{"id":159552,"date":"2024-07-31T16:38:05","date_gmt":"2024-07-31T14:38:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=159552"},"modified":"2024-07-31T17:33:54","modified_gmt":"2024-07-31T15:33:54","slug":"anthologie-12-trajets-mites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-12-trajets-mites\/","title":{"rendered":"#anthologie #12 | Trajets mit\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p>Une route en lacet m\u00e8ne au clocher, fruit curieux juch\u00e9 au sommet du promontoire. qui para\u00eet \u00e0 chaque instant sur le point de s&rsquo;effondrer emportant le poids du bourg, ainsi que Jacques, le haricot magique, les poules aux \u0153ufs d&rsquo;or. En contrebas, des \u00e9tendues de lavande se pr\u00e9cipitent \u00e0 l&rsquo;assaut des falaises, \u00e0 peine entrav\u00e9es par la ligne des pins. Le violet vire au grenat. Le flanc de la falaise para\u00eet bleu. La silhouette du bourg se rapproche puis dispara\u00eet derri\u00e8re la c\u00f4te. Faute de v\u00e9hicule sur la chauss\u00e9e, les lignes r\u00e9fl\u00e9chissantes sont invisibles. Au terme d&rsquo;un peu plus de trois kilom\u00e8tres de c\u00f4te, la porte massive du fort s&rsquo;ouvre sur une large cour pav\u00e9e faiblement \u00e9clair\u00e9e par quelques r\u00e9verb\u00e8res. Les rues sont d\u00e9sertes, les fen\u00eatres sans lumi\u00e8re. Une ruelle se tortille et s&rsquo;\u00e9loigne derri\u00e8re les remparts ouvrant vers d&rsquo;autres cols et d&rsquo;autres bourgs le long de l&rsquo;ancienne fronti\u00e8re. Que dire des sons \u00e9galement dans cette bourgade relativement retir\u00e9e ? Aux percussions franches du jour, coups de becs contre le tronc sec, claquement du talon contre le pav\u00e9, bricolages divers de maisons anciennes toujours \u00e0 rafistoler, \u00e0 ces sons nets que l&rsquo;on devine sans pourtant les avoir entendus, ont fait place des sonorit\u00e9s coulantes, comme baveuses, jamais tout \u00e0 fait interrompues, en contrebas les cigales ent\u00eat\u00e9es \u00e0 cette heure avanc\u00e9e, la chouette invisible dans les \u00e9tendues de lavande d\u00e9sormais \u00e9teintes, tant\u00f4t m\u00e2le, tant\u00f4t femelle, un vague ruisseau enfin alors que l&rsquo;on arrive au bout de la c\u00f4te, qui semble couler sous vos pieds, traversant la place de part en part sans que l&rsquo;on sache jamais en retracer bien nettement le cheminement.<\/p>\n\n\n\n<p>F, en p\u00e9riph\u00e9rie de G avait des airs de Moselle, de Meuse, avec ses \u00e9tendues p\u00e9riurbaines sem\u00e9es de concr\u00e9tions gigantesques que l&rsquo;on e\u00fbt cru con\u00e7ues par des insectes obstin\u00e9s si on ne les avait sues \u0153uvre humaine, bizarreries de brique et de ciment tant\u00f4t lourdes et circulaires, tant\u00f4t filant en pointe vers le ciel : silos, cimenteries, fours, mines de sel, que reliait une voie de chemin de fer qui, lorsqu&rsquo;elles ne charriait pas divers tonnages dans ses trains de marchandises, acheminait via d&rsquo;autres faisceaux, les rares voyageurs circulant de nuit sur ce tron\u00e7on peu fr\u00e9quent\u00e9, longeant le bourg, les maisons de plain-pied, les jardins soign\u00e9s, le PMU, les rideaux m\u00e9talliques tir\u00e9s rougeoyant sous la lueur de quelques n\u00e9ons aux teintes criardes. Le train semblait s&rsquo;arr\u00eater en rase campagne \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tre de l&rsquo;entr\u00e9e du bourg. <\/p>\n\n\n\n<p>Les roseaux sur l&rsquo;\u00e9tendue d&rsquo;eau. C&rsquo;est orange et c&rsquo;est noir. A l&rsquo;arri\u00e8re, il y a le bleu des ruelles et les vitrines \u00e9teintes des caf\u00e9s. Il y a d\u00fb y avoir un avion, un jour.  Supposons le tarmac d&rsquo;un petit a\u00e9roport, supposons qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de car pour vous acheminer \u00e0 la sortie, qu&rsquo;il y eut des magasins de sandwiches tr\u00e8s chers, un homme qui vous attend, puis un trajet en bus.  Il ne reste rien de cette ville, ni du paysage \u00e0 la vitre de ce bus dont on ne sait m\u00eame pas s&rsquo;il vous a amen\u00e9 jusqu&rsquo;ici, dont on ne sait pas non plus pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 cela se situe. Apr\u00e8s les roseaux face \u00e0 l&rsquo;\u00e9tendue d&rsquo;eau, c&rsquo;est la for\u00eat de conif\u00e8res, et nul chemin non plus, ni mental, ni physique, qui m\u00e8ne de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Un jour je suis venue \u00e0 Helsinki. Je n&rsquo;en ai rien retenu. Des autres lieux non plus. Alors j&rsquo;ai invent\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La grande image, elle est si r\u00e9pandue cette expression, elle m&rsquo;exasp\u00e8re, donnez-moi la grande image, je veux voir la grande image<\/em>&#8230; <em>Je souhaite avoir le panorama d&rsquo;ensemble&#8230; Cette omnipr\u00e9sence du visuel&#8230; Investir un lieu est affaire plus animale, des histoires rances de terrier&#8230;  Faites-moi renifler la solution, l&rsquo;intuition, grattez, p\u00e9trissez, on tient un truc&#8230;<\/em> <em>La grande image ? Des boulettes de papier froiss\u00e9es.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une route en lacet m\u00e8ne au clocher, fruit curieux juch\u00e9 au sommet du promontoire. qui para\u00eet \u00e0 chaque instant sur le point de s&rsquo;effondrer emportant le poids du bourg, ainsi que Jacques, le haricot magique, les poules aux \u0153ufs d&rsquo;or. En contrebas, des \u00e9tendues de lavande se pr\u00e9cipitent \u00e0 l&rsquo;assaut des falaises, \u00e0 peine entrav\u00e9es par la ligne des pins. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-12-trajets-mites\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #12 | Trajets mit\u00e9s<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":403,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6375,6056],"tags":[],"class_list":["post-159552","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-12-claude-simon-14-villes","category-cycle-ete-2024"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/159552","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/403"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=159552"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/159552\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=159552"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=159552"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=159552"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}