{"id":159631,"date":"2024-07-02T06:24:24","date_gmt":"2024-07-02T04:24:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=159631"},"modified":"2024-07-02T07:52:37","modified_gmt":"2024-07-02T05:52:37","slug":"anthologie-12-los-angeles-santa-teresa-karlsruhe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-12-los-angeles-santa-teresa-karlsruhe\/","title":{"rendered":"#anthologie #12 | Los Angeles, Santa Teresa, Karlsruhe"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Los Angeles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il voit les villes d\u2019abord par le hublot, la nuit les lignes lumineuses, les scintillements, les processions de phares, le jour, l\u2019alternance des espaces verts et du b\u00e2ti, la couleur que donne l\u2019atmosph\u00e8re s\u00e8che, temp\u00e9r\u00e9e, humide, les routes, les c\u00f4tes, les rivi\u00e8res, fleuves ou lacs, les stades, les usines. L\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Los Angeles de nuit, ce fut \u00e7a, le noir du d\u00e9sert et tout \u00e0 coup la f\u00e9\u00e9rie d\u2019une ville lumi\u00e8re que seul l\u2019oc\u00e9an peut \u00e9teindre. Les highways comme autant de tentacules lumineux sur lesquels il sera tout \u00e0 l\u2019heure. Cette arriv\u00e9e-l\u00e0, il l\u2019a gard\u00e9e en t\u00eate. Puis, dans l\u2019a\u00e9roport apr\u00e8s la douane, il se souvient de la descente des escaliers entre une haie de flics du LAPD qui le scrutent alors qu\u2019il descend les marches, Ray-Ban, bras crois\u00e9s ou pouces gliss\u00e9s dans la ceinture, visages ferm\u00e9s, chewing-gum. C\u2019\u00e9tait comme \u00e0 Hollywood, mais en vrai, avec l\u2019envie de rire qui passe d\u00e8s le premier regard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Santa Teresa<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Ils entr\u00e8rent dans Santa Teresa par le sud et la ville leur parut un \u00e9norme campement de Gitans ou de r\u00e9fugi\u00e9s pr\u00eats \u00e0 se mettre en route au moindre signal.<\/em>&nbsp;\u00bb. Moi, Santa Teresa, c\u2019est par le Nord que j\u2019y suis arriv\u00e9, directement depuis Tucson par la I-19. Je me souviens de la rupture entre le d\u00e9sert et son autoroute, l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 la fronti\u00e8re que passent \u00e0 pied des Mexicains et des Mexicaines. Je me souviens de la file des camions entrant aux States que je quittais. Ce n\u2019\u00e9taient pas des touristes que je croisais, mais des travailleurs r\u00e9guliers, des frontaliers qui dorment dans des piaules \u00e0 quelques pesos o\u00f9 ils s\u2019entassent pour mettre un peu d\u2019argent de c\u00f4t\u00e9 jusqu\u2019au jour o\u00f9 il pourront pousser plus loin, et se payer un appartement pour toute la famille \u00e0 Tucson, Los Angeles ou Dallas. En entrant dans Santa Teresa par le Nord, je me sentais comme un vieux saumon remontant le courant que les autres suivent. Il me restait \u00e0 trouver l\u2019Hotel <em>M\u00e9xico<\/em>. Je suis rest\u00e9 sur l&rsquo;avenue principale, j&rsquo;ai pass\u00e9 l&rsquo;h\u00f4tel <em>San Carlos<\/em>, l&rsquo;h\u00f4tel <em>Regis<\/em>, l&rsquo;h\u00f4tel <em>Contemporaneo<\/em>, l&rsquo;h\u00f4tel <em>Gope<\/em>, l&rsquo;h\u00f4tel <em>Olga<\/em>, l&rsquo;h\u00f4tel <em>Frontera<\/em>, l&rsquo;h\u00f4tel <em>Martinez<\/em>. La ville \u00e9tait une s\u00e9rie d&rsquo;h\u00f4tels bas aux devantures us\u00e9es. L&rsquo;h\u00f4tel <em>M\u00e9xico<\/em> \u00e9tait adoss\u00e9 \u00e0 un b\u00e2timent blanc abritant deux boutiques, l&rsquo;une aux rideaux ferm\u00e9s sur le mur de laquelle \u00e9tait peint en lettres rouges <em>Sonora&rsquo;s desert pharmacy<\/em>, l&rsquo;autre \u00e0 la porte ouverte indiquait toujours \u00e0 la peinture <em>Santos<\/em> en jaune et <em>Joyeros<\/em> en rouge et, comme en un sous-titre orange, <em>churas y reparaciones de joyeria de oro y plata<\/em>. Il y avait une place devant chez Santos. Je me suis gar\u00e9 l\u00e0. Un homme en tee-shirt \u00e0 large bandes vertes me regardait.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Karlsruhe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai aucun souvenir de mon arriv\u00e9e \u00e0 Karlsruhe. J\u2019y suis all\u00e9 en voiture depuis Strasbourg. J\u2019avais d\u00fb traverser le Rhin \u00e0 Kehl et prendre l\u2019A5 vers le Nord. C\u2019est s\u00fbr. Mais je ne m\u2019en souviens pas, ni de l\u2019itin\u00e9raire ni de la circulation. C\u2019est une de ces arriv\u00e9es qui semblent n\u2019avoir pas exist\u00e9. Je n\u2019ai aucune image de la route elle-m\u00eame ni de l\u2019entr\u00e9e dans la ville. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 Karlsruhe. Cette phrase est plus juste que \u00ab\u00a0je suis all\u00e9 \u00e0 Karlsruhe\u00a0\u00bb. Un jour, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 Karlsruhe, je m\u2019y suis retrouv\u00e9, comme si j&rsquo;\u00e9tais apparu l\u00e0-bas ou, c\u2019est plut\u00f4t l\u2019impression que j\u2019ai aujourd\u2019hui, comme si la ville m\u2019avait saisi, comme si elle m\u2019avait envelopp\u00e9 ou encore comme si elle m\u2019avait aspir\u00e9. \u00c7a n\u2019a rien \u00e0 voir avec un r\u00eave o\u00f9 je me serais retrouv\u00e9 dans une ville inconnue qui s\u2019appellerait Karlsruhe. Je sais que je suis parti de Strasbourg. Puis, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 Karlsruhe. Entre les deux, une heure et demie de ma vie, quatre-vingt-dix minutes, la dure\u00e9 d&rsquo;un match de foot, se sont \u00e9vapor\u00e9es. Il ne m\u2019en reste rien que ces quelques lignes et le plan de Karlsruhe que j\u2019avais achet\u00e9 avant de partir.<\/p>\n\n\n\n<p><gwmw style=\"display:none;\"><\/gwmw><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Los Angeles Il voit les villes d\u2019abord par le hublot, la nuit les lignes lumineuses, les scintillements, les processions de phares, le jour, l\u2019alternance des espaces verts et du b\u00e2ti, la couleur que donne l\u2019atmosph\u00e8re s\u00e8che, temp\u00e9r\u00e9e, humide, les routes, les c\u00f4tes, les rivi\u00e8res, fleuves ou lacs, les stades, les usines. 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