{"id":159605,"date":"2024-07-01T23:49:32","date_gmt":"2024-07-01T21:49:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=159605"},"modified":"2024-07-04T18:34:32","modified_gmt":"2024-07-04T16:34:32","slug":"anthologie-06-lente-de-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-06-lente-de-nuit\/","title":{"rendered":"#anthologie #06 | lente de nuit."},"content":{"rendered":"\n<p>La nuit la r\u00e9veille. Sa soif comme alerte. Un verre d\u2019eau froide m\u00eame l\u2019hiver, bouche dess\u00e9ch\u00e9e de trop de nuit. Seule parmi, la maison de nuit. Ronflements, chambre \u00e0 c\u00f4t\u00e9, son mari ne se l\u00e8ve jamais de nuit, s\u2019endort d\u00e8s que t\u00eate pos\u00e9e. Elle l\u2019envie parfois, puis pense au privil\u00e8ge de ces bouts de vie vol\u00e9s \u00e0 la vie. Elle, autre, quand seule. La maison petite turbulence de boyaux, continue, tamis\u00e9e. Bruits \u00e9lev\u00e9s comme murs autour \u2014 monde familier. La nuit lui rappelle l\u2019enfance, travers\u00e9es de couloirs et de pr\u00e9sences cach\u00e9es. La nuit lui a appris le courage. Et \u00eatre seule. Elle se d\u00e9place, pieds nus sur le carrelage, corps attentif\u00a0: elle ne veut pas les r\u00e9veiller, ni mari ni enfants. \u00c9go\u00efsme que cette attention, ne pas partager ses lieux\u00a0: penser \u00e0 elle, comme elle ne se l\u2019autorise pas de jour. Elle ne se cogne pas aux meubles du corridor, effleure la table de la cuisine. L\u2019escabeau, \u00e0 peine. S\u2019appuie sur la chaise en paille. Elle ouvre doucement le placard pour le verre, le r\u00e9frig\u00e9rateur pour l\u2019eau. Se sert lentement, comme de dissimuler un shot alcoolis\u00e9. Salon face \u00e0 la cuisine, sans besoin d\u2019\u00e9clairer, tout au plaisir de reconna\u00eetre les fragments de son monde. Se pose dans son fauteuil (tous savent sa place sacr\u00e9e, personne ne s\u2019y risque), allume une cigarette. Et regarde la pi\u00e8ce, fi\u00e8re du nouvel am\u00e9nagement, projetant d\u00e9j\u00e0 les am\u00e9liorations\u00a0: bouger une plante, d\u00e9placer une statue. Lente fum\u00e9e, lentes pens\u00e9es. Et l\u2019eau. La fra\u00eecheur du carrelage sous ses pieds. <em>Je suis la reine de l\u2019univers<\/em>, elle se dit du haut du corps.<br>En \u00e9t\u00e9 elle passe quelque temps sur le balcon pour le vent de nuit. Verre \u00e0 la main ou fruit. Dans la rue sans lumi\u00e8re on discerne les poubelles en attente du matin. Les voitures gar\u00e9es sans respiration entre leur carcasse. Un promeneur de temps en temps. Des rires invisibles. Dehors la ville garde le peu d\u2019agitation qui la distingue des campagnes, parfois le moteur d\u00e9raill\u00e9 d\u2019une moto, la voix d\u2019une radio (\u00e0 quatre heures du matin). Elle seule r\u00e9veill\u00e9e ici. <em>Je suis la reine du monde.<\/em><br>M\u00eame ralenti vers sa chambre. Certaines nuits, l\u2019impossible endormissement. Elle vide alors l\u2019armoire sur le lit et scrupuleusement, silencieusement range v\u00eatements, chaussures, bijoux. Plie, accroche, organise. Compte ses \u00e9conomies, r\u00e9partit les billets dans de petites enveloppes blanches. Recompte, note sur le dos montant ou d\u00e9pense \u00e0 venir. Aligne ses foulards. V\u00e9rifie d\u2019un coup d\u2019\u0153il. Rabat les battants en bois qui grincent sonores. Se rendort parfois. Poursuit sinon sans quitter la pi\u00e8ce. Soul\u00e8ve le matelas pour r\u00e9cup\u00e9rer des liasses de lettres. S\u2019attarde sur les m\u00eames. Relire les mots de ses enfants, de ses amis. Anniversaires, f\u00eates, toutes occasions. Lit comme pages de pri\u00e8res avant le sommeil. Se regarde dans le miroir. Grimace, langue tir\u00e9e ou sourire. Caresse la fausse joue devant elle aplatie. Baiser et tendres paroles vers la petite fille qu\u2019elle restera devant la glace.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La nuit la r\u00e9veille. Sa soif comme alerte. Un verre d\u2019eau froide m\u00eame l\u2019hiver, bouche dess\u00e9ch\u00e9e de trop de nuit. Seule parmi, la maison de nuit. Ronflements, chambre \u00e0 c\u00f4t\u00e9, son mari ne se l\u00e8ve jamais de nuit, s\u2019endort d\u00e8s que t\u00eate pos\u00e9e. Elle l\u2019envie parfois, puis pense au privil\u00e8ge de ces bouts de vie vol\u00e9s \u00e0 la vie. 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