurs, tout finit par se m\u00e9langer\u00a0: \u00e9pice ou sel, l\u2019amertume, gras ou liquide. Confondus. Je suis le brassage des textures. J\u2019entends croquer crus l\u00e9gumes et fruits\u00a0; j\u2019attends le cr\u00e9meux des sauces. Je suis l\u2019usine moelleuse d\u2019apr\u00e8s les dents. Je broie malaxe transforme. Je tourbillonne, muscle, sang. Je suis complexe comme le plaisir. J\u2019\u00e9crase, quelque fois \u00e9cras\u00e9. J\u2019\u00e9touffe alors, sans autre choix que d\u2019absorber, m\u2019adapter. Me dilater et contenir. Me transformer, transformer\u00a0: je suis l\u2019alchimiste d\u00e9pass\u00e9. Je me pose alourdi, me pose devant. Me repose de nuit, l\u2019assoupissement d\u2019apr\u00e8s. Cotonneux, charnel, je suis la torpeur du corps. D\u2019autres rythmes, d\u2019autres mouvements. Quand \u00e0 nouveau all\u00e9g\u00e9, me crispe me contracte, j\u2019exige (gare \u00e0 qui pense me priver). M\u2019\u00e9veille \u00e0 toute bouch\u00e9e, r\u00e9clame la suivante. Et toujours ce besoin d\u2019eau, de liquide comme plantes et racines\u00a0; je suis terreau. Et vie. Je suis l\u2019attente du corps. Sa continuit\u00e9 en sourdine. L\u2019impatience et l\u2019apaisement. Je me tends de faim (le creux), me tends de trop manger (l\u2019exc\u00e8s). Leurs oreilles parfois vers mes souterrains sonores. Je suis l\u2019agit\u00e9 myst\u00e9rieux. Je grogne ronfle geins gargouille. Je bats comme c\u0153ur, pulse au flux du sang. Le poids de leurs t\u00eates attentives, le rire des enfants qui m\u2019\u00e9coutent. Je m\u2019emballe, par l\u2019essentiel enfin combl\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je m\u2019impose. On voudrait me cacher. Avale ton ventre r\u00e9p\u00e8te la m\u00e8re \u00e0 l\u2019adolescente. Je ne disparais pas, leurs v\u00eatements amples tout juste me recouvrent. On a honte de moi, certains regards \u00e9tonn\u00e9s (les pires). 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