{"id":159669,"date":"2024-07-02T17:44:22","date_gmt":"2024-07-02T15:44:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=159669"},"modified":"2024-07-02T17:44:23","modified_gmt":"2024-07-02T15:44:23","slug":"anthologie-12-traversees-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-12-traversees-2\/","title":{"rendered":"#anthologie #12 | Travers\u00e9es."},"content":{"rendered":"\n<p>Fouille de mon sac avant de prendre l&rsquo;avion \u00e0 Paris. L&rsquo;homme m&rsquo;accompagne jusque sur mon si\u00e8ge pour s&rsquo;assurer que je ne vais pas commettre un acte malencontreux ou je ne sais quoi, avant ou pendant le vol. A mon arriv\u00e9e, interrogatoires par cinq femmes et toujours les m\u00eames questions. Je rejoins un metteur en sc\u00e8ne palestinien et suis en train de comprendre que je n&rsquo;ai pas assez pris la mesure de cet acte. Arriv\u00e9e \u00e0 Tel Aviv dont je n&rsquo;ai aper\u00e7u, par le hublot, que les lumi\u00e8res de la nuit, puis, voyage en voiture, jusqu&rsquo;aux territoires occup\u00e9s de J\u00e9rusalem. Aucun souvenir de cette route sauf la vision nette d&rsquo;un grand \u00e9cran sur une colline o\u00f9 un film, des images de nature pornographique sont projet\u00e9es. Un appartement ou une maison ? Je ne sais plus tr\u00e8s bien. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;eau chaude, pas de t\u00e9l\u00e9vision, pas d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 et seul le chant du Muezzin me rassure lorsque je me r\u00e9veille. Le vide du lieu, peu de meubles, des matelas par terre, des livres mais pas d&rsquo;\u00e9tag\u00e8res, pas de biblioth\u00e8que, pas de portes, aucune intimit\u00e9. Je le suis, lui, l&rsquo;homme que j&rsquo;ai choisi de venir visiter dans son pays. Le jour, habill\u00e9e de la t\u00eate aux pieds et constamment entour\u00e9e, il y a ces marches \u00e0 travers la ville magnifique. A la nuit tomb\u00e9e, la d\u00e9couverte d&rsquo;un monde po\u00e9tique et th\u00e9\u00e2tral dans des lieux \u00e9pur\u00e9s o\u00f9, \u00e9clair\u00e9s \u00e0 la bougie, un ou des po\u00e8tes jouent et r\u00e9citent des textes ; je me souviens de l&rsquo;ombre de leurs corps qui se projettent sur les murs blancs et par les fen\u00eatres, les ciels et les toits des mosqu\u00e9es. Le jour, la chaleur \u00e9crasante, les trajets en voitures sur les routes poussi\u00e9reuses, les arr\u00eats forc\u00e9s \u00e0 prouver mon identit\u00e9, les armes, la brutalit\u00e9 et la col\u00e8re. La nuit, le sel de la mer morte collant sur ma peau mouill\u00e9e, la lueur de la lune, l&rsquo;odeur des joints et le go\u00fbt des pois chiches et du pain dans mes mains. Je me souviens de mon amour, de ma jeunesse, mon insouciance et mon ignorance dans cette ville plus que d\u00e9chir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Presque la sensation de parcourir un magazine Ikea en longeant les jardins immacul\u00e9s de ce petit coin en Su\u00e8de o\u00f9 la nuit oubliait de tomber. Pas un jouet, pas une brouette, pas l&rsquo;ombre de quelque chose qui pourrait flancher, faire t\u00e2che, ou d\u00e9ranger. Tout \u00e9tait si propre, si net sur ces pelouses vertes et brillantes qu&rsquo;on n&rsquo;aurait m\u00eame pas os\u00e9 s&rsquo;y asseoir. Beaut\u00e9 et \u00e9tranget\u00e9. Est-ce que les voitures pouvaient \u00eatre sales, les bottes crott\u00e9es ou les mains des enfants noires d&rsquo;avoir jou\u00e9 ? D\u00e9j\u00e0, dans l&rsquo;avion, les hommes et les femmes \u00e9taient grands, blonds aux yeux bleus et les premi\u00e8res maisons en bois correspondaient au blanc des meubles qui les habitaient. L&rsquo;eau des lacs \u00e9taient glac\u00e9s mais limpides, les h\u00f4tels luxueux, les spas d\u00e9licieux. Heureusement, il y avait les moustiques qui piquent inlassablement \u00e0 travers les v\u00eatements, v\u00e9ritable cauchemar vivant qui donnait enfin \u00e0 toute cette perfection, un go\u00fbt d&rsquo;humanit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;aime pas sp\u00e9cialement ces villes du Nord o\u00f9 je pars travailler ; je ne les trouve ni jolies, ni charmantes, ni l&rsquo;envie d&rsquo;y rester pour y habiter. La plupart du temps, elles me semblent sinistr\u00e9es, abandonn\u00e9es, mal desservies, emplies de parkings \u00e0 trous, de Mc Donald ou de Kebabs et de laveries cass\u00e9es. Les routes sont mal faites, les vitrines des magasins pas \u00e9clatantes, les PMU pas accueillants et le moindre h\u00f4tel, assez d\u00e9suet. Je n&rsquo;aime pas leurs sp\u00e9cialit\u00e9s ni le go\u00fbt de leurs bi\u00e8res ni leurs parcs sans for\u00eat. Je n&rsquo;ai pas envie de vivre leurs festivit\u00e9s, ni d\u00e9couvrir leurs g\u00e9ants, ni manger du maroilles. Je ne veux pas monter sur des quad ou danser \u00e0 la Ducasse et jamais je ne boirai la geni\u00e8vre. Rien de tout cela ne me fait les aimer et, pourtant, chaque ann\u00e9e, j&rsquo;y retourne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fouille de mon sac avant de prendre l&rsquo;avion \u00e0 Paris. L&rsquo;homme m&rsquo;accompagne jusque sur mon si\u00e8ge pour s&rsquo;assurer que je ne vais pas commettre un acte malencontreux ou je ne sais quoi, avant ou pendant le vol. A mon arriv\u00e9e, interrogatoires par cinq femmes et toujours les m\u00eames questions. 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